PRÉSENTATION

Un pionnier du commerce avec les Indes...

Jean-Baptiste Tavernier.

Né à Paris en 1605 dans une famille protestante, Jean-Baptiste Tavernier est dès l'enfance nourri par les récits de voyages et d'aventures : Son père, natif d'Anvers, fut s'établir à Paris et y fit un fort beau trafic de cartes de géographie. Les curieux, qui en achetaient chez lui tous les jours, discouraient à perte de vue sur les pays étrangers. Le jeune Tavernier sentit croître son inclination à la vue de tant de cartes et à l'ouïe de tous ces discours. (Bayle, Dictionnaire Historique et Critique). Son oncle, Melchior Tavernier, est lui-même un cartographe réputé. Dans la préface du premier tome de ses Voyages, Jean-Baptiste Tavernier note qu'à l'âge de vingt-deux ans, il avait vu les plus belles régions de l'Europe, la France, l'Angleterre, les Pays-Bas, l'Allemagne, la Suisse, la Pologne, la Hongrie et l'Italie. Mais c'est l'Orient qui le rendra riche et célèbre.

Il épouse Marie Goisse, la fille d'un joaillier et dès 1630, il s'embarque pour Constinople. Pendant l'espace de quarante ans, et par toutes les routes que l'on peut tenir, il sillonne les mers et les chemins de l'Orient. Pionnier du commerce avec les Indes orientales, il va amasser, grâce aux pierres précieuses, une fortune colossale. Tavernier achète directement à la sortie des mines les gemmes qu'il revend très cher en Europe. Son nom est associé au légendaire diamant bleu qu'il cède à Louis XIV en 1668. Il est anobli en 1669 et acquiert la baronnie d'Aubonne, en Suisse. C'est là qu'il se réfugie pour échapper aux persécutions qui frappent les protestants après la révocation de l'Édit de Nantes.

Jean-Baptiste Tavernier.

Tavernier entreprend un septième voyage vers l'Orient par la Moscovie. Il n'en reviendra pas. Une légende tenace court sur les circonstances de son décès : il aurait été dévoré par des bêtes féroces. Le Mercure Galant de février 1690 publie l'annonce de sa mort et une courte nécrologie : On a eu avis que le sieur Jean-Baptiste Tavernier, fameux voyageur, est mort à Moscou au mois de juillet dernier, âgé de 89 ans. Il était le fils d'un géographe fort estimé en son temps et avait fait six voyages aux Indes par terre, et en était revenu une fois par mer. Comme il n'avait jamais vu la Moscovie, il prit cette route en retournant aux Indes pour la septième fois. Il prétendait y recouvrer une cargaison qu'il y avait envoyée sous la direction du sieur Pierre Tavernier, son neveu, dans laquelle plusieurs personnes de Paris étaient intéressées. Elle montait à deux cent vingt-deux mille livres d'achat en France, qui devaient avoir produit plus d'un million. M. Tavernier, au retour de son dernier voyage des Indes, acheta la Baronnie d'Aubonne en Suisse, qu'il vendit il y a trois ans à M. le marquis du Quesne, fils aîné de M. du Quesne, lieutenant général des armées navales de France. Le sieur Mercier, commis de M. Tavernier, est aussi mort aux Indes au mois de septembre dernier, lorsqu'il se préparait à venir à Hispahan joindre son maître, qui lui avait donné rendez-vous en Perse, où il lui rapportait de grands retours de son voyage. M. Tavernier a fait imprimer une relation de ses voyages que l'on a trouvée fort curieuse, et en a donné une au public de l'intérieur du Sérail, qui a été d'autant plus recherchée que peu d'auteurs en ont écrit, parce que l'entrée du Sérail étant défendue, il est extrêmement difficile d'en savoir de véritables nouvelles. Selon Léonard Baulacre, dans le Journal Helvétique de 1753, Tavernier mourut à Copenhague, chez son ami Henri de Moor. Tavernier était, et reste encore, un nom fort répandu, ce qui peut expliquer bien des confusions sur les homonymes.

Tavernier était un commerçant dans l'âme. On a lui parfois reproché l'inexactitude de certaines de ses descriptions, voire même des plagiats, mais son œuvre dépasse largement la simple relation de voyage. Dans la rédaction de ses six voyages, parue en deux tomes à Paris en 1669, il dresse un véritable guide du commerce dans les Indes, s'attachant à répertorier les monnaies en cours dans les pays qu'il visite, les taux de change pratiqués, les mesures de poids, de longueurs, les règles douanières et commerciales, les coutumes, en un mot il établit un véritable guide à l'usage des commerçants.

Sa relation de Siam n'apporte pas de grandes révélations et reste très conventionnelle. Il est vrai que ce pays n'a pas alors un grand intérêt commercial. Mais il convenait de rendre hommage à ce grand voyageur, et c'est la raison pour laquelle nous l'avons reproduite sur ce site.

De Paris à Delhi, du couchant à l'aurore,
Ce fameux voyageur courut plus d'une fois :
De l'Inde et de l'Hydaspe il fréquenta les rois ;
Et sur les bords du Gange on le révère encore.
En tout lieux sa vertu fut son plus sûr appui ;
Et, bien qu'en nos climats de retour aujourd'hui
En foule à nos yeux il présente
Les plus rares trésors que le soleil enfante,
Il n'a rien rapporté de si rare que lui.

(Nicolas Boileau. Vers pour mettre au bas du portrait de Tavernier, le célèbre voyageur).

Le Diamant bleu.

Le Diamant bleu de la Couronne

On s'attardera, pour le plaisir du rêve, sur ce joyaux exceptionnel, digne d'Indiana Jones et d'Arsène Lupin, œil arraché par Tavernier à une idole païenne par une nuit sans lune, avec, pour accompagnement obligé, les hurlements des loups, et qui fait peser depuis des siècles une inéluctable malédiction sur ses propriétaires successifs. On ne compte plus les suicides, les meurtres, les accidents que la légende attribue aux effets maléfiques du diamant bleu. Il aurait même coulé avec le Titanic (c'est d'ailleurs ce diamant qui a servi de modèle à James Cameron pour réaliser le Cœur de la Mer, le bijou qui sert de fil conducteur au film).

Ce diamant exceptionnel fait partie d'un lot de vingt pierres que Tavernier vendit à Louis XIV en 1668. Il en donne un croquis dans le second tome de ses relations de voyages : Représentation des vingts des plus beaux diamants choisis entre tous ceux que le Sieur Jean-Baptiste Tavernier a vendus au roi à son dernier retour des Indes, qui a été le 6 décembre 1668, ou il a fait six voyages par terre, et en considération des services que ledit Tavernier a rendus à l'État, Sa Majesté l'a honoré de la qualité de noble.

Le diamant coté A est net et d'un beau violet. (Il s'agit de la pierre en haut à gauche).

Description des diamants de Tavernier

Tavernier décrit ce diamant comme une pierre de 112 3⁄16 carats. D'après la relation, il provient vraisemblablement d'une mine de Golconde, et apparaît sur le croquis sommairement taillé. Cette pierre sera retaillée en 1673 par le sieur Pitau, joaillier de la Cour, qui la transformera en un diamant de 67 1⁄8 carats. Il est alors serti dans une monture d'or et porté par Louis XIV au bout d'un cordon lors des cérémonies officielles. On l'appelle Le Diamant bleu de la Couronne, ou Le Bleu français. Sous Louis XV, en 1749, le bijoutier André Jacquemin insère la pierre dans un bijou de cérémonie pour l'Ordre de la Toison D'or. Il se trouve sans doute dans les bagages emportés par Louis XVI et Marie Antoinette lors de leur fuite, et après l'arrestation de Varennes, le diamant bleu rejoint les diamants de la Couronne. En septembre 1792, le diamant bleu disparaît pendant le pillage du trésor de la Couronne. On retrouve sa trace à Londres en 1812, où il se trouve propriété du diamantaire Daniel Eliason (mais s'agit-il du même diamant ? Il n'en existe que de fortes présomptions). Il aurait été vendu au Roi George IV d'Angleterre, et à la mort de ce dernier, serait passé entre les mains de particuliers. On le retrouve en 1839 dans la collection d'Henry Philip Hope, qui donne désormais son nom au joyau. Après sa mort, c'est son neveu Henry Thomas Hope qui entre en sa possession. Le diamant connaîtra de nombreux autres propriétaires, au gré des ventes, des ruines, des besoins d'argent, François Hope, Joseph Frankels, Selim Habib, C.H. Rosenau, Pierre Cartier, Evalyn Walsh McLean, (c'est cette dernière qui fait sertir le diamant dans une monture de diamants blancs et lui donna l'aspect que nous connaissons aujourd'hui). À la mort de Mme McLean, la pierre devient propriété d'Harry Winston Inc. de New York qui en fait don en 1958 à l'Institution Smithsonian dont, presque immédiatement, la grande pierre bleue devient la première attraction. On peut l'admirer aujourd'hui au National Museum of Natural History à Washington. Il a beaucoup changé et s'est trouvé considérablement réduit au fil des retailles successives, puisqu'en 1974 il a été pesé à 45,52 carats.

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Page mise à jour le
3 mars 2019