12 NOVEMBRE 1689 - 31 DÉCEMBRE 1693

Page du Mercure Galant

Gazette N° 47. De Paris, le 12 novembre 1689 (pp. 553-554).

On a eu avis par des vaisseaux revenus des Indes orientales que le roi de Siam était mort, qu'un seigneur du pays s'était mis sur le trône après avoir fait massacrer la princesse et toute la famille du feu roi ; que le sieur Constance, son Premier ministre, sa femme et ses enfants avaient été cruellement massacrés, que les sieurs de Fargue et du Bruant qui commandaient les Français qui étaient en garnison à Bangkok et à Mergui, après avoir été assiégés durant cinq mois par les troupes du nouveau roi, avaient obtenu une capitulation fort honorable, et qu'ils en étaient sortis avec 360 Français qui s'étaient retirés dans l'île de Jonçalam (1), près de Ténassérim. Deux vaisseaux de la Compagnie française ne sachant pas la déclaration de la guerre touchèrent au cap de Bonne-Espérance où ils ont été pris par les Hollandais.

Mercure Galant - Novembre 1689, pp. 320 et suiv.

La nouvelle de la mort du roi de Siam est véritable, mais on ne convient pas encore bien de quelle manière se sont faits les grands changements qui sont arrivés après sa mort. Il y avait quatre ans qu'il avait un mal dont il ne pouvait espérer la guérison. Le grand-père de ce prince avait, dit-on, usurpé la Couronne de Siam (2), et parmi les talapoins il se trouvait un prince du sang, à qui elle appartenait (3). On prétend que ce prince talapoin a obtenu du secours de quelques princes voisins, et qu'avec ce secours et une intrigue qu'il avait avec des grands du pays, il a chassé celui que le défunt roi avait établi pour successeur (4). Voilà de quoi on convient le plus, mais l'on n'est pas bien d'accord de ce qui s'est fait pour exécuter toutes ces choses, ni de la manière dont on a fait mourir toute la famille royale. Les prisonniers qui sont en Hollande en savent des nouvelles assurées. On attend ici à tous moments le père Le Blanc, jésuite, pour travailler à l'échange, ainsi la vérité sera bientôt éclaircie.

Mercure Galant - Décembre 1689, pp. 28 et suiv.

Je vous mandai la dernière fois qu'on devait avoir bientôt des nouvelles sûres de Siam ; en voici qui viennent de très bonne part. Sa Majesté siamoise étant dangereusement malade au mois de mai de l'année dernière, un certain Okphra Phetracha, âgé d'environ 55 ans, le plus grand, le plus riche et le plus dévoué à sa secte de tous les mandarins siamois, songea à se mettre en état de se faire déclarer souverain de ses États. Il avait refusé les plus grandes dignités du royaume pour s'attacher uniquement à l'oraison et mener la vie d'un parfait talapoin, quoique séculier. Il en faisait entièrement les fonctions, et cette conduite lui avait fait gagner l'amitié, non seulement des grands et des talapoins, qui ont beaucoup de crédit sur les Siamois, mais encore du peuple, et principalement de ceux qui en sont la plus basse partie et à qui il faisait de très grandes charités, selon leurs besoins. Il avait avancé son fils à la dignité d'Okya (5), qui est la première du royaume, après les princes du sang royal.

La maladie du roi augmentant, et la faiblesse où il se trouvait, ne laissant pas lieu de croire qu'il s'en pût tirer, ce mandarin, soit qu'il fût poussé par les talapoins qui croyaient rendre un service considérable à leur religion qui paraissait méprisée, soit que l'envie de régner l'empêchât de voir du crime dans sa révolte, et qu'il se sentît flatté, comme disent quelques-uns, du secours que lui promettaient les Hollandais, résolut d'envahir la Couronne, et pour exécuter son dessein, il ménagea d'abord ceux des mandarins qui n'étaient pas satisfaits du roi ou qui avaient reçu quelque mauvais traitement de M. Constance. Il gagna à même temps ceux qui étaient les plus attachés à la religion siamoise, et tous les ressorts qu'il fit jouer lui réussirent si bien, que comme la coutume de ce pays-là est que lorsque les rois sont en danger de mourir, on s'assure des principaux du royaume en les enfermant dans le palais, il trouva moyen d'avoir la garde de ces mandarins, avec 15 000 hommes qu'il avait amenés. M. Constance, qui prévit l'orage et qui connut que le dessein de cet okphra le perdrait s'il n'y mettait ordre, demanda à M. Desfarges, gouverneur de Bangkok, qu'il était besoin qu'il vînt à la Cour avec quelques troupes, et ne douta point qu'en faisant voir de la fermeté, il ne vînt à bout de dissiper les rebelles et de se saisir du mandarin qui était leur chef.

M. Desfarges, jugeant bien qu'il ne pouvait envoyer des troupes sans les risquer, et trouvant d'ailleurs qu'il y aurait de l'imprudence à un gouverneur d'affaiblir sa garnison, ce qui serait exposer sa place, demeura à Bangkok, sans envoyer aucun secours à M. Constance (6). Sitôt que l'usurpateur se crut assez fort pour ne devoir rien appréhender, il ne perdit point de temps, et commença à se déclarer ouvertement par le mort du fils adoptif du roi, qu'il fit couper en trois. M. Constance ne put amasser assez de forces pour lui tenir tête, et il fut coupé en deux. Le mandarin que ce premier succès anima, fit mettre les frères du roi dans des sacs de velours noir (7), et ils furent assommés à coups de bûches d'un bois odoriférant. C'est de cette sorte qu'on fait mourir à Siam ceux qui sont du sang royal. Cela étant fait, on alla piller la maison de M. Constance, et l'on se saisit de sa femme, de ses enfants et de tous ses domestiques. Le fils de l'usurpateur sollicita plusieurs fois Mme Constance, dont il était amoureux, de se mettre au nombre de ses femmes, l'assurant qu'il aurait toujours pour elle une considération particulière. Mais comme elle est catholique, quoique Japonaise, elle répondit toujours constamment que toutes ses offres seraient incapables de l'ébranler. Il la menaça de la faire la dernière de ses esclaves, et de lui faire souffrir les plus rigoureux tourments. Il en vint même à l'effet, afin de lui faire dire si elle n'avait point d'argent caché. Enfin, n'en pouvant rien obtenir, il lui fit tordre les bras, et commanda qu'elle fût mise en un lieu où logent les éléphants. Un officier français la tira de là avec ses enfants, et la mena à Bangkok (8).

Les révoltés allèrent ensuite au séminaire et à la maison des pères jésuites qu'ils pillèrent après s'être saisis de leurs personnes. Ils firent la même chose aux autres maisons des chrétiens français, envers lesquels ils usèrent de beaucoup de cruauté, non seulement en les maltraitant, mais encore en ne leur laissant aucune chose pour vivre, et empêchant qu'on ne leur donnât quelque secours. Tout cela ne se put faire sans que le roi malade en fût informé. Il en fit paraître une sensible douleur, et ne pouvant remédier à ce grand désordre, parce qu'il était lui-même prisonnier dans son palais, et en la disposition de son ennemi, il lui envoya demander de l'argent. Le tyran lui en fit aussitôt porter, et ce monarque ayant su que les jésuites manquaient de tout, et qu'on n'osait leur donner de soulagement, fit distribuer à chacun d'eux cinquante écus, témoignant que son plus grand déplaisir était de voir l'ingratitude de ses sujets après tant de grâces dont l'avait comblé le roi de France, surtout en lui envoyant ces pères. Enfin, plus accablé de tristesse que de maladie, il mourut dans ces mêmes sentiments.

Ce prince étant mort, l'usurpateur se fit proclamer roi, promettant le rétablissement de la liberté et de la religion siamoise, après quoi il ne songea plus qu'à chasser les Français et ceux qu'on avait vus dans les intérêts du roi défunt ou de M. Constance. Ainsi, il leur ordonna, de même qu'aux Anglais, de sortir de son royaume. Ces derniers se retirèrent avec les Français dans la forteresse de l'est de Bangkok. Ils y furent assiégés par toutes les autres nations qui se trouvèrent dans les États de ce nouveau roi, auquel tous ces divers peuples étaient bien aises de faire connaître le zèle qu'ils avaient à le servir. Ils bâtirent huit fortins autour de la forteresse à la portée du mousquet, et ils les garnirent de bombes et de canons. Les bombes qu'ils ne pouvaient avoir eues que des Hollandais, incommodaient fort les assiégés et leur faisaient craindre le feu dans leurs magasins qui n'étaient faits que de bois. Cependant, voyant que les Français avaient rasé à coups de canon la forteresse de l'autre côté, et qu'ils défaisaient leurs ouvrages en peu de temps, ils s'avisèrent d'un stratagème qui marque l'esprit des Siamois. Ils mirent à la tête de leurs travaux Mgr l'évêque (9) et tous les autres Français qu'ils avaient pris à Siam, afin que si les assiégés tiraient, ceux de leur même nation fussent tués les premiers. Malgré tout cela, les assiégés ne laissèrent pas de résister cinq mois et quatre jours, quoique la forteresse fût ouverte du côté de la terre. Enfin, manquant de vivres et de toutes sortes de munitions, on fit la capitulation par le moyen de Mgr l'évêque (10). Elle portait que les Siamois fourniraient des bateaux, des vivres et tout ce qui serait nécessaire pour porter les Français et leur bagage à l'embouchure de la rivière où l'Oriflamme, vaisseau du roi de 50 pièces de canon, était arrivé. On envoya les otages à bord, et les Français sortirent de Bangkok après avoir crevé une partie des canons et encloué l'autre.

M. de Bruant, qui était à Mergui, eut la même destinée. Il fut assiégé dans cette place par les mêmes nations, n'ayant qu'environ trente hommes. Il ne laissa pas de résister quelque temps, et un boulet de canon lui ayant cassé la dernière jarre d'eau, il résolut de sortir du fort avec ses gens, l'épée à la main, et de passer sur le ventre aux Siamois. Il exécuta son dessein avec une intrépidité surprenante, et s'étant fait jour au milieu des ennemis, dont il y en eut beaucoup de tués, il les força de prendre la fuite et arriva au bord de la mer, où il s'embarqua sur deux felouques, se sauvant à Pondichéry avec vingt hommes. Plusieurs officiers français et un jésuite, s'étant embarqués dans une de ces felouques, et manquant de vivres, abordèrent à la côté de Pégou, où d'abord ceux du pays leur firent signe de descendre à terre. Le père et deux officiers se laissèrent attirer (11), mais les autres qu'ils appelaient de la même sorte continuèrent leur route, et arrivèrent à Pondichéry dans un pitoyable état.

M. Desfarges y arriva quelque temps après avec ses troupes, et envoya de là M. de Beauchamp en France sur le vaisseau la Normande pour rendre compte à Sa Majesté de cette triste révolution, avec ordre de passer au cap de Bonne-Espérance, pour avertir les vaisseaux français de n'aller point à Siam. M. de Beauchamp, s'acquittant de ce qui lui avait été ordonné, et ne sachant point la déclaration de la guerre, fut pris par les Hollandais, avec un autre vaisseau français appelé le Coche. Le roi envoie six vaisseaux, tant pour ramener les troupes qui sont à Pondichéry, que pour servir d'escorte à ceux que la Compagnie a encore en ce pays-là, et qui doivent rapporter quantité de marchandises (12). On a eu avis que le troisième vaisseau qui venait avec les deux qui ont été pris s'était mis en lieu de sûreté (13).

Il y a quelques années que M. Constance prévoyait l'orage qui l'a fait périr. Ce qu'il faisait pour les catholiques lui donnant sujet d'appréhender un revers si le roi son maître venait à mourir, il s'était précautionné de lettres de naturalité pour passer en France s'il arrivait quelque changement, et Sa Majesté, qui ne cherche que le bien de la religion, et à qui par ce seul motif l'ambassade de Siam a tant coûté, lui voulut bien accorder ces lettres en reconnaissance de ce qu'avait fait ce ministre pour faire recevoir les vérités catholiques dans les États du roi de Siam ; mais les ennemis du roi, tant catholiques que calvinistes, cherchant à détruire par toutes sortes de voies ce qu'il fait pour avancer la religion, ont précipité les choses avant que M. Constance crût qu'elle dussent arriver. Ainsi, il a été hors d'état d'exécuter son dessein. Ses lettres de naturalité avaient été enregistrées au Parlement le 12 mars dernier, et à la Chambre des Comptes le 16. Elles étaient conçues en ces termes :

Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre ; À tous présents et à venir, salut.

Le zèle que notre cher et bien aimé le sieur Constance Phaulkon, Premier ministre du roi de Siam, fait paraître pour notre service, et les bons offices qu'il rend à la nation française auprès dudit roi, nous conviant à lui donner des marques de la satisfaction que nous en avons, nous avons été bien aise d 'en trouver l'occasion en lui accordant, et à ses enfants, les Lettres de Naturalité qu'il nous a fait demander.

À ces causes, voulant favorablement traiter ledit sieur Constance de notre grâce spéciale, pleine puissance et autorité royale, nous l'avons reconnu, tenu, censé et réputé, reconnaissons, tenons, censons et réputons, pour notre vrai naturel sujet et régnicole. Voulons et nous plaît que comme tel, lui et ses enfants puissent s'établir en telle ville de notre royaume et pays de notre obéissance qu'ils désireront, et qu'ils jouissent des privilèges, franchises et libertés dont jouissent nos vrais et originaires sujets ; qu'ils puissent avoir, tenir et posséder tous biens meubles et immeubles qu'ils ont acquis ou pourront acquérir, et qui leur seront donnés et délaissés, jouir d 'iceux, en disposer par testament, ordonnance de dernière volonté, donation entre vifs ou autrement, et qu'après leur décès, leurs enfants, héritiers ou autres en faveur desquels ils en pourront disposer, leur puissent succéder, pourvu qu'ils soient nos régnicoles, le tout ainsi que si ledit sieur Constance et ses dits enfants étaient originaires de notre royaume, sans qu'au moyen des ordonnances et règlements faits contre les étrangers, il soit donné audit sieur Constance et à ses dits enfants aucun empêchement, ni que nous puissions prétendre lesdits bien nous appartenir par droit d 'aubaine, ni autrement, en quelque sorte et manière que ce soit, les ayant quant à ce, dispensés et habilités, dispensons et habilitons, sans que pour raison de ce, ils soit tenu et ses dits enfants, de nous payer aucune finance, ni à nos successeurs rois, de laquelle, à quelque somme qu'elle puisse monter, nous leur avons fait et faisons don et remise par ces présentes. Ci donnons en mandement à nos âmes et féaux les gens tenant notre Cour de Parlement et Chambre des Comptes à Paris, que ces présentes ils fassent registrer, et du contenu en icelle jouir et user lesdits sieur Constance et ses enfants pleinement et paisiblement, et perpétuellement, cessant et faisant cesser tous troubles et empêchements ; car tel est notre plaisir. Et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous avons fait mettre notre sceau à ces dites présentes.

Donné à Versailles au mois de février, l'an de grâce 1689, et de notre règne le 46.

Mercure Galant - Janvier 1691, pp. 75 et suiv.

Lettre contenant plusieurs nouvelles des Indes.

Après le départ de la Normande et du Coche de la rade de Pondichéry, qui fut le 15 février 1689, le révérend père Le Royer, supérieur de la Mission, n'avait rien tant à cœur que de trouver à employer les huit missionnaires qui restaient du débris de Siam. Le royaume de Pégou, où le père d'Espagnac avait été retenu prisonnier à la sortie des Français de Mergui, fut le premier qui présenta une occasion favorable. On apprit par le retour d'un petit vaisseau portugais, que ce père qui avait échappé à la mort avec bien de la peine dans la chaleur de l'action qui se passa entre les Français et ces sauvages, avait été conduit au roi, qui fait sa résidence à près de 200 lieues dans les terres, dans la ville d'Ava que ce prince, qui est en même temps empereur d'Ava et de Pégou, lui avait fait assez bon accueil, et lui avait assigné pour sa demeure une église où il y a plusieurs chrétiens, tant Portugais que Pégouans. Comme Mgr l'évêque de Rosalie (14) envoyait en même temps dans cette mission deux de ses prêtres, le père Duchatz (15) qui s'était offert avec beaucoup de zèle à aller aider le père d'Espagnac dans sa captivité, au péril même de tomber aussi dans l'esclavage, se joignit à ces deux missionnaires. Un Anglais de Madras, appelé M. Grey, qui devait d'abord les passer, s'en excusa ensuite, sous prétexte qu'il appréhendait que les Portugais qui sont établis au Pégou ne lui fissent de la peine ; mais cependant un Portugais nommé Pinto les prit lui-même tous trois dans une petite barque, lorsqu'ils n'espéraient presque plus trouver de passage.

(…)

Les troupes françaises qui partirent aussi le 10 avril pour aller s'établir dans une île des Siamois nommée Jonceland (16), fournirent de l'emploi au père Thionville. M. Desfarges, général des troupes, le voulut avoir, parce que tous les officiers et les soldats avaient pour ce père une amitié et une confiance toute particulière. Il prit aussi M. Ferreux, missionnaire sorti de Siam avec M. de Lionne, parce qu'il savait bien la langue siamoise. Les troupes étaient au nombre d'environ 600 hommes, tant soldats que matelots, sur trois vaisseaux, à savoir l'Oriflamme, de 60 pièces de canon, commandé par M. de l'Estrille, le Siam, de 40 pièces, et une frégate nommé le Lour (17), de 18 pièces, avec une barque. (…)

Gazette N° 11. De Paris, le 10 mars 1691 (p. 132).

Le vaisseau le Lonré, de la Compagnie des Indes, est arrivé du Brésil richement chargé, où il avait été obligé de relâcher, et la maladie s'étant mise dans l'équipage, en a fait mourir une partie, entre autres le sieur Desfarges, qui revenait de Siam (18).

Mercure Galant - Mars 1691, pp. 278 et suiv.

M. de La Loubère, envoyé extraordinaire du roi auprès du roi de Siam en 1687 et 1688 a donné depuis peu au public un ouvrage en deux volumes, où il traite du pays de Siam, de son étendue, de sa fertilité, des qualités de son terroir et de son climat, des mœurs des Siamois en général, de leurs mœurs particulières, selon leurs diverses conditions, de leur gouvernement et de leur religion (19). Il a ajouté à cela plusieurs Mémoires très curieux, qui donnent de grandes connaissances des autres royaumes des Indes, et de celui de la Chine. Il y a dans ces deux volumes 38 tailles douces, qui consistent, tant en cartes géographiques qu'en plans et figures. Toutes ces choses font voir les grandes recherches que M. de La Loubère a faite, et ce qu'il y a de surprenant, c'est qu'ayant parlé après beaucoup d'autres, son livre ne laisse pas de paraître encore tout nouveau à ceux qui le lisent. Il est écrit nettement, et en honnête homme, ainsi que doit faire un homme de distinction tel que son auteur. Il se vend chez la veuve du sieur Coignard, imprimeur et libraire ordinaire du roi, rue Saint-Jacques, à la Bible d'Or, et se trouve aussi chez le sieur Barbin, sur le perron de la Sainte-Chapelle, au Palais.

Gazette N° 22. De Paris, le 12 mai 1691 (p. 263-264).

On a reçu des lettres d'Ispahan du 8 décembre 1690, qui portent l'avis d'une nouvelle révolution arrivée à Siam. L'usurpateur Phetracha qui s'était emparé du royaume, au préjudice des frères du feu roi, a été dépossédé par le barcalon qui était chef de l'ambassade solennelle que le feu roi de Siam envoya en France. Ayant formé un puissant parti, il s'est saisi de la personne de l'usurpateur, à qui il a fait couper la tête, et il a été élevé sur le trône. Il a fait mettre en liberté les Français qui étaient restés dans les prisons, et il a rappelé les autres, particulièrement les missionnaires français, à qui il a fait rebâtir un séminaire plus magnifique que celui qui avait été détruit. Les Hollandais avaient reçu le même avis à Ispahan par les Anglais de Bombay (20).

Gazette N° 24 du 26 mai 1691. D'Hispahan, capitale de la Perse, le 8 décembre 1690 (pp. 278-279).

On a appris par les lettres de Surate la nouvelle révolution arrivée dans le royaume de Siam. Le barcalon qui avait été chef de l'ambassade que le feu roi de Siam avait envoyée en France, ayant formé un parti considérable, s'est saisi de l'usurpateur Phetracha et lui a fait couper la tête. Ensuite il s'est mis sur le trône, et il a d'abord fait mettre en liberté l'évêque de Métellopolis, les autres missionnaires et tous les Français qui avaient été arrêtés après la mort du feu roi, qu'il a remis en possession de la forteresse de Bangkok. Les Hollandais ont reçu cette nouvelle par les lettres des Anglais de Bombaïm qui leur ont aussi appris le mauvais état des affaires de la Compagnie dans l'île de Ceylan, où les insulaires ont pris les armes contre eux et les ont chassés de plusieurs postes importants qu'ils y occupaient.

Gazette N° 33. De la Haye, le 23 juillet 1691 (p. 492).

Une galiote arrivée de Batavia, d'où elle partit au mois de décembre dernier, est arrivée en Norvège. Elle a rapporté que cinq vaisseaux hollandais et anglais avaient été rencontrés vers la côte de Bengale par six vaisseaux de la Compagnie française des Indes orientales, commandés par le sieur Duquesne, capitaine de vaisseau du roi, qui après un combat de quatre heures, leur avait pris deux flûtes richement chargées et les avait obligés à se retirer dans la rivière, étant fort maltraités. On a eu aussi la confirmation des révolutions arrivées à Siam, et de la déclaration de la guerre faite aux Hollandais par le nouveau roi, qui était le premier des ambassadeurs venus en France et qui a fait couper la tête à l'usurpateur Phetracha, et s'est mis sur le trône.

Gazette N° 38. De Paris, le 1er septembre 1691 (p. 554).

Le sieur Duquesne-Guiton, capitaine de vaisseau du roi, est revenu depuis peu des Indes orientales. On a su par son retour que la nouvelle qui s'était répandue ci-devant sur des lettres de Perse, d'une révolution arrivée à Siam, dans laquelle l'usurpateur Phetracha avait été dépossédé, n'était pas véritable. Le sieur Duquesne a pris sur sa route quelques vaisseaux anglais et hollandais de leurs Compagnies des Indes, et en a brûlé d'autre. Il est venu sur ces vaisseaux quantité de salpêtre et d'autres marchandises.

Mercure Galant - Septembre 1691, p. 38.

(…) Un vaisseau danois qui est revenu ces jours-ci d'Achem, a rapporté que les prisonniers français de Siam avaient été élargis (21). Il y est allé tant de marchands cette année, qu'ils n'y ont pas trouvé leur compte. Quelques-uns, voyant cela, sont allés partie à Mergui, et partie à Pégou. (…)

Mercure Galant - Janvier 1693, pp. 196 et suiv.

Je ne vous ai point mandé de nouvelles de Siam depuis les révolutions qui y sont arrivées. En voici qui marquent l'état où ce royaume se trouve. Vous vous imaginez bien que l'on n'y est pas tranquille, et que le calme ne règne jamais dans un État qu'un usurpateur gouverne. Phetracha est toujours sur le trône, et traite tous les mandarins avec autant de rigueur qu'il a eu d'abord de ménagement pour eux. Il en a fait mourir plusieurs, et a fait fort maltraiter la plupart de ceux mêmes qui l'avaient élevé et bien servi dans ses entreprises, et il ne s'en trouve presque plus aucun qu'il n'ait faite emprisonner et dont il n'ait tiré de l'argent sous divers prétextes. Il se comporte toutefois de telle manière qu'il les fait tous trembler et se fait craindre. L'okya Nani, qui paraissait l'un des plus puissants et qui s'était toujours montré le plus grand ennemi des Français, a été trois ou quatre fois arrêté et mis aux fers, et a souffert même de cruelles questions pour quelques soupçons que le roi en avait pris, dont il s'est pourtant justifié. Une grande quantité d'autres okyas ont eu cette même destinée. Le premier ambassadeur en France, à présent premier barcalon, qu'on croyait avoir beaucoup de crédit et d'autorité sous ce nouveau règne, est mis à la cangue pour les moindres fautes qu'il fait, comme le dernier des mandarins, et il n'y en a guère qui rampe plus que lui devant le roi. Le peuple se plaint aussi beaucoup de la dureté du gouvernement présent et de la pauvreté, et plusieurs commencent à regretter la sortie des Français, parce que, disent-ils, l'argent roulait pour lors, et il ne s'en voit presque plus.

Les nations étrangères (et surtout le camp des Portugais) sont maltraitées, fort méprisées, et vivent misérables. Il n'y a que les Hollandais en faveur, encore dit-on que le chef de cette nation, qui est présentement à Siam, n'est pas au gré de la Cour, et que l'on en a demandé un autre à Batavia pour le changer. Depuis la sortie des Français, il y a eu plusieurs soulèvements qui ont fait du bruit. Ceux de Ténassérim et de Ligor (22) qui se révoltèrent en même temps, donnèrent bien de la peine. Aussi ne les a-t-on pas épargnés, et l'on a rendu ces provinces presque désertes par le carnage qu'on a fait des révoltés, n'y ayant pas eu de pardon, ni pour les femmes ni pour les enfants. L'on a depuis remué en plusieurs autres endroits, et dans le commencement de l'année 1691, on parlait encore d'une révolte assez considérable vers Pattani, où le barcalon devait être envoyé. Il n'y a presque pas eu de temps depuis ce nouveau gouvernement, où il n'y ait eu des troubles. On a vu sans cesse envoyer et contremander des troupes, tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, et souvent sans qu'on pût savoir contre qui on les envoyait. Probablement, il n'y avait souvent que des soupçons mal fondés, ou bien même ce n'était qu'un effet de la politique de celui qui gouverne, ou pour se faire craindre, ou pour élever et abaisser les mandarins suivant les desseins que l'on avait, se servant des uns contre les autres, car il passe pour un grand politique.

C'est une chose extraordinaire que depuis la mort du roi, on n'ait pu étouffer le bruit qui court toujours qu'un des deux princes qu'il a fait mourir a évité la mort à la faveur d'un autre homme qui s'est fait tuer pour lui. Le nouveau roi a fait tout ce qu'il a pu pour éteindre ce bruit et a fait souffrir des tourments horribles à ceux qu'il a découvert qui en parlaient, sans avoir pu tirer cette croyance du commun peuple, qu'apparemment quelques-uns entretiennent et qui a suscité la plupart des révoltes qui sont arrivées. Il y a grande apparence qu'il en suscitera encore d'autres. Dès le mois de mars, avril et mai de l'année 1689, le peuple crut voir ses espérances accomplies, et ce prétendu prince revenir prendre possession de son royaume. Un talapoin prit son nom, écrivit en divers endroits, assembla du monde, s'avança enfin jusqu'aux portes de la ville, et peu s'en fallut qu'il ne s'en rendît maître. Le fils de celui qui règne à présent s'avança vers lui, et après un choc assez léger, il commençait à prendre la fuite, lorsque par malheur pour le pauvre talapoin, l'éléphant sur lequel il était monté et son cornac furent tués, ce qui l'empêcha de pousser ceux qui fuyaient déjà, et mit tellement la crainte dans le cœur des Siamois de son parti que tout se dissipa, en sorte qu'au lieu de la Couronne où il aspirait, il tomba entre les mains de ses ennemis qui lui firent souffrir et à ses adhérents les dernières cruautés (23). On dit que c'était lui qui avait tramé les révoltes de Ténassérim et de Ligor, qui arrivèrent en effet dans le même temps qu'il avançait vers la ville de Siam. Il court un bruit que dans les mois de mars, avril et mai 1692, il doit arriver de grandes révolutions, et que le prince doit paraître dans ces temps-là. C'est la coutume de ces sortes de gens de faire courir des bruits de ce qu'ils veulent entreprendre, pour disposer les peuples à ces événements et les engager insensiblement par ces préventions. Au reste, quoique ce roi se fasse à présent craindre et redouter de tous les plus grands mandarins, le bruit commun est qu'il craint lui-même et qu'il est dans de continuelles alarmes, car il semble que la plupart des mandarins, tout le peuple et presque tous les étrangers ne désirent qu'une révolution et un pareil changement, et qu'il n'y a que la crainte et la sévérité des châtiments qui les retiennent.

Voici une lettre qui a été écrite du même royaume par M. l'évêque de Métellopolis aux missionnaires des pays étrangers qui sont à Paris.

Messieurs et très chers frères, Notre Seigneur soit l'unique objet de vos pensées.

Nonobstant la difficulté de vous faire tenir nos lettres, à cause des guerres que l'on dit être encore bien allumées en Europe, je ne crois pas devoir me dispenser de vous écrire à tout hasard, pour vous donner avis que le roi nous a fait rendre notre séminaire, et que nous y sommes rentrés dès le jour de saint Marc de la présente année 1691. Les autres Français laïques, tant soldats que gens de la Compagnie royale, avec un Moscovite, ne furent délivrés que dans le mois de septembre suivant, et nous les avons logés chez nous. Il faut les nourrir et les entretenir de tout, comme nous avons fait lorsqu'ils étaient prisonniers. Comme leur nombre est grand, la dépense l'est aussi, et quoique nous ayons reçu quelque secours de messieurs de la côte de Coromandel et quelques aumônes de MM. les Espagnols de Manille, qui avaient appris l'extrême pauvreté où nous étions, nous sommes obligés d'emprunter, et de nous endetter.

La cause de notre rétablissement est que le père Tachard a renvoyé ici les mandarins qu'il avait emmenés en France, et qu'il leur a donné des lettres du révérend père de La Chaize et des siennes pour cette Cour. Il écrivit qu'il s'abstenait de venir lui-même jusqu'à ce qu'il sût les intentions du roi de Siam, et on a résolu de lui envoyer à la côte de Coromandel trois autres mandarins avec une lettre du barcalon, pour le convier à venir, et pour l'assurer qu'il le peut faire en toute assurance, car selon les apparences, il ne sont pas à présent si éloignés de se raccommoder avec notre nation qu'ils l'étaient auparavant. Les mandarins devaient partir peu de jours après qu'on eut reçu le paquet du père Tachard, mais comme on est toujours ici lent dans les affaires, on a laissé passer la saison des vents, et il faut attendre à un autre temps. Vous pouvez avoir appris par d'autres voies que nos chers confrères, MM. de Frard, Monestur, Paumard et Le Chevalier sont morts (24). Quant à nous qui leur survivons, nous nous sentons fort affaiblis, mais grâces à Dieu, nous sommes assez en repos ; personne ne nous inquiète et M. Pocquet continue ses secours à nos écoliers. M. Pérez, évêque portugais et vicaire apostolique de la Cochinchine, est parti après son sacre pour s'y rendre. Un prêtre de la même nation y est aussi en qualité de vicaire, qu'ils appellent de Vara (25), avec le père Barthélémy d'Acosta, jésuite. Il y a trois de nos missionnaires qui ont quitté de force par l'excès du travail, et qui ont été malades. Nos évêques français, vicaires apostoliques de Tonkin, jouissent d'une assez bonne santé, et d'une assez grande paix dans leur mission. M. Charmot, missionnaire de France, arrivé à la côte l'année dernière, est allé à la Chine. Nous n'avons encore reçu aucune des lettres qu'il a apportées de Paris. Je ne sais s'il repassera par Siam. M. Pin repasse de la Chine en Europe. Il est à présent à Pondichéry. Nous avons secouru les pères Maldonat et Suarez, jésuites, en tout ce que nous avons pu. Nous avons retiré dans notre maison, nonobstant notre pauvreté, le père Maldonat. Le père Suarez y serait aussi, s'il était sorti du lieu où il est retenu par sa vieillesse et par la perte qu'il a faite de la vue. Voilà à peu près ce qui se présente à vous mander. Nous saluons tous nos amis avec respect, nous recommandant à vos prières.

Je suis en Notre Seigneur, mes très chers frères,
   Votre très humble et très obéissant serviteur, Louis, évêque de Métellopolis, vicaire apostolique de Siam.

À Siam le 25 octobre 1691.

Mercure Galant - Décembre 1693, pp. 10 et suiv.

Lettre des Indes :

Les nouvelles de Siam sont qu'à l'arrivée des derniers mandarins avec lesquels j'étais en France et qui portèrent les lettres du père Tachard en cette Cour, le roi fit tirer de prison tous les Français et remit MM. des Missions Étrangères en possession de leur séminaire, qui leur avait été ôté pendant la révolution, après quoi, pour répondre aux lettres du père Tachard, le barcalon, ou Premier ministre, qui est le premier ambassadeur siamois qui a été en France, envoya de la part de son maître au père Tachard un mandarin chrétien, père de l'interprète qui était avec les ambassadeurs siamois en France, auquel il donna le nom d'okluang, pour l'autoriser davantage (26). Il ordonna à deux autres mandarins de l'accompagner. Il a attendu ici jusqu'à présent les vaisseaux qui ne viennent point, et le père Tachard ne jugeant pas à propos d'aller à Siam par d'autres voies, lui a donné des lettres pour s'en retourner à Siam rendre compte à son maître de la négociation.

NOTES

1 - Une des nombreuses épellations de Junk Ceylon, aujourd'hui l'île de Phuket (ภูเก็ต) au sud-ouest de la Thaïlande. 151 et 153. 

2 - Il est bien difficile de savoir qui était le grand-père du roi Naraï (qui, lui même, avait usurpé la Couronne). Donneau de Visé fait sans allusion à son père, le roi Prasat Thong (ปราสาททอง), qui régna de 1629 à 1656. 

3 - Malgré les efforts des historiens thaïlandais pour doter Phetracha d'un passé présentable, il est probable que cet usurpateur n'avait pas la moindre goutte de sang royal dans les veines, et que sa seule légitimité était d'avoir été frère de lait du roi Naraï. Le père Le Blanc jugeait qu'il était d'une naissance à servir sur un balon plutôt qu'à monter sur un trône. Sa mère avait été nourrice du grand barcalon, et parce qu'elle avait réussi à nourrir cet enfant, elle fut choisie pour être encore nourrice du roi qui vint au monde peu de temps après. (Histoire de la révolution du royaume de Siam, 1692, I, p. 38). 

4 - Il semble que le roi Naraï était très hésitant quant à sa succession, et qu'il ne se soit jamais prononcé clairement. D'après la tradition siamoise, c'est un de ses frères qui aurait dû monter sur le trône, mais les deux étaient en disgrâce. Selon W.A.R. Wood (A History of Siam, p. 212), Phaulkon aurait à maintes reprises pressé le roi de désigner sa fille, la princesse Yothathep (ce qui aurait constitué une véritable révolution, le trône de Siam n'ayant jamais été occupé par une femme), et devant son refus, il lui aurait suggéré de désigner Phra Pi, le favori que Naraï considérait comme son fils. 

5 - Fils de Phetracha, Sorasak ou Luang Sarasak (หลวงสรศักดิ์) devint à la mort de son père, en 1703, le 29ème roi d'Ayutthaya sous le titre de Sanphet 8 (สรรเพชญ์ที่ ๘), mais il reste surtout connu sous le surnom de Phra Chao Süa (พระเจ้าเสือ : le roi tigre). W.A.R. Wood en brosse un portrait peu flatteur : Ce fut un homme cruel, intempérant et dépravé. Turpin dit qu'il a épousé la princesse Yothathep, une des veuves de son père [par ailleurs fille de Phra Naraï]. Une des portes de son palais était connue sous le nom de Porte des Cadavres en raison du grand nombre de petits cercueils qui en sortaient, contenant des enfants assassinés victimes de sa luxure et de sa cruauté. (…) Le roi Tigre, usé par l'alcool et la débauche, mourut en 1709, terminant ainsi un règne court et peu glorieux. (op. cit., pp. 225 et suiv.). 

6 - Cette décision de Desfarges, motivée par les avis de Véret, des missionnaires des Missions Étrangères et notamment de l'abbé de Lionne, fut sans doute le tournant des événements qui allaient conduire à la débâcle française. On pourra lire sur ce site les explications et les justifications que donnera plus tard l'abbé de Lionne, objet de nombreuses attaques : Mémoire sur une affaire sur laquelle on m'a demandé quelques éclaircissements

7 - La coutume siamoise voulait qu'on ne fît pas couler le sang royal. Les suppliciés étaient enfermés dans des sacs de velours rouge (et non pas noir), assommés et tués à coups de gourdins de bois de santal. 

8 - Il s'agissait de l'officier Sainte-Marie, nom de guerre du lieutenant de Larre ou Delars. Donneau de Visé, pourtant bien informé, garde un silence très prudent sur le lâche abandon de Mme Constance par Desfarges. 

9 - Louis Laneau, évêque de Métellopolis. 

10 - Plus que Louis Laneau, c'est certainement Véret, le directeur du comptoir de Siam, qui joua un rôle capital dans cette négociation. On pourra lire sur ce site le Papier de répondance, (traité de capitulation). 

11 - D'après le père Marcel Le Blanc, il y avait Beauregard, le père d'Espagnac, jésuite, et quatre soldats. Ils étaient descendus à terre pour négocier l'achat de nourriture, et avaient été retenus prisonniers par les Pégouans : La côte de Martaban est sous la domination du roi de Pégou. On entra avec le pavillon blanc dans la rivière. Le sieur de Beauregard, accompagné d'un missionnaire jésuite [le père Pierre d'Espagnac], fut à la première ville chercher des vivres. Ils remontrèrent qu'ils étaient sortis de Mergui pour n'avoir pas voulu aller faire la guerre aux Laos, sujets du roi de Pégou, avec lesquels les vaisseaux français qui naviguaient dans ces mers s'étaient toujours entretenus en paix, et pour témoignage de la vérité de ce qu'ils disaient, ils produisirent l'ordre de la Cour de Siam qui contenait l'ordre de l'expédition contre les Laos. Le gouverneur du lieu leur dit qu'il allait les faire conduire à Syriam, capitale du Pégou, selon la coutume du royaume pour parler au roi, leur promettant que ce prince les recevrait bien et leur accorderait avec plaisir ce qu'ils demandaient, mais qu'en attendant leur retour, les lois et les coutumes du pays voulaient que leur vaisseau mît ses ancres, ses câbles et ses voiles à terre avec ses canons et ses munitions de guerre. Le sieur de Beauregard, feignant d'agréer toutes ces propositions, demanda d'envoyer une lettre au commandant du vaisseau pour lui en donner avis. Il fit comprendre par cette lettre à M. du Bruant qu'on voulait se saisir de son navire s'il ne se tenait sur ses gardes, et que pour eux on les emmenait bien loin dans les terres à Syriam. Après tant d'autres traverses, il fallut encore essuyer celle-là. On fut obligé de laisser le missionnaire et l'officier et quatre soldats français entre les mains des Pégouans et de se retirer au plus tôt de la rivière sans en avoir tiré aucun rafraîchissement. (Histoire de la révolution de Siam, 1692, II, pp. 306 et suiv.). 

12 - L'escadre Duquesne-Guiton quitta Brest le 24 février 1690. Le Gaillard, l'Oiseau, le Florissant, l'Écueil, le Dragon et le Lion. Nous en connaissons le périple grâce au superbe Journal d'un voyage fait aux Indes orientales rédigé par l'écrivain du bord, Robert Challe, et publié en 3 volumes chez Jean-Baptiste Machuel, à Rouen, en 1721. 

13 - Aucune relation, à notre connaissance, ne mentionne ce troisième navire. Il semble bien que le Coche et la Normande aient été les deux seuls navires français capturés au cap de Bonne-Espérance. 

14 - L'abbé de Lionne. Toutefois, si l'abbé fut nommé évêque de Rosalie le 20 mai 1686, il refusa alors cette nomination qu'il n'accepta qu'en 1696. Voir Launay, Histoire de la Mission de Siam, I, p. 205, note 1. 

15 - Le père Jacques Duchatz, malade, avait été laissé au cap de Bonne-Espérance lors du voyage aller. Nous ignorons par quel moyen il parvint à se rendre au Siam. 

16 - Une autre épellation, parmi des dizaines, de l'île de Junk-Ceylon, aujourd'hui Phuket (ภูเก็ต) au sud-ouest de la Thaïlande. 

17 - Très certainement le Lonray, navire de 250 tonneaux construit par la Compagnie à Lorient. 

18 - L'équipage et les passagers du navire furent décimés par la fièvre jaune. Le père dominicain Jean-Baptiste Labat qui arriva dans l'île de la Martinique en 1693 écrivait dans ses mémoires : On appelait cette maladie le mal de Siam parce qu'elle avait été apportée à la Martinique par le vaisseau du roi l'Oriflamme qui, revenant de Siam, avait touché au Brésil où elle faisait de grands ravages depuis sept ou huit ans (Voyage aux Isles – Chronique aventureuse des Caraïbes 1693-1705, Phébus, 1993 p. 40). 

19 - L'ouvrage en deux volumes de Simon de La Loubère Du royaume de Siam fut enregistré le 2 décembre 1690 dans le Livre de la Communauté des imprimeurs et libraires de Paris et achevé d'imprimer le 30 janvier 1691. Dans un Avertissement nécessaire placé en tête du premier volume, La Loubère écrivait : Depuis que cette relation est faite, nous avons appris la mort du roi de Siam dont elle parle, et qu'Ok-phra Phetracha lui a succédé. On verra dans cet ouvrage que c'était à Siam le bruit public, pendant que j'y étais, qu'Ok-phra Phetracha, ou son fils Ok-luang Sorasak parviendraient à la Couronne s'ils survivaient l'un ou l'autre au roi qui régnait alors, et j'en rendis compte à feu M. de Seignelay à mon retour, dans un mémoire qui désira que je lui donnasse. 

20 - Cette fausse nouvelle lancée par la Gazette ne sera démentie que quatre mois plus tard. 

21 - Le journal de la Mission d'août 1690 portait : Le 1er août, le barcalon (qui est toujours le mandarin qui a été le premier ambassadeur en France) fit appeler M. Paumard et lui donna enfin l'heureuse nouvelle que le roi compatissait à la misère de nos missionnaires et de nos écoliers, et qu'il avait ordonné au sommarat (grand maître des prisons) de les faire tous délivrer, à condition néanmoins qu'ils donneraient caution de leurs personnes et qu'ils demeureraient en arrêt dans une maison que l'on ferait faire auprès des prisons. (Launay, Histoire de la Mission de Siam, 1920, I, p. 268). 

22 - Ancien nom de Nakhon Si Thammarat (นครศรีธรรมราช), au sud de l'isthme de Kra. 

23 - W.A.R. Wood (op. cit., p. 219) relate ainsi cette insurrection : Une rébellion éclata à Nakhon Nayok, à l'est de la capitale. Le meneur était un imposteur nommé T'am T'ien, qui avait été auparavant serviteur du prince Apai thot, le frère du roi Naraï. Il prétendit qu'il était le prince, et gagna un grand nombre de partisans. L'upparat, le prince Sarasak, qui participait à une chasse à l'éléphant quand la rébellion éclata, échappa de justesse aux insurgés. Le pseudo prince et son armée atteignirent Ayutthaya et auraient peut-être pris la ville. Un tir heureux, cependant, tua l'éléphant sur lequel était monté l'imposteur. Il tomba, fut blessé, et la soldatesque perdit courage et se dispersa en désordre. Lui-même fut capturé et exécuté. 

24 - Il s'agit de quatre prêtres des Missions Étrangères : Jacques Le Chevalier (1655-1691), Étienne Paumard (1640-1690), Monestur désigne très certainement Antoine Monestier (vers 1649-1690). Quand à l'énigmatique M. Frard, c'est sans doute Pierre Geffrard de Lespinay (1643-1690). 

25 - Par vicaire de Vara, il faut entendre non pas un nom propre, mais une charge. C'était un délégué de l'archevêque de Goa qui exerçait en son nom les droits de juridictions. (H. Bosman, Correspondance de Jean-Baptiste Maldonado, Analectes pour servir à l'histoire ecclésiastique de la Belgique, 3ème série (6), 1910, p. 46 note 1). 

26 - Vincent Pinheiro, interprète au service de la Mission, qui fut élevé à la dignité d'Ok-luang Varawathi (ออกหลวงวรวาที). 

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