ÉPONDANT à l'appel d'Alexandre de Rhode qui avait exhorté les prêtres à s'aventurer dans les contrées lointaines pour évangéliser païens et idolâtres, Pierre Lambert de la Motte, François Deydier et Jacques de Bourges, trois missionnaires de la société des Missions Étrangères, arrivèrent au Siam le 22 août 1662. Séduits par la tolérance religieuse qui régnait dans le royaume et par la bienveillance du monarque, ils s'installèrent dans le pays et y attirèrent d'autres missionnaires. Sur des terrains offerts par le roi, ils bâtirent une mission, une église, un séminaire et un collège, et s'évertuèrent à susciter des contacts diplomatiques entre les deux nations. En 1670, François Pallu, évêque d'Héliopolis, repartit pour l'Europe. Il en revint en 1673 avec des lettres du pape et de Louis XIV adressées au roi Naraï, ce qui détermina le monarque à envoyer une ambassade auprès de son bon ami le roi de France.

Le 24 décembre 1680, trois ambassadeurs siamois et leur suite s'embarquèrent sur le Vautour, un navire de la toute jeune Compagnie des Indes. Leur destination était la France, mais le vaisseau, trop petit pour contenir cette importante délégation dans une si longue traversée, fit escale à Banten, dans l'île de Java, dans l'attente d'un navire plus spacieux. Ce fut le Soleil d'Orient, vaisseau de 1 000 tonneaux, fierté de la Compagnie, qui prit en charge les ambassadeurs. Ils n'arrivèrent jamais à destination, le Soleil d'Orient ayant fait naufrage au large de Madagascar.

Inquiet de ne pas voir revenir ses ambassadeurs, le roi Naraï dépêcha deux mandarins pour savoir ce qu'il était advenu de la délégation. Accompagnés par le missionnaire Benigne Vachet, les deux envoyés, qui n'avaient pas le titre d'ambassadeur, arrivèrent à Paris à la mi-octobre 1684 et choquèrent la Cour par ce qui fut considéré comme de la muflerie, de l'indolence et de la mauvaise volonté, et qui n'était sans doute que de l'incompréhension réciproque.

En 1685, Louis XIV, séduit par les débouchés commerciaux qu'offrait le royaume de Siam, et abusé par les missionnaires qui lui faisaient miroiter la conversion probable du roi Naraï au christianisme, se résolut à son tour à envoyer une ambassade au souverain siamois. Le 3 mars 1685, le chevalier de Chaumont et l'abbé de Choisy, accompagnés de six jésuites et portant de nombreux présents au monarque siamois, s'embarquèrent sur Oiseau et la Maligne, ramenant dans leur pays les deux envoyés siamois.

On pourra lire dans ce chapitre quelques documents relatifs à cette première ambassade franco-siamoise.