PRÉSENTATION

Blason des Provinces-Unies

Un roman faux à plaisir ? C'est ce qu'affirmait une annotation rageuse écrite en tête de ce document conservé aux Archives Nationales, cote C1/24, f° 130v° à 139v°. De fait, le parpaillot n'y allait pas de main morte, les Français n'étaient pas ménagés et l'honneur national était bafoué. Méchanceté, mauvaise foi, infâmes pratiques, ingrats, gens à tout entreprendre pour leur intérêt, sans considérer qu'ils exposent mal à propos la bonne foi des traités d'amitié que leurs rois font avec les étrangers, les sujets de Sa Majesté très chrétienne étaient dépeints sous les traits les plus noirs et ne bénéficiaient pas de la moindre complaisance de la part des Hollandais. Au reste, ils n'avaient pas à en attendre : la guerre de la ligue d'Augsbourg venait de commencer, et les persécutions contre les protestants de France avaient à nouveau altéré les relations entre les deux pays, relations qui n'avaient d'ailleurs jamais été très cordiales. Au-delà des propos fielleux, voire insultants, est-ce à dire qu'il faut rejeter la totalité de cette relation ?

Daté du 30 novembre 1688, à peine plus de deux semaines après la débâcle et le départ de Desfarges avec les débris de sa garnison, ce texte a d'évidence été rédigé par un témoin bien informé des événements et, dans ses grandes lignes, il n'est pas en contradiction avec les autres relations que nous possédons. La chronologie en est conforme, c'est dans les détails que réside tout l'intérêt du document. Certains sont manifestement erronés, d'autres, en revanche, sont invérifiables, mais après tout plausibles. Ainsi, Mme Constance crachant au visage de son mari prisonnier contredit certes formellement l'image que les jésuites ont voulu donner d'un couple exemplaire uni dans la paix du Seigneur, mais rien ne dit que les rapports n'étaient pas quelquefois explosifs entre les deux époux au caractère bien trempé.

Les gazettes françaises n'avaient pas épargné les Hollandais, il était bien naturel que ces derniers leur rendissent la monnaie de leur pièce. C'était de bonne guerre. Purgé de ses propos partisans, ce texte ne s'oppose pas aux relations françaises, il les complète, et contribue à améliorer, après plus de trois siècles, le puzzle toujours incertain et jamais achevé de la vérité historique.

Nous avons transcrit ce document en français moderne et nous en avons revu la ponctuation. Nous nous sommes efforcés de l'éclairer par quelques notes, en espérant n'avoir pas commis de grossières erreurs, que les lecteurs ne manqueront pas de nous signaler.

RELATION SUCCINCTE DU CHANGEMENT SURPRENANT
ARRIVÉ DANS LE ROYAUME DE SIAM EN L'ANNÉE 1688

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