CHAPITRE XIII
Règnes des rois Chaï, Sri Suthammaracha et Naraï.

Statue du roi Naraï à Lopburi

À la mort du roi Prasat Thongปราสาททอง, son fils aîné, Chao Fa Chaïจเจ้าฟ้าไชย, s'empara du trône (1), bien qu'il semble que le frère cadet du défunt roi ait été nommé Uparatอุปราช [prince héritier]. Chao Fa Chaï, cependant, ne régna que quelques jours. Il fut emprisonné et exécuté après que son frère cadet, le prince Phra Naraïพระนารายณ์, eut rejoint le parti de son oncle. Le prince Sri Suthammarachaศรีสุธรรมราชา, frère cadet du roi Prasat Thong, devint roi, et le prince Naraï fut nommé Uparat.

Le peu que nous savons du roi Sri Suthammaracha nous laisse penser qu'il était aussi détestable que son frère. Heureusement pour le Siam, il régna moins de trois mois. En novembre 1657, il tomba amoureux de sa nièce, la sœur du prince Naraï, et lui fit des propositions qui lui déplurent. Elle sortit clandestinement du palais, cachée dans une armoire (2), et alla se plaindre auprès de son frère de ces avances inopportunes. Le prince Naraï décida de détrôner son oncle et de prendre sa place. Réunissant ses partisans, il attaqua le palais. Le roi fut blessé, mais réussit à s'échapper. Il fut capturé et exécuté quelques jours plus tard (3).

Naraï avait environ 25 ans au moment de son avènement. La mort violente de deux monarques en l'espace de trois mois avait déstabilisé le pays, et il est probable que le nouveau roi ne se sentait pas lui-même très en sécurité au début de son règne. De fait, il était à peine monté sur le trône que deux de ses frères cadets, accusés de comploter contre sa vie, furent exécutés, et pendant un certain temps, les exécutions de suspects se succédèrent.

En 1659, le Cambodge fut secoué par une guerre civile opposant le jeune roi Keo FaKaev Hua II à son frère Nak PratumChey Chettha IV. La reine mère, une princesse cochinchinoise, demanda l'intervention du roi de Cochinchine. Une armée fut envoyée, qui envahit et pilla le royaume. Fait prisonnier, Keo Fa mourut en captivité, et Nak Pratum devint roi. Lors de cette invasion, le comptoir de l'East India Company (EIC) (4) fut mis à sac et plusieurs employés anglais échappèrent de peu à la mort. Ils s'enfuirent au Siam, où le roi Naraï les accueillit avec beaucoup de générosité. Ils envoyèrent une description enthousiaste du pays au Conseil de Batavia (5) et demandèrent instamment la réouverture d'un comptoir à Ayutthaya, ce que la compagnie anglaise fit en 1661. Le roi pardonna une vieille dette impayée, et les marchands anglais revinrent une fois encore à ye olde factory house abandonnée en 1632. Thomas Cotes en fut nommé directeur.

Au même moment, la Birmanie était secouée par des troubles liés à ses difficiles relations avec la Chine. La dynastie Ming avait été renversée et son dernier empereur était mort en 1643. Son fils, Yunhli, à la tête d'un bande de malandrins, s'était illustré pendant quelques années par des brigandages sur les frontières du Yunnan et des États shans. En 1658, il fut contraint de chercher refuge en Birmanie. L'année suivante, une importante force chinoise envahit la Birmanie et assiégea Ava (6). Ces événements ne furent pas sans conséquence sur la politique du Siam. Phra Sen Müangพระแสงเมือง, le prince de Chiang Maïเชียงใหม่, pris de panique en apprenant l'invasion de la Birmanie et craignant que son tour ne vînt ensuite, envoya un émissaire au roi Naraï pour implorer sa protection. Naraï saisit avec empressement cette occasion de réunir Chiang Maï et Ayutthaya. En novembre 1660, il se dirigea vers le nord à la tête d'une armée considérable.

Dans l'intervalle, le prince de Chiang Maï apprit que les Chinois, à court de provisions, s'étaient retirés d'Ava. Regrettant sa hâte à demander du secours, et craignant des représailles de la part du roi de Birmanie, il ordonna à son armée de revenir immédiatement. Le roi Naraï, comprenant qu'il était joué, poursuivit sa marche et occupa Nakhon Lampangนครลำปาง et plusieurs autres petits domaines, mais il ne disposait pas d'une force suffisante pour attaquer Chiang Maï. Il revint donc à Ayutthaya au début de 1661. La même année, le roi Bintalé de Birmanie fut détrôné et exécuté. Avec ses épouses et ses courtisans, il avait organisé un marché noir sur les vivres pendant le siège d'Ava, provoquant ainsi une grande misère. Son frère, le prince de Prome, devint roi, avec le titre de Maha Pawara Thammaracha (7).

Les événements de Birmanie confortèrent le roi Naraï dans sa volonté de soumettre Chiang Maï. Il était fort mécontent de l'incompétence dont avaient fait preuve ses généraux lors de la première expédition et s'était déterminé à placer un homme plus jeune et plus énergique à la tête de ses armées. Son choix se porta sur son frère de lait, Phraya Kosathibodi Khun Lekพระยาโกษาธิบดีขุนเหล็ก. Dès sa prise de fonction, Phraya Kosa se rendit compte que l'armée siamoise manquait de discipline et de docilité et horrifia tous les vétérans par son impitoyable sévérité. Les déserteurs et les tire-au-flanc ne furent pas épargnés et Phraya Kosathibodi veilla à ce que ses ordres soient strictement exécutés. Ainsi, il donna un jour l'ordre de construire une palissade à l'aide de bambous enfoncés dans le sol par leur bout pointu. Un officier, considérant que c'était contraire à la méthode traditionnelle qui consistait à mettre les bouts pointus vers le haut, supposa que le général avait commis une erreur et prit sur lui de la réparer. Il paya cette initiative de sa tête. Phraya Kosa avait bien sûr raison, et les lecteurs qui ont essayé d'inciter les paysans siamois à adopter de nouvelles méthodes de travail n'auraient que de la sympathie pour lui.

À la fin de l'année 1661, Phraya Kosa lança son armée sur Chiang Maï, suivi peu de temps après par le roi. 100 000 hommes environ furent mobilisés pour cette expédition, la plus grande force jamais déployée pour l'invasion de Chiang Maï. Phraya Kosa ne rencontra aucune résistance sérieuse jusqu'à Nakhon Lampang. La ville tomba après un court engagement. Lamphunลำพูน résista pendant une semaine. Chiang Maï opposa une résistance acharnée, mais fut prise après l'arrivée du roi Naraï en mars 1662. Le prince et la plupart des nobles furent capturés. Après la chute de Chiang Maï, une armée birmane arriva sur les lieux, mais fut attaquée par les Siamois et repoussée en Birmanie.

Le roi Naraï resta quinze jours à Chiang Maï, puis revint à Ayutthaya avec un gros butin, dont la célèbre statue de Bouddha appelée Phrasinghพระสิงห์, qui se trouvait autrefois à Ayutthaya (8).

Tandis que les Siamois envahissaient Chiang Maï, une insurrection éclatait à Pégou. Les Péguans s'étaient montrés particulièrement passifs lors du siège d'Ava par les Chinois. Une fois le danger écarté, le nouveau roi de Birmanie entreprit de les châtier. Ils se révoltèrent, se saisirent du gouverneur de Martaban et l'envoyèrent à Ayutthaya, priant le roi Naraï de prendre Pégou sous sa protection et de le défendre contre le roi de Birmanie. Dans le même temps, un grand nombre de Péguans émigrèrent et vinrent s'installer au Siam.

Naraï, voyant que ces événements ne pouvaient conduire qu'à la guerre, mobilisa des forces sur les principaux points de la frontière birmane. L'offensive eut lieu vers la fin de 1662, mais les Siamois étaient prêts et repoussèrent les envahisseurs en leur infligeant de lourdes pertes. Encouragé par cette victoire, le roi Naraï marcha sur Pégou. Fatiguée de l'oppression birmane, la population se rangea à ses côtés. Martaban, Rangoon et d'autres bastions furent rapidement occupés et l'armée siamoise se dirigea alors vers le nord. Il est difficile de savoir jusqu'où les Siamois ont avancé, tant les témoignages divergent sur ce sujet. Finalement, le manque de ravitaillement et la famine contraignirent les troupes à se retirer (9). Cette invasion d'envergure, qui n'eut aucune conséquence notable, fut la dernière menée par une armée siamoise en territoire birman. Pégou retomba presque aussitôt sous la domination birmane, mais avec un joug moins rigoureux, de crainte que les Péguans n'appellent à nouveau le Siam à l'aide. Quant à Chiang Maï, le roi Naraï ne semble pas avoir tenté de s'y maintenir. En 1663, Phraya Sen Müang mourut et le prince birman de Prome fut nommé gouverneur. La principauté resta sous le contrôle de la Birmanie jusqu'en 1727. Force est d'admettre que les guerres du roi Naraï n'eurent aucune suite bénéfique pour le Siam.

Le rétablissement d'un comptoir anglais à Ayutthaya indisposa beaucoup les Hollandais, qui étaient maîtres de presque tout le commerce du Siam depuis près de quarante ans. De plus, ils étaient hostiles au système institué par le roi Songthamทรงธรรม et renforcé par le roi Prasat Thong, qui instituait un monopole royal sur les principales marchandises, notamment les peaux, l'étain et le bois. Au début de l'année 1664, ils exigèrent divers privilèges commerciaux et, faute de les obtenir, ils envoyèrent une flotte qui bloqua l'embouchure du fleuve Chao Phrayaเจ้าพระยา pendant un temps considérable. Le Siam, qui ne disposait pas alors de forces navales assez puissantes pour se mesurer aux Hollandais, fut contraint de céder, et le 10 août (22 N.S.) 1664, un traité fut conclu par lequel la Compagnie hollandaise obtenait le monopole exclusif du commerce des peaux et l'engagement du Siam de ne pas employer de Chinois sur ses navires. Le terme Chinois incluait les Japonais et les Cochinchinois. Comme la plupart des marins à bord de navires siamois relevaient de cette définition, cette clause empêchait de fait le Siam de faire concurrence à la Hollande dans le commerce avec la Chine. Mais la disposition la plus intéressante de ce traité était la suivante : Dans le cas où (ce qu'à Dieu ne plaise) certains employés de la Compagnie commettaient quelques crimes graves au Siam, le roi et les juges ne seront pas autorisés à les juger. Ils devront être remis au directeur de la Compagnie, qui les punira selon les lois hollandaises. C'était là le germe du système de juridiction extraterritoriale qui occupe une place si importante dans la politique siamoise moderne.

Pierre Lambert de la Motte

Afin de rabattre l'arrogance des Hollandais, le roi Naraï envisagea de cultiver l'amitié d'autres puissances européennes. La Compagnie anglaise des Indes n'était pas disposée à s'immiscer dans les affaires siamoises ; elle s'interrogeait même sur l'opportunité de fermer le comptoir d'Ayutthaya, moins rentable que prévu. Le Portugal n'était plus que l'ombre de sa grandeur passée. Il restait la France. En 1662, Mgr de la Motte Lambert, évêque de Bérythe, arriva au Siam. Il fut suivi en 1664 par Mgr Pallu, évêque d'Héliopolis, et d'autres missionnaires jésuites français. Le roi accorda une grande attention à ces prêtres, notamment lorsqu'il apprit que l'un deux, le père Thomas, était un architecte et un ingénieur habile. Il le chargea de concevoir et superviser la construction de nouveaux forts à Bangkok, Ayutthaya, Nonthaburiนนทบุรี et d'autres lieux, destinés principalement à parer les agressions hollandaises (10). Le roi, estimant qu'Ayutthaya était trop facilement accessible par la mer, s'installa à Lopburiลพบุรี, où un nouveau palais, des forts et d'autres bâtiments furent construits. Une tour fut également érigée pour servir d'observatoire.

Les missionnaires français reçurent des terres et des maisons et furent encouragés à construire des églises. Ces grandes faveurs leur laissèrent supposer que le roi Naraï avait un penchant pour la religion catholique, et ils commencèrent à concevoir le projet de le convertir, et, à travers lui, tout le royaume.

En 1665, l'évêque d'Héliopolis rentra en Europe. Il régala le pape, Alexandre VII et le roi de France Louis XIV, avec de merveilleux récits de l'avancée de la foi au Siam. Le pape promit de prendre des mesures pour faire avancer le bon travail des missionnaires et Louis XIV envoya plusieurs architectes et artisans pour assister le père Thomas dans ses tâches plus terre à terre (11).

L'évêque de Bérythe et ses religieux eurent leur première audience avec le roi Naraï à l'occasion du départ de Mgr Pallu pour l'Europe. Ils saisirent cette opportunité pour exposer à Sa Majesté les principes du christianisme. Il sembla impressionné et leur octroya de nouvelles parcelles de terrain, ce qui renforça leurs espoirs de succès.

Quelques années s'écoulèrent, au cours desquelles les missionnaires accomplirent de nombreuses conversions, mais le roi resta bouddhiste. En 1668, des missionnaires musulmans arrivèrent d'Achem, un État qui entretenait depuis longtemps des relations amicales avec le Siam, et ils invitèrent le roi Naraï à se convertir à l'islam. Les missionnaires français s'en alarmèrent, mais le roi ne fut nullement convaincu des mérites du mahométanisme, et il déclara plus tard que s'il changeait un jour sa religion, il ne deviendrait certainement jamais musulman (12). Il faut noter que même si le christianisme n'a jamais vraiment séduit les Siamois, en particulier dans les classes les plus élevées, la religion musulmane les a encore moins attirés.

En février 1669, M. de Bourges, secrétaire de l'évêque de Bérythe, qui était retourné en France en 1663, revint au Siam accompagné de six autres prêtres et portant une bulle du nouveau pape, Clément IX, par laquelle le Siam et quelques-uns les États voisins se trouvaient placés sous la juridiction des vicaires apostoliques (13), reconnaissant ainsi l'autorité des ecclésiastique français en Indochine. Mgr Laneau fut plus tard consacré évêque de Métellopolis au Siam (1664) (14)), avec pouvoir d'établir des missions dans toute l'Asie, à l'exception des possessions de l'Espagne et du Portugal.

En 1676, le séminaire d'Ayutthaya accueillait plus d'une centaine d'élèves. Les jeunes siamois se préparaient aux ordres sacrés et une communauté féminine fut créée, sous le nom des Amantes de la Croix (15). Aucun moyen ne fut négligé pour gagner des fidèles à l'Église de Rome.

Le 27 mai 1673, l'évêque d'Héliopolis revint à Ayutthaya après un long et périlleux voyage. Il apportait avec lui des lettres du pape Clément IX et du roi Louis XIV destinées au roi Naraï. Le monarque siamois était impatient de recevoir les lettres en audience publique solennelle. Les évêques exigèrent d'être reçus selon un protocole à la hauteur de leur dignité, et refusèrent l'humiliation de paraître déchaussés devant le roi et d'avoir à se prosterner. Après quelque temps, ces conditions furent acceptées, au grand scandale des dignitaires siamois, horrifiés de voir l'évêque et les prêtres assis lors d'une audience royale. Les lettres furent présentées, mais certains précieux cadeaux, envoyés par le pape et le roi de France, avaient dû être laissés à Banten.

Peu de temps après, les évêques furent conduits en grande pompe à Lopburi, et reçurent une concession de terre pour la Mission ; le roi promit en outre de construire à ses frais une belle église. Les cadeaux du pape et du roi de France n'arrivèrent jamais. Un navire siamois fut envoyé pour les ramener de Banten, mais il fut capturé par les Hollandais avec sa cargaison peu après avoir levé l'ancre.

L'année 1675 reste mémorable, car c'est cette année-là que le Phoenix, un navire appartenant au capitaine George White, arriva à Ayutthaya. Le commis de White n'était autre que le célèbre Constant ou Constantine Phaulkon, dont la romantique et brillante carrière siamoise a été si souvent évoquée.

Constantin Phaulkon

Phaulkon naquit dans l'île grecque de Céphalonie, vers 1650. Son père était un petit aubergiste nommé Yeraki (qui signifie faucon en grec). Le jeune Yeraki s'enfuit de chez lui vers l'âge de dix ans et embarqua sur un navire anglais. Il vécut à Londres jusqu'en 1669 environ, date à laquelle il reprit la mer en tant que garçon de cabine du capitaine White. Il avait anglicisé son nom en Falcon, et ses camarades le réhellénisèrent en Phaulkon (16). Il devint le commis de White et amassa un petit pécule qu'il augmenta en assistant White dans ses opérations commerciales à Ayutthaya.

Avant que White ne quittât le Siam, Phaulkon acheta avec ses économies un petit navire appelé le Mary. Il en prit le commandement lui-même, mais le mauvais temps le repoussa par deux fois de l'embouchure du Chao Phraya. La troisième fois, il fit naufrage et fut jeté sur le rivage. Il réussit toutefois à sauver 2 000 écus de l'épave. Il rencontra un autre naufragé, qui se révéla être un ambassadeur de Siam en Perse, qui avait fait naufrage au même endroit. Phaulkon utilisa ses 2 000 écus pour acheter un autre navire, avec lequel il ramena l'ambassadeur à Ayutthaya. Celui-ci, reconnaissant, le présenta à Phraya Kosathibodi, qui était récemment devenu Phra Khlangพระคลัง. Ce ministre le prit à son service, et Phaulkon devint rapidement surintendant du commerce extérieur, avec le titre de Luang Wichaiyenหลวงวิชเยนทร์.

La nomination de Phaulkon à ce poste irrita fortement l'East India Compagny, qui détestait par-dessus tout les interlopers, ainsi qu'elle nommait les marchands anglais indépendants qui faisaient du commerce en bravant son monopole. Le capitaine George White et son frère Samuel, eux-mêmes des interlopers, ne portaient guère la Compagnie dans leur cœur. Phaulkon partageait sans doute ce sentiment, car jusqu'à la fin de sa carrière, il traita par le mépris les prétentions de l'EIC qui réclamait le monopole du commerce au Siam, et il encouragea même un grand nombre d'interlopers à venir faire des affaires à Ayutthaya. Cette politique le mit constamment en butte à l'hostilité des employés du comptoir anglais, ce qui, au fil du temps, l'incita à se rapprocher des Français.

L'évêque d'Héliopolis quitta le Siam en 1674, mais plusieurs nouveaux prêtres arrivèrent en 1676, dont M. Charbonneau, le premier missionnaire médecin du Siam (17). Il s'installa dans un hôpital fondé par le roi, mais fut bientôt sollicité pour occuper le poste de gouverneur de l'île de Phuket. Cette nomination fut sans doute inspirée par les jésuites français et constituait le premier pas dans leur projet d'exercer un contrôle politique total sur le Siam (18). Quelques années plus tard, M. Charbonneau fut remplacé à Phuket par un autre Français, M. Billy (19).

L'évêque de Bérythe mourut en 1679, et après sa mort, les activités des missionnaires français devinrent plus politiques.

En 1664, Colbert, le célèbre ministre de Louis XIV, créa la Compagnie royale des Indes orientales, destinée à rivaliser avec la compagnie anglaise établie à Surate depuis 1668. En 1680, la compagnie française envoya un navire à Ayutthaya, avec plusieurs officiers, pour y ouvrir un comptoir. Le roi les reçut bien et leur accorda toutes sortes de privilèges. Le jour de Noël 1680, la première ambassade siamoise vers l'Europe quitta Ayutthaya (20). Elle était composée de trois ambassadeurs de haut rang, et d'une suite de trente personnes. Ils emportaient avec eux une lettre au roi de France, écrite sur une feuille d'or, accompagnée de nombreux cadeaux rares et curieux, notamment de jeunes éléphants et des rhinocéros (21). La lettre proposait de céder SingorSongkhla : สงขลา à la France. Comme on l'a vu, Singor était en état de rébellion au moment de la mort du roi Prasat Thong, et il semblerait qu'elle était encore intacte en 1680 (22). Le navire portant cette ambassade, qui devait être une véritable arche de Noé, n'atteignit jamais l'Europe. Il fit naufrage à l'est de Madagascar et tous les passagers, humains et animaux, périrent.

Tout en comblant les Français de faveurs, le roi Naraï n'était pas mal disposé envers les Anglais. Ces derniers n'avaient cependant pas l'avantage de posséder des missionnaires, et le roi Charles II n'était pas un homme à tenter de combattre l'influence française dans un pays aussi lointain. Il semble toutefois qu'en 1678, le roi Naraï proposa de céder Pattani à la Compagnie anglaise, avec les mêmes privilèges que ceux dont elle jouissait à Fort St. George. Samuel Potts, l'un des commis de l'EIC, se rendit à Pattani, mais trouvant le royaume en état d'insurrection, il se réfugia à Singor.

En ce qui concerne les rébellions de Pattani et de Singor, il est difficile de retracer précisément les événements. Il semble que Pattani se soit soumis au Siam en 1679, mais s'il faut en croire Potts, la ville, qui était plus ou moins en insurrection depuis plus de vingt ans, se préparait subir un siège en janvier 1679. Selon des témoins hollandais, Potts aurait aidé le gouverneur rebelle de Singor à construire des fortifications contre les Siamois, ce qui aurait grandement discrédité la compagnie anglaise. En mars 1689, Singor résistait toujours, mais tomba probablement dans le courant de l'année. La Loubère prétend que le siège prit fin de manière curieuse. Un Français, nommé Cyprien, lassé des atermoiements du général siamois qui ne se décidait pas à donner l'assaut, pénétra seul de nuit dans Singor, captura le gouverneur et le conduisit dans le camp siamois.

Potts revint à Ayutthaya après la chute de Singor et eut une série de désaccords avec Richard Burnaby, qui dirigeait le comptoir anglais depuis 1678. Burnaby fut démis de ses fonctions en 1681, et Potts et Thomas Ivatt le remplacèrent en tant que chefs associés de l'établissement. Burnaby avait laissé Phaulkon contracter une grosse dette envers la Compagnie. Potts exigea son paiement et entama une violente correspondance avec le favori, qu'il accusait d'ingratitude et d'outrecuidance, allant jusqu'à qualifier ses réponses de « camelotes sans queue ni tête ».

Ivatt prit le parti de Phaulkon et fut renvoyé. Il rejoignit Burnaby dans l'administration siamoise. Dans la nuit du 6 décembre 1682, un incident détruisit entièrement la maison et les bureaux du comptoir de la Compagnie. Potts et Phaulkon s'en rejetèrent mutuellement la responsabilité. Potts accusa Phaulkon d'avoir voulu détruire les preuves de sa dette, et Phaulkon accusa Potts d'avoir voulu détruire les preuves de ses malversations. Ces démêlés ne firent que rendre Phaulkon de plus en plus pro-français. À peu près à cette époque, il se convertit au catholicisme et finit par défendre inconditionnellement les intérêts français.

En 1683, William Strangh et Thomas Yale furent envoyés d'Angleterre pour enquêter sur les affaires de la Compagnie au Siam. Ils furent bien accueillis par le nouveau Phra Khlang, Phraya Sri Thammaratพระยาศรีธรรมราช, successeur de Chao Phraya Kosathibodi, décédé au début de l'année (23). Strangh et Yale firent plus de mal que de bien. Ils ne recouvrèrent aucune dette et ne parvinrent pas à faire la lumière sur la perte du comptoir. Yale était plutôt accommodant, mais Strangh multipliait les disputes les plus violentes avec Phaulkon, qui avait été élevé au rang de Chao Phraya Wichaiyenเจ้าพระยาวิชเยนทร์. Il écrivit à Phaulkon une lettre de congé dans laquelle il évoquait « votre grossière indigence mentale, jointe à votre soudaine et surprenante élévation à quelque dignité païenne », l'accusant d'avoir mis le feu au comptoir et d'être à la source des difficultés et des pertes de la Compagnie à Ayutthaya. Pas très diplomatique.

Phaulkon, que Strangh insultait si grossièrement, était alors l'un des hommes les plus puissants du Siam. Le nouveau Phra Khlang, pour citer Phaulkon lui-même, était un imbécile, et le Grec était, en tout et pour tout, le véritable Premier ministre. Tandis que Strangh indisposait ce redoutable ennemi, le roi Naraï se préparait à ouvrir son royaume à la France. En janvier 1684, la deuxième ambassade siamoise s'embarqua pour l'Europe. Elle était dirigée par deux siamois et accompagnée d'un prêtre français. Ils firent d'abord escale à Margate, en Angleterre, et l'on dit qu'ils conclurent un traité avec Charles II, mais aucune trace n'en fut trouvée. Ils se rendirent ensuite en France, où ils furent bien reçus. Ces envoyés, qui n'avaient pas le titre d'ambassadeurs, étaient des dignitaires de rang inférieur, et leur comportement fut loin de faire bonne impression en Europe. Ayant certainement été informés que les chrétiens étaient monogames, ils durent être assez perplexes devant ce qu'ils virent dans les cours de Charles II et de Louis XIV.

Les relations entre Phaulkon et la Compagnie anglaise des Indes orientales ne s'améliorèrent pas. Peu de temps après le départ de la deuxième ambassade siamoise en Europe, Phaulkon fit arrêter Peter Crouch et John Thomas sur leur navire, le Delight. Ces deux commis du comptoir d'Ayutthaya avaient refusé de lui livrer un chargement de clous destinés au Japon. La Compagnie estima alors que l'établissement au Siam causait plus de problèmes qu'il ne rapportait de bénéfice, et que Phaulkon était un vilain homme et un méchant garçon. Cependant, en 1685, le conseil de Fort St. George envoya une mission à Ayutthaya pour tenter de repartir sur de bonnes bases. Elle arriva en septembre 1685, et les premières choses que virent les Anglais furent deux navires français qui venaient d'arriver, transportant la première ambassade de Louis XIV au Siam. La délégation anglaise fut plus ou moins ignorée et semble n'avoir obtenu aucun résultat.

Audience du chevalier de Chaumont

L'ambassade française avait été organisée sur un grand pied de magnificence. Elle était conduite par le chevalier de Chaumont, accompagné d'une suite nombreuse dans laquelle les jésuites prédominaient largement (24). La mission première assignée par Louis XIV à son ambassadeur était d'obtenir la conversion du roi Naraï au christianisme, et l'abbé de Choisy, qui l'accompagnait, avait pour instruction de rester au Siam pour baptiser le roi au cas où il se convertirait.

Par un traité signé le 19 décembre 1685, l'ambassadeur de France obtint de très importantes concessions religieuses et commerciales (25). Liberté totale de commerce dans le royaume était accordée à la Compagnie française des Indes Orientales, à l'exception des droits d'importation et d'exportation, et à la condition, tout de même, que toutes les marchandises fussent achetées aux entrepôts royaux. Elle bénéficiait en outre d'une juridiction extraterritoriale sur ses employés et du monopole du commerce de l'étain dans l'île de Phuket. La ville de Singor était donnée aux Français, avec pleins pouvoirs pour la fortifier. Que gagna le Siam en retour ? Rien du tout ! Il dut cependant exister un accord tacite selon lequel la France s'engageait, si nécessaire, à lui apporter son aide contre les Hollandais, dont l'influence grandissante dans la péninsule inquiétait le roi Naraï.

Le chevalier de Chaumont échoua cependant sur l'objet principal de sa mission : convertir le roi Naraï. Le pauvre monarque dut vivre une période assez éprouvante, car, tandis qu'il était pressé par Chaumont et les jésuites de se faire chrétien, un ambassadeur de Perse venu à sa cour ne perdait aucune occasion de lui vanter les mérites du Coran.

En fin de compte, Chaumont demanda une réponse définitive, et le roi fut alors censé avoir prononcé un discours devenu célèbre depuis, au cours duquel il aurait déclaré : Il est naturel de croire que le vrai dieu prend autant de plaisir à se voir honoré par différents cultes, qu'à être glorifié par une prodigieuse quantité de créatures, qui toutes le louent à leur manière. Cette beauté variée que nous admirons dans l'ordre physique, serait-elle moins admirable dans l'ordre moral, et moins digne de la sagesse d'un dieu ? Quoi qu'il en soit, puisque Dieu est le maître absolu du monde, et qu'il préside à tous les événements, je résigne entièrement ma personne et mes États entre les bras de sa providence, et je conjure de tout mon cœur son éternelle sagesse d'un disposer selon son bon plaisir (26).

Pendant que l'ambassade de France était reçue en grande pompe à Lopburi, les relations entre le Siam et la Compagnie anglaise se dégradaient. Le roi de Siam avait un litige avec le roi de Golconde, et John Coates, un Anglais à son service, fut envoyé sur le navire siamois le Prosperous, pour négocier un arrangement. Coates captura plusieurs navires du roi de Golconde, s'empara d'un fort et commit d'autres agressions. Un comptoir de la compagnie anglaise se trouvait à Madapolam, sur le territoire de Golconde. Le roi reprocha au directeur les exactions de son compatriote, bien que ce dernier ait fait de son mieux pour les empêcher. Les méthodes de Coates et d'Alexander Leslie, un autre Anglais au service du roi de Siam, furent considérées comme des actes de piraterie par la Compagnie anglaise, et les relations avec le gouvernement de Siam s'en trouvèrent gravement affectées.

L'influence française, en revanche, gagnait en force chaque jour. Le chevalier de Chaumont et sa mission quittèrent le Siam le 22 décembre 1685, emmenant avec eux les membres de la troisième ambassade du roi Naraï en France. Elle était dirigée par Phra Wisut Sunthornพระวิสุทธิสุนทร (Naï Panนายปาน), un frère cadet de Chao Phraya Kosathibodi, le défunt Phra Khlang. Phra Wisut était un homme capable et intelligent. Ces ambassadeur firent une très bonne impression à Louis XIV, d'autant plus qu'ils étaient venus demander, en guise de faveur, quelque chose qu'il n'était que trop disposé à leur accorder, à savoir des troupes françaises pour occuper certaines places fortes siamoises.

La guerre entre le Siam et le royaume de Golconde se poursuivit au début de 1686, et causa tant d'incidents que la Compagnie anglaise, poussée à bout, se détermina finalement à déclarer la guerre au Siam. Cependant, en août 1686, le navire anglais Herbert, commandé par le capitaine Henry Udall, se rendit à Ayutthaya, porteur d'une lettre adressée à Phaulkon par le roi Jacques II lui-même. Le monarque appelait Phaulkon notre ami bien-aimé et l'informait qu'il avait bien reçu les présents envoyé au défunt roi Charles II. Il remerciait Phaulkon pour sa bonté envers les sujets anglais et l'assurait de Notre amitié en toutes occasions. Cette lettre était toutefois datée du 21 mars 1685, avant que de graves différends ne surviennent.

Le capitaine Udall ne quitta jamais le Siam. Alors qu'il se trouvait à Ayutthaya, les Macassars, qui avaient une importante colonie dans la capitale, se soulevèrent et ne furent maîtrisés qu'après plusieurs combats très violents. Au cours de l'assaut final, le capitaine Coates se noya dans un marais et le capitaine Udall fut tué en se battant courageusement. Quatre Français tombèrent également. Phaulkon, qui n'était pas un lâche, prit part en personne à cette action et aurait perdu la vie si un puissant Cafre basané ne l'avait pas jeté dans la rivière et avait nagé avec lui jusqu'à un bateau. Les Macassars furent finalement vaincus, mais la plupart avaient été tués. Les prisonniers furent enterrés vivants.

La Compagnie anglaise des Indes Orientales était fermement décidée à faire la guerre au Siam, ou plutôt, pourrait-on dire, à Phaulkon, le méchant garçon à qui elle imputait tous ses malheurs. L'objectif était triple : capturer et tenir le port de Mergui, capturer autant de navires siamois qu'il se pourrait, et arrêter et faire passer en cour martiale tous les Anglais au service du roi de Siam. Un certain Capitaine Lake, envoyé comme espion à Ayutthaya, fut assez stupide pour se vanter des projets guerriers de la Compagnie. Il fut arrêté sur son navire, le Prudent Mary, par le chevalier de Forbin, commandant français du fort de Bangkok, et emprisonné à Lopburi où il mourut en 1687.

Deux Anglais gouvernaient alors Mergui : Richard Burnaby, l'ancien directeur du comptoir de la Compagnie à Ayutthaya, et Samuel White, frère de George White, le premier patron et protecteur de Phaulkon. Burnaby, qui portait le titre de Phra Maritพระมะริด, était gouverneur et White était Shahbander, c'est-à-dire officier du port. Le roi Jacques II d'Angleterre leur adressa une lettre personnelle par laquelle il les invitait à trahir le roi de Siam et à livrer Mergui aux navires de la Compagnie. Le roi Jacques n'était jamais embarrassé pour demander à ses sujets de commettre des infamies.

Le 28 avril 1687, la compagnie anglaise envoya au roi Naraï une facture détaillée de 65 000 livres, en paiement des dommages subis par les sujets britanniques du fait de la guerre entre le Siam et Golconde, ainsi que pour les avances consenties à l'ambassadeur de Perse. Cette réclamation était accompagnée d'une lettre très amicale, assortie toutefois de menaces de représailles sur les sujets et les navires siamois, voire du blocus du port de Mergui, tant que la demande ne serait pas satisfaite.

La lettre ne fut délivrée qu'après l'arrivée à Mergui de deux frégates anglaises, le Curtana et le James. Le capitaine Anthony Weltden, du Curtana, débarqua, et une proclamation du roi Jacques II fut lue, ordonnant à tous les Anglais au service du roi de Siam de partir immédiatement. Les Anglais de Mergui, qui étaient au moins une cinquantaine, se préparèrent à obéir et une trêve de 60 jours fut proclamée pour permettre l'envoi de la lettre au roi Naraï à Ayutthaya. Après la proclamation de cette trêve, des préparatifs furent entrepris pour défendre le port. Weltden s'y opposa et le 9 juillet, il fit retirer quelques pieux qui avaient été plantés dans le lit de la rivière et captura un navire siamois, le Resolution.

Dans la nuit du 14 juillet, le gouverneur siamois de Mergui, exaspéré par les procédés de Weltden et craignant que tous les Anglais de Mergui ne fassent cause commune avec leurs compatriotes, canonna soudainement le James et réussit à le couler. Au cours de la même nuit, il tenta de faire massacrer tous les Anglais de Mergui. Weltden, qui était à terre, échappa de peu à la mort. White put s'échapper, mais Burnaby fut massacré avec environ cinquante autres Anglais. Cet incident, il faut l'avouer, n'était honorable ni pour les Anglais ni pour les Siamois.

Weltden se retira, et peu de temps après son départ, un autre navire anglais, le Pearly, arriva à Mergui, avec à son bord William Hodges et John Hill, qui avaient été désignés pour gouverner le port après sa capture, laquelle ne faisait aucun doute. Ils y trouvèrent un gouverneur et des troupes françaises, et furent emmenés à Lopburi. Ils y furent d'abord emprisonnés avec de nombreux autres Anglais, puis le roi les relâcha. La guerre ne semblait pas inquiéter le monarque, qui espérait utiliser les Anglais d'Ayutthaya comme intermédiaires pour négocier la paix. Ils restèrent au Siam pendant presque deux ans.

Le 11 août 1687, le roi Naraï déclara la guerre à la Compagnie anglaise des Indes. Il accusait White et Burnaby d'avoir été complice de Weltden, à qui il imputait l'entière responsabilité du massacre de Mergui. Le monarque prit la précaution d'expliquer qu'il ne se considérait pas en guerre avec le gouvernement anglais. De fait, beaucoup d'Anglais qui n'avaient aucun lien avec la Compagnie restèrent au Siam et ne semblent pas avoir été inquiétés.

Réception de l'ambassade Céberet-La Loubère

La deuxième ambassade envoyée par Louis XIV, arriva à Ayutthaya Le 27 septembre 1687. Elle était beaucoup plus imposante que la précédente. La Loubère et Céberet, les deux envoyés, étaient accompagnés de trois navires de guerre et de quatre autres navires (27), transportant 1 400 soldats et 300 artificiers (28), commandés par M. Desfarges, maréchal de France (29). Les intérêts religieux et commerciaux étaient également largement représentés.

Le roi Naraï n'attendait peut-être pas une force si importante, mais ses démêlés avec la Compagnie anglaise le rendirent plus enclin à l'accueillir qu'il ne l'aurait été en temps ordinaire. Nous jugeons aujourd'hui qu'il était très imprudent de sa part d'admettre autant de troupes étrangères dans son royaume. Ce n'est cependant qu'après que le monde eut assisté avec stupeur aux exploits de Dupleix et de Clive en Inde que l'on comprit avec quelle facilité un homme intelligent et compétent, soutenu par quelques troupes européennes bien disciplinées, pouvait soumettre un royaume oriental (30). En 1687, l'idée selon laquelle la France pouvait nuire gravement au Siam avec 1 400 hommes aurait probablement paru grotesque, tant à Louis XIV qu'au roi Naraï. Un siècle plus tard, l'exploit aurait semblé moins irréaliste.

Les émissaires français apportaient avec eux un brevet de noblesse pour Phaulkon. Il devint comte et chevalier de l'ordre de saint Michel et saint Pierre (31). Il reçut également de nombreux présents de valeur de la part du pape Innocent XI et de Louis XIV. Par mesure de prudence, les troupes françaises furent séparées et envoyées dans différentes places fortes, par exemple à Bangkok et, comme nous l'avons vu, à Mergui.

Le premier décembre 1687, un nouveau traité fut signé, accordant à la Compagnie française des Indes orientales des privilèges encore plus étendus que ceux obtenus en 1685. Céberet quitta Ayutthaya immédiatement après la signature du traité, et La Loubère en janvier 1688, emmenant avec lui la quatrième ambassade siamoise en Europe (32). Les troupes françaises restèrent et semblent avoir passé des moments difficiles. Beaucoup de soldats moururent de fièvre et les survivants se rendirent très impopulaires par leur insolence et par leur attrait pour le beau sexe.

À ce moment-là, un parti nationaliste puissant s'était formé et recueillait un large soutien de la population. La politique du roi déplaisait à la fois à la noblesse et au peuple. Le royaume était rempli d'Européens, les forteresses étaient occupées par des troupes étrangères, le ministre le plus puissant du royaume était un Grec. Pour ajouter à ces problèmes, le pays était en guerre avec la Compagnie anglaise des Indes Orientales, guerre dont Phaulkon était tenu pour responsable. De plus, les sentiments religieux du peuple étaient heurtés. Les prêtres catholiques étaient en grande faveur et détenaient beaucoup de privilèges. Le roi lui-même était suspecté de tendances chrétiennes. Il n'avait pas de fils mais avait adopté un jeune homme nommé Phra Piพระปีย์ (33), et ce garçon qu'il envisageait peut-être de désigner pour lui succéder, s'était converti au catholicisme. Phaulkon faisait tout ce qui était en son pouvoir pour favoriser la propagation du christianisme et devenait chaque jour un peu plus impopulaire.

À la tête de la faction anti-étrangère, si on peut l'appeler ainsi, se trouvait Phra Phetrachaพระเพทราชา, un général qui était en charge du département des éléphants royaux et qui s'était grandement distingué dans la guerre en Birmanie et plus encore dans une expédition ultérieure contre le Cambodge (34). Il était d'origine modeste (35), mais avait toujours été un favori du roi Naraï dont il était frère de lait, tout comme Phraya Kosa.

Phra Phetracha était un homme de petite taille, mais il avait la réputation d'être courageux et énergique. Il savait se faire obéir, et avait tous les atouts pour prendre le commandement du parti populaire. Il haïssait Phaulkon. Son fils, Naï Düa, un jeune homme violent qui avait été élevé au rang de Luang Sarasakหลวงสรศักดิ์, aurait même agressé le Grec lors d'une dispute et lui aurait cassé deux dents.

En mars 1688, le roi Naraï tomba gravement malade d'hydropisie. Les symptômes étaient tels que sa mort proche semblait inéluctable. Aussitôt commencèrent les intrigues habituelles pour la succession. Outre une sœur, le roi avait deux frères, Chao Fa Aphaï Thotเจ้าฟ้าอภัยทศ, l'aîné, et Chao Fa Noïเจ้าฟ้าน้อย, le cadet. Tous deux étaient en disgrâce. Il avait également une fille, la princesse Yothathepโยธาเทพ, que Phaulkon lui avait conseillé de désigner comme son héritière, mais il avait refusé. Le Grec exhorta donc le roi à nommer son fils adoptif, Phra Pi, comme successeur. De son côté, Phra Phetracha soutenait – ou prétendait soutenir – les prétentions à la Couronne du prince Aphaï Thot.

Sous la pression des hauts dignitaires du régime, le roi Naraï, que sa maladie rendait inapte à gouverner, nomma Phetracha au poste de régent. Celui-ci prit aussitôt le contrôle des gardes du palais et, soutenu par l'armée, il put agir exactement comme il le souhaitait.

Phra Pi fut le premier à être éliminé. Attiré hors des appartements du roi, il fut impitoyablement assassiné. Cet acte révéla au monarque mourant la traîtrise de ceux qui l'entouraient, mais il était impuissant, et ce ne furent pas les reproches qu'il adressa à Phetracha et à son fils Luang Sarasak qui pouvaient les détourner de leur but.

Phaulkon envoya un messager à Bangkok pour implorer Desfarges de venir à son secours avec les troupes françaises. Le général se mit en route, mais on lui dit que le roi était mort et on le persuada de retourner à Bangkok.

Phaulkon fut arrêté pour trahison et après avoir été traité avec une grande cruauté pendant plusieurs jours, il fut exécuté le 5 juin 1688. Il mourut courageusement, protestant qu'il était innocent et que toute sa politique avait été guidée par trois motifs : la gloire de Dieu, le service du roi et les intérêts de l'État. Ainsi s'acheva la vie d'un des plus remarquables aventuriers européens de l'Asie. En quarante ans seulement, il était passé de la position de garçon de cabine sur un petit bateau à celle de Chao Phraya de Siam, comte de France, traité en ami par les rois et les papes et chargé des destinées d'un puissant royaume. Fidèle à son nom, il s'éleva haut, et l'on doit admettre que ce fut un grand homme, avec peut-être de nobles desseins. Il n'a jamais été prouvé qu'il ait eu l'intention de placer le Siam sous la domination française même si, à terme, sa politique ne pouvait avoir d'autre résultat.

Phaulkon laissa une épouse, japonaise de naissance, et un fils. La veuve, après de nombreuses vicissitudes, devint surintendante de la cuisine du roi Thaï Sraท้ายสระ et vivait encore en 1717. Le fils grandit et devint capitaine dans la marine siamoise. Il mourut dans la pauvreté en 1754, laissant un fils et plusieurs filles. Le petit-fils de Phaulkon, John Phaulkon, et l'une de ses petites filles figuraient parmi les prisonniers capturés par les Birmans lors de la prise d'Ayutthaya en 1767. Ils revinrent à Siam et vivaient encore en 1771. Il est tout à fait possible qu'il puisse y avoir des descendants de Phaulkon vivant au Siam à l'heure actuelle.

Après la mort de Phaulkon, Phra Phetracha, au nom du roi, ordonna à Desfarges d'amener ses troupes à Lopburi. Le général refusa et une attaque fut lancée contre le fort de Bangkok. Dans le même temps, les chrétiens commencèrent à être persécutés.

Phra Phetracha n'avait peut-être lui-même aucune intention d'usurper le trône. Son but était d'abord de se débarrasser de Phaulkon et d'obliger les Français à quitter le Royaume. Luang Sarasak, son fils, était en revanche plus ambitieux. Afin de forcer la main de son père, il fit arrêter les deux frères du roi et les fit exécuter de la manière traditionnelle, en les enfermant dans un sac de velours et en les frappant à mort avec un gourdin en bois de santal. Cette exécution empêcha Phra Phetracha de reculer. Deux jours plus tard, le 11 juillet 1688, le roi Naraï mourut et Phetracha fut proclamé roi (36).

Le roi Naraï nous est plus familier que tous les autres rois d'Ayutthaya. Le père Tachard, qui l'a rencontré et lui a parlé à de nombreuses reprises, en a brossé le portrait suivant : Il est d'une taille un peu au-dessous de la médiocre, mais fort droite et bien prise. Son air est engageant et ses manières pleines de douceur et de bonté, surtout pour les étrangers, et particulièrement pour les Français. Il est vif et agissant, ennemi de l'oisiveté et du repos qui paraît si délicieux aux princes d'Orient et qu'ils regardent comme le plus grand privilège de leur couronne. Celui-ci, au contraire, est toujours ou dans les bois à la chasse des éléphants, ou dans son palais appliqué aux affaires de son royaume. Il n'aime pas la guerre parce qu'elle ruine ses peuples qu'il chérit tendrement, mais quand ses sujets se révoltent, ou que les princes ses voisins lui font la moindre insulte ou ne se tiennent pas dans le respect, il n'y a guère de roi dans l'Orient qui se venge avec plus d'éclat et qui paraisse plus passionné pour la gloire.

Naraï était sans aucun doute un homme remarquable, et il est regrettable qu'il ait connu une fin aussi pitoyable. L'aura dont les auteurs français l'ont entouré ne doit pas nous aveugler sur l'extrême imprudence dont il fit preuve en matière de politique étrangère. S'il avait vécu plus longtemps, nul doute que son royaume eût couru de graves dangers.

Le roi Naraï promulgua peu de lois au cours de son long règne. La plupart de celles qui lui sont attribuées ne sont que des règles de procédure. La plus intéressante de ses lois est l'un des articles de la législation connue sous le nom de Loi des Trente-six clauses. Ce texte, datant de 1687, prévoyait la punition d'infractions relevant des procédures abusives (37). Tout homme qui poursuivait ou défendait une affaire sous le prétexte qu'il était un parent de l'une des parties s'exposait à des peines très sévères.

NOTE AU CHAPITRE XIII

Certains historiens adoptent des chronologies différentes quant à la suite d'événements qui menèrent à la mort de Phaulkon et à l'usurpation de Phetracha. Dans la version présente, compilée à partir de plusieurs récits de l'époque, les faits principaux sont consignés dans leur ordre le plus probable.

PAGE SUIVANTE - CHAPITRE XIV - RÈGNES DES ROIS PHETRACHA, PHRA CHAO SUA ET THAÏ SRA

NOTES

1 - Note de l'auteur : Le Phongsawadan indique qu'il fut désigné roi par son père. Le Conseil de la compagnie hollandaise à Batavia, écrivit au mois de janvier, qu'il investit la Cour avec des hommes armés. 

2 - Note de l'auteur : Une des grandes armoires carrées dans lesquelles sont conservés des livres religieux. 

3 - Note de l'auteur : Selon Turpin, le roi Sri Suthammaracha aurait été poignardé par l'un des 1 000 Portugais qui protégeaient le roi Naraï. L'histoire siamoise dit que le roi Naraï était assisté de sa garde du corps japonaise, dont l'un des soldats tira et blessa le roi. Deux mois seulement après l'événement, le Conseil de la Compagnie des Indes orientales à Batavia déclara que le prince Naraï avait pris les armes et privé son oncle du trône, puis quelques jours plus tard, de sa vie. 

4 - N.d.T. : La Compagnie anglaise des Indes orientales. 

5 - N.d.T. : Il s'agit vraisemblablement d'une erreur, Batavia était alors le domaine réservé des Hollandais. Le siège de l'East India Company en Inde se trouvait à Banten. 

6 - Note de l'auteur : À cette époque, le roi de Birmanie était Bintalé, fils de Thado Maha Thammaracha. Il lui avait succédé en 1648. 

7 - Note de l'auteur : Pye, dans l'Histoire de Birmanie de Harvey. 

8 - Note de l'auteur : Cette statue, moulée à Ceylan au début de l'ère chrétienne, connut une histoire mouvementée. Le roi Ramkhamhaeng de Sukhothaï dépêcha un envoyé à Ceylan pour la demander. Elle lui fut envoyée sur un navire qui fit naufrage, mais dont l'épave aborda à Nakhon Si Thammarat. La statue fut emmenée à Chaïnat, d'où le roi Borommoracha I la fit transporter à Ayutthaya vers 1378. Au cours du même règne, le fils du gouverneur de Kamphaeng Phet la déroba par la ruse et l'emporta dans cette ville jusqu'en 1388, année où le prince Phrom la reprit par la force et la déplaça à Chiang Maï. Vers 1548, le roi Chairachathirat (ไชยราชาธิราช) la fit transporter à Luang Prabang avec le Bouddha d'émeraude et d'autres statues très sacrées. En 1556, la statue fut renvoyée à Chiang Maï. En 1662, le roi Naraï (นารายณ์) la fit venir à Ayutthaya. Après la mise à sac de la ville en 1767, les Birmans rendirent la statue à Chiang Maï. Le premier roi de la dynastie actuelle [Rama I : Phutthayotfa Chulalok (พุทธยอดฟ้าจุฬาโลก)] la fit mettre en 1795 dans le palais royal de Bangkok, où elle se trouve encore aujourd'hui. On pense généralement que le Phra Phuttha Sihing qui se trouve à Chiang Maï est une réplique moulée vers 1388. Toutefois, certains pensent que c'est bien l'original, et que c'est celui de Bangkok qui est une copie.

ImageLe Phra Phuttha Sihing de Chiang Maï. 

9 - Note de l'auteur : Il semble impossible de connaître la vérité sur ces événements. L'histoire siamoise dit que les Siamois assiégèrent Ava. L'histoire birmane affirme que les Siamois n'ont jamais dépassé Pégou, où ils furent vaincus et repoussés au Siam, le fils du roi Naraï, Phraya Win, ayant été tué. Le roi Naraï avait alors 29 ans et ne pouvait donc certainement pas avoir de fils en âge de combattre. L'histoire de Pégou (traduction siamoise) dit que les Siamois allèrent jusqu'à Pagan, mais on a manifestement retouché cette traduction pour la rendre conforme touche pour la rendre conforme à la version siamoise.

L'histoire birmane indique que ces événements se seraient déroulés en mai 1663, mais le gouverneur général des Provinces-Unies à Batavia écrivait le 15 décembre 1662 : Le roi a conquis de nombreuses places fortes, notamment la principauté de Martavan, et va probablement marcher (…) pour soumettre la ville royale d'Ava. Cela place définitivement l'invasion de Pégou par les Siamois dans la seconde moitié de 1662. 

10 - N.d.T. : Wood s'appuie ici sur les travaux du prince Damrong (Our Wars With the Burmese, White Lotus, 2001, pp. 250 et suiv.), qui contiennent de graves erreurs et confusions, tant dans les noms que dans les dates. Le jésuite Antoine Thomas n'était pas français, mais flamand, et il n'arriva au Siam que beaucoup plus tard, en 1681. Il y resta très peu de temps, le royaume n'étant qu'une étape vers le but de son voyage, qui était le Japon. C'était un brillant mathématicien, mais il n'était ni ingénieur, ni architecte. Les travaux mentionnés par Wood furent réalisés bien plus tard par l'ingénieur La Mare, en 1686-87. Les premiers jésuites français qui foulèrent le sol siamois étaient les six prêtres qui accompagnaient l'ambassade du chevalier de Chaumont en 1685. 

11 - N.d.T. : La encore, ces affirmations reprises du prince Damrong sont totalement erronées. Ce n'est que bien plus tard, dans les années 1680, que Louis XIV commencera à s'intéresser vraiment au Siam. 

12 - N.d.T. : Cette déclaration fut rapportée par le père Tachard, alors qu'une ambassade envoyée en 1685 par le Sophi de Perse venait proposer au roi Naraï de se convertir à l'Islam. Il est bien sûr que si je n'étais d'aucune religion, je ne choisirais pas la mahométane. (Voyage de Siam des pères jésuites, 1686, p. 308). 

13 - N.d.T. : Le bref de Clément IX était daté du 4 juillet 1669. La date du retour de Jacques de Bourges que Wood fixe en février 1669 est donc probablement fausse. 

14 - N.d.T. : Il s'agit vraisemblablement d'une coquille. Louis Laneau fut sacré évêque le 25 mars 1674, jour de Pâques. (Launay, Histoire de la Mission de Siam, 1920, I, p. 42). 

15 - N.d.T. : Cette communauté, imaginée par Lambert de la Motte dès 1667, fut créée en 1672. (Launay, op. cit., I, p. 24). 

16 - Note de l'auteur : Phaulkon lui-même signait invariablement Constant Phaulkon 

17 - N.d.T. : René Charbonneau, gentilhomme bourguignon, n'était pas prêtre. C'est en qualité de médecin et chirurgien laïc qu'il accompagna les prêtres des Missions Étrangères. Il demeura plus de cinquante ans au Siam et y épousa la fille d'un riche portugais. 

18 - N.d.T. : Wood met tous les prêtres français dans le même sac et ne fait aucune distinction entre eux. Ce ne sont pas les jésuites qui étaient alors au Siam, mais les prêtres des Missions Étrangères, et le torchon brûlait entre les deux congrégations. 

19 - N.d.T. : Ce Billy était arrivé au Siam en 1685 avec le chevalier de Chaumont, dont il était le maître d'hôtel, et il avait souhaité y rester. Il fut emprisonné après le coup d'État de Phetracha, et l'on ignore ce qu'il est devenu. 

20 - N.d.T. : Ce n'était pas la première. Le Siam avait déjà envoyé une ambassade en Hollande en 1608. 

21 - N.d.T. : Il y avait effectivement deux éléphants, un mâle et une femelle, dont l'un mourut avant d'arriver à Banten, mais nous n'avons trouvé nulle part mention de rhinocéros. 

22 - N.d.T. : La lettre du roi Naraï est reproduite dans l'Histoire de la Mission de Siam d'Adrien Launay (1920, I, pp. 110-111). À aucun moment, elle ne fait mention d'une quelconque volonté du roi de donner Singor (Songkhla) aux Français. 

23 - Note de l'auteur : Il avait été nommé Chao Phraya plusieurs années auparavant. 

24 - N.d.T. : Il n'y avait que six jésuites, qui, de plus, n'avaient pas vocation à rester au Siam, mais devaient se rendre en Chine. 

25 - N.d.T. : Le chevalier de Chaumont fut critiqué à son retour pour la faiblesse du traité commercial. Quant au traité religieux, il appela de nombreuses réserves de la part des prêtres des Missions Étrangères, et ne fut jamais appliqué. 

26 - N.d.T. : Le texte est repris de l'Histoire civile et naturelle du royaume de Siam de Turpin, 1771, II, pp. 86-87.

Note de l'auteur : Turpin dit que les échanges entre le roi et Chaumont ne furent jamais exactement traduits par Phaulkon. Il est possible que le roi n'ait jamais su qu'on lui proposait de se convertir, et que ce discours éloquent ne soit qu'une pure invention de Phaulkon. 

27 - N.d.T. : Il n'y avait que cinq vaisseaux. Le Gaillard et l'Oiseau étaient des navires de guerre de Louis XIV, et le Dromadaire, la Loire et la Normande étaient des navires marchands appartenant à la Compagnie des Indes. 

28 - N.d.T. : Les chiffres de Wood sont très exagérés. L'escadre emmenait au Siam 1 361 passagers, dont seulement 600 hommes de troupe. 

29 - N.d.T. : Desfarges ne fut jamais maréchal. Il partit pour le Siam avec le grade de général. 

30 - Note de l'auteur : Il va sans dire que cette remarque ne pourrait s'appliquer aujourd'hui à des pays comme le Japon et le Siam, qui ont modernisé leur système de défense. 

31 - N.d.T. : Cet ordre n'existe pas. Wood fait peut-être une confusion avec un ordre anglais, le Most Distinguished Order of Saint Michael and Saint George. L'ordre français, créé par Louis XI en 1469, s'appelait simplement Ordre de Saint-Michel

32 - Note de l'auteur : Cette ambassade ne dépassa jamais le cap de Bonne-Espérance [affirmation erronée. La Loubère et les ambassadeurs siamois arrivèrent à Brest le 28 juillet 1688]. Les envoyés avaient emmené avec eux de nombreux éléphants, rhinocéros et autres animaux pour les offrir à Louis XIV. Tous moururent avant d'arriver au Cap. 

33 - Note de l'auteur : Selon certains auteurs de l'époque, Phra Pi était souvent considéré comme un fils naturel du roi Naraï. 

34 - Note de l'auteur : Cette expédition contre le Cambodge n'est mentionnée nulle part dans l'histoire siamoise. L'histoire cambodgienne relate que le roi Naraï envahit le Cambodge en 1679, à la demande du roi Sri Chaï Chettha qui monta sur le trône en 1676 et dont la légitimité fut contestée par Nak Non. Ce dernier fut défait par les Siamois et s'enfuit en Cochinchine. 

35 - Note de l'auteur : Quelques historiens prétendent qu'il était parent du roi Naraï. C'est peut-être vrai, car il ne fait pas de doute que le roi Prasat Thong avait beaucoup de parents dans des positions plus ou moins modestes. 

36 - Note de l'auteur : Selon Turpin, le roi Naraï aurait proclamé sa fille reine avant de mourir. 

37 - N.d.T. : Wood écrit : for offences similar to Champerty and Maintenance. Ces notions de droit anglo-saxon sont difficilement traduisibles en français. Ces lois avaient pour but de mettre fin aux abus de frivolous litigation, le litige frivole, c'est-à-dire le recours en justice pour une cause frauduleuse ou qui n'avait aucune chance d'être gagnée parce qu'elle reposait sur des arguments absurdes ou erronés.  

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