CHAPITRE V
Règnes des rois Ramesuan, Boromaracha I,
Thong Lan, Ram Racha et Intharachaï I

Borommoracha I - Documentaire pédagogique

Le roi Ramathibodiรามาธิบดี laissa le trône à son fils, le prince Ramesuanราเมศวร, gouverneur de Lopburiลพบุรี. L'incompétence militaire dont avait fait preuve le nouveau souverain lors de la guerre du Cambodge l'avait rendu très impopulaire, si bien qu'un an après son couronnement, des troubles éclatèrent dans le royaume. Incapable de les réprimer, et pressé par ses ministres, il finit par abdiquer en faveur de son oncle, le prince Borommorachaบรมราช (Phangoaพะงั่ว), gouverneur de Suphanสุพรรณ. L'affaire fut réglée à l'amiable. Borommoracha devint roi et Ramesuan retrouva son ancien poste de gouverneur de Lopburi (1370).

Le roi Borommoracha [Borommarachathirat I] était le cinquième fils de l'ancien prince d'Uthongอู่ทอง (Suphan) et le beau-frère du roi Ramathibodi I. Son nom, Phangoa, est une forme archaïque du mot ngoa, qui signifie cinq. À cette époque, il était très fréquent de nommer les enfants par leur numéro, même dans les familles nobles. Ngoa est un peu l'équivalent du nom romain Quintus (1).

Peu de temps après son couronnement, Borommoracha envoya une ambassade en Chine. L'illustre et vertueux Hongwu, premier empereur de la dynastie Ming, venait de prendre le pouvoir après avoir infligé une série de défaites aux anciens dirigeants mongols de l'empire. Il avait établi sa capitale à Nankin, et c'est là qu'en 1371, il reçut les ambassadeurs du Siam, porteurs d'une lettre annonçant que le roi Borommoracha avait repris le gouvernement de son neveu Ramesuan, incapable de contrôler le peuple.

Les relations cordiales avec la Chine se poursuivirent tout au long de ce règne. En 1373, une princesse siamoise – probablement la mère de l'ex-roi Ramesuan –, envoya des émissaires à Nankin, qui furent bien accueillis par la famille impériale. Plus tard, en 1384, le prince Nakhon Inนครอินทร์ (2), futur monarque de Siam et neveu du roi, envoya des émissaires chargés de cadeaux pour le couple impérial, qui les reçut gracieusement et leur envoya des présents en retour. En 1375, un fils de l'ex-roi Ramesuan envoya une ambassade à Nankin. La même année, le prince Nakhon In se rendit en personne à Nankin et en rapporta une lettre autographe de l'empereur au roi Borommoracha.

Tout en entretenant des relations amicales avec la Chine, le roi Borommoracha s'employait à assujettir les domaines de son voisin, le roi de Sukhothaï, les deux royaumes ne pouvant pas continuer à exister côte à côte. Le plus faible devait succomber. La fuite continuelle des esclaves d'Ayutthaya vers l'État libre de Sukhothaï était sans aucun doute une cause de conflit. Quelles que fussent les raisons de la guerre, Borommoracha envahit Sukhothaï en 1371, peu après son couronnement, et s'empara de plusieurs villes. En 1372, il fit de nouvelles annexions et en 1373, il investit Kamphaeng Phetกำแพงเพชร, l'avant-poste occidental des domaines de Sukhothaï. Le gouverneur de Kamphaeng Phet fut tué dans les combats, mais la ville ne fut pas prise.

En 1375, Phitsanulokพิษณุโลก, la deuxième capitale du roi de Sukhothaï, fut capturée et un grand nombre de prisonniers « emportés » – sans aucun doute en esclavage. En 1376, une autre tentative fut entreprise pour prendre Kamphaeng Phet. Pour soutenir le gouverneur de la ville, une armée lao fut envoyée depuis Chiang Maïเชียงใหม่, sous le commandement d'un général nommé Phraya Pha Kongพญาผากอง (3). Le gouverneur et le général lao tentèrent d'attirer l'armée siamoise dans une embuscade, mais ils échouèrent et furent repoussés avec de lourdes pertes. En dépit de leurs efforts, la ville de Kamphaeng Phet résista et ne tomba pas avant l'année suivante.

En 1378, Kamphaeng Phet fut à nouveau assaillie. Cette fois, le roi de Sukhothaï était lui-même présent dans la ville. Réalisant que toute résistance était vaine, il capitula et se soumit au roi Borommoracha. Cet événement marqua l'extinction définitive du royaume indépendant de Sukhothaï, qui n'était plus que l'ombre du royaume fondé par le roi Ramkhamhaeng. Néanmoins, il ne fallut pas moins de six invasions, s'étendant sur une période de huit ans, pour que le royaume du sud obtînt enfin la victoire finale. Le roi de Sukhothaï, Thammaracha IIธรรมราชาที่๒ [Prince Luethaï], ne fut pas détrôné, mais continua de régner sur une partie de ses anciens domaines en tant que vassal d'Ayutthaya, avec sa capitale à Phitsanulok, et ses descendants régnèrent encore pendant plus de 70 ans. La partie occidentale des possessions de Sukhothaï, y compris Kamphaeng Phet, fut annexée à Ayutthaya.

Sukhothaï ayant été éliminé, aucun obstacle n'empêchait plus la mainmise siamoise sur le royaume de Lannathaïล้านนาไทย (Chiang Maï). Toutefois, il fallut attendre la dernière année du règne de Borommoracha pour qu'une bonne occasion se présentât. Le roi Kü Naกือนา (4), 9ème roi de Chiang Maï (5), mourut vers 1387 et son fils, Sen Müang Maแสนเมืองมา, lui succèda, âgé seulement de 14 ans. L'oncle du jeune roi, le prince Phromมหาพรหม, gouverneur de Chiang Raïเชียงราย, sollicita l'aide du roi Borommoracha pour s'emparer de la Couronne. Ce dernier, trop heureux de cette occasion d'étendre son pouvoir, dépêcha une armée pour attaquer Chiang Maï.

Le jeune roi lao s'était préparé à l'attaque et une force imposante attendait les Siamois, qui furent défaits lors d'une bataille acharnée au village de Sen Sanukแสนสนุก (Pong Sanit : ปงสนุก), près de Chiang Maï, et se retirèrent à Müang Liเมืองลี (Lamphun : ลำพูน). Au cours de cette bataille, Nang Müangนางเมือง, une princesse de Chiang Maï s'illustra dans les combats, portant des vêtements d'homme et montant un éléphant. Elle était alors bien avancée dans sa grossesse et, peu après la bataille, elle donna naissance à un fils appelé Chao Han Tae Thongเจ้าหาญแต่ท้อง (Prince valeureux né du ventre de la femme).

Bouddha Phra Singh - Bangkok

Cette première invasion de Chiang Maï fut un échec et le prince Phrom dut renoncer à son ambition de monter sur le trône du royaume. Il se réconcilia avec le jeune roi, son neveu, à qui il offrit une statue très précieuse de Bouddha, connue sous le nom de Phra Singh ou Phra SihingPhra Phuttha Sihing : พระพุทธสิหิงค์ (6) qu'il avait arrachée par la force au gouverneur de Kamphaeng Phet. Ce vol eut de graves conséquences pour le roi Borommoracha. Ayant entrepris de venir en aide au gouverneur de Kamphaeng Phet dans sa guerre contre le prince Phrom, il tomba malade en route et mourut avant de pouvoir rentrer à Ayutthaya (1388).

Borommoracha I fut un digne successeur du roi Ramathibodi I, dont il compléta l'œuvre en soumettant le royaume de Sukhothaï. Son fils Thong Lanทองลัน lui succéda à l'âge de quinze ans. L'ex-roi Ramesuan, gouverneur de Lopburi, se rendit immédiatement à Ayutthaya, se saisit du jeune monarque et le fit exécuter après un règne de sept jours seulement. Le rituel traditionnel pour l'exécution des personnes de sang royal consistait à lier la victime dans un sac de velours et à la frapper à mort avec un bâton de santal, de manière à ce qu'aucune main roturière ne touchât le corps. Il n'est pas sûr que cette marque de respect ait apporté beaucoup de réconfort au supplicié.

Si l'on en juge selon les critères modernes, l'assassinat de ce jeune roi, ainsi que tous ceux qui ternirent les annales d'Ayutthaya, constituaient des crimes atroces. Cependant, il faut garder en mémoire que la loi de succession au Siam était très vague et qu'il était peut-être préférable de sacrifier une vie - fût-elle celle d'un roi - que de risquer des troubles susceptibles de causer de grandes effusions de sang et de jeter le royaume entier dans la confusion. À cet égard, l'histoire du Siam n'a pas à rougir de la comparaison avec les pays voisins. Plus près de nous, en 1879, le roi Theebaw de Birmanie accompagna son usurpation du trône par le massacre de ses nombreux parents. Il assassina en une journée à peu près autant de princes que tous les rois de Siam réunis.

Le roi Ramesuan reprit ainsi le trône auquel il avait légitimement droit, étant le fils du fondateur d'Ayutthaya.

Deux ans environ après ces événements, le jeune roi de Chiang Maï, Sen Müang Ma, prit la tête d'une armée pour aller soutenir Thammaracha, le roi de Sukhothaï désireux de se libérer du joug d'Ayutthaya. Selon la chronique de Chiang Maï, Thammaracha aurait sollicité l'aide du roi de Chiang Maï, mais cela semble n'avoir été qu'une ruse, car l'armée de Chiang Maï fut subitement attaquée de nuit par les forces de Sukhothaï et dispersée avec de grandes pertes. Le jeune roi lui-même ne put s'échapper de justesse que grâce à la loyauté de deux de ses serviteurs qui le portèrent tour à tour sur leur dos. Des titres et des terres leur furent offerts en récompense, et ils illustrèrent leur nouvelle dignité en faisant sculpter deux éléphants blancs devant l'une des portes de Chiang Maï ; on peut encore les voir aujourd'hui, quoiqu'ils aient probablement été souvent restaurés (7). Ce revers réduisit Chiang Maï au silence pendant tout le reste du règne de Ramesuan (8).

En 1393, le roi du Cambodge, Kodom Bong, envahit par surprise les provinces de Chonburiชลบุรี et Chantaburiจันทบุรี et captura 6 000 ou 7 000 habitants (9). Le roi Ramesuan riposta en envahissant le Cambodge, écrasant toute résistance sur son passage et investissant la capitale, Angkor Thom. Le roi du Cambodge put s'échapper par la mer et l'on ignore ce qu'il devint. Le prince héritier fut capturé et un petit-fils du roi Kodom Bong, Sri Suriyo Phawong, fut érigé en roi vassal sous la tutelle du général siamois Phraya Chaï ​​Narongพระยาชัยณรงค์ qui resta dans le royaume avec une garnison de 5 000 hommes. Pas moins de 90 000 Cambodgiens furent emmenés prisonniers au Siam. Des armes à feu auraient été utilisées dans cette guerre (10). Ces victoire furent célébrées à Ayutthaya par une grande procession, et des récompenses et des promotions furent offertes aux officiers victorieux. Le Cambodge mit une cinquantaine d'années à se remettre de ce coup.

Le roi Ramesuan mourut en 1395 à l'âge de 62 ans, après avoir régné sept ans depuis sa seconde accession au trône. Général incompétent dans sa jeunesse, il ne dut probablement ses succès ultérieures qu'à l'habilité de Phraya Chaï ​​Narong. L'assassinat de son neveu, Thong Lan, reste une tache sur sa mémoire. Même si cet acte pouvait être justifié par des raisons politiques, Ramesuan aurait pu se rappeler combien plus noblement le roi Borommoracha avait agi envers lui-même lors de son abdication, et avait épargné le fils par gratitude envers le père.

Un roi fantôme, Ram RachaRamrachathirat : รามราชาธิราช, fils du roi Ramesuan, succéda au trône. Rien d'important n'est à signaler pendant les quatorze années de son règne.

En 1408, le roi Ram Racha ordonna l'arrestation de son principal ministre avec lequel il s'était brouillé. Celui-ci s'enfuit à Suphan et demanda l'aide du prince Nakon In, gouverneur de cette ville et neveu du roi Borommoracha I. Le prince se rendit à Ayutthaya, obligea Ram Racha à abdiquer en sa faveur et prit le titre d'Intharacha Iอินทราชาที่๑. Ram Racha, considéré comme inoffensif, put vivre en exil jusqu'à sa mort (11).

Intharacha I était le fils d'un des frères cadets du roi Borommoracha I et avait succédé à son père comme gouverneur de Suphan. Une fois sur le trône, il combla d'honneurs le ministre qui avait provoqué son élévation, lui donnant une de ses filles en mariage et le couvrant de toutes sortes d'ornements en or et d'insignes de dignitaire.

Le roi de Chiang Maï, Sen Müang Ma, mourut en 1411. Ses deux fils, Yi Kum Kamยี่กุมกาม et Fang Kenฝั่งแกน, se déchirèrent pour la succession. Évincé, Yi Kum Kam appela le Siam à l'aide. Une armée commandée par le roi vassal Thammaracha IIIธรรมราชาที่๓ de Sukhothaï, fut dépêchée à Chiang Maï pour le placer sur le trône.

Les Siamois assiégèrent d'abord Phayaoพะเยา, mais ne réussirent pas à prendre la ville. Cette offensive est intéressante, car elle fait l'objet de la première mention dans les annales de Chiang Maï de l'utilisation du canon. On dit que les Siamois érigèrent un monticule de 22 mètres de haut afin de pouvoir tirer dans la ville. Les défenseurs de Phayao utilisèrent les tuiles de cuivre d'un de leur temple pour fondre un canon de cinq pouces avec lequel ils détruisirent le fort siamois.

Les Siamois abandonnèrent le siège de Phayao et se rendirent à Chiang Raï, puis marchèrent sur Chiang Maï dont ils firent le siège. Le jeune roi de Chiang Maï proposa alors que le litige entre les deux prétendants à la Couronne soit tranché par un combat singulier. Chaque partie devait choisir un champion. Si le champion siamois l'emportait, le roi Fang Ken devait abdiquer en faveur de son frère ; si le champion lao était le vainqueur, le prince Yi Kum Kam devait abandonner ses prétentions. Ces conditions furent acceptées et les deux combattants furent désignés. Ils se battirent pendant plusieurs heures sans qu'aucun prît l'avantage, mais le champion siamois reçut finalement une égratignure au gros orteil et fut déclaré perdant.

Ce siège fut également mémorable par le courage d'un gamin nommé Phet Yotเพ็ดยศ qui rassembla une bande de 200 jeunes garçons sur la montagne de Doï Suthepดอยสุเทพ et harcela continuellement l'armée siamoise. Après le siège, le roi de Chiang Maï fut si content de Phet Yot qu'il le nomma Phraya Dekchaïพระยาเด็กชาย (Prince Petit-garçon), un titre qui subsiste encore à Chiang Maï.

L'armée siamoise se retira. On peut cependant difficilement dire qu'elle observa l'esprit du pacte conclu avec le Laos, car elle marcha vers le nord et attaqua la ville de Chiang Raï, qui fut été prise. Un grand nombre de prisonniers furent emmenés à Ayutthaya.

En 1410, le roi vassal de Sukhothaï mourut. Sa mort fut suivie de graves troubles provoqués par la rivalité des deux princes, Ban Müangบาลเมือง et Ramaราม, qui revendiquaient tous deux la succession (12). Le roi Intharacha, à la tête de son armée, s'avança jusqu'à Nakhon Sawanนครสวรรค์. La démonstration de force fut suffisante et les rivalités entre les deux princes s'apaisèrent. On ignore lequel d'entre eux fut nommé roi ou gouverneur de Sukhothaï.

Comme nous l'avons vu, le roi Intharacha s'était déjà rendu en Chine avant de devenir roi. Pendant tout son règne, il entretint des relations amicales avec l'empereur Yonglo (troisième de la dynastie Ming). Plusieurs ambassades furent envoyées en Chine et plusieurs émissaires chinois furent reçus à Ayutthaya.

Le roi Intharacha eut trois fils, nommés d'après le système numérique déjà mentionné. Nous pourrions les appeler Princes Primus, Secundus et Tertius. À la mort de leur père, en 1424, les deux aînés commencèrent à se battre pour le trône. Ils se confrontèrent avec leurs partisans sur un pont de la ville d'Ayutthaya, et les deux rivaux, montés sur des éléphants, s'affrontèrent en combat singulier. Le résultat fut que tous deux furent jetés à bas de leur monture et tués. Le plus jeune frère fut alors proclamé roi sans aucune opposition, et régna sous le titre de Borommorachathirat IIบรมราชาธิราชที่๒ (1424).

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NOTES

1 - Note de l'auteur : Ce système de nomenclature était le suivant : 1, Ai ; 2, Yi ; 3, Sam ; 4, Sai ; 5, Ngoa ; 6, Lok ; 7, Chet ; 8, Pet ; 9, Chao ; 10, Chong. Ces mêmes noms sont couramment utilisés par les Shans à l'heure actuelle, bien que la plupart d'entre eux soient tombés en désuétude au Siam. Il existait un système similaire pour nommer les filles. 

2 - Note de l'auteur : Ce titre signifie Prince d'Inthaburi. La ville d'Inthaburi [Inburi : อินทร์บุรี)] qui existe encore, était à cette époque sous la domination de Suphan. 

3 - Note de l'auteur : Pha Kong était l'ancien nom de Nan [น่าน]. 

4 - Note de l'auteur : Ce souverain fit bâtir le beau temple Wat Suthep (วัดสุเทพ), sur la montagne Doï Suthep (ดอยสุเทพ), près de Chiang Maï. 

5 - N.d.T. : Le sixième de la dynastie Mangraï, d'après Sarassawadee Ongsakul (History of Lan Na, 2005, p. 252). 

6 - Note de l'auteur : Cette statue, moulée à Ceylan au début de l'ère chrétienne, connut une histoire mouvementée. Le roi Ramkhamhaeng de Sukhothaï dépêcha un envoyé à Ceylan pour la demander. Elle lui fut envoyée sur un navire qui fit naufrage, mais dont l'épave aborda à Nakhon Si Thammarat. La statue fut emmenée à Chaïnat, d'où le roi Borommoracha I la fit transporter à Ayutthaya vers 1378. Au cours du même règne, le fils du gouverneur de Kamphaeng Phet la déroba par la ruse et l'emporta dans cette ville jusqu'en 1388, année où le prince Phrom la reprit par la force et la déplaça à Chiang Maï. Vers 1548, le roi Chairachathirat (ไชยราชาธิราช) la fit transporter à Luang Prabang avec le Bouddha d'émeraude et d'autres statues très sacrées. En 1556, la statue fut renvoyée à Chiang Maï. En 1662, le roi Naraï (นารายณ์) la fit venir à Ayutthaya. Après la mise à sac de la ville en 1767, les Birmans rendirent la statue à Chiang Maï. Le premier roi de la dynastie actuelle [Rama I : Phutthayotfa Chulalok (พุทธยอดฟ้าจุฬาโลก)] la fit mettre en 1795 dans le palais royal de Bangkok, où elle se trouve encore aujourd'hui. On pense généralement que le Phra Phuttha Sihing qui se trouve à Chiang Maï est une réplique moulée vers 1388. Toutefois, certains pensent que c'est bien l'original, et que c'est celui de Bangkok qui est une copie.

ImageLe Phra Phuttha Sihing de Chiang Maï. 

7 - Note de l'auteur : Toutefois, selon certaines autorités, ces éléphants seraient d'origine beaucoup plus moderne. Ils auraient été installés par le prince Kawila en 1780. 

8 - Note de l'auteur : Les Pongsawadan, à l'exception de la version la plus ancienne (Histoire de Luang Prasoet), donnent un récit détaillé de l'invasion de Chiang Maï par le roi Ramesuan. Le mur de la ville fut abattu par un gros canon. Le roi de Chiang Maï demanda une trêve dont il se servit perfidement pour réparer les dégâts. La ville fut alors prise de force et un fils du roi, nommé Nak Srang, fut établi à sa place. Les Siamois firent un grand nombre de prisonniers. Il semble impossible que ces événements aient réellement eu lieu. Le roi de Chiant Maï, Sen Muang Ma, accéda au trône pendant le règne du roi Borommoracha I et ne fut pas porté au pouvoir par les Siamois, qui, au contraire, soutenaient le prince Phrom, son rival. La date de la mort du roi Sen Muang Ma fait débat, mais la date la plus rapprochée est de six ans après la mort du roi Ramesuan. Le roi suivant de Chiang Maï, Fang Ken, ne fut pas non plus soutenu par les Siamois. Le style littéraire auquel se rattache cette prétendue invasion de Chiang Maï est tout à fait en désaccord avec celui utilisé pour décrire d'autres événements de cette période. L'histoire est une interpolation. C'est probablement la description d'une guerre bien différente qui eut lieu beaucoup plus tard. Le nom Nak Srang évoque plutôt le Cambodge. 

9 - Note de l'auteur : Guerre du Cambodge. Selon l'histoire cambodgienne, cette invasion eut lieu en 1357, pendant le règne de Ramathibodi I. Cette précision est insérée ici sous l'autorité du prince Damrong. 

10 - Note de l'auteur : Certains ont suggéré que les armes à feu ne pouvaient pas être connues au Siam à cette époque. La première mention d'armes à feu dans l'histoire de Chiang Maï remonte au siège de Phayao en 1411. L'histoire birmane nous dit que des canons furent utilisés au siège de Martaban en 1354. Dans l'histoire chinoise, il est dit qu'une arme qui peut avoir été un canon fut utilisée au siège de Yuenta en 747. Des canons furent employés par les Anglais au siège de Cambrai en 1350, et étaient déjà connus en Europe depuis plusieurs années. L'auteur ne considère pas impossible que des canons aient pu être utilisés au Siam en 1390. 

11 - N.d.T. : Selon d'autres sources, Ram Racha fut exécuté. 

12 - Note de l'auteur : Thammaracha II de Sukhothaï était mort vers 1409. Il s'agissait de Thammaracha III, un jeune monarque. Les deux princes qui revendiquaient sa succession étaient probablement ses frères. Voir le chapitre III. 

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