Prononcée lors de l'audience de congé des ambassadeurs siamois
le 14 janvier 1687.

audience

 

Grand roi,

Nous venons ici pour demander à Votre Majesté la permission de nous en retourner vers le Roi notre maître. L 'impatience où nous savons qu'il est d 'apprendre le succès de notre ambassade, les merveilles que nous avons à lui raconter, les gages précieux que nous lui portons de l 'estime singulière que Votre Majesté a pour lui, et surtout l 'assurance que nous lui devons donner de la royale amitié qu'elle a contractée pour jamais avec lui, tout cela, beaucoup plus encore que les vents et la saison, nous invite enfin à partir, pendant que les bons traitements que nous recevons ici de toutes parts par les ordres de Votre Majesté seraient capables de nous faire oublier notre patrie, et, si nous l 'osons dire, les ordres mêmes de notre prince.

Pour nous, grand roi, comblés de vos bienfaits, charmés de vos vertus, touchés jusqu'au fond du cœur de vos bontés, saisis d 'étonnement à la vue de votre haute sagesse et de tous les miracles de votre règne, notre vie nous paraît trop courte, et le monde entier trop petit, pour publier ce que nous en pensons. Notre mémoire aurait peine à retenir tant de choses : c'est ce qui nous a fait recueillir dans des registres fidèles tout ce que nous avons pu ramasser, et nous les terminerons par une protestation sincère que quoique nous en disions beaucoup, il nous en est encore beaucoup plus échappé. Ces Mémoires seront consacrés à la postérité, et mis en dépôt entre les monuments les plus rares et les plus précieux de l 'États : le Roi notre maître les enverra pour présents aux princes ses alliés, et par là l 'Orient saura bientôt, et tous les siècles à venir apprendront les vertus incompréhensibles de Louis le Grand. Nous porterons enfin l 'heureuse nouvelle de la santé parfaite de Votre Majesté, et le soin que le Ciel a pris de continuer le cours d 'une vie qui ne devrait jamais finir.

Cette harangue est reproduite dans les Mémoires pour servir à l'Histoire de Louis XIV de l'abbé de Choisy. Elle fut traduite par l'abbé de Lionne, revue par Louis Thiberge, directeur du séminaire des Missions Etrangères. Fort modestement, l'abbé de Choisy admet y avoir marqué quelques points et quelques virgules.

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