SUPPLÉMENT

La dynastie Chakri

Peu après son couronnement, le roi Rama I de la dynastie actuelle (1), ou Phra Phuttha Yot Fa Chulalokพระพุทธยอดฟ้าจุฬาโลก, fonda la ville actuelle de Bangkok, sa nouvelle capitale, en utilisant une partie des remparts et des fortifications d'Ayutthaya. Il compila et révisa les lois siamoises et les mit sous une forme que beaucoup d'entre elles conservent encore de nos jours.

Pendant tout son règne, Rama I eut des problèmes récurrent avec la Birmanie. Le roi Bodawpaya, qui était monté sur le trône en 1781, ne songeait qu'à soumettre le Siam et, en 1785, les troupes birmanes franchirent la frontière en neuf endroits. Elles connurent d'abord quelques succès et envahirent une partie de la péninsule, mais furent finalement chassées du pays. Après avoir expulsé les Birmans, les Siamois saisirent cette occasion pour reprendre le contrôle des États malais de Kedahกอดะฮ์ et Pattaniปัตตานี, et même d'étendre leur souveraineté au Kelantanกลันตัน et au Trengganuตรังกานู, qui n'avaient jusqu'alors jamais été soumis au Siam.

Au cours de ces opérations, le sultan de Kedah, craignant une attaque siamoise, donna l'île de Penangปีนัง en location à la Compagnie anglaise des Indes orientales. Les historiens sont divisés quant au niveau de contrôle exercé par le Siam sur Kedah avant la chute d'Ayutthaya, mais à partir de l'établissement de la capitale à Bangkok, ce royaume fut plus ou moins indépendant. Aucune source ne laisse à penser que le Siam protesta contre la cession de Penang, et en 1800, la province Wellesley (2), sur le continent, fut également cédée, toujours sans protestation du Siam.

La location de Penang fut affaire sans contrepartie. Le sultan de Kedah attendait en retour un traité garantissant son indépendance, mais la Compagnie anglaise refusa de s'engager de quelque manière que ce fût.

En 1786, après une bataille acharnée dans la province de KanburiKanchanaburi : กาญจนบุรี, la Birmanie entreprit une nouvelle invasion du Siam. L'année suivante, les Birmans, qui détenaient toujours Chiang Saenเชียงแสน et Chiang Raïเชียงราย, attaquèrent Lampangลำปาง et Pasangป่าซาง (alors capitale du prince Kawilaกาวิละ, qui ne s'étaient pas encore établis à Chiang Maïเชียงใหม่), mais ils furent battus par le Laos, assisté d'une armée commandée par le Maha Uparatมหาอุปราช [prince héritier] de Siam.

En 1787, les Siamois prirent l'offensive et attaquèrent Tavoy. L'opération fut un échec. En 1791, le gouverneur de Tavoy se rebella contre le roi de Birmanie et se rallia au Siam, ce qui entraîna deux ans plus tard une nouvelle guerre. Les Siamois, profitant de l'occasion, tentèrent vainement d'envahir la Birmanie, et Tavoy fut repris par les Birmans. La ville ne fit plus partie des possessions siamoises depuis cette époque.

En 1797, les Birmans lancèrent une autre attaque contre les provinces laotiennes. Ils atteignirent Chiang Maï, dont le prince Kawila avait fait sa capitale l'année précédente, mais ils furent refoulés à Chiang Saen. C'était là leur dernier fief dans le nord du Siam, d'où ils furent expulsés en 1802. Chieng Saen fut dépeuplé et ruiné et n'a jamais retrouvé depuis son ancien prestige.

Le contrôle de Luang Prabangหลวงพระบาง et du Cambodge par les Siamois ne fut pas remis en question sous le règne du roi Rama I.

Le roi Rama I mourut le 7 décembre 1809, à l'âge de 72 ans. Son frère cadet, le prince héritier, étant décédé en 1803, c'est son fils, le prince Isara Sunthornอิศรสุนทร (3), qui lui succéda sous le titre de Rama II.

Né le 26 février 1768, Rama II avait donc 41 ans lorsqu'il monta sur le trône. Il avait beaucoup d'expérience dans les domaines administratif et militaire, ayant pendant de nombreuses années joué un rôle de premier plan dans le gouvernement et souvent accompagné son père dans ses campagnes depuis son plus jeune âge. En 1810, les Birmans envahirent à nouveau la péninsule, s'emparèrent de l'île de Phuketภูเก็ต et assiégèrent Chumphonชุมพร. Une armée de 20 000 hommes fut envoyée à leur rencontre, et ils furent facilement expulsés.

En 1811, le roi Rama II publia un décret interdisant formellement la vente ou la consommation d'opium. Cette loi ne semble jamais avoir été réellement appliquée et est devenue lettre morte avec le temps.

L'année suivante (1812), des troupes siamoises furent envoyées au Cambodge, le roi de ce pays, Phra Uthaï Racha, ayant montré des velléités d'indépendance. Il se retira en Cochinchine, mais fut ensuite restauré.

À peu près au même moment, le Raja de Kelantan, se brouilla avec le sultan de Trengganu auquel il était soumis, et demanda l'autorisation d'envoyer à Bangkok le tribut traditionnel en arbres d'or et d'argent. Kelantan fut donc reconnu comme un État tributaire distinct et placé sous le contrôle du gouverneur de Nakhon Sri Thammaratนครศรีธรรมราช, qui exerçait alors les pouvoirs d'un vice-roi semi-indépendant sur la partie siamoise de la péninsule (4).

En 1818, Carlos Manuel Silveira, un envoyé portugais en poste à Macao, vint à Bangkok pour conclure un accord commercial entre le Portugal et le Siam. Il devint plus tard premier consul du Portugal au Siam. Sa position paraît avoir été singulière. Il portait le titre siamois de Luangหลวง et, en 1827, le capitaine Burney rapporta que le roi de Siam l'avait condamné à mort. Il fut cependant gracié par la suite. Il sembla qu'à cette l'époque, quel que soit le point de vue considéré, la situation d'un consul n'était pas des plus confortable.

En 1819, la guerre avec la Birmanie fut à nouveau sur le point d'éclater, mais les Birmans ne purent envahir le Siam, ayant à faire face à des troubles sur leur frontière occidentale. Lorsque les Siamois découvrirent que le sultan de Kedah complotait avec les Birmans, ils envoyèrent des troupes pour envahir son royaume, et le sultan dut s'enfuir à Penang. À cette époque, les sentiments pro-Kedah étaient très forts à Penang, et l'on peut dire que les évènements de 1821 générèrent une petite jalousie entre le Siam et ses voisins du sud à l'égard des États malais, méfiance qui persista jusqu'en 1909, date à laquelle les États de Kedah, Kelantan et Trengganu furent cédés à la Grande-Bretagne.

En 1822, le Dr John Crawfurd se rendit à Bangkok en qualité d'envoyé de la Compagnie anglaise des Indes. Il ne put conclure aucun accord ou traité commercial avec le Siam, néanmoins à partir de cette date, le commerce entre les deux nations commença à croître en volume, et le premier négociant résident anglais, James Hunter, s'installa peu après à Bangkok.

La première guerre anglo-birmane éclata en 1824. Les Britanniques cherchèrent à faire alliance avec le Siam, et, de fait, une armée siamoise fut levée. Cependant, les événements de Kedah avaient fait naître ressentiment et méfiance entre les deux nations, et les Siamois ne participèrent pas activement à cette guerre, bien qu'ils figurassent, en tant qu'alliés, dans le traité de paix conclu le 24 février 1826, par lequel la Grande-Bretagne acquérait les provinces birmanes d'Arakan, Martaban, Tavoy et Ténassérim.

Le roi Rama II mourut le 20 juillet 1824. Il n'avait pas officiellement désigné son successeur, mais il était admis que son fils Maha Mongkutมหามงกุฎ devait lui succéder. Ce prince, né d'une mère de sang royal et alors âgé de 20 ans, était prêtre au moment de la mort de son père. Le fils aîné du roi, le prince ChetthaChetsadabodin : เจษฏาบดินทร์, bien qu'il fût né d'une concubine de rang inférieur, était soutenu par un parti fort, ayant depuis de nombreuses années joué un rôle de premier plan dans les affaires publiques. De plus, il avait la maturité d'un homme de 37 ans. Il fut proclamé roi sans aucune opposition. Il apparaît dans l'Histoire sous le titre de roi Rama III, ou par son titre posthume de Phra Nang Klaoพระนั่งเกล้า.

En 1826, le capitaine Henry Burney se rendit à Bangkok et conclut un traité d'amitié et de commerce entre le Siam et la Compagnie anglaise des Indes. Toutefois, Burney échoua à restaurer le sultan de Kedah, ce qui était un des buts de sa mission, mais une clause fut insérée dans le traité garantissant l'indépendance de Perak, et le Siam s'engagea à ne pas aller agresser Kelantan et Trengganu.

En 1833, Les États-Unis conclurent un traité avec le Siam. En 1838, l'ex-sultan de Kedah tenta par la force de reprendre le contrôle de son État, ce qui entraîna une nouvelle invasion siamoise et tendit les relations entre le Siam et la Grande-Bretagne.

Le roi Rama III mourut le 2 avril 1851. Dans l'ensemble, son règne fut peu progressiste. Son demi-frère cadet, Maha Mongkut, lui succéda avec le titre de Phra Chom Klaoพระจอมเกล้า. Il reste inscrit dans l'histoire siamoise sous le titre de Rama IV. C'était un homme remarquable. Il parlait couramment l'anglais et l'écrivait dans un style très élégant. Bien qu'à certains égards, il restât fidèle aux modes et traditions anciennes, il encouragea toujours le progrès dans tous les domaines importants.

En 1852, la seconde guerre anglo-birmane éclata et aboutit à l'annexion par la Grande-Bretagne de Pégou et de tout le sud de la Birmanie. Le Siam resta neutre, mais s'impliqua ensuite dans les intriques embrouillées entre la Birmanie et l'État Shan de Kengtung (actuellement en territoire chinois), à la suite desquelles des armées siamoises envahirent à deux reprises l'État de Kengtung, notamment en 1852 et en 1853. Aucune de ces invasions ne fut une grande réussite.

En 1855, Sir John Bowring se rendit à Bangkok et conclut un traité entre le Siam et la Grande-Bretagne, dont certaines clauses sont toujours en vigueur. Les principales dispositions de ce traité – et d'un accord complémentaire signé l'année suivante – furent l'instauration d'une juridiction consulaire, la limitation de résidence des ressortissants britanniques et la limitation des droits à l'importation. La juridiction consulaire britannique fut pratiquement supprimée dans le nord du Siam par le traité de 1883 et dans le reste du Royaume par celui de 1909, année depuis laquelle les sujets britanniques jouissent de tous leurs droits de résidence. Des traités similaires furent ensuite conclus avec la plupart des autres puissances étrangères, la dernière en date, celle avec le Japon, n'ayant été signée qu'en 1898.

En 1867, le Cambodge, vassal du Siam depuis plusieurs siècles, devint un protectorat français, à l'exception des provinces de Battambang et de Siem Reap, restées siamoises jusqu'en 1907.

Le roi Rama IV mourut en 1868. son fils, le roi Chulalongkornจุฬาลงกรณ์, lui succéda et prit le titre de Phra Chula Chom Klaoพระจุลจอมเกล้า. Il est connu dans l'histoire siamoise sous le titre de Rama V.

Les principaux événements de ce long et mémorable règne furent la création de postes, de télégraphes et de chemins de fer, ainsi que la réforme des tribunaux et de l'ensemble du système administratifs sur les modèles occidentaux.

En 1893, des dissensions surgirent entre la France et le Siam, qui aboutirent au paiement par ce dernier d'une indemnité de 3 millions de francs et à la cession de certains territoires, dont une partie de l'État de Luang Prabang. Le reste de cet État fut cédé à la France en 1907.

Le plus grand titre de gloire du roi Rama V restera sans aucun doute l'abolition de l'esclavage, qui, après avoir été progressivement modifié, fut finalement totalement supprimé en 1905. Rien que pour cela, Rama V mérite le titre de Grand, qui n'a été attribué dans ce livre qu'à deux autres rois du Siam : Ramkhamhaengรามคำแหง de Sukhothaïสุโขทัย et Naresuanนเรศวร d'Ayutthayaอยุธยา.

Sous le règne du roi Rama V, les fonctions de Maha Uparat (surnommé par les Européens le Second roi), conservées depuis l'Antiquité, furent finalement supprimées après la mort du dernier Maha Uparat en 1885.

Rama V mourut le 24 octobre 1910. Son fils, Maha Vajiravudhมหาวชิราวุธ, lui succéda et prit en 1911 le titre de Rama VI.

Le roi Rama VI naquit le 1er janvier 1881. Tout au long de son règne, il suivit la voie du progrès empruntée par son père et son grand-père, et le rang élevé que le Siam occupe maintenant parmi les nations du monde est une preuve suffisante de son succès.

Le Siam entra dans la Grande Guerre aux côtés des alliés en 1917, et une force expéditionnaire, petite, mais très efficace, fut envoyée en Europe. Cette collaboration renforça considérablement les liens d'amitié entre le Siam, la Grande-Bretagne et la France.

Vers la fin du règne du roi Rama VI, de nouveaux traités furent conclus avec les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne (le dernier en 1925), ainsi qu'avec toutes les autres puissances étrangères ayant des intérêts au Siam. Ils prévoyaient l'autonomie totale du royaume en matière fiscale et judiciaire. Le Siam est donc aujourd'hui complètement indépendant et pratiquement libéré du contrôle étranger, direct ou indirect.

Le roi Rama VI mourut le 26 novembre 1925. Il n'avait qu'une fille née la veille de sa mort. Il fut donc remplacé par son seul frère encore vivant, Prachadhipokประชาธิปก, le roi qui règne actuellement.

Le roi Prajadhipok naquit le 8 novembre 1893. Il épousa en 1918 une fille de son oncle, le prince Svasti, mais n'a pas encore d'enfants.

Toutes les mesures prises par le nouveau roi depuis son accession au trône ont été de nature à inspirer un sentiment de confiance et d'optimisme dans tout son royaume. Qu'il vive longtemps pour guider son peuple sur la voie de la prospérité et du progrès.

NOTES

1 - N.d.T. : La dynastie Chakri, qui règne encore aujourd'hui. 

2 - N.d.T. : Nom que les Britanniques donnaient à l'État de Seberang Perai, la partie continentale de l'État de Penang. 

3 - Note de l'auteur : Il est souvent désigné par son titre posthume de Phra Phuttha Loet La Naphalaï (พระพุทธเลิศหล้านภาลัย). 

4 - Note de l'auteur : Dans les documents officiels anglais de l'époque, il est généralement appelé le Rajah de Ligor

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