Ce texte en trois parties constitue le chapitre XV (tome I) de l'ouvrage de Mgr Pallegoix, évêque de Mallos et vicaire apostolique de Siam : « Description du royaume thai ou Siam », Mission de Siam, Paris, 1854.

Les Siamois ont un ouvrage en soixante volumes qui s'appelle Trai-phumไตรภูมิ, du sanskrit Triloka, ou Trilokya, signifie les trois mondes qui sont le ciel (svarga), la terre (bhûmi) et l'enfer (pâtâla) (les trois lieux) ; il embrasse tout le système des bouddhistes. Ce livre fut composé par l'ordre d'un roi de Juthia l'année de Phra Khôdom 23451802 ère bouddhiste. Le roi qui régnait alors était Buddha Yodfa Chulaloke, Rama I (1737-1809), fondateur de la dynastie Chakri. On lui doit notamment le Ramakien, une adaptation siamoise du Ramayana hindou.

Rama I
, par d'illustres docteurs qui le corrigèrent ensuite avec le plus grand soin et le rédigèrent d'après les livres sacrés. Ainsi l'analyse de ce livre sera l'exposition claire et naturelle du système bouddhiste chez les Siamois. Il se divise en trois parties : la première traite de l'univers en général, et de la terre en particulier ; la seconde expose le système des cieux, et la troisième décrit les enfers.

Première partie

De l'univers.

Il y a neuf degrés de sainteté ; quatre appelés makมรรค (voies), quatre autres ont la dénomination de phonผล (fruits), le neuvième s'appelle niphanนิพพาน (extinction). Ces neuf degrés de sainteté pris collectivement sont appelés moyens de traverser le monde.

Les arijasongอริยะสงฆ์ sont les talapoins disciples de Bouddha; on les divise en huit ordres, et ils sont doués de piété, de constance et de sagesse. Ratanatraiรัตนตรัย sont les trois diamants savoir : Bouddha, les livres sacrés et les talapoins. Il y a trois manières d'adorer : l'adoration du corps, l'adoration verbale, l'adoration mentale. Le plus grand pécheur peut obtenir son salut en adorant les trois diamants, excepté celui qui a commis un des cinq crimes suivants : le meurtre de sa mère, le parricide, le meurtre d'un saint, tirer une goutte de sang du corps de Bouddha, la dispersion violente des talapoins.

De l'excellence et des mérites de Bouddha.

Si un homme avait mille têtes, cent bouches dans chaque tête, cent langues dans chaque bouche, et par conséquent s'il avait dix millions de langues, quand il vivrait depuis la formation jusqu'à la destruction du monde, il ne pourrait pas célébrer suffisamment l'excellence de Bouddha. Cette excellence consiste surtout dans une miséricorde infinie, une science universelle. On peut avoir un léger aperçu de l'excellence de Bouddha par les noms qu'on lui donne. On l'appelle :

  1. Arahángอะระหัง, c'est-à-dire éloigné des pécheurs, près des justes, éloigné des ennemis, c'est-à-dire des mauvais désirs, pur et chaste.
  2. Samma-samphutthôสัมมาสัมพุทโธ, c'est-à-dire sachant par lui-même les lois de la nature et connaissant toutes les créatures d'une manière certaine, vraie, claire et distincte.
  3. Vixacharana-sampanôวิชชาจะระณะสัมปันโน, c'est-à-dire doué de huit arts et de quinze industries.
  4. Sukhatôสุคะโต, marchant avec majesté, le bienvenu, s'avançant vers la perfection, ne rétrogradant pas vers la concupiscence.
  5. Lôkavithuโลกะวิทู, connaissant le monde dans toutes scs parties, connaissant les mérites et les démérites, tous les animaux, la terre et le ciel.
  6. Anuttarôอะนุตตะโร, très-excellent, qui n'a pas de semblable, et à qui toutes les créatures sont soumises.
  7. Purisa-thamma-sarathíปุริสะทัมมะสาระถิ, punissant ou domptant les grands personnages entre les anges, les hommes et les géants qui ont besoin de se convertir.
  8. Sassadaสัตถา เทวะมนุสสานัง, maître des anges et des hommes, docteur des animaux, qui enseigne le chemin des cieux.
  9. Phutthôพุทโธ, connaissant les quatre belles vérités, et amenant toutes les créatures à cette science, doué de la sainteté qui est la source des mérites, doué de toutes les connaissances, exterminant les mauvais désirs, exempt de la concupiscence, vigilant.
  10. Phakhavaภะคะวาติ, glorieux, plein de majesté, il mérite qu'on lui offre les quatre aumônes nécessaires aux talapoins, doué de mérites immenses accumulés pendant un temps immémorial, ayant un corps et un esprit appliqués à la prière, qui parvient à la sortie du monde, c'est-à-dire à l'anéantissement.

De l'excellence de la religion.

Sous un point de vue la religion se divise en trois livres appelés pidokปิฎก (les trois moyens de transport), sous un autre elle se divise en neuf degrés de sainteté dont nous avons parlé ci-dessus.

De l'excellence des talapoins.

Les talapoins saints et véritables se divisent en huit classes selon les huit degrés de sainteté. Les talapoins sont dignes de recevoir les offrandes des fidèles. Celui qui les salue ou qui leur offre des présents acquiert des mérites infinis.

De l'espace des mondes.

Chaque monde ou chakravanจักรวาฬ a un soleil et une lune qui tournent autour du roi des monts situé au milieu. Par espace on entend la distance à laquelle peuvent parvenir les rayons du soleil, de la lune et aussi tout le firmament des cieux. L'espace se divise en huit lieux, savoir :

  1. La terre destructible par le feu, l'eau et le vent.
  2. La terre reconstituée à son premier état.
  3. Les enfers grands et petits.
  4. La région des monstres et des géants.
  5. La région des animaux privés de raison.
  6. La région des hommes.
  7. Les six ordres des cieux.
  8. Les cieux supérieurs qui se divisent en deux régions, celle des anges corporels et celle des anges incorporels.

La terre est supportée sur les eaux, les eaux sur l'air, à chaque point de l'horizon sont placés dix millions de millions de mondes, ou plutôt les mondes sont infinis. De là Bouddha dit dans un de ses sermons que quatre choses sont infinies : 1° les animaux, 2° l'air, 3° les mondes, 4° la science de Bouddha.

La destruction des mondes par le feu.

Les mondes sont détruits par parties, comme ils sont réorganisés par parties, et à chaque fois les dix millions de millions de mondes sont détruits les uns après les autres dans la direction du même point de l'horizon (mais tour à tour et graduellement). La destruction des mondes se fait tantôt par le feu, tantôt par l'eau et même par le vent, de sorte que cette destruction est successive et continuelle.

L'âge de chaque monde comprend soixante-quatre âges intermédiaires ; mais qu'est-ce qu'un âge intermédiaire ? La vie des hommes la plus courte est de dix ans ; lorsque les mérites croissent, la vie des hommes augmente peu à peu jusqu'à ce qu'elle parvienne au nombre appelé asongkháiอสงไขย (l'unité suivie de cent soixante-huit zéros). Ensuite la vie de l'homme décroît jusqu'à dix ans. Cet espace incroyable de temps s'appelle un âge intermédiaire.

Tous les Bouddhas qui ont paru successivement jusqu'à nos jours (et ils sont en plus grand nombre que les grains de sable de la mer), comme tous ceux qui paraîtront dans la suite à l'infini, ont tous pris naissance dans notre monde ; c'est pourquoi notre monde a reçu le nom de monde glorieux.

Dix mille mondes autour de notre monde éprouvent un tremblement à la conception et à la naissance de Bouddha. Dix millions de millions de mondes autour du nôtre sont pénétrés de la majesté et de la sainteté de Bouddha ; mais les mondes infinis, sans en excepter un seul, sont éclairés par la science de Bouddha ; c'est là ce qu'on appelle phuthakhetพุทธเขต ou limites de Bouddha.

Lorsque le temps de la destruction d'un monde approche, il apparaît une grande nuée illusoire à laquelle succède une sécheresse de dix mille ans ; quelques anges, prévoyant la destruction du monde, descendent tous les cent ans sur la terre pour prédire la destruction du monde aux hommes et aux animaux qui, s'étant convertis de leurs péchés et étant enlevés par la famine, transmigrent dans les cieux supérieurs. Les damnés et les impies transmigrent dans les enfers d'autres mondes qui ne seront pas encore détruits. Alors se lèvent deux soleils qui brûlent tour à tour la terre, de sorte qu'il n'y a pas de nuit, mais un jour continuel sans nuages ; toutes les rivières et tous les fleuves sont desséchés, excepté les cinq grands fleuves. Ensuite se lève un troisième soleil qui dessèche les grands fleuves. Les sept grands lacs sont desséchés par un quatrième soleil qui survient. À l'arrivée d'un cinquième soleil, la mer (dont la profondeur est de quatre-vingt mille lieues, la lieue étant composée de huit mille toises) se dessèche peu à peu. Mais quand un sixième soleil se lève, le monde répand de la fumée pendant cent dix mille ans, et lorsque le septième soleil se lève, le monde s'enflamme et brûle entièrement. Il faut remarquer que ce n'est pas seulement un monde qui est consumé par le feu ; mais qu'en même temps dix millions de millions de mondes sont brûlés par soixante-dix millions de millions de soleil. La combustion des mondes s'augmente encore par l'huile de grands poissons de sept espèces, dont les uns ont huit cents lieues de longueur, d'autres neuf cents, d'autres mille. Le feu est si ardent qu'il consume les six cieux inférieurs, et trois degrés des cieux supérieurs. Il ne reste rien, pas même de la cendre, de cette épouvantable conflagration à laquelle succèdent des ténèbres très épaisses pendant des siècles innombrables.

De la reconstruction des mondes.

Lorsque l'époque de la reconstruction des mondes approche, il apparaît une grande nuée qui répand une pluie fine sur tout l'espace des mondes détruits : les gouttes de pluie grossissent peu à peu, de sorte qu'elles deviennent bientôt d'immenses cataractes. Il y a un certain vent qui retient ces eaux comme dans un vase, pour qu'elles ne se répandent pas, jusqu'à ce que les eaux atteignent les cieux supérieurs qui n'ont pas souffert de l'incendie, et alors les pluies cessent. Par la vertu des mérites antérieurs, un vent violent souffle sur les eaux qui deviennent plus épaisses ; quand ces eaux sont aussi épaisses que l'argile d'un potier, ce vent les réduit en masses qui occupent l'espace des cieux, et ces masses forment de nouveaux cieux par étages. Mais lorsque les eaux sont diminuées jusqu'au lieu que doit occuper la terre, alors se forme la surface du globe ; mais, avant tout, le trône de Bouddha se forme à l'ombre d'un grand peuplier de l'Inde. Près de ce trône naît un nymphéa qui, s'il n'a pas de fleurs, indique qu'il n'y aura pas de Bouddha ; s'il n'a qu'une seule fleur, c'est signe qu'il n'y aura qu'un Bouddha, et en général il y aura autant de Bouddha que de fleurs.

Ensuite plusieurs des anges supérieurs, leurs mérites étant anéantis, ont pris naissance sur la terre, dans un âge et une forme parfaite comme des anges, sans distinction de sexe, brillants, glorieux, revêtus d'ornements et d'habits précieux, doués de vertus et de courage, pouvant se transporter à leur gré dans les airs, vivant de joie au lieu de nourriture, et ils ont passé ainsi longtemps une vie fortunée.

Après cela, il y en eut un d'entre eux qui, poussé par la gourmandise, voulut goûter la saveur de la terre. Cette saveur se répandit de suite dans tout son corps. D'autres, le voyant, l'imitèrent, et ils furent bientôt en proie à la concupiscence, ils perdirent leur éclat, leur gloire et leur ancienne vertu et demeurèrent dans les ténèbres, jusqu'à ce qu'enfin un soleil de cinquante lieues de diamètre se leva et les éclaira.

Quand le soleil se coucha, le globe de la lune, ayant quarante-neuf lieues de diamètre, parut ; ensuite parurent ensemble toutes les autres constellations. Après cela se formèrent le Meruเมรุ, roi des montagnes, les montagnes qui entourent la terre et qui en sont comme les murailles, les autres montagnes, la mer, les lacs et les fleuves, les arbres et les plantes.

La saveur de la terre disparut peu à peu, parce que les premiers habitants de la terre avaient du mépris les uns pour les autres. Alors, on vit paraître une espèce de champignons agréables, odoriférants et savoureux, que les hommes mangèrent jusqu'à ce que cette nourriture disparut peu à peu, à cause de leur orgueil. Ensuite on vit croître des plantes rampantes, belles et savoureuses, qui servirent de nourriture aux hommes, jusqu'à ce que leur orgueil les fit disparaître entièrement. Après cela on vit croître une espèce de froment appelé sáliสาลี, avec de grands épis, des grains blancs et sans écorces, que l'on moissonnait aujourd'hui et qui, le lendemain, repoussaient et parvenaient à maturité, et ainsi continuellement. Ce froment avait tous les goûts selon la volonté de celui qui le mangeait, néanmoins il contenait un résidu grossier ; de là vinrent les voies excrétoires et la différence des sexes, puis les mariages et les enfantements. À cause de la paresse des hommes, le froment sáli fut changé en riz, que l'on voit encore aujourd'hui ; on fut obligé de labourer et de cultiver les champs. C'est dans ce temps que prirent naissance les vols, les calomnies, les mensonges, les disputes et les combats. Les vieillards, ayant tenu conseil, se créèrent un roi à qui ils payèrent la dîme des récoltes.

Quelques hommes, pleurant sur les péchés des autres, se retirèrent dans les forêts et les déserts, errant et mendiant, ou bien habitant des cellules au milieu des bois ; de là l'origine des brames.

L'espace de temps depuis la construction des mondes jusqu'à leur embrasement forme une première époque. Après la conflagration, l'espace de temps pendant lequel des ténèbres très épaisses occupent la place des mondes jusqu'à l'apparition de la grande nuée, compose la seconde époque. De l'apparition de la nuée jusqu'à l'apparition du soleil, c'est la troisième époque. Le temps qui s'écoule depuis l'apparition du soleil jusqu'à l'apparition de la nuée illusoire qui annonce la fin du monde, forme la quatrième époque. Chacune de ces quatre époques comprend soixante-quatre âges intermédiaires, et ces quatre époques prises collectivement s'appellent mahá kabมหากัป, c'est-à-dire le grand âge.

L'âge dans lequel paraîtra un seul Bouddha s'appelle sarakabสารกัป ; celui qui en verra fleurir deux prend le nom de manthakabมัณฑกัป ; s'il y en a trois, varakabวรกัป ; s'il y en a quatre, saramanthakabสารมัณฑกัป, et l'âge dans lequel on verra fleurir cinq Bouddhas (comme dans le nôtre) se nomme phatthakabภัทรกัป, âge heureux.

De la destruction des mondes par l'eau.

La destruction des mondes par l'eau ne diffère de celle par le feu qu'en ce qu'après la longue sécheresse paraît un nuage immense qui laisse tomber une eau corrosive. Cette pluie tombe continuellement et augmente jusqu'à ce qu'elle remplisse les dix millions de millions de mondes et atteigne le quatrième degré des cieux supérieurs appelés phromพรหม. Aucune substance ne peut résister à la force corrosive de cette eau ; aussitôt tout est dissous. Les eaux corrosives s'évanouissent avec les éléments dissous, l'air et des ténèbres très épaisses occupent leur place. Mais les mondes sont reconstruits comme on l'a dit après la conflagration.

De la destruction des mondes par le vent

Quand les mondes doivent être détruits par le vent, après une très longue sécheresse s'élève un vent d'abord doux, ensuite peu à peu il devient plus violent, et enfin si furieux qu'il soulève même les collines et les montagnes, les brise les unes contre les autres et les réduit en poudre impalpable. Enfin le vent soulève les mondes eux-mêmes, les secoue, les brise les uns contre les autres jusqu'à ce qu'ils soient réduits en poudre ; il brise pareillement les neufs ordres inférieurs des cieux et les détruit de telle sorte qu'il n'en reste plus rien, pas même la poussière. Alors le vent s'apaise et s'arrête. Le reste arrive comme nous l'avons dit après la conflagration.

On demande quelle est donc la cause de la destruction et de la reconstruction des mondes ? On répond que le démérite général de tous les animaux est la véritable cause de la destruction des mondes, comme le mérite général de tous les animaux est la véritable cause de leur reconstruction.

La concupiscence de la chair est la cause des maladies et de la conflagration des mondes ; la colère est la cause des guerres et de la destruction des mondes par l'eau ; l'aveuglement de l'esprit est la cause de la destruction des mondes par le vent. La destruction des mondes se fait sept fois par le feu et la huitième fois par l'eau ; et il en est ainsi sept fois de suite. Après soixante-trois mahá kabมหากัป ou grands âges, c'est-à-dire toutes les soixante-quatrième fois, les mondes sont détruits par le vent.

La vie des hommes augmente à cause du mérite ou diminue à cause du démérite, et ordinairement elle augmente ou diminue d'une année tous les cent ans. La religion du Bouddha actuel doit durer cinq mille ans.

Quand les hommes se pervertissent, les anges mêmes se pervertissent de proche en proche jusqu'aux ordres des cieux supérieurs ; de là découlent toutes les calamités.

Il y a dans le corps de l'homme quatre-vingts espèces de vers. Les aliments que l'on prend s'en vont en cinq parties ; la chaleur de l'estomac en absorbe une, la seconde s'écoule en urine, la troisième en excréments, la quatrième nourrit les vers, la cinquième alimente la chair et le sang.

D'un chakravan ou d'un monde.

Un monde a au milieu le Meruเมรุ, roi des monts, qui est entouré de sept rangées de montagnes ; il a quatre grandes îles ou thavibทวีป, situées aux quatre points cardinaux ; il y a deux mille petites îles qui entourent les grandes, et il est lui-même entouré de hautes montagnes qui sont comme ses murailles, et la circonférence de ce monde s'appelle un élément de l'univers.

Chaque monde est composé des régions des cieux, de la région des géants ; il a un soleil et une lune, huit grands enfers entourés de leurs enfers plus petits, et au-delà un enfer d'eau corrosive que que l'on nomme lokanโลกันต์. Un monde a trois cent soixante-dix mille trois cent cinquante lieues de circonférence. (Il faut remarquer que les lieues dont il s'agit ici sont quatre fois plus grandes que les lieues de nos jours, qui sont évaluées huit mille toises.) Or, la terre du monde a deux cent quarante mille lieues d'épaisseur ; l'eau qui supporte la terre en a quatre cent quatre-vingt mille, et le vent qui supporte l'eau a neuf cent soixante mille lieues d'épaisseur. Sous le vent il n'y a que l'air simple qui est infini.

Représentation des sept chaînes de montagnes qui entourent le mont Meru

Le mont Meruเมรุ est enfoncé de moitié dans la grande mer nommée Sithandonสีทันดอล, à une profondeur de quatre-vingt-quatre mille lieues, et il s'élève de quatre-vingt-quatre mille lieues au-dessus du niveau de la mer ; il a deux cent cinquante-deux mille lieues de circonférence. La première chaîne de montagnes qui entoure le Meru s'appelle Jukhunthonยุคุนธร ; elle a la forme de muraille et s'élève de quarante-deux mille lieues au dessus de la mer. Elle est à quatre-vingt-quatre mille lieues de distance de Meru. La seconde, appelée Isinthonอิสินธร, a vingt mille lieues de hauteur au dessus de la mer, elle entoure la chaîne Jukhunthonยุคุนธร, à la distance de quarante-deux mille lieues. La troisième chaîne, appelée Karavikกรวิก, s'élève de dix mille cent lieues au dessus de la mer, et entoure les monts Isinthon, à une distance de deux mille cent lieues. La quatrième, appelée Suthatสุทัส, a cinq mille deux cent cinquante lieues de hauteur, elle entoure les monts Karavik, à une distance de dix mille cinq cents lieues. La cinquième, appelée Neminthonเนมินธร, a deux mille six cent vingt-cinq lieues de hauteur, elle entoure les monts Suthatสุทัส, à la distance de quatre mille deux cent cinquante lieues. La sixième, nommée Vinatokวินตกะ, a mille trois cent douze lieues de hauteur, elle entoure les monts Neminthonเนมินธร, à une distance de deux mille six cent vingt-cinq lieues. La septième, appelée Assakanอัสกรรณ, a six cent cinquante-six lieues de hauteur, elle entoure les monts Vinatokวินตกะ, à une distance de mille trois cent douze lieues. Ces sept chaînes de montagnes sont la demeure des Jakยักษ, des Kumphanกุมภกรรณ et des Subanสุบรรณ.

La grande mer Sithandonสีทันดอล, qui occupe les intervalles des sept chaînes de montagnes, a autant de profondeur que les montagnes ont d'élévation ; ainsi la profondeur de la mer diminue graduellement jusqu'aux lieux où sont situées les îles ; là, elle a environ cent toises de profondeur. Mais, depuis les îles, en s'avançant vers les montagnes qui sont les murailles du monde, la profondeur de la mer augmente graduellement, de sorte qu'au pied des montagnes qui forment la circonférence du monde, elle a quatre-vingt-deux mille lieues de profondeur.

Les montagnes qui sont les murailles du monde ne font qu'un avec l'immense, rocher qui sert de fondement à la terre. À partir de la septième chaîne de montagnes qui entoure Phra-Meruพระเมรุ, jusqu'à la terre où nous sommes, il y a une étendue de mer de soixante-six mille cinq cent trois lieues.

Notre terre, qui s'appelle Xom-Phu-Thavibชมพูทวีป, est placée au midi de Phra-Meru ; Amarakô-Jana-Thavibอมรโคยานทวึป est située à l'occident ; Udorakarô-Thavibอุตตรกุรุทวีป au nord ; Buphavithe-Thavibปุพพวิเทหทวีป, à l'orient.

Un vent violent soufflant des montagnes du monde occasionne le flux et le reflux de la mer ; lorsque le vent souffle, le flux a lieu, si le vent s'apaise, c'est le reflux.

L'eau de la mer qui occupe l'intervalle des sept montagnes qui entourent Phra-Meru, est si légère et si subtile que même une plume de paon descend au fond des eaux ; elle n'est agitée ni par le vent ni par la tempête, mais elle est toujours très unie.

Dans la grande mer, outre les petits poissons, il y a sept espèces de poissons énormes : le poisson timiปลาติมิ, qui a deux cents lieues de long ; le timingkhonปลาติมิงคละ, long de trois cents lieues ; le timiramingkhonปลาติมิติมิงคละ, qui a cinq cents lieues; les poissons anonปลาอานันทะ, timinthonปลาติมินทะ, axanahanปลาอัชฌาโรหะ, mahatimiปลามหาติมิ, ont jusqu'à mille lieues de long.

La base de notre terre est une pierre immense sans aucune fissure ; c'est pourquoi elle est portée par les eaux comme une marmite, parce qu'elle ne forme qu'un seul corps avec les montagnes qui entourent le monde, et ces montagnes sont comme les rebords de la marmite. Le pied de Phra-Meru repose sur une autre montagne qui a la forme d'un trident ou d'un trépied. Entre les trois pieds de la montagne est un espace de dix milles lieues ; là est la demeure des géants, et ce lieu s'appelle Asuraphiphobอะสูระพิภบ, région des géants.

Des thavib ou îles.

La partie de la mer qui regarde le côté oriental du mont Meru se nomme mer de Lait, parce qu'elle reçoit un reflet blanc de ce côté qui est d'argent. La partie qui regarde le midi du mont Meru s'appelle la mer Verte, parce qu'elle reçoit un reflet vert de ce côté qui est d'émeraudes. Celle qui regarde le côté occidental de Phra-Meru reçoit le nom de mer de Cristal, à cause de l'éclat du cristal qui forme ce côté de la montagne ; mais la partie qui regarde le côté du nord de Phra-Meru s'appelle mer d'Or, à cause de la couleur provenant du côté septentrional formé d'or.

Xomphuthavibชมพูทวีป, qui est notre terre, est située au milieu de la mer Verte, au midi du mont Meru, cinq cents petites îles l'entourent.

Amarakô-Janaอมรโคยานทวึป est située au milieu de la mer de Cristal, elle est entourée de cinq cents petites îles.

Udorakarôอุตตรกุรุทวีป est située au milieu de la mer d'Or, cinq cents îles plus petites l'entourent pareillement.

Buphavitheปุพพวิเทหทวีป est située au milieu de la mer de Lait, elle est aussi entourée de cinq cents îles.

Cette île reçoit son nom du jambou, arbre élevé de cent lieues de hauteur, portant des fruits agréables, qui se changent en or lorsqu'ils tombent de l'arbre. Cet arbre prodigieux durera jusqu'à la destruction du monde. Notre terre a la forme d'un chariot, elle a mille lieues de circuit. Trois mille sont habitées par les hommes ; les forêts en occupent trois mille, et la mer occupe quatre mille lieues.

Des montagnes Himaphan.

Les montagnes de l'Himaphanป่าหิมพานต์ sont au nombre de quatre-vingt-quatre mille. Le sommet de la plus haute atteint environ cinq cents lieues de hauteur. Himaphan signifie région de la neige et de la rosée. De ces montagnes sortent cinq grands fleuves, savoir : Khongkaคงคา ou Gange, le Jamunaยมุนา, l'Achiravadiอจิรวดี, le Saraphumสรภู et le Mahiมหิ.

Il y a en outre des fleuves et des rivières innombrables qui coulent de ces mêmes montagnes. Là aussi sont de grands lacs très agréables, ayant cent cinquante lieues de tour. Parmi ces lacs, le premier, qui s'appelle Anôdatasaอโนดาต, a quatre embouchures : 1° la bouche du Lion, d'où découlent les eaux, qui arrosent la partie orientale d'Himaphan et ensuite coulent dans la mer ; 2° la bouche de l'Éléphant, d'où sortent les eaux qui arrosent la partie occidentale jusqu'à la mer ; 3° la bouche du Cheval, qui fournit les eaux qui arrosent la partie septentrionale et ensuite se jettent dans la mer ; 4° la bouche du Bœuf. Les eaux qui coulent de cette bouche se précipitent vers une montagne divisée comme les doigts de la main, d'où elles forment les cinq grands fleuves qui arrosent la partie méridionale de notre terre et se jettent pareillement dans la mer.

Dans les environs du lac appelé Xathanฉัททันต์ est un antre d'or où demeure le roi des éléphants avec son cortège nombreux de huit mille éléphants. Tout son corps est très blanc, excepté ses pieds qui sont rouges ; il a une taille prodigieuse, car ses défenses sont longues de sept toises.

Dans les forêts Himaphan il y a des animaux et des arbres de toute espèce ; là habitent les rusiฤษี, les Jakยักษ, les naghasนาค, les kinonกินรี et enfin le roi des lions qui habite clans des antres d'or, d'argent ou de cristal ; son rugissement inspire de la terreur à tous les animaux.

Il s'y trouve aussi un oiseau prodigieux appelé karavekการเวก, qui par son chant charme et fascine tous les animaux.

Les jaksíยักษี y apparaissent sous la forme de belles femmes avec des parfums agréables et des charmes décevants pour attirer l'homme qu'elles veulent dévorer.

On compte quatre éléments, savoir : la terre, l'eau, le feu, l'air. On les nomme les grandes formes diaboliques, parce qu'elles trompent les hommes à l'instar des démons.

De l'Inde ou contrée du milieu.

Matxima prathètมัชฌิมะ ประเทศ, ou contrée du milieu, a neuf cents lieues de circonférence ; elle est située au milieu de notre terre. Un peuplier prodigieux, à l'ombre duquel est le trône de Bouddha, s'élève au milieu de cette contrée. C'est le roi de tous les arbres, il est le plus élevé et son tronc à soixante-quinze toises de circonférence. Tous les Bouddhas naissent successivement dans Matxima prathèt ; tous arrivent au faite de la sainteté et prêchent sous son ombre ; c'est pourquoi les anges et les hommes ont un grand respect pour cet arbre.

Matxima prathèt (le pays du milieu, aujourd'hui l'Inde) contenait autrefois seize royaumes et seize capitales qu'on appelle pour cela sôlotsa nakhonโสฬศนคร (les seize cités).

Dans notre âge il a déjà paru quatre Bouddhas, savoir : Phra-Kukusonพระกกุสันธ, Phra-Kônakhomพระโกนาคมน, Phra-Kasopพระกัสสป, Phra-Khôdomพระโคตม qui est né à Kabillaphatกบิลพัสดุ์. Sa religion durera cinq mille ans. Ensuite paraîtra le cinquième Bouddha sous le nom de Phra-Metraiพระเมตไตรย.

Alors régnera l'âge d'or : il n'y aura ni guerres, ni maladies, ni pauvreté, il n'y aura plus de voleurs, tout le monde sera riche, il n'y aura ni polygamie ni adultère. La terre produira sans culture des fleurs, des fruits et des moissons en abondance. Il n'y aura ni chaleur ni froid excessifs. À chaque angle des remparts des villes naîtront les arbres appelés Kamaphrùkกามะพฤกษ, qui produiront continuellement de l'or, de l'argent, des habits précieux, des pierres précieuses et tous lesbiens selon la volonté et le désir des citoyens. Il s'élèvera quatre-vingt- quatre mille cités opulentes; les bêtes féroces oublieront leur férocité. Un seul grain de blé tombant sur la terre produira seul et de soi-même deux mille cent vingt chars de grains.

Phra-Metrai parviendra à l'âge de quatre-vingt mille ans, il aura une taille extraordinaire, il aura quatre-vingt-huit coudées de hauteur.

De l'île septentrionale appelée Udorakaro.

Udorakarôอุตตรกุรุทวีป a la forme d'un carré ; les habitants de cette île surpassent les hommes et même les anges, parce qu'ils jouissent de trois avantages précieux : 1° ils n'ont ni désirs ni concupiscence ; 2° ils atteignent toujours un âge fixe de mille ans ; 3° après leur mort ils reprennent nécessairement naissance dans les cieux ; ils trouvent leur nourriture dans un froment qui croît sans culture ; ils récoltent les habits et les autres biens sur un arbre merveilleux ; ils sont exempts de maladie, ils ont une taille d'environ trois toises, la figure carrée, etc.

De l'île occidentale.

Amarakôjanaอมรโคยานทวึป a la forme d'une demi-lune, comme la lune paraît le huitième jour. La figure des habitants est aussi semblable à une demi-lune. Les uns sont blancs, d'autres noirs, d'autres jaunes, quelques-uns de diverses couleurs. Pour le reste, ils diffèrent peu des habitants de notre contrée.

De l'île orientale.

Buphavitheปุพพวิเทหทวีป a la forme tout à fait ronde; cette forme a passé dans la figure des habitants qui diffèrent peu des habitants d'Amarakhôjana et de ceux de notre contrée.

II - DE LA RÉGION DES ANGES OU DES CIEUX INFÉRIEURS

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