EXTRAIT D'UNE LETTRE DE M. L'ÉVÊQUE DE MÉTELLOPOLIS

Je profite, Monsieur, d'une occasion sûre qui se présente, pour vous informer d'une nouvelle qui fait ici grand bruit. Un inconnu duquel on ignore la naissance et le nom a levé l'étendard de la révolte vers les frontières des royaumes de Siam et de Cambodge, et s'est mis à la tête d'une troupe de séditieux. Après plusieurs actes d'hostilité, il s'est approché de la ville de Corasema (1) autrefois fortifiée par des ingénieurs européens, et il s'en est rendu maître sans coup férir. Le nombre de ces séditieux est de plus de trois mille. Leur chef y tient bonne contenance, et paraît ne rien craindre.

Quelques-uns croient que c'est un page du feu roi : les autres que c'est son frère, que les mandarins chargés de faire mourir ont sauvé en mettant un esclave à sa place. Tout cela chagrine et inquiète beaucoup Phetracha, car les tyrans ne sont jamais tranquilles. Il a déjà envoyé plus de vingt mille hommes du côté de Corasema, avec plusieurs mandarins pour en faire le siège. Mais on les croit d'intelligence avec les révoltés qui gagnent tous les jours du terrain. Pour le peuple, comme il est extrêmement irrité contre Phetracha pour ses cruautés et ses malversations, il demande ardemment son supplice et sa mort.

On attend ici tous les jours une escadres française assez nombreuse et assez forte, qui vienne châtier les Siamois et venger notre nation des outrages qu'elle a reçus. Mais je crains fort que les affaires importantes qui se passent aujourd'hui en Europe ne fassent oublier celles qui se sont passées en Asie.

À Siam, ce 18 novembre 1699.

NOTES

1 - Nakhon Rachasima (นครราชสีมา) ou sous son ancien nom, Khorat (โคราช), au nord-est de la Thaïlande. 

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