Présentation

Au service de la Compagnie...

Un marchand senior de la VOC

Jeremias van Vliet est né vers 1602 à Schiedam, en Hollande. On sait peu de choses sur sa jeunesse, sinon qu'il était l'un des plus jeunes des cinq fils d'Eewout Huybrechtszoon et de Maritge Cornelisdochter van Vliet, riches citoyens de la ville de Schiedam. À l'âge de 26 ans, après avoir tenté sans grand résultat de s'établir en Hollande, Jeremias décida de tenter sa chance en Asie et, suivant l'exemple de ses deux frères aînés Eewout et Daniel, il intégra la Compagnie Hollandaise des Indes orientales. Nommé au grade d'assistant, le plus bas de la hiérarchie, il s'embarqua sur le navire Het Wapen van Rotterdam (Les Armes de Rotterdam) et il arriva en février 1629 à Batavia, où se trouvait le siège de la puissante VOC dans les Indes.

Après quelques mois, il fut envoyé à Hirado, au Japon, où la Compagnie possédait un comptoir extrêmement actif et rentable. Pendant trois ans et six mois, Jeremias eut l'occasion de s'initier aux arcanes des relations commerciales entre le Japon, le Siam et Taiwan, fut promu au grade supérieur de négociant junior et assista aux violentes persécutions contre les catholiques. De retour à Batavia en janvier 1633, il fut adjoint à Joos Schouten, qui venait d'être nommé directeur du comptoir de Siam, que la Compagnie hollandaise projetait de développer avec de gros investissements. Les deux représentants de la VOC s'embarquèrent donc pour le Siam sur le navire Delft en avril 1633, avec pour mission d'établir un comptoir permanent à Ayutthaya.

Joost Schouten étant fréquemment appelé à Batavia, Van Vliet fut très vite amené à exercer seul les fonctions de directeur du comptoir, poste qu'il obtiendra officiellement 1638. Entre temps, sans doute plus pour des raisons professionnelles que sentimentales, il épousa temporairement Osoet Pegua (ออสุต พะโค), dite Chao Sout (เจ้าสุต), une femme siamoise d'origine mon qui avait déjà été concubine d'un marchand de la Compagnie hollandaise et possédait une réelle influence, tant dans la VOC que par ses relations à la cour et sa maîtrise des rouages administratifs siamois. Ils eurent trois filles. Lorsqu'en 1642, Van Vliet, nommé gouverneur de Malacca, quitta le Siam en abandonnant concubine et enfants, Osoet Pegua en conçut une immense rancœur et fit tout, par la suite, pour que ses filles ne revoient jamais leur père.

De retour à Batavia, Jeremias van Vliet épousa Catharina Sweers, sœur d'un membre éminent du Conseil de la VOC, puis alla prendre ses fonctions à Malacca. Nommé Conseiller des Indes orientales en 1645, il fut mis en cause pour des affaires de corruption et de transactions illicites et, reconnu coupable par le tribunal de la Compagnie en août 1646, révoqué de la VOC, perdant son grade et son salaire. Néanmoins, grâce à l'appui de son beau-frère Salomon Sweers, il put conserver sa place au sein du Conseil de la Compagnie. Van Vliet devait posséder de solides appuis, car après cet épisode peu glorieux, il se vit confier le commandement d'une flottille de neuf navires à la tête desquels il s'embarqua pour la Hollande où il arriva en août 1647.

On ne connaît pas grand-chose de la suite de sa vie, sinon qu'il fut élu bourgmestre de Schiedam, sa ville natale, en 1652 et qu'il multiplia – en vain – les démarches pour revoir ses filles siamoises. Il mourut en février 1663.

Problèmes de traduction.

Entre 1636 et 1640, Jeremias van Vliet rédigea, en hollandais ancien, plusieurs textes précieux pour la connaissance du Siam du début du XVIIe siècle, et notamment une Description du royaume de Siam dont L.F. Ravenswaay donna en 1910 une traduction anglaise publiée dans le Journal of the Siam Society volume 7.1. Cette traduction a été reprise dans l'ouvrage Van Vliet's Siam de Chris Baker, Dhivarat Na Pombejra, Alfons van der Kraan et David K.Wyatt publié par les éditions Silkworm Books, Chiang Mai, 2005. On peut regretter que ces auteurs, un siècle plus tard, se soient contentés de reproduire la traduction de 1910 et n'en aient pas proposé une nouvelle, plus moderne et qui aurait permis, par comparaison, d'éclairer des facettes un peu obscures du texte.

L'autre document qui nous intéresse et qui est reproduit sur ce site, une Relation historique du roi Prasat Thong, qui relate l'usurpation du trône par ce mandarin pendant une des périodes les plus troublées de l'histoire siamoise, ne fut apparemment jamais publié, mais le manuscrit - ou une copie du manuscrit -, après on ne sait quelles pérégrinations, fut traduit en français par le diplomate Abraham de Wicquefort (1606-1682) et publié à Paris par Jean du Puis en 1663. C'est à partir de cette traduction française que W. H. Mundie, à la demande du prince Damrong Rajanublutb, réalisa une traduction anglaise qui fut publiée en 1932 dans le Journal of the Siam Society volume 30.2. Et c'est en s'appuyant sur cette traduction de traduction que Francis H. Giles rédigea A Critical Analysis of van Vliet's Historical Account of Siam in the 17th Century, une longue étude fort érudite publiée en deux parties en 1938 dans le Journal of the Siam Society volume 30.2 et 30.3. Des traductions en thaï furent entreprises, dont celle de Nantha Woranetiwong qui fut corrigée, anotée et publiée en 1965 par Kochorn Sukhabanij. L'histoire, fort heureusement, ne s'arrête pas là. En s'appuyant sur un manuscrit découvert en 1934 aux Archives Royales de La Haye par Seiichi Iwao, un chercheur japonais, Alfons van der Kraan a récemment réalisé une nouvelle traduction anglaise, publiée dans l'ouvrage cité plus haut aux éditions Silkworm Books, 2005. Dans la présentation de ce texte, Dhiravat Na Pombejra et Chris Baker notent que le manuscrit utilisé par Wicquefort n'était probablement pas le même que celui d'Iwao. De nombreux noms propres diffèrent, des passages entiers manquent dans la version française (et, par conséquent, dans la version anglaise de Mundie), et, pour la tonalité générale, cette nouvelle traduction montre que Wicquefort (et, de là, Mundie et Nantha) ont purgé l'histoire de sa dimension tragique et en ont atténué la violence.

C'est donc la traduction d'Abraham de Wicquefort qu'on pourra lire ici. Nous en avons parfois modernisé certaines formules et tournures de phrase, nous en avons révisé la ponctuation et nous avons tâché de l'expliciter par quelques notes, avec souvent bien des difficultés pour démêler l'invraisemblable écheveau des dignités siamoises, transcrites de façon parfois fort fantaisistes par le traducteur. Nous espérons n'avoir pas commis d'erreurs grossières, et nous remercions par avance celles et ceux qui nous en signaleraient.

LA RELATION DE JÉRÉMIE VAN VLIET

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