Extrait de plusieurs lettres venues de Siam.

Page du manuscrit de Rival

Déposition faite le 18 juillet 1688 [par Khun Rot] habitant Ligor, envoyée le 25 septembre 1691.

Moi, Jean Rival, je soussigne et déclare qu'étant à Bangary (1) et à [Secauton (2)], gouverneur pour le roi de Siam, lieu proche de l'île de Jancelon (3) d'une journée de chemin, et ayant reçu ordre de la Cour de veiller et de mettre des gardes sur les ports de mer et sur les grands chemins et de ne laisser passer personne qui n'eût un passeport en bonne forme, ce qu'ayant exécuté, les gardes de Papra (4) qui est le passage pour aller de la terre ferme à l'île de Jancelon trouvèrent deux hommes dont l'un s'appelait [Aiecy] et l'autre Ok-khun Rot (5), habitants de Ligor (6), lesquels envoyé de Siam à Ligor et de Ligor à Jancelon, ledit Ok-khun Rot dit qu'ils n'avaient point de passeport et pour ce sujet me furent amenés, et après avoir été interrogés pourquoi ils n'avaient point de passeport, ledit Khun Rot me dit qu'il avait quelque chose de secret à me dire, et qu'il me le dirait en particulier ; et l'ayant fait appeler dans ma maison, je fis appeler Ok-khun Jaquebat (7), chrétien, et Ok-khun Chaï, gentil (8). Le dit Khun Rot nous dit qu'il était parti de Siam et envoyé par Ok-phra Phetracha (9) [pour] apporter des lettres à Ligor, une pour Ok-phra Balat (10) et une pour Ok-luang Chipia (11), et pour le capitaine de la loge hollandaise qui est à Ligor, une lettre que le capitaine hollandais de la loge de Siam me donna, et là-dessus, je lui dit de nous dire tout ce qu'il savait sans nous cacher ni augmenter, mais de nous dire la vérité de tout ce qu'il faut savoir.

Or, ledit Ok-khun Rot déclara et nous dit que le 10ème de la lune du mois de janvier de l'année 1688 (12) qu'étant à Louvo logé dans la maison de Ok-phra Phetracha, le capitaine hollandais (13) et Daniel Mok Ok-Luang (14) vinrent la nuit dans la maison de Ok-phra Phetracha et s'enfermèrent dans une chambre et me firent tenir dans la chambre auprès de la porte, et Ok-luang Sorasak (15), fils d'Ok-phra Phetracha et encore Ok-muen Sri Muen Chayia, et que tous ensemble tinrent conseil. Ok-phra Phetracha demanda au capitaine hollandais : — Comment pouvons-nous entreprendre cette affaire ? Le capitaine hollandais fit répondre à Daniel qui lui servait d'interprète : — Il faut que vous fassiez donner du poison lent au roi, et Daniel le préparera, et Ok-muen Sri Meun Chaya (16), qui est auprès du roi, le donnera au roi, et quand le roi se trouvera un peu atteint, il faut que Ok-muen Sri Meun Chaya vous donne le cachet du roi, et surtout, si Ok-phra Vitticamheng (17) apportait des médecines pour les donner au roi, il faut que Ok-meun Sri Meun Chaya ne les donne pas au roi, sinon celles que Daniel lui donnera, et tant qu'il pourra empêcher Ok-phra Vitticamheng d'approcher du roi. Il faut que vous fassiez toujours connaître à Ok-phra Pi (18) que vous êtes toujours de son côté, et même lui dire qu'il faut ramasser tant de monde que l'on pourra, et vous enverrez de vos parents demeurer avec les deux frères du roi (19), et quand vous verrez que le roi sera fort mal, vous pouvez dire à Ok-phra Pi qu'il serait bon qu'il montât ici cent hommes des Français qui sont à Bangkok, et le général pourra les aller faire venir et pour lors faire avertir vos parents qu'ils ordonnent de la part du frère de roi de faire du monde, tenir des galères toutes prêtes bien armées, et lorsque les Français seront montés à demi-chemin de Louvo (20), il faut que vous ayez du monde caché, environ deux mille, et faire surtout apprêter à manger pour surprendre et tuer les Français lorsqu'ils seraient à manger, et le même jour faire tuer devant vous et vous rendre maître de Ok-phra Vitticamheng qui est le plus à craindre ; et lorsque vous vous serez rendu maître de lui, faites-le mourir devant vous, et lorsque vous vous serez rendu maître du palais et [que vous aurez] pris possession de tout, vous enverrez chercher les frères du roi, mais l'un après l'autre, par des personnes à qui vous puissiez vous fier, et lorsque vous les aurez, vous les ferez mourir, et devant vous, et tiendrez leur mort secrète aussi bien que celle du roi, et [ferez] mourir tous les Français, les pères et chrétiens qui se trouveront à Louvo, et envoyez à Siam de vos parents avec des ordres pour faire mourir tous les pères de Banplaet (21) et du camp portugais et tous les chrétiens, à la réserve des petits enfants, et prendre tous les Malais et les Mores et envoyer tuer ceux qui seront demeurés à Bangkok, et si les Français font quelque résistance, je partirai avec tout le monde que j'ai dans ma loge et emmènerai avec moi tous ceux qui sont Hollandais demeurant autour de la loge, et je vous assure qu'il ne nous échappera pas un Français qui ne soit tué ou brûlé dans leur fort ; et de plus, je vous réponds que les deux navires que le général de Batavia vous a promis d'envoyer chargés de munitions de guerre et du monde, sans faute, ils seront à la barre au mois de septembre, et Daniel répondit : — Quelle résistance pourront faire les Français qui sont à Bangkok ?

Ok-phra Phetracha dit au capitaine hollandais : — Comment faire pour les Français qui sont à Ténassérim ? (22) Le capitaine hollandais répondit : — il faut que vous envoyez par un homme à qui vous puissiez vous fier un tara (23) caché du cachet du roi à Ok-ya Tenao (24), et lui ordonner qu'il donne un repas à M. le gouverneur de Mergui (25), et inviter les principaux officiers français, et en même temps avoir tout le monde prêt pour aller tuer les Français qui seront restés à Mergui, et dans le même temps tuer tous les chrétiens qui sont à Ténassérim et à Mergui, mais il faut envoyer un mois auparavant quelqu'un commander à Louvo et à Siam et aussi envoyer des tara à Ligor et cachetés du cachet royal et ordonner à Ok-phra Balat et à Ok-luang Chipia qu'ils fassent tant de monde qu'ils pourront et se tenir prêts en cas que le vice-roi de Ligor voulût se révolter, et pour l'argent qui sera nécessaire pour donner à Ok-phra Balat et à Ok-luang Chipia, j'écrirai au capitaine de la loge de Ligor de donner tout ce qui leur sera nécessaire, soit en argent ou en autre chose.

Ok-phra Phetracha répondit au capitaine hollandais qu'il tiendrait la parole qu'il avait donnée au général de Batavia et à vous, à condition que vous me tiendrez la vôtre qui est que tous les vaisseaux français que le roi de France pouvait envoyer aux Indes que vous m'avez promis de les prendre ou couler à fond. Le capitaine hollandais répondit qu'il passerait un papier à Ok-phra Phetracha que si le roi de France envoie des navires pour vous faire la guerre, nous les brûlerons ou nous les coulerons à fond, et le général de Batavia enverra des ordres par toutes les places que nous avons que les gouverneurs aient à se saisir de tous les navires français qui paraîtront et par où peuvent passer qu'ils ne passent par les endroits où nous avons des places, n'ayez pas peur d'eux, et soyez persuadés que tous les Français qui paraîtront, nous nous en rendrons maîtres et le général de Batavia enverra tous les Français dans un endroit où le roi de France n'entendra jamais plus parler d'eux. Le capitaine hollandais dit à Ok-phra Phetracha qu'il fallait exécuter tout de point en point, et que si l'on attendait davantage, que le roi de France enverrait des soldats qui se rendraient maître du royaume. Ok-phra Petracha dit qu'il faudra faire au plus tôt cette affaire. Le capitaine hollandais sortit avec Daniel et Ok-phra Phetracha parla à l'oreille à Ok-muen Sri Meun Chaya. Ledit Ok-khun Rot nous dit encore qu'en prenant la lettre du capitaine hollandais à Siam pour le capitaine hollandais de Ligor, il lui donna dix taels (26), et qu'ayant rendu la lettre au capitaine hollandais de Ligor trois jours après, le capitaine fit donner 20 catis (27) à Ok-phra Balat et 20 catis à Ok-luang Chipia (28).

Ok-khun Rot ayant achevé de déclarer tout ce qui suit, je pris conseil avec Ok-khun Jacobat, chrétien, et avec Ok-khun Chai[ianssy], gentil, officiers dudit gouvernement de Bangary, et nous demeurâmes d'accord d'écrire le contenu de ladite déclaration en français et de l'envoyer au roi, et que si l'on l'envoyait en langue de Siam, cela pourrait nous porter grand préjudice si ladite déclaration n'était pas présentée au roi, et la mettant en français, qu'elle pourrait être présentée au roi secrètement ; et ma femme me traduisant mot à mot ladite déclaration de siamois en portugais, je la traduis[is] en français et l'envoyai à la Cour avec d'autres affaires en langue de Siam qui touchaient le service de Sa Majesté, adressant la première enveloppe au roi et la seconde à M. Constance. Le porteur de ladite déclaration était un chrétien du pays nommé Fernande, et Aieray, et Ok-khun Si avec lui, avec des lettres que j'envoyai en langue de Siam, et je recommandai bien audit Fernande de cacher la lettre en français, et quelque chose qui lui arrivât en chemin, de plutôt la faire brûler ou jeter dans un bourbier que de la laisser prendre à qui que ce fût ; et comme ils furent tous pris en chemin par le caluan (29) qui venait pour nous envoyer à la Cour, et les ramena tous trois, les lettres en langue de Siam furent prises, mais la lettre en français, Fernande eut l'adresse de la cacher, si bien qu'elle ne fut point trouvée. Il me la rendit et aussitôt je la déchirai et la brûlai. La déclaration dudit Ok-khun Rot fut faite le samedi 18ème de juillet 1688 (30) à Bangary, et envoyée à la Cour le 17ème du mois d'août du même an.

NOTES :

1 - Très certainement Ban Bang Khli (บ้านบางคลี), à une quinzaine de kilomètres de l'île de Phuket. On trouve les épellations Bangarim ou Bangri sur quelques cartes, comme sur celle de Jean-Baptiste d'Anville publiée en 1752.

ImageL'île de Phuket. Détail d'une carte de J.-B. d'Anville (1752). 

2 - Sans doute Takhua Thung (ตะกั่วทุ่ง), aujourd'hui l'un des districts de la province de Phang Nga. Dans le Catalogue des prisonniers ecclésiastiques et laïques dressé par le missionnaire Bernard Martineau après le coup d'État de Phetracha, Rival est présenté comme gouverneur de Takua (Launay, Histoire de la Mission de Siam, 1920, I, p. 248). 

3 - Junk Ceylon, aujourd'hui Phuket (ภูเก็ต), dans le sud de la Thaïlande. 

4 - Pak Phra (ปากพระ), dans le district de Phang Nga, près de l'actuel pont Sarasin. Le bras de mer qui sépare Phuket du continent s'appelle le Chong Pak Phra (ช่องปากพระ). 

5 - Rival orthographie ocounrot. Le titre de Ok-khun (ออกขุน) indique qu'il s'agit d'un petit dignitaire dont nous n'avons pu identifier la charge. 

6 - Aujourd'hui Nakhon Si Thammarat (นครศรีธรรมราช), sur le golfe de Siam, au sud de l'isthme de Kra. 

7 - Rival orthographie ocoun jaquebat. Le titre est Ok-khun Yokkrabat (ออกขุนยกกระบัตร), que La Loubère évoque ainsi : Oc-Prá Jockebat est une espèce de procureur du roi, et sa fonction est d'être un espion exact du gouverneur. Son office n'est pas héréditaire : le roi y nomme quelque personne de confiance, mais l'expérience fait voir qu'il n'y a nulle fidélité en ces gens-là, et que tous les officiers s'entendent à piller le peuple. (Du royaume de Siam, 1691, I, p. 323). Dans son Dictionarium linguæ thai 1854, p. 198), Jean-Baptiste Pallegoix le définit comme le troisième chef de la ville. 

8 - Rival orthographie ocoun cha gantil. On trouve plus loin ocun cha [ianssy]. S'agit-il du nom complet de ce dignitaire, ou ce [ianssy] très difficilement lisible est-il une épellation fantaisiste de gentil, terme qui désignait, selon le dictionnaire de Trévoux, un païen qui adore les idoles ? Nous en sommes réduits aux conjectures. 

9 - Rival épelle opra pecheracha. Ce dignitaire, général en charge des éléphants royaux organisa le coup d'État de 1688 et succéda au roi Naraï. Voir sur ce site la page qui lui est consacrée : Phetracha 

10 - Rival orthographie opra balat. Le titre est Ok-phra Palat (ออกพระปลัด), que La Loubère décrit ainsi : Oc-Prá Belat. Son nom veut dire second, mais il ne préside pas en l'absence du Tcháou-Meüang [gouverneur], parce qu'il n'a pas de voix délibérative. (op. cit., I, p. 323). Pallegoix le définit comme le second chef de la ville dans son dictionnaire (op. cit., p. 39). 

11 - Rival orthograhie oluan chipia. Nous n'avons pu identifier ce fonctionnaire, dont on dit plus loin qu'il était officier du gouvernement de Bangary

12 - Le mardi 13 janvier 1688. 

13 - Le directeur de la loge hollandaise à Ayutthaya était alors Joannes Keyts. 

14 - Daniel Brouchebourde (on trouve également Brochebourde, Brocsebourde, et Broscheboerde). Ce médecin natif de Sedan, chirurgien de profession, hérétique opiniâtre et ennemi déclaré de la religion catholique et des Français (Mémoires de François Martin, III, p.15) était au service de la compagnie hollandaise, et, sur la demande du roi Naraï, avait été détaché à la Cour. Le titre de Mok Ok Luang que lui attribue Rival pourrait être mokhaluang, le médecin du roi. Voir Dhiravat na Pombejra, Ayutihaya as a Cosmopolitan Society: A Case Study of Daniel Brocheboorde and his Descendants. International Seminar: Harbour Cities Along the Silk Roads, Surabaya, 9-14 janvier 1991, p. 4. 

15 - Rival épelle oluan sarasy. Fils de Phetratcha, Sorasak ou Luang Sarasak (หลวงสรศักดิ์) régna à la mort de son père sous le titre de Sanphet 8 (สรรเพชญ์ที่ ๘). Homme cruel, brutal et débauché, il reste surtout connu sous le surnom de Phra Chao Süa (พระเจ้าเสือ : le roi tigre). 

16 - Ok-muen Sri Munchaï (ออกหมื่นศรีหมื่นชัย). Ce dignitaire est mentionné par le père de Bèze qui le présente comme capitaine des pages et premier officier de la chambre du roi auprès de qui il s'était avancé par le moyen de M. Constance. Il ajoute plus loin : Comme ce mandarin était fort attaché aux princes [les frères du roi] et qu'il savait les mauvais desseins que Phetracha tramait contre eux, il avertit M. Constance afin qu'il les empêchât de venir se mettre entre ses mains. (Drans et Bernard, Mémoires du père de Bèze sur la vie de Constance Phaulkon, 1947, pp. 100-101). 

17 - Dans les notes de sa traduction anglaise de la déclaration de Rival, Michael Smithies s'interroge sur ce mystérieux personnage : Serait-il un des médecins chinois de Naraï ? Le titre semble trop élevé. Ou simplement un serviteur sûr (et craintif) ? (Witnesses to a Revolution: Siam 1688, 2004, p. 171, note 19). Toutefois, si le titre prestigieux de ok-phra était trop élevé pour un médecin, il l'était évidemment encore plus pour un simple serviteur. Nous émettrons une autre hypothèse, née de l'étonnement de ne trouver dans ce projet de complot aucune mention d'un personnage de première importance. Ce Ok-phra Vitticamheng (ออกพระฤทธิกำแหง), dont on dit plus loin qu'il est le plus à craindre et qu'il faut promptement faire mourir pourrait tout simplement désigner Phaulkon. Le favori grec avait été élevé au titre de Ok-ya Vichayen (ออกญาวิชเยนทร์). Phonétiquement, pour une oreille occidentale, la différence n'est pas grande entre Vichayen et Vitticamheng

18 - Phra Pi (พระปีย์) ou Mom Pi (หม่อมปีย์) parfois appelé Prapié, Monpy, Monpi, etc. dans les relations occidentales. Fils d'un hobereau, ce jeune garçon fut emmené très jeune au palais pour y exercer les fonctions de page et fut élevé par une sœur du roi Naraï. Toutes les relations s'accordent à reconnaître la tendresse quasi paternelle que le roi lui prodiguait et les privilèges exceptionnels dont il jouissait. Le père de Bèze en dresse un portrait de parfait courtisan : Il n’avait pas l’esprit fort vif et fort brillant mais il compensait cela par son bon air, ses manières aisées et engageantes et surtout par sa complaisance à l’égard du roi et son application à étudier et à prévenir tout ce qu’il pouvoit souhaiter. Il entra par là si avant dans ses bonnes grâces que le roi ne pouvait plus être un moment sans lui. (Mémoires du père de Bèze sur la vie de Constance Phaulkon, J. Drans et H. Bernard, 1947, p. 74). Toujours selon le père de Bèze, Phra Pi serait entré dans la conspiration ourdie par Phetracha qui lui aurait promis de le faire monter sur le trône. En effet, il [Phetracha] avait tellement persuadé à ce jeune mandarin qu'il le ferait roi, qu'il s'abandonnait entièrement à sa conduite. (op. cit. p. 97). Lorsqu'il s'aperçut qu'il avait été berné, le jeune favori alla dévoiler le complot au roi Naraï et se faire pardonner : Il s'aperçut, mais un peu tard, que cet Okphra songeait plus à se faire roi lui-même qu'à l'élever sur le trône, comme il lui avait promis, et qu'il ne s'était servi de l'autorité qu'il lui avait donnée sur ses gens que pour les détacher de leur maître et s'en servir à former son parti. Outré de cela et de quelques paroles un peu dures que lui dit Phetracha, il alla au roi lui déclarer la conspiration de ce mandarin et tout ce qu'il tramait pour se rendre maître du gouvernement. (De Bèze, op. cit., p. 114). Lors du coup d'État de juillet 1688, Phra Pi fut arrêté dans la chambre même du roi Naraï et décapité. Sa tête aurait, paraît-il, été attachée pendant plusieurs jours au cou de Phaulkon soumis à la torture. 

19 - Le roi Naraï avait deux demi-frères, Chao Fa Apai thot (เจ้าฟ้าอภัยทศ), plutôt disgracié par la nature, et Chao Fa Noi (เจ้าฟ้าน้อย), très aimé du peuple, et qui, selon les lois du royaume, aurait pu légitimement lui succéder sur le trône, s'il n'avait été tenu en disgrâce suite à une liaison avec une concubine du souverain. Pour davantage de détails sur ces deux princes qui furent exécutés après le coup d'État de 1688, on pourra se reporter aux paragraphes que leur consacre le père de Bèze : Les frères du roi Naraï

20 - Aujourd'hui Lopburi (ลพบุรี), à une soixantaine de kilomètres d'Ayutthaya. Le roi Naraï affectionnait cette ville où il passait la plus grande partie de l'année. 

21 - Banplahet (บ้านปลาเห็ด), nom d'un secteur d'Ayutthaya jouxtant celui des Cochinchinois, qui fut offert dès 1666 par le roi Naraï aux missionnaires pour y établir leur séminaire. 

22 - Il y a ici une incohérence. Si cette réunion s'est effectivement tenue le 13 janviers 1688, il n'y avait à cette date aucun Français à Ténassérim ni à Mergui. Du Bruant, dont Phaulkon avait tout fait pour retarder le départ, ne partit de Bangkok avec son détachement de 120 hommes qu'à la mi-février, et il lui fallu six semaines pour atteindre Mergui et en prendre possession (Marcel Le Blanc, Histoire de la révolution de Siam, 1692, II, p. 163 et suiv.). 

23 - Tara (ตรา) : document officiel, permis, autorisation. 

24 - Rival orthographie oya Tenao. Il s'agit très certainement d'Ok-ya Tanaossi (ออกญาตะนาวศรี), le gouverneur de Ténassérim. 

25 - En janvier 1688, le gouverneur de Mergui était sans doute déjà le jeune officier français Beauregard. Voir sur ce site la page qui lui est consacrée : Beauregard. Toutefois, comme nous l'avons mentionné note 21, la garnison de Du Bruant n'arrivera sur place que deux mois et demi plus tard. 

26 - Le tael était une unité de compte chinoise. Sa déclinaison siamoise était le tamlung (ตำลึง), qui, d'après la plupart des relations occidentales, valait à cette époque 1/20ème de catti (voir note suivante). 

27 - Le cati ou catti était une mesure de poids d'argent chinoise, mais il est impossible de savoir s'il s'agissait du cati chinois ou de sa déclinaison siamoise, le chang (ชั่ง]), qui valait seulement la moitié. Le mot de cati est chinois, et s'appelle schang en siamois, mais le cati chinois vaut deux catis siamois. (La Loubère, Du royaume de Siam, 1691, I, p. 49). Cette différence est confirmée par Jacques Savary des Brûlons dans son Dictionnaire universel de commerce (1726, II, p. 1507) : Le Schan [chang], que les Chinois appellent cati, est un poids dont on se sert dans le royaume de Siam. Le cati chinois vaut deux changs siamois, en sorte que celui de la Chine vaut seize taels, et celui de Siam seulement huit. Quelques-uns mettent le cati chinois à vingt taels, et le siamois à la moitié. Aujourd'hui en Thaïlande, le poids du chang est officiellement fixé à 1,2 k. 20 cattis représentaient environ 3 000 livres, soit 1 000 écus. 

28 - On trouve ce paragraphe troublant dans le Journal de la Mission tenu par le missionnaire Bernard Martineau : Le 10 [septembre 1689], le capitaine de la faiturie hollandaise et maître Daniel, qui quoique Français, et principalement contre les prêtres et les religieux, furent, je ne sais pourquoi, dans le palais, et reçurent par présent du roi, le premier une boîte d'or, le second une boîte d'argent, avec la qualité d'ok-phra donnée à l'un et à l'autre. Apparemment, cette gratification était une récompense de ce qu'ils avaient fait et conseillé contre les Français, et un petit aiguillon pour les pousser à faire toujours de même ; mais ils n'en ont pas besoin, et en vérité si faire du mal à quelqu'un mérite récompense, je ne sais quelle est celle qui n'est point due à ces messieurs. Ils ne perdent pas la moindre occasion de nous en faire, et le plus souvent qu'ils peuvent. (Launay, Histoire de la Mission de Siam, 1920, I, pp. 228-229). 

29 - Sans doute un ok-luang (ออกหลวง), titre d'un dignitaire siamois. 

30 - Le 18 juillet 1688 était un dimanche et non un samedi. 

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