PRÉSENTATION

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Le diplomate anglais William Alfred Rae Wood (1878-1970) passa plus de 73 ans en Thaïlande, tant en fonction dans des postes officiels qu'après sa retraite, on ne peut donc lui dénier une profonde connaissance du pays et de son histoire. Pour davantage de détails biographiques, on pourra se reporter l'hommage Neil Pritchard lui rendit dans le numéro 58.2 du Journal of the Siam Society (1970) : Obituary W.A.R. Wood

A History of Siam, l'ouvrage dont nous proposons ici une traduction française, a été sans doute publié en 1926, bien qu'aucune date ne figure dans l'édition londonienne de T. Fisher Unwin. La préface est datée de 1924, mais l'auteur, dans le supplément qui clôt son ouvrage, évoque la mort du roi Vajiravudh (Rama VI) qui eut lieu le 26 novembre 1925. Le livre fut réédité en 1933.

Il fallait à Wood une bonne dose de courage – ou d'optimisme – pour entreprendre à cette époque une tâche aussi ambitieuse et hasardeuse qu'une Histoire du Siam depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'année 1781. Toutefois, contrairement à ce qu'il affirme, il ne fut pas le premier à l'avoir tentée. En 1854, Jean-Baptiste Pallegoix publiait une Description du royaume thaï ou Siam dans laquelle il insérait un long chapitre consacré à l'histoire du royaume, chapitre qui fut presque intégralement repris en anglais par Sir John Bowring dans The Kingdom and People of Siam (1858). En 1912, Walter Armstrong Graham signait Siam: A Handbook of Pratical, Commercial and Political Information (1912) qui contenait également quelques pages sur l'histoire du Siam. Tous ces auteurs notaient la difficulté de reconstituer une histoire cohérente à partir de sources autochtones largement sujettes à caution. Les Chroniques royales, les Phongsawadan, compilations de compilations inlassablement réécrites, modifiées, falsifiées, embellies au fil des siècles n'offrent guère qu'une trame douteuse truffée d'approximations et d'omissions, d'autant que les documents originaux sur lesquels elles s'appuyaient n'ont pas été conservés. Quant aux tamran, l'autre source historique, ils tiennent plus des recueils de légendes que de véritables chroniques. Si le prince Damrong (1862-1943), surnommé le Père de l'Histoire thaïlandaise, dont Wood s'est largement inspiré, avait une conception plus moderne de l'historiographie, et avait tenté de purger les évènements de leurs scories mythologiques fabuleuses et féeriques, il ne faut pas occulter le fait qu'il était également motivé par le dessein de produire un roman national unificateur et valorisant, un peu à la manière dont Ernest Lavisse, à la même époque, traitait l'histoire de France. Le prince n'hésitait d'ailleurs pas à confesser que lorsqu'il avait le choix entre deux versions crédibles d'un même événement, il choisissait la plus belle.

Wood écrivait dans sa préface : Je pense franchement que les Siamois ont le droit d'être fiers de leur histoire. C'est celle d'un groupe d'immigrants plus ou moins incultes du sud de la Chine, qui s'établirent dans le pays appelé aujourd'hui Siam, triomphant d'un puissant empire et établissant des États libres qui se fondirent finalement dans le Siam d'aujourd'hui. Nous les voyons, humiliés encore et encore par un voisin plus puissant qu'eux, se lever et retrouver leur liberté. L'auteur se plaçait ainsi sans conteste dans le registre de l'épopée, émaillant son récit de quelques tableaux héroïques ou édifiants, quelques arrêts sur image qui illustrent encore les manuels scolaires : le jeune Phet Yot harcelant les birmans à la tête d'une bande d'intrépides chenapans, la cloche du roi Ramkhamhaeng que faisaient tinter les gens qui voulaient obtenir justice, le sacrifice de la reine Suriyothaï (dont l'existence même est douteuse) combattant bravement sur son éléphant et mourant percée de coups, le prince Naresuan tuant en combat singulier Mingyi Swa, le prince héritier de Birmanie, la résistance désespérées des habitants de Bang Rachan, Taksin partant à la reconquête du royaume avec ses 500 partisans, qui par un prompt renfort, se virent 5 000 en arrivant au port. Ces enluminures colorées et plaisantes viennent rompre agréablement un récit qui pourrait paraître répétitif et confus aux lecteurs occidentaux, tant il est difficile de s'y retrouver dans ces sempiternelles séries d'invasions, de batailles, de conspirations, de meurtres, d'exécutions et d'usurpations.

Malgré ses erreurs, ses approximations, ses omissions, sa chronologie incertaine, ses épellations fantaisistes, le livre de Wood reste un classique qui donne, dans ses grandes lignes, une vision cohérente de l'histoire siamoise. Nous espérons avoir traduit sans trahir, même si, dans un souci de clarté, nous avons pris parfois la liberté de nous éloigner quelque peu du texte original. Nous avons ajouté quelques notes à celles rédigées par l'auteur, et nous nous sommes efforcés de donner l'équivalent thaï des noms et des mots siamois.

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