PRÉSENTATION

La royale amitié...

Kosapan

En 1693, la France avait tiré un trait sur l'affaire de Siam. Les crises économiques et financières, la Guerre de la Ligue d'Augsbourg, la défaite de Tourville à la bataille de la Hougue, bien d'autres soucis préoccupaient Louis XIV. Seul le père Tachard y croyait encore et tentait infatigablement – et vainement – de recoller les morceaux de son rêve brisé. La royale amitié entre le grand roi de France et le grand roi de Siam avait vécu, elle n'existait plus que sur le papier.

Au Siam, les trois ambassadeurs siamois qui avaient fait si forte impression lors de leur séjour en France en 1686 s'étaient rangés du côté de l'usurpateur. Ceci n'avait rien de surprenant, Kosapan avait déjà montré bien des réticences à livrer le royaume aux Français. Le père Tachard lui-même s'en était aperçu, qui confiait à Céberet qu'il ne croyait pas que Opra Vissiti Sompton [Kosapan], premier ambassadeur du roi de Siam, fût beaucoup porté pour l'établissement des Français audit royaume, étant très attaché à sa religion, et qu'il était persuadé que ledit ambassadeur se tournerait à Siam suivant qu'il trouverait les affaires disposées, en sorte que s'il trouvait les affaires favorables pour les Français, il témoignerait de l'empressement pour les servir ; que si au contraire il arrivait le premier et qu'il trouvât quelques dispositions contraires, il suivrait son inclination qui ne nous était pas favorable. (Journal de Céberet, Michel Jacq-Hergoualc'h, 1992, p. 51).

En récompense de ses bons services, Kosapan avait été nommé phra khlang, sorte de Premier ministre. Il n'eut d'ailleurs guère le temps de jouir de cette distinction : tombé en disgrâce quelques années plus tard, il subira, lui aussi, les rigueurs du régime, le fouet et les supplices, et peut-être se suicidera-t-il même pour mettre fin à ses souffrances. La lettre qu'il écrivit à M. de Brisacier, directeur du séminaire des Missions Étrangères et datée du 4ème jour de la lune, le 11ème mois, l'an 2237 (plus probablement octobre 1693 que décembre, ainsi qu'elle est datée dans l'ouvrage de Launay), est un bijou d'argutie asiatique, de chinoiseries, ou plutôt de siamoiseries. Bien évidemment, vu du côté siamois, toutes les fautes et tous les crimes incombaient aux Français. Desfarges et ses officiers, multipliant les initiatives et les exactions qui contrevenaient aux ordres et aux directives de Louis XIV, avaient mis en péril la royale amitié, expression qui ne revient pas moins de 19 fois dans le texte. Quant à la mort de l'ingénieur Bressy qui s'était enfui d'Ayutthaya pour rejoindre Bangkok, ce ne fut qu'un malheureux accident.

S'il est probable, sur le plan de l'acharnement au combat, voire de la cruauté, qu'il faut renvoyer dos à dos les deux protagonistes, et que les Siamois ne furent pas moins impitoyables que les Français dans la lutte qui les opposait, force est d'admettre que l'agresseur premier était la France, et que le but de l'expédition de Céberet - La Loubère, au-delà des signatures de traités religieux et commerciaux, était avant tout une tentative de colonisation. On n'envoie pas un contingent de 600 hommes de troupes simplement pour conclure des traités.

Le texte que nous reproduisons ici se trouve dans l'ouvrage d'Adrien Launay, Histoire de la Mission de Siam, 1920, volume 1, pages 283 à 288. Nous avons tâché de l'éclairer par quelques notes.

LETTRE DE KOSAPAN À M. DE BRISACIER

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