(Note manuscrite : Cette relation faite par les Hollandais a été traduite ici. C'est un roman faux à plaisir. On peut néanmoins en recueillir les faits principaux pour les examiner sur les relations véritables.)

Le roi de Siam ayant langui dans une longue maladie, il se trouva si affaibli qu'il fut forcé de garder le lit, et quoique ce fût dans Louvo, on ne laissa pas de tenir dans la ville de Judia, sa ville capitale, une bonne et forte garde. Une chose si peu pratiquée fit courir le bruit de la mort de ce prince, et cela causa une si grande émotion entre les grands et les courtisans, que le général Okphra Phetracha, beau-frère et beau-père du roi (1), fut obligé par son autorité d'apaiser le désordre en faisant mettre aux fers les plus séditieux, parmi lesquels se trouva un certain Okphra Souta (2), créature de Constantin Phaulkon, ministre d'État, qui commença alors sa cabale, et il osa bien pressentir le peuple sur la proposition qu'il lui voulait faire d'agréer pour roi Mon Pi (3), fils adopté de Sa Majesté.

Il crut si bien en venir à bout par l'aide du père de ce jeune seigneur, qu'ils assemblèrent jusqu'à 14 000 hommes, et jamais on ne les vit si fiers et si orgueilleux (4). À la Cour, cela ne se put faire sans que le général Phetracha n'en fût informé, mais il jugea devoir laisser agir ces factieux, leur laisser faire ce qu'ils voudraient jusqu'à ce que l'on vît ce qu'il arriverait de la maladie du roi, qui, pour se décharger et être en repos, lui avait remis la principale conduite du royaume, ce qui ébranla fort les desseins de Phaulkon, parce qu'il se voyait sans appui et regardé de mauvais œil de plusieurs grands, jaloux de son autorité et de sa fierté qui méritait châtiment. Il ne délaissa pas pourtant de faire en sorte de voir le roi, il le vit secrètement et lui fit entendre que tout ce qu'il avait fait n'était que pour la sûreté de sa personne et de son royaume, et qu'il fallait faire venir les Français de Bangkok, afin que dans la faiblesse où Sa Majesté se trouvait, ils fissent continuellement garde de sa personne. Le roi le trouva bon et donna au même temps ordre que cela s'exécutât.

Phaulkon fut prévenu par le général Phetracha, qui ayant su que Phaulkon avait vu le roi et ce qu'il avait concerté, il fit entendre à Sa Majesté que ce Phaulkon et ses adhérents n'avaient d'autre volonté que celle de se rendre maîtres de sa personne et du gouvernement. Le roi le crut et fit d'abord contremander les Français avec ordre tant à ceux qui y venaient qu'à ceux qui étaient dans la ville, de s'en retourner (5). M. Desfarges, leur général, qui venait avec 60 hommes (6) fut obligé malgré lui d'obéir, mais ayant commis en chemin quelques actes d'hostilité, il reprit par là son dessein, et encore plus quand il sut que son major venait d'abandonner le vieux château de Bangkok, d'où il avait emporté tout ce qu'il avait pu, jeté à l'eau ses poudres inutiles, encloué son gros canon et démoli les magasins et les fortifications, et s'était retiré dans le château neuf vis-à-vis du vieux, de l'autre côté de la rivière (7). Les Siamois depuis l'ont rebâti autant qu'ils ont pu.

Pendant ce temps, la trahison concertée entre Phaulkon et Mom Pi se découvrit, ayant été écoutée la nuit dans une chambre du palais par une des femmes du roi et par le fils de Phetracha, qui rapportèrent tout ce qui s'était dit et résolu entre eux et quelques mandarins (8) qui est que sitôt que le roi serait mort, l'on ferait massacrer son plus jeune frère (9) que plusieurs grands destinaient à la couronne, le général Phetracha, son fils (10) et plusieurs autres, et que l'on exterminerait tous les Mores qui leur seraient suspects. Cependant Phaulkon voyant son coup manqué avec les Français, se retira pour quelque temps de la Cour et n'y parut plus suivant sa coutume. Son absence confirma le soupçon que ses ennemis avaient, et jugeant que c'en était assez pour le convaincre, ils le mandèrent et le firent revenir. Il se rendit à la Cour le 19 mai avant midi, fut de là dîner chez lui et donner ordres à quelques affaires. Il lui échappa de dire à sa garde européenne que la nuit suivante, on devait exécuter une entreprise considérable qui ferait changer entièrement les affaires. Il la quitta fort inquiet et retourna à la Cour, mais comme ses domestiques virent un peu de temps après revenir son palanquin d'argent sans lui (11), ils en tirèrent un mauvais augure et ils apprirent un moment après que leur maître avait été arrêté avec le fils adoptif du roi et le capitaine des gardes, et mis en prison, et eux-mêmes furent aussi arrêtés, menés au palais et mis aux fers. Le lendemain, le peuple pilla la maison de Phaulkon sans laisser quoi que ce soit à sa femme, on prit son homme d'affaire qui était anglais (12), auquel on demanda ses comptes et qu'il révélât et découvrît les effets de son maître.

Pendant ce désordre, Phetracha fit aussi arrêter Okphra Sivipat, dans la poche duquel on trouva certain écrit contenant toute la conjuration, signé par Mom Pi, ce fils adoptif, de Phaulkon et des autres conjurés, de sorte que, n'étant plus besoin d'autres preuves de leur complot, il ne fut plus au pouvoir du roi de sauver son fils adoptif et son cher Phaulkon, qu'il fallut qu'il les laissât et les abandonnât à leur [illisible] qui trois jours après, ayant fait trancher la tête à Mom Pi, on la porta avec son corps à Phaulkon comme son roi prétendu, et il semble qu'on en voulût demeurer là, mais la maladie du roi augmentant par le chagrin de ce massacre et par ce qu'il apprît que l'on traitait ignominieusement ce corps, commanda qu'il fût enterré, ce qui fut exécuté.

Pendant cet intervalle, on ordonna au général des Français, M. Desfarges, de venir de Bangkok à Louvo. Il n'y obéit qu'au troisième ordre (13). Le roi le reçut fort bien et lui fit présent d'une boîte d'or (14), et l'on convint avec lui qu'il remettrait aux Siamois la forteresse ou château de Bangkok bâtie par les Français et que pour sûreté de cette convention, il laisserait pour otages à Louvo ses deux fils et l'évêque de Métellopolis et qu'enfin, après la reddition de ce fort, lui et tous les Français se retireraient et abandonneraient le royaume et s'embarqueraient sur des vaisseaux que l'on leur préparait. Ce fut Phaulkon qui conseilla aux Français d'en user ainsi, ayant trouvé moyen d'avoir commerce avec lui nonobstant sa détention, se persuadant que cela pourrait peut-être adoucir la rage et la haine que les Siamois avaient contre lui. Cela lui servit peu, car ses ennemis, craignant que par sa mort naturelle il n'échappât à leur vengeance, étant extrêmement affaibli par le jeûne et par les douleurs de la torture où on l'avait mis pour connaître ses complices, ils le firent enlever de la prison dans une méchante chaise, n'ayant pas de force de se soutenir, et le firent porter chez lui où il fut extrêmement maltraité. On le conduisit devant sa femme qui était prisonnière dans une écurie, laquelle voyant qu'il n'y avait plus rien à espérer pour son mari, au lieu de le consoler, se mit à le maltraiter, à l'injurier et à lui cracher au visage, et voulut empêcher qu'il n'embrassât son fils unique qui n'avait que quatre ans (15). Les Siamois furent surpris de cette cruauté, et il semble que cela les fît plus tôt partir pour le mener hors de la ville. Ce pauvre homme, les voyant tenir ce chemin, leur demanda où on le menait. Les Siamois lui répondirent avec des injures que c'était pour le faire mourir suivant l'ordre qu'ils en avaient. Il en parut surpris, ayant toujours quelque espérance de se sauver. Il se frappa diverses fois la poitrine, ce qu'imita le peuple en nombre infini qui le suivait et en fit des railleries, et le maltraita. Étant arrivé au lieu de l'exécution, et ne voyant plus de ressource, il ôta de son cou l'ordre de Saint Michel et la relique de quelque saint enchâssée d'or qu'il remit à un mandarin pour les donner à son fils, après quoi, l'exécuteur lui ayant dit de se mettre à genoux, il n'en voulut rien faire, au contraire, il le prit à corps pour se défendre, mais cela n'empêcha pas pourtant qu'on ne lui coupât le cou. Son corps fut coupé en trois et jeté dans une grande fosse, couvert d'un peu de terre. La nuit, les chiens le déterrèrent et le lendemain, l'on ne trouva plus que quelques os rongés. Tout ceci a été rapporté par des Européens qui eurent la curiosité de se trouver à cette tragique mort, et qui adjurèrent que ses dernière paroles furent : Seigneur Jésus, souvenez-vous de moi. (16)

Voilà la fin du sieur Constantin Phaulkon, né grec, enlevé jeune par les Anglais, lequel de prévôt qu'il avait été sur leurs navires, en moins de neuf ans par son génie extraordinaire et par son adresse et sa bonne conduite, s'était poussé et avait monté à cet éminent degré de grandeur chez les Siamois ; le Pape lui avait accordé deux croix dans ses armées et le roi de France lui avait envoyé l'ordre de Saint-Michel.

Le général Desfarges, ignorant ce qui se passait, s'étant retiré dans son fort dès qu'il en avait eu l'ordre, reçut dès le soir de la mort de Phaulkon un dernier ordre de se disposer à partir. Il lui fut envoyé par deux députés de Judia, qui emmenèrent avec eux quelques prêtres français. Ils devaient recevoir le château de Bangkok de ses mains, mais M. Desfarges fit bien paraître qu'il n'avait pas eu ce dessein quand il partit de Louvo, car à son retour, il retint les deux [coulis] ou rameurs que l'on lui avait donnés et en voulut faire autant de ces députés, mais il les manqua. Il fit tirer du canon sur deux petites jonques du roi qui allaient au Japon et qui étaient alors sur la rivière fort près de là, et comme deux canonniers qui étaient dans ces jonques refusèrent de tirer au même temps sur les Français, on les crut d'intelligence et ils furent à l'instant empalés (17). Les Français en vinrent jusqu'à ces extrémités, mais M. Desfarges voulut s'en excuser sur des gardes sur qui il rejeta la faute, comme n'ayant pas voulu lui obéir, et dans la lettre qu'il écrivit, il demanda un navire pour se retirer. Au lieu de lui faire réponse, le général Phetracha envoya nombre de troupes jusqu'au bas de la rivière et la fit border des deux côtés jusqu'à l'embouchure, et depuis Bangkok jusqu'à la mer, il fit dresser douze batteries, renforcer des bâtiments et planter des palissades dans la rivière pour la boucher et faire bonne garde partout, sans pourtant rien entreprendre contre les Français, ne voulant que les observer. Phetracha cependant fit assurer le chef du comptoir des Hollandais de ses bonnes inclinations pour la Compagnie, et qu'il n'avait rien à craindre ni à se mettre en aucune inquiétude pendant ce désordre, se justifiant en quelque façon de ce qu'il était obligé d'agir ainsi contre les Français qui avaient offensé si cruellement le roi, en récompense de tant d'amitiés, de libertés et de privilèges dont ils les avait gratifiés.

Les choses étant dans cet état là, et le bruit s'en étant répandu dans Louvo, les deux fils de M. Desfarges restés pour otages, étant mal gardés, voulurent se sauver (18), mais ils furent repris et ramenés la corde au cou, ce qui donna tant de peur à un ingénieur français qu'il en mourut sur la place, s'étant imaginé que l'on en allait faire une cruelle punition. Ils n'eurent pourtant point d'autre mal que d'être gardés plus étroitement et que de ce que cette fuite fut cause que tous les Européens qui étaient encore en liberté, tant prêtres qu'autres, furent arrêtés, hormis le chirurgien du roi Daniel Brouchebourde (19), qui obtint de Phetracha celle de deux autres de ses amis, un orfèvre et un soldat.

Les Anglais et Portugais devinrent aussi suspects, et l'on désagréa les barques qu'ils avaient dans la rivière, de peur qu'il ne se joignissent aux Français et ne les secourussent, d'autant plus que l'on savait que les Français avaient deux navires en mer qui devaient revenir incessamment (20), dont les Siamois voulaient, s'il leur était possible, se rendre les maîtres, avant que les capitaines fussent avertis de ce qui se passait dans le royaume contre leur nation, ce qui leur réussit, car ils surprirent une barque que M. Desfarges envoyait au-devant d'eux pour les avertir, et ce fut à la portée du canon du fort, et ils la brûlèrent (21). Cette aventure déconcerta étrangement M. Desfarges et tous les siens, et au lieu du pavillon français, il arbora le siamois sur le lieu le plus élevé de son fort.

Phetracha se trouva tellement irrité des manières de faire des Français qu'il fit connaître que son avis était de mettre les deux fils de M. Desfarges avec l'évêque de Métellopolis à la bouche du canon et de leur emporter la tête à la vue de Bangkok, et certainement il l'aurait fait sans le chef du comptoir des Hollandais (22), qui par ses prières, les sauva et obtint qu'ils seraient renvoyés à leur père, mais on retint l'évêque. Ils partirent deux ou trois jours après avec une lettre par laquelle Phetracha reprochait aux Français leur perfidie, leur manque de parole, leur déloyauté, et à M. Desfarges en particulier qu'il n'était pas digne d'être père, puisqu'il avait si peu de tendresse pour ses enfants qu'il avait laissés en otages dans Louvo, qu'ils avaient trouvé plus de compassion et de miséricordes en lui qu'il n'en méritait, que n'aimant pas le sang, il n'aurait eu garde de se venger sur des innocents, mais qu'il voulait faire voir à tout le monde que les Siamois étaient gens de bonne foi et avaient la raison de leur côté, ayant été offensés et maltraités dans leur propre pays par des ingrats.

M. Desfarges ne fit point d'autre réponse que de renouveler sa demande d'un navire pour se retirer. On lui répondit que l'on lui accordait une cessation d'hostilité pour provision et que l'on lui ferait savoir la résolution de la Cour quand on l'aurait prise, n'étant plus alors dans le dessein de lui accorder ce qu'on lui avait ci-devant assuré, et qu'il avait refusé.

On donna ordre d'un autre côté au général Oya Pietjo (23) qui commandait l'armée siamoise, de prendre garde aux déportements des Français et de faire main basse sur eux s'ils faisaient la moindre mine d'entreprendre quelque chose.

Les affaires du royaume étaient dans cette disposition, et la maladie du roi augmentait journellement, tout paraissait en apparence très tranquille. Cependant Phetracha, qui avait ses desseins, s'étant aperçu que le jeune frère du roi paraissait être destiné à la couronne par quelques mandarins, qu'il fortifiait son parti en engageant beaucoup de troupes pour le soutenir quand il en prendrait possession, le 9 juillet fit enlever ce jeune prince avec son frère, les fit mener dans une pagode hors la ville et les y fit massacrer à coups de bâton de bois de santal. Le roi en eut un si sensible chagrin qu'il devint hors d'état d'agir, perdit la parole et mourut d'hydropisie deux jour après. Ce fut le 11 juillet 1688, ayant régné 31 ans et 8 mois, il a laissé sa fille unique fort désolée à l'âge de vingt ans et un peu avant sa mort lui remit l'épée royale, sans que l'on ait appris à quel dessein et ce qu'il lui avait dit. Quoique l'on sût partout cette mort, il ne parut rien que de tranquille, et Phetracha ne fit pas semblant de rien entreprendre dans le gouvernement, mais le 1er d'août, sitôt qu'il fût revenu de Louvo de l'enterrement du roi et arrivé dans Judia, il s'y fit proclamer et couronner roi, et y épousa la princesse fille unique du roi (24). Avant que de partir de Louvo, il y confisqua tout ce qui y avait appartenu au sieur Phaulkon, et donna à divers mandarins et Chinois son palais, ses jardins, ses écoles chrétiennes, et il en a fait de même à Judia. Ce nouveau roi gouverne tranquillement et règne à l'étonnement général avec toute l'autorité absolue, comme sont dans les Indes tous les souverains. Il est aimé, parce qu'on l'avait opposé à la mauvaise conduite de Phaulkon et parce qu'il n'a rien voulu attenter à la vie du roi comme les autres prétendants, et qu'au contraire, il l'a renforcée et pourvu à sa sûreté, à quoi contribua beaucoup l'inclination qu'il a eue pour les peuples et les oppositions qu'il a faites à Phaulkon qui était leur ennemi, les faisant surcharger d'impôts, dont il a promis de les décharger pour trois années (25).

Pendant que les choses se passaient ainsi dans le royaume et que l'affaire des Français était dans l'état où nous l'avons laissée, M. Desfarges ayant fait déguiser deux métis portugais en habits siamois, il les envoya dans Judia pour y découvrir ce qui se passait à la Cour. Ils furent reconnus, arrêtés et mis en prison, ce qui irrita tellement le roi qu'il fit défendre le port d'arme à tous les Portugais et enlever et mener à la côte tous leurs enfants nés de femmes siamoises et de chinoises, ce qui causa grand bruit dans la ville par les cris de ces mères, mais qui n'obtinrent rien et semblèrent être sans espérance de les jamais voir, ainsi qu'il leur est arrivé, car le chef de la compagnie des Hollandais ayant été à la Cour prier le roi de rendre les enfants à ces mères désolées, il lui accorda sa demande, mais cela servit peu, parce que quand on voulut les retirer, on n'en trouva aucun, si ce n'est une petite fille d'un ancien chef des Anglais, M. Herbin (26), qui par bonheur avait été retirée par le chirurgien flamand du roi Daniel Brouchebourde, de sorte que ces pauvres innocents sont tombés dans l'esclavage et payent misérablement pour les Français, qui par leur méchanceté, leur mauvaise foi et infâmes pratiques se soucièrent fort peu de ces malheurs, on aurait peine à le croire, si cet échantillon de leur histoire ne faisait connaître, chez les nations les plus éloignées comme chez tous les Européens, qu'ils sont gens à tout entreprendre pour leur intérêt, sans considérer qu'ils exposent mal à propos la bonne foi des traités d'amitié que leurs rois font avec les étrangers. Il n'en faut pas d'autre preuve que ce que je vais vous dire dans la vérité, qui est qu'une nuit, ils surprirent devant Ténassérim un navire anglais qui était chargé de riz appartenant à M. Teylor (27), prêt à faire voile vers Coromandel, et s'étant furtivement saisis de tout, le marchand anglais fut surpris de matin de le trouver vide de sa charge. Il eut recours aux Siamois qui firent main basse sur ce qu'ils trouvaient de Français qui n'avaient pu se retirer avec autant de diligence que les autres, et c'est ce qui donna lieu d'ordonner alors aux Français et à M. Desfarges de se retirer sans perte de temps et sans qu'il lui fût permis de venir à la Cour, et de s'embarquer sur les vaisseaux qu'on lui avait promis, navires qu'il devait acheter de même que les munitions et victuailles qui lui avaient été offertes, mais que l'évêque de Métellopolis et M. Véret, chef de la loge des Français, demeureraient garants de leur fidélité et de leurs déportements. Sur ces conditions, ils achetèrent des Portugais deux vaisseaux, l'un de 200 tonneaux pour 6 000 écus, et l'autre de 100 tonneaux pour 2 000, avec une chaloupe, 2 000, de sorte que le tout leur a coûté 10 000 mille écus, et ils achetèrent des Siamois des provisions pour 6 000 écus, et se préparèrent enfin à partir (28).

Pendant cette préparation de partir, le navire l'Orphelin (29) étant arrivé le 9 septembre à la rade de Siam, les Français reprirent courage, et oubliant l'engagement dans lequel ils étaient de ne rien entreprendre contre les Siamois, ils firent enlever par leurs prêtres qui étaient restés encore à Louvo, la femme et le fils de M. Phaulkon qu'ils amenèrent à Bangkok, où on les fit cacher. Le roi fut si outré qu'il fit menacer M. Desfarges que s'il ne les renvoyait, il ferait exterminer tous les Français et qu'il n'en sortirait pas un seul de son royaume. Il fallut obéir et ces deux personnes furent rendues et remises au pouvoir du roi le 19 octobre, qui les fait garder exactement de même que la mère et grand-mère, deux femmes et divers autres de ses parents, qui avaient déjà été arrêtés et relâchés.

Les Français voyant enfin qu'il fallait partir, craignant le ressentiment des Siamois, demandèrent pour leur sûreté deux ou trois otages, offrant d'en donner de leur part pour être échangés après l'évacuation de Bangkok et lorsqu'ils se mettraient en mer (30). Cela leur fut accordé et exécuté réciproquement. Ils partirent et sortirent de la rivière le 7 novembre. Le barcalon, les voyant en mer et ne se défiant de rien, leur renvoya leurs deux otages, l'un fils de M. Desfarges et l'autre un officier, dans l'assurance où il était qu'il allait renvoyer les otages siamois. Il se trompa, car les Français, continuant leur bonne foi, les retinrent dans leurs navires, c'était Opra Ramgsom Kram et Olacan [Okluang] Raad, et environ 20 personnes de leur suite, laissant seulement retourner la barque vide que le barcalon leur avait envoyée avec des rafraîchissements, après en avoir, pour combler la mesure, dépouillé et maltraité les matelots. Ils quittèrent ainsi la rade de Siam 3 jours après leur sortie de Bangkok, forts de quatre bâtiments, ayant pris à leur service par permission du roi environ 30 matelots anglais qu'ils se sont obligés de nourrir et de mener à la côte de Coromandel sans autres gages, mais y a-t-il lieu de désirer que les Français leur tiennent mieux parole qu'aux Siamois ?

Les Français ont laissé dans leur loge nombre d'argent comptant, une partie de corail et diverses autres marchandises, et plusieurs canons, il reste aussi vingt personnes de leurs gens dont plusieurs sont malades, l'évêque Louis de Métellopolis est de ce nombre avec dix prêtres qui sont la plupart aux fers et souffrent beaucoup (31), entre autres l'évêque qui est le plus maltraité à cause que lui et le sieur Véret s'étaient rendus garants du bon comportement des Français, et qu'ils avaient toujours demeuré avec eux jusqu'à leur départ de Bangkok, et chacun croyait qu'ils avaient été les conseils de Phaulkon et les principaux auteurs de sa mauvaise conduite.

À Siam, de la ville de Judia, le dernier de novembre 1688.

NOTES :

1 - Si Phetracha avait été frère de lait du roi Naraï, il semble bien, d'après les relations occidentales, que ses seuls liens avec la famille royale aient été par alliance, puisqu'une de ses sœurs, Tao Sri Chulalak (ท้าวศรีจุฬาลักษณ์), avait été concubine du roi. Wood indique qu'il était d'origine modeste, mais ajoute en note : Quelques écrivains disent qu'il était parent du roi Naraï. Cela est peut-être vrai, car, sans aucun doute, le roi Phrasat Thong [le père de Naraï] avait un grand nombre de parents dans des situations plus ou moins modestes. (A History of Siam, 1924, p. 212). On se rappellera la formule du père Le Blanc, qui le disait d'une naissance à servir sur un balon plutôt qu'à monter sur un trône. (Histoire de la révolution de Siam, 1692, I, p. 37). 

2 - Sans doute Okphra Chula (ออกพระจุฬา) : ce titre était attribué à un dignitaire musulman chef de la nation malaise. 

3 - Phra Pi (พระปีย์), appelé également Prapié, Monpy, Monpi, etc. Fils d'un courtisan, ce jeune garçon fut emmené très jeune au palais pour y exercer les fonctions de page, et fut élevé par une sœur du roi Naraï. Toutes les relations s'accordent à reconnaître la tendresse quasi paternelle que le roi lui prodiguait, et les privilèges exceptionnels dont il jouissait. 

4 - Le père de Phra Pi était Khun Kraisithisak (ขุนไกรสิทธิศักดิ์), un petit hobereau de Phitsanulok. Le titre de khun désignait un échelon assez bas dans la hiérarchie des dignités siamoises. 

5 - Cette version est contredite par toutes les relations françaises qui s'accordent sur ce point : si Desfarges n'alla pas jusqu'à Louvo et fit demi-tour à Ayutthaya, c'est que Véret et les missionnaires, et notamment l'abbé de Lionne, lui avaient assuré que le roi était mort, que les Siamois étaient sous les armes et qu'il allait tomber dans un guet-apens. 

6 - Quatre-vingts hommes, selon Desfarges lui-même et la plupart des relations. 

7 - Pendant l'absence de Desfarges, le commandement de la garnison de Bangkok avait été confié à l'officier Vertesalle. Les Français étaient trop peu nombreux pour défendre les deux forteresses située de part et d'autre du Chao Phraya, décision fut donc prise d'abandonner la plus ancienne et de se regrouper dans l'autre. L'Abrégé de ce qui s'est passé à Bangkok pendant le siège de 1688 conservé aux Archives Nationales sous la cote Col. C1/24 140r°-171v° indique que c'est le jour même du départ de Desfarges que fut évacuée cette forteresse indéfendable (151v°) : Ce même jour 14, [avril les troupes qui étaient de l'autre côté passèrent toutes du nôtre, à la réserve de la compagnie de M. de la Cressonnière. 

8 - Cette histoire de conversation surprise la nuit entre deux portes du palais, vieille ficelle de mélodrame, est fort peu crédible. Elle est à mettre au rang de la feuille de papier pliée qui tombe par hasard du pagne d'un conspirateur et révèle à Phaulkon le projet de révolte des Macassars ou de certain écrit contenant toute la conjuration trouvé dans la poche d'Okphra Sivipat évoqué quelques paragraphes plus loin. On peut s'étonner que des conspirateurs qui risquent leur vie dans des entreprises particulièrement hasardeuses soient si peu prudents pour négliger de fermer les portes lorsqu'ils complotent ou pour garder sur eux des écrits compromettants. 

9 - Chao Fa Noï (เจ้าฟ้าน้อย), le frère cadet du roi Naraï. Sur les frères du roi, voir le Mémoire du père de Bèze sur la vie de Constance Phaulkon

10 - Fils de Petratcha, Sorasak ou Luang Sarasak (หลวงสรศักดิ์) devint à la mort de son père, en 1703, le 29ème roi d’Ayutthaya sous le titre de Sanphet 8 (สรรเพชญ์ที่ ๘), mais il reste surtout connu sous le surnom de Phra Chao Süa (พระเจ้าเสือ : le roi tigre). W.A.R. Wood en brosse un portrait peu flatteur : Ce fut un homme cruel, intempérant et dépravé. Turpin dit qu’il a épousé la princesse Yothathep, une des veuves de son père [par ailleurs fille de Phra Naraï]. Une des portes de son palais était connue sous le nom de Porte des Cadavres en raison du grand nombre de petits cercueils qui en sortaient, contenant des enfants assassinés victimes de sa luxure et de sa cruauté. (…) Le roi Tigre, usé par l’alcool et la débauche, mourut en 1709, terminant ainsi un règne court et peu glorieux. (A history of Siam, 1924, pp. 225 et suiv.). 

11 - Vollant des Verquains relève ce détail (Histoire de la révolution de Siam, 1691, p. 57) :Le premier présage qu'on eut en sa maison de la disgrâce qui lui était arrivée, fut sa chaise qui revint sans le ramener ; on alla au palais en chercher des nouvelles, et l'on fut quelque temps avant que de découvrir l'endroit où il était enfermé. 

12 - Aucune relation française, à notre connaissance, ne mentionne ce personnage. 

13 - D'après l'Abrégé de ce qui s'est passé à Bangkok pendant le siège de 1688 (op. cit., f° 153r°), Desfarges partit pour Louvo le 31 mai 1688 avec l'abbé de Lionne et son fils aîné, le marquis de Desfarges. En effet, son second fils, le chevalier Desfarges, était déjà prisonnier à Lopburi, ayant été repris après la tentative d’évasion entreprise quelques jours plus tôt avec Fretteville, Beauchamp, de Lasse, des Targes et Saint-Vandrille et au cours de laquelle l’ingénieur Brissy avait trouvé la mort. Desfarges revint à Bangkok le 6 juin. 

14 - Desfarges ne vit pas le roi lors de son passage à Lopburi, mais fut reçu par Phetracha. 

15 - Ceci est contredit par toutes les relations françaises. Les pères Le Blanc et de Bèze affirment au contraire que Mme Constance fit tout pour sauver son mari, allant jusqu'à soudoyer ses gardiens pour qu'ils le délivrent. 

16 - C'est une version parmi d'autres de la mort de Phaulkon. Il semble qu'aucun Européen n'ait assisté à son exécution, ce qui les rend toutes sujettes à caution. La plus crédible est sans doute celle du père de Bèze (Drans et Bernard, p. 132), qui affirme tenir les détails de l'exécution de Phaulkon d'un mandarin, parent de Si Munchiai, que je connaissais fort et dont j'ai oublié le nom.. On mettra également en parallèle la version du père d'Orléans, qui constitue la légende édifiante forgée par les jésuites  (Histoire de M. Constance, 1690, p. 108 et suiv.) : Ceux qui le conduisirent remarquèrent que pendant tout le chemin il avait paru tranquille, qu'il avait employé ce temps en prières, prononçant souvent à haute voix les noms de Jésus et de Marie. Quand il fut arrivé au lieu du supplice, on lui fit mettre pied à terre et on lui dit qu'il fallait mourir. La vue de la mort ne l'étonna point ; il la vit de près, comme il l'avait vue de loin, et avec la même intrépidité. Il demanda seulement à Soyatan encore quelques moments pour achever sa prière, ce qu'il fit à genoux, d'un air si touchant que ces infidèles en furent attendris. Sa prière faite, il leva les mains au ciel et protestant de son innocence, assura qu'il mourait volontiers, avec le témoignage intérieur que lui rendait la conscience de n'avoir rien fait dans son ministère que pour la gloire du vrai Dieu, pour le service du roi et le bien de l'État ; qu'il pardonnait à ses ennemis comme il priait Dieu de lui pardonner. Au reste, Seigneur, ajouta-t-il en se tournant vers Soyatan, quand je serais aussi coupable que mes ennemis le publient, ma femme et mon fils sont innocents ; je vous les recommande tous deux. Je ne vous demande pour eux ni biens, ni établissements, mais la vie et la liberté. En achevant ces derniers mots, il leva doucement les yeux au ciel et fit signe par son silence qu'il était prêt à recevoir le coup. Alors un bourreau s'avança et d'un revers de sabre l'ayant fendu en deux, le fit tomber sur le visage, mourant, et poussant un profond soupir qui fut le dernier de sa vie. 

17 - Le passage n'est pas clair. La phrase suivante indique que ce sont les Français qui ont empalé les canonniers qui ne voulaient pas tirer sur eux, ce qui n'est pas très logique. Quant aux accusations d'empalement, ce ne sont évidemment pas des atrocités dont on se vante dans des écrits destinés à être rendus publics, mais on ne les trouve confirmées dans aucun document français. Néanmoins, fondées ou non, elle sont évoquées dans la Relation de ce qui s'est passé à Louvo, royaume de Siam (Archives Nationales, Col. C1/24, f° 156v°-157r°) : Le 4 du mois de juillet, on nous envoya M. l'évêque de Métellopolis pour nous faire des propositions de paix ; ensuite, MM. les évêques de Métellopolis et de Rosalie, abbé de Lionne, nous proposèrent, par la bouche de M. Desfarges, d'écrire tous en corps à Phetracha sur le retour de MM. Desfarges et des reproches qu'il lui faisait de ne lui avoir pas tenu sa parole, d'avoir empalé des Siamois et de laisser passer une somme de Chine. 

18 - Seul le fils cadet de Desfarges, le chevalier, participa à cette tentative d'évasion. Quant aux autres fugitifs, les relations diffèrent quant à leur nombre. Outre le chevalier Desfarges, on peut citer le chevalier de Fretteville, Saint-Vandrille, peut-être Delas, un officier nommé Des Targes, dont le nom apparaît dans la relation de La Touche, et qui est confondu avec Des Farges dans la relation du père Louis Le Blanc, et l'ingénieur Bressy (ou Brecy) qui mourut après avoir été repris par les Siamois, soit de peur, soit de coups, soit encore d'avoir été obligé de courir attaché à la queue d'un cheval. 

19 - Ce Daniel Brouchebourde, natif de Sedan, chirurgien de profession, hérétique opiniâtre et ennemi déclaré de la religion catholique et des Français (Mémoires de François Martin, III, p.15) était au service de la compagnie hollandaise. Selon certaines rumeurs, il aurait administré du poison au roi Naraï pour hâter sa mort. 

20 - Ces deux navires, partis le 1er mars 1688 et qu'on crut quelque temps perdus, étaient le Siam et le Louvo, commandés par M. de Sainte-Marie, nom de guerre du lieutenant de Larre ou Delars, et Suhart. Selon Beauchamp, ils avaient été envoyés par Phaulkon pour faire la chasse aux pirates et aller brûler les vaisseaux anglais qui seraient en rade de la ville de Madras, côte de Coromandel. Les sieurs de Sainte-Marie et Suhart écrivirent à M. de Constance que cela ne se pouvait, la saison étant contraire. M. Constance leur écrivit de sortir et qu'ils tinssent la mer et d'aller où ils voudraient et de ne revenir que dans quatre mois (A.N. Col. C1/25 f° 73v°). Le père Le Blanc donne une autre version, tout aussi plausible (Histoire de la révolution du royaume de Siam, 1692, I, pp. 31-32) : aller croiser sur un corsaire dans le golfe de Siam, avec un ordre secret qu'ils avaient de M. Constance d'interrompre leur course aux premiers bruits de guerre et de troubles qui pourraient arriver dans le royaume, et d'aller se mettre sous le canon de Bangkok, où il recevraient les ordres de M. Desfarges pour le service des deux rois. 

21 - Ce navire appartenait à Véret, le chef du comptoir de Siam. Selon l'Abrégé de ce qui s'est passé à Bangkok pendant le siège de 1688 (op. cit. (f° 155r°), elle se nommait le Rosaire. C'était peut-être celle que François Martin appelait la Vérette dans ses Mémoires (III, p. 27). La relation hollandaise passe évidemment sous silence l'héroïque action de l'officier Saint-Cry qui, se voyant perdu, fit sauter le navire avec tous les Siamois qui l'avaient pris d'assaut. 

22 - Johannes Keyts. 

23 - Peut-être Okya Decho (ออกญาเดโช), ou Phraya Decho Chai (พระยาเดโช) qui signifie en pali feu, ou autorité, pouvoir. C'était le titre d'un chef militaire. 

24 - L'histoire officielle veut que la princesse Yothathep ait épousé Phetracha après la mort du roi Naraï. Il semble que cela ne se soit pas fait immédiatement, et qu'il ait fallu vaincre beaucoup de résistance, car selon le père de Bèze, la première réaction de la princesse fut un refus catégorique : Il [Phetracha] voulut en ce temps-là épouser cette jeune princesse pour s’affermir davantage sur le trône par ce mariage ; mais elle eut assez de fierté pour n’y vouloir pas consentir et pour lui reprocher qu’il avait mauvaise grâce de lui offrir une main trempée dans le sang de son père et de ses oncles. Elle était surtout inconsolable de la mort du plus jeune des princes qu’elle aimait tendrement et elle ne pouvait voir Phetracha qu’avec horreur, qu’elle en regardait comme le bourreau. (Drans et Bernard, Mémoires du père de Bèze sur la vie de Constance Phaulkon [...], 1947, p. 147). Toutefois, il est évident que la volonté d'une femme, fût-elle princesse, pesait aussi peu dans le royaume de Siam que dans le royaume de France. 

25 - Cette relation est datée du 30 novembre 1688, soit seulement trois mois après l'accession au pouvoir de Phetracha. Il était un peu tôt pour juger la politique du nouveau monarque, dont le règne sera traversé par de nombreux soulèvements, suivis de répressions féroces. Les Siamois auront largement l'occasion de déchanter tout au long des 15 années de règne de l'usurpateur. 

26 - Sans doute Robert Harbin, qui avait été envoyé au Siam en 1685 avec Dan Gyfford et Thomas Yale pour rouvrir le comptoir d'Ayutthaya que l'East India Company, la compagnie anglaise, avait fermé l'année précédente. 

27 - Du Bruant, en garnison à Mergui, s'était emparé de deux navires au mouillage dans la rade de Ténassérim, l'Aigle noir, rebaptisé le Mergui par les Français, une frégate de 24 pièces de canon qui appartenait au roi de Siam, et un petit navire anglais d'un particulier de Madras (Le Blanc, op. cit., II, p. 282). 

28 - Ces deux navires étaient le Siam et le Louvo, ceux-là mêmes qui avaient vainement tourné en rond pendant plusieurs semaines sur l'ordre de Phaulkon. L'Abrégé de ce qui s'est passé à Bangkok pendant le siège en 1688 (op. cit. f° 166r°) indique que la troisième embarcation était le Rosaire. toutefois d'après l'auteur anonyme de l'Abrégé, cette embarcation aurait également été celle qui fut sérieusement endommagée, voire détruite par une ou deux explosions lors de l'épisode de Saint-Cry, et il est peu vraisemblable qu'elle ait pu être remise en état pour faire un aussi long voyage. Peut-être faut-il davantage croire Vollant qui indique qu'il s'agissait d'un petit bâtiment qui, faisant voile à l'île de Bornéo et ayant été obligé de relâcher, était venu mouiller au pied de Bangkok deux jours avant la déclaration de la guerre. (Histoire de la révolution de Siam, 1691, p. 88). Quant au montant de la dette des Français indiqué dans la relation, elle est conforme à l'estimation des Siamois, qui avancèrent 300 catis d'argent, soit 45 000 francs (15 000 écus) pour l'achat des navires et des vivres (lettre de Kosapan à M. de Brisacier, cité par Launay, Histoire de la Mission de Siam, I, p. 286). 

29 - Il s'agissait du vaisseau du roi l'Oriflamme, commandé par M. de l'Estrille, qui était parti de France le 19 janvier 1688 et amenait au Siam un renfort de 200 hommes, dont beaucoup avaient péri pendant la traversée. La confusion de nom pourrait s'expliquer en anglais par la ressemblance phonétique entre Oriflamme et Orphan (orphelin). 

30 - Les trois otages français devaient être Véret, le chevalier Desfarges, fils cadet du général, et Louis Laneau, évêque de Métellopolis. Toutefois, dans sa relation écrite à Middelbourg, Beauchamp indique qu'il fut également désigné : Je vous dirai que je fus nommé pour otage avec le chevalier Desfarges et Mgr l'évêque et Véret qui devaient nous accompagner jusqu'en la rade. (A.N. C1/25, f° 79v°). 

31 - Voir sur ce site le Catalogue des prisonniers ecclésiastiques et laïques dans la prison d'enfer

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