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Page de la relation de l'abbé de C**

Ne cherchons rien de sérieux dans ce pastiche de relation publié dans un recueil intitulé Furetiriana ou Les bons mots et les remarques : histoires de morale, de critique, de plaisanterie & d'érudition, par M. Furetier. Lorsque cet ouvrage parut en 1696, publié par un certain Guy Marais, Antoine Furetière était mort depuis huit ans. Il s'agit donc d'une compilation de textes posthumes, ou, ainsi qu'il est écrit dans la préface, de simples remarques trouvées dans ses papiers après sa mort, la plupart même un peu négligées, et auxquelles celui qui s'est chargé de les rendre publique n'a pu donner le lustre qu'elles auraient reçu de la plume de M. de F*** : Le public aura, s'il lui plaît, un peu d'indulgence pour les défauts qu'il y trouvera.

Mais au fond peu importe qui, de l'auteur officiel ou du compilateur, est responsable de ce texte délirant qui a certainement fait sourire l'abbé de Choisy et égayé les salons de l'époque.

On retrouve, dans ce royaume de Siam fantasmagorique, les descendants de Gargantua et de Pantagruel : deux enfants géants capturés sur une île située au nord du Japon, vers les côtes de la Tartarie glaciale et qui dévorent à chaque repas quatre boisseaux de riz, deux moutons ou la moitié d'une vache. Le Marinoratz ou grand fauconnier est sans doute parent du grand Mamamouchi de Molière. L'ingénieur artificier qui s'asseoit sur le bout de sa fusée, s'envole plus haut que la hauteur de quatre clochers, et retombe en parachute parmi les étincelles du feu d'artifice est digne des inventions de Cyrano de Bergerac pour atteindre la lune. Quant au palais de cristal du roi de Siam, bulle de verre immergée pour se garantir de la chaleur, c'est déjà du Jules Vernes !

Sans doute ce texte était-il à l'époque chargé d'intentions satiriques, sans doute les lecteurs d'alors se délectaient-ils de reconnaître au fil des pages des allusions à une actualité et à des personnages qui ne représentent plus rien pour nous aujourd'hui. Il n'importe, prenons ce texte comme il vient et ne boudons pas notre plaisir. Si cette relation ne nous apprend strictement rien sur le Siam, elle nous éclaire sans nul doute sur la fascination qu'exerçaient les pays lointains sur nos ancêtres. Par sa modernité et son humour empreint de poésie, elle rejoint le surréalisme, la science-fiction et la bande dessinée.

LA RELATION DE L'ABBÉ DE C**

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