28 AVRIL 1687 - 30 JUIN 1687

Page du Mercure Galant

Mercure Galant - Avril 1687, pp. 185 et suiv.

J'ai poussé trop loin tout ce qui regarde l'ambassade de Siam en France pour ne pas achever en vous apprenant ce qu'il y a longtemps que vous désirez savoir, et dont il m'a été impossible d'être plus tôt informé de la manière que je le souhaitais. On peut dire que c'est la seule chose qui manquait au Journal de cette ambassade, après les quatre lettres que je vous ai écrites là-dessus, et ce que je vous ai appris dans ma dernière touchant ce qui s'est passé à Brest avant l'embarquement des ambassadeurs et dans le temps qu'ils se sont embarqués. Je vous envoie donc cette liste des présents si désirée, et dont la richesse marque la grandeur du roi. Il y a beaucoup de choses parmi le grand nombre d'articles que vous allez voir qui sont pour la princesse reine.

On peut aisément distinguer parmi ces articles les choses qui conviennent à la princesse reine, comme des chemises de point, des montres, des pendules, des miroirs, des écritoires, des cassettes, des cabinets et généralement tout ce qui regarde les toilettes, soit pour l'usage, soit pour l'ornement.

Comme M. Constance est catholique, il y a une très belle chapelle pour lui avec quantité d'autres présents qui lui conviennent. Il y a aussi un habit du roi pour le même M. Constance, accompagné de tout ce qui regarde le reste de l'habillement. Il avait témoigné aux ambassadeurs avant leur départ, qu'il souhaitait avec passion avoir un des habits de ce prince. Tous ces présents sont accompagnés de plusieurs autres, au nom de Mgr le Dauphin et de Mme la Dauphine.

Je vous ai marqué la manière galante dont Monsieur a fait des présents quelque temps avant le départ des ambassadeurs.

Un jeune prince qui n'est pas moins estimé par son esprit que par la grandeur de sa naissance a fait aussi un présent très considérable au roi de Siam (12). C'est un grand livre où toutes les conquêtes du roi, depuis le commencement de son règne, sont peintes sur du vélin, et vis-à-vis de chaque tableau, qui représente ou la prise d'une place, ou le gain d'une bataille, ou quelque action éclatante et guerrière ; l'histoire de ce tableau est écrite et toute renfermée dans la page. Il y a une autre page blanche qu'on a laissée pour y mettre la traduction que l'on en doit faire en siamois.

Présents de Sa Majesté aux ambassadeurs.

Présents des jésuites au roi de Siam.

Tous ces ouvrages ont été faits par M. Thuret, dont le génie est admirable pour ces sortes de choses, et qui n'est pas moins connu et estimé chez les étrangers qu'il l'est en France. Ils feront connaître aux peuple d'Orient que les Beaux Arts fleurissent beaucoup plus en ce royaume qu'à la Chine et au Japon, et les Indiens, qui croient surpasser en richesses tous les peuples de la terre, verront par les présents du roi sortis de la seule Cour de France, que les Indes n'en fournissent pas autant à toutes les autres nations pendant des siècles entiers. La plupart de tous ces ouvrages ont été vus chez M. Alvarez (14), qui a conduit particulièrement ceux qui sont enrichis de pierreries, dont il a fourni un fort grand nombre. Son activité a fait voir son zèle. Il a tout fait mettre dans des caisses de plomb, scellées avec d'autre plomb, de sorte que tout ce que ces caisses renferme est impénétrable à l'air de la mer.

De Paris, le 3 mai 1687 (p. 256).

Le 15 du mois dernier, on baptisa ici dans l'église de Saint-Sulpice dix jeunes Siamois, deux desquels avaient été amenés en France par les mandarins qui y vinrent en l'année 1685 (15), et les huit autres furent laissés en cette ville par les ambassadeurs du roi de Siam, pour y apprendre quelques arts. Ils avaient été instruits dans le séminaire des Missions Étrangères par un ecclésiastique de leur nation qui a été élevé à Siam dans le séminaire. Un autre, qui apprend la conduite des eaux, a été baptisé avec un jeune Turc dans l'église de la paroisse de Versailles, et tenu sur les fonts, au nom du roi et de Mme la Dauphine.

Mercure Galant - Mai 1687, pp. 3 et suiv.

(…) Les Siamois ont appris à connaître les lettres de l'alphabet avant que de pénétrer la profondeur des sciences, et les plus grands pécheurs, et ceux même qui n'ont connu le vrai dieu que longtemps après qu'ils sont venus au monde, l'on prêché aux idolâtres et leur ont fait part des lumières de la foi. Quand on a porté ces lumières chez les nations qui n'étaient point éclairées, on y a fait d'abord si peu de progrès qu'il semblait que l'ardeur des plus zélés pour le salut de ces peuples devait demeurer infructueux. Cependant le temps qui amène tout, pourvu qu'on ait la constance de ne se point relâcher, a fait convertir des villes et des provinces entières. C'est, Madame, ce qui nous doit faire espérer des fruits beaucoup plus considérables des grandes choses que le roi a faites et qu'il exécute encore tous les jours, afin que les progrès de la mission de Siam s'augmentent. On ne voit plus que temples élevés à la gloire du vrai dieu dans ce pays où l'idolâtrie régnait seule avant que les missionnaires y eussent été reçus (16) et ce qui marque le bien que le roi fait à la religion chrétienne en soutenant cette mission, c'est que ce puissant État se trouvant rempli de peuples d'un très grand nombre de nations différentes, la religion y fait tous les jours d'autant plus de fruit que ceux qui se convertissent annoncent ensuite l'Évangile dans les lieux de leur naissance. Les Siamois mêmes qui embrassent la religion catholique font de grands progrès sur ceux de leur nation, et l'ecclésiastique de Siam dont je vous ai parlé plusieurs fois, et surtout lorsqu'il soutint en Sorbonne (17), étant demeuré à Paris dans le séminaire des Missions Étrangères, a instruit à la foi catholique deux Siamois qui avaient été amenés en France par les mandarins qui y vinrent en l'an 1685, et huit autres que les ambassadeurs qui viennent de s'en retourner y ont laissés pour se perfectionner dans les arts que le roi de Siam a jugé qui lui pourraient être les plus utiles. Le même ecclésiastique a encore instruit un Siamois qui apprend la conduite des eaux à Versailles, et ils ont tous reçu le baptême (18). Il y a sujet de croire qu'ayant été convertis par un ecclésiastique de leur nation, lorsqu'ils seront retournés en leur pays, ils y répandront les lumières qu'ils ont reçues, à l'imitation de celui dont ils les tiennent. Ce qu'il y a de remarquable, et qui doit faire espérer beaucoup pour l'avancement de la religion chrétienne, c'est que les ambassadeurs de Siam, avant que de quitter la France, ont permis aux Siamois qu'ils y ont laissés de se faire baptiser, en cas qu'ils s'y sentissent portés. Il ne faut point de raisonnement pour faire connaître que la considération qu'ils ont pour le roi les a obligés à leur donner ce consentement. (…)

Mercure Galant - Mai 1687, pp. 51 et suiv.

Quoique la liste que je vous ai envoyée le mois passé des présents qui sont partis pour Siam vous ait paru très belle, très ample et très curieuse, j'ai encore beaucoup de choses nouvelles à vous apprendre sur le même article. Il faut de grands soins et d'exactes recherches pour être pleinement instruit d'un détail pareil à celui-là, et surtout quand on veut non seulement être informé du nombre des pièces, mais donner aussi une description particulière de chacune. C'est ce que je vais faire à l'égard de celles dont je ne vous ai parlé que légèrement. Je ne vous dirai plus rien des autres, et passerai même par-dessus, sans vous les nommer une seconde fois, à cause que je vous les ai amplement décrites, mais aussi j'en ajouterai un très grand nombre dont je ne vous ai encore rien dit, et vous décrirai jusqu'aux étoffes, sans quoi il serait impossible d'en bien faire voir la richesse et de connaître en quoi consiste la magnificence de ces présents. Je commencerai par ceux que Sa Majesté a envoyés.

Présent de Monseigneur (24) au roi de Siam.

Présents de Mme la Dauphine pour la princesse de Siam, nommée la Princesse reine.

Présents du roi à M. Constance.

Présents du roi pour le premier ambassadeur.

Présents du roi pour le second ambassadeur.

Présents du roi pour le troisième ambassadeur.

Présents de M. le duc du Maine à M. Constance.

Présents de M. le marquis de Louvois à M. Constance.

Présents de M. le marquis de Croissy à M. Constance.

Présents de M. le marquis de Seignelay à M. Constance.

Mercure Galant - Juin 1687, pp. 245 et suiv.

Je sais que vous avez grande impatience de savoir ce qui s'est passé à Siam depuis que M. le chevalier de Chaumont en est parti. Vous n'êtes pas la seule qui ayez marqué de la curiosité là-dessus, mais les nouvelles qui viennent de 6 000 lieues sont rares, et l'on n'en reçoit pas aussi souvent qu'on voudrait. Je vais pourtant vous en dire quelques-unes, ce sont les seules qui soient venues de ce pays-là depuis le retour de M. le chevalier de Chaumont.

Vous savez que le roi de Siam, ayant une estime toute particulière pour Sa Majesté et pour toute la nation française, souhaita d'avoir à son service quelques officiers français de distinction, et pria M. le chevalier de Chaumont de lui laisser, sous le bon plaisir du roi, M. le chevalier de Forbin, dans le dessein d'en faire son grand amiral, parce qu'il avait déjà fait beaucoup de campagnes sur les vaisseaux de Sa Majesté dont il était officier. M. le chevalier de Chaumont crut que le roi approuverait ce qu'il ferait là-dessus, et y donna son consentement. Il fut suivi de celui de M. le chevalier de Forbin, qui demeura à Siam. Il ne s'y trouva pas seulement utile pour commander sur mer, mais encore pour discipliner les troupes de terre, et leur faire faire l'exercice à la manière de France. Un jour qu'il le faisait faire à une compagnie de Portugais et à une de Mores du roi de Siam, elles se chagrinèrent de ce qu'il leur fît connaître qu'elles s'en acquittaient mal et se soulevèrent contre lui. Ce n'était qu'un prétexte pour faire éclater une conspiration qu'elles avaient faites contre sa personne et contre M. Constance. Ces deux compagnies avaient même formé le dessein de piller les palais de ce dernier, et de s'emparer de tous ses effets (30). M. Constance en fut averti, et armé de sa seule fermeté, soutenue de celle de M. le chevalier de Forbin, il alla au-devant de ces mutins, fit saisir les plus coupables, dissipa le reste, et fit avorter leur entreprise (31). Cette action justifie tout ce que les relations ont dit à la gloire de M. Constance et fait voir que les Français sont partout Français, c'est-à-dire intrépides, et que ce n'est pas seulement en France qu'ils font connaître l'intelligence qu'ils ont dans le métier de la guerre, lorsqu'ils ont pris une fois le parti des armes. Si toutes les circonstances de cette révolte, dont j'ai lieu de croire que le fond est très véritable, ne sont pas entièrement conformes à la manière dont l'action s'est passée, songez qu'il est fort difficile d'avoir des éclaircissements de si loin. Cependant si ceux à qui les avis en sont venus m'apprennent quelque chose de nouveau sur cet article, je vous en ferai part le mois prochain, soit en augmentant, soit en diminuant les particularités de cette nouvelle.

Vous vous souvenez d'un ecclésiastique siamois qui a été élevé dans la Mission à Siam. Je vous en ai parlé plusieurs fois, surtout lorsqu'il soutint en Sorbonne, du temps que les ambassadeurs du roi de Siam étaient en France (32). On l'avait mis dans la Mission Étrangère de Paris, d'où sortent les missionnaires pour Siam. Le Pape a été informé de son mérite, et ayant su le progrès qu'il avait fait dans la théologie, ce qui peut être fort avantageux à la religion chrétienne, parce qu'il pourra beaucoup mieux qu'un autre persuader ceux de sa nation, Sa Sainteté a voulu le voir, et il est parti pour Rome. Comme les talent qu'il a ne peuvent manquer à se faire connaître en peu de temps, dans un lieu où les esprits sont si éclairés, il y a sujet de croire qu'on verra un jour un Siamois élevé aux premières dignités de l'Église.

PAGE SUIVANTE : 31 OCTOBRE 1687 - 31 DÉCEMBRE 1687

NOTES

1 - Bertrand Piraube, armurier, était logé par brevet du roi dans la Galerie Galerie du Louvre, logements réservés aux illustres, artistes, artisans et savants de renom. C'est abusivement qu'il était qualifié d'armurier, la corporation des armuriers-heaumiers regroupait les artisans qui fabriquaient uniquement des armures, des casques et des heaumes. Ceux qui fabriquaient de petites armes à feu, telles que les arquebuses, les fusils, les mousquets, les pistolets, etc., appartenaient à la corporation des arquebusiers. Voir Savary des Bruslons, Dictionnaire universel de commerce, 1726, I, p. 151 et 153. 

2 - Le Point de France désignait une école de dentelle française de la fin XVIIe siècle, créée par Jean-Baptiste Colbert, ministre de Louis XIV, dans le but de freiner l’extravagance vestimentaire causée par l’achat de dentelles étrangères. Colbert fit venir des ouvriers denteliers de Venise et de Flandre et les installa dans et autour des centres de fabrication de la dentelle, tels que Sedan et Alençon. En 1665, ils obtinrent un monopole de 10 ans pour produire une dentelle concurrentielle sur le plan artistique et financier avec les variétés importées. (Source : Encyclopædia Britannica).

Dentelle Point de France. 

3 - Isaac Thuret (1630-1706), horloger du roi, comme l'arquebusier Bertrand Piraube cité plus haut, faisait partie des illustres qui avaient le privilège d'être logés dans la Grande galerie du Louvre. Outre les pendules et les montres, il réalisa de nombreux appareils pour l'Académie des Sciences, qui l'avait chargé de l'entretien de ses instruments. 

4 - Balthazar Martinot l'aîné (1636-1714), fils de Balthazar Martinot le vieux (1610-1697), deux des plus fameux horloger du XVIIe siècle. 

5 - Turquoises tirées d'une mine ancienne. (Dictionnaire de l'Académie française, 6ème édition, 1835, p. 669). 

6 - Or plaqué. 

7 - Anciennement, buffet à plusieurs compartiments (Littré).

Cabinet marqueterie Boulle. Époque Louis XIV. 

8 - Minces fils de métal, en or ou en argent, torsadés ou pas, soudés sur une plaque de métal ou entre eux et laissant des jours, des espaces vides. (Wikipédia). 

9 - Candélabre ou chandelier à plusieurs branches orné de pendeloques de cristal. (Larousse).

Paire de girandoles. Époque Louis XIV. 

10 - Probablement des cartes géographiques, maritimes et astronomiques. 

11 - Les ambassadeurs avaient eu l'occasion de voir un grand miroir ardent lors de leur visite à l'Observatoire de Paris le 25 septembre 1687 : Après que les ambassadeurs eurent considéré ce bâtiment, dont la seule vue en dehors ne fait pas connaître toutes les choses auxquelles il est utile, ils entrèrent dans la première salle, et passèrent de là dans la tour orientale, où ils virent divers instruments pour observer les astres, et admirèrent les prodigieux effets d'un grand miroir ardent de cinq pieds de diamètre qui fut exposé au soleil. Le feu prit à une barre de bois de plusieurs pouces d'épaisseur aussitôt qu'elle lui fut présentée, et le plomb fondit dans l'instant même qu'il fut exposé à son foyer. (Mercure Galant, édition de Lyon, novembre 1687 pp. 42-43). 

12 - Donneau de Visé révélera le nom du donateur dans le Mercure de mai 1687. Il s'agissait de Louis-Auguste de Bourbon (1670-1736), duc du Maine, fils adultérin de Louis XIV et de Mme de Montespan, surnommé Gambillard au cause du pied-bot qui l'obligeait à boitiller. 

13 - Le carré long était l'ancien nom du rectangle. 

14 - Louis Alvarez, qui se titrait baron de Coursan, était un très riche banquier, traitant et fournisseur, qui avait eu les charges de joaillier du roi et de trésorier des Cent-Suisses. (A. M. de Boislile : Mémoires des intendants sur l'état des généralités dressés [sic] pour l'instruction du duc de Bourgogne, 1881, note 9 p. 245). 

15 - C'est à la mi-octobre 1684 que le missionnaire Bénigne Vachet et les envoyés siamois arrivèrent en France. Le Mercure Galant commet la même erreur. 

16 - Le lyrisme de Donneau de Visé était contredit par les faits. Les missionnaires eux-mêmes reconnaissaient que la tentative d'évangélisation du Siam fut un échec complet, et qu'ils ne réussirent guère à baptiser que quelques nouveaux-nés et quelques mourants. Le père Tachard écrivait en conclusion de la relation de son premier voyage : Il est surprenant que l'Évangile fasse si peu de progrès parmi des peuples qu'on cultive avec beaucoup de zèle et de soin, qui voient tous les jours la majesté de nos cérémonies, qui n'ont d'ailleurs aucun vice capable de les dégoûter de nos maximes et qui estiment tant les talapoins parce qu'ils font profession d'une vie austère. Cela pourrait faire croire qu'ils ont quelque chose de sauvage et de grossier, si les manières agréables et les belles réponses des ambassadeurs qui sont en France ne faisaient voir qu'ils ont de l'esprit et de la politesse. (Voyage de Siam des pères jésuites, 1686, pp. 422-423). 

17 - Antonio Pinto, dit Monsieur Antoine. Voir page précédente note 10

18 - Ces baptêmes furent célébrés le 15 avril 1687. Dans une lettre adressée à Nicolas Charmot, missionnaire au Siam, le directeur du séminaire des Missions Étrangères, Louis Tiberge, relate cette cérémonie, et donne les noms chrétiens qui furent donnés aux Siamois (il indique qu'ils étaient douze, mais n'en cite que onze) : Pi fut nommé Pierre-Emmanuel, Ppet Jean-Baptiste, Oman, Paul-Artus, Chun, Louis, Gaye, orfèvre émailleur, François-Xavier, Mi, Henri-Olivier, Duan, architecte, Philippe, Sac, François (en hommage à François Pallu, décédé trois ans plus tôt), Thean, Thomas, et Voum, Nicolas. Un dernier Siamois, malade, ne put recevoir le baptême ce jour-là. Louis Tiberge conclut ainsi sa lettre : Vous ne sauriez croire combien ils sont contents depuis le baptême, et combien ils marquent de piété dans leurs prières, surtout à la messe où ils assistent tous ensemble avec beaucoup de modestie et de récollection apparente. Ils me demandèrent des chapelets au retour de Saint-Sulpice. Je leur en fis acheter ; ils les reçurent avec respect, et ils les portèrent sur leur col comme un collier de l'Ordre de Jésus et Marie. Ils mangèrent avec nous à la première table, et ils m'ont demandé ce matin de servir tour à tour, pendant la semaine qu'ils seront parmi nous ; mais je leur ai répondu que tant qu'ils auraient leur habit baptismal, je les ferai servir par d'autres, en partie par respect pour leur innocence et leur nouvelle dignité de chrétien, et en partie par propreté pour ne pas gâter la blancheur de leur robe. (Launay, Histoire de la Mission de Siam, 1920, I, pp. 188-189). 

19 - Justaucorps de buffle que portaient les gens de guerre en guise de cuirasse. (Littré). 

20 - Armures de fer. 

21 - Cette manufacture abrite aujourd'hui le lycée privé Teilhard-de-Chardin. L'édifice accueillait, au XVIIe siècle, la fameuse « Manufacture du ras d'or de Saint-Maur », fabrique de tissus dirigée par Marcelin Charlier. Ce dernier est appelé à Paris par Colbert en 1658. Il devient fournisseur de Louis XIV en 1673, et installe sa manufacture à Saint-Maur en 1677. Plusieurs centaines d'ouvriers y fabriquaient un somptueux tissu de velours « ras », brodé d'or et d'argent filé, en directe concurrence avec les draps italiens. Beaucoup de draperies de Versailles ont été tissées ici. La manufacture reçoit même en 1700 la visite du Dauphin. (Wikipédia). 

22 - De la couleur du coquelicot, un rouge vif et foncé. 

23 - De fils d'or torsadés. 

24 - Titre donné à Louis de France, le Grand Dauphin, fils de Louis XIV et de Marie-Thérèse d'Autrice. 

25 - Terme de gravure. Taille d'épargne, taille en épargne, sorte de taille qui se fait lorsque, enlevant le fond, les traits qui doivent paraître sont ceux qu'on épargne, qu'on laisse en relief. (Littré). 

26 - La culotte d'un pistolet, le morceau de métal rond et creux qu'on attache au bout de la poignée d'un pistolet. (Littré). 

27 - Gros-de-Tours et Gros-de-Naples (Manufacture en soie) : étoffe de soie, dont la chaîne et la trame sont plus fortes qu’au taffetas. La différence du gros-de-Tours & du gros-de-Naples consiste en ce que la trame et la chaîne de celui-ci sont encore plus fortes qu’au gros-de-Tours, ce qui lui donne un grain plus saillant. Il y en a d’unis, de rayés, de façonnés, de brochés en soie, et en dorure. (Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, 1757, VII, p. 953). 

28 - Ornement en forme de clochette. 

29 - Voir ci-dessus note 12. 

30 - Selon Forbin, il s'agissait de deux compagnies de quarante hommes chacune, formées de Portugais, métis ou créoles des Indes. (Mémoires du comte de Forbin, 1729, I, pp. 139-140). À aucun moment, Forbin ne mentionne de Mores, même s'il y en avait dans les troupes de Bangkok. 

31 - À cette occasion, Forbin, qui ne portait pas Phaulkon dans son cœur, fut tout de même obligé de reconnaître son courage et sa détermination : Constance paya de sa personne dans cette occasion. Il sortit du fort avec beaucoup de fermeté et sans se troubler, et allant à la rencontre des mutins qui n'étaient plus qu'à dix pas de la porte, il leur demanda d'un air de hauteur ce qu'ils prétendaient. Ils répondirent tout d'une voix qu'ils ne voulaient point du commandant français qu'on leur avait destiné. Ce ministre, qui avait pour le moins autant d'esprit que de courage, les assura que je devais, à la vérité, commander les Siamois, mais nullement les Portugais.

Cette réponse semblait les calmer lorsqu'un de la troupe, voyant d'une part ses camarades incertains de ce qu'ils avaient à faire, et de l'autre côté entendant le colonel, qui du haut du bastion leur criait de toute sa force d'obéir à M. Constance, prit la parole et mettant la main sur la garde de son épée : À quoi bon, dit-il, tant de raisonnements ? Devons-nous nous fier à ses promesses ? Constance, qui se vit au moment d'être massacré, sauta sur ce scélérat, lui ôta son épée, et, après avoir adouci ses camarades par de bonnes paroles, les renvoya chez eux. (op. cit., 1729, I, pp. 141-142). 

32 - Antoine Pinto, dit Monsieur Antoine. Ses dispositions pour les langues étrangères (il en parlait quatre) avaient incité l'abbé de Lionne à le faire venir en France avec l'ambassade siamoise, surtout pour servir d'interprète. 

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