Page du manuscrit de Nicolas de Sainctot

Le 18 juin, trois ambassadeurs du roi de Siam accompagnés de huit mandarins et de 20 domestiques (1) étant arrivés à la rade de Brest furent aussitôt visités par le sieur Desclouzeaux (2), intendant de marine. On fit équiper une espèce de galère à laquelle quantité de chaloupes ornées de différentes parures se joignirent pour mettre les ambassadeurs à terre.

À leur entrée, ils furent salués de plus de soixante volées de canon, auxquelles celui du château répondit (3). Ils trouvèrent à leur descente sur le bord de la mer la bourgeoisie sous les armes. On les conduisit dans la maison du roi, où ils furent logés, eux et leur suite, et traités par le sieur Desclouzeaux jusqu'à l'arrivée du sieur Storf (4), gentilhomme ordinaire de la Maison du roi, qui avait amené un maître d'hôtel pour leur traitement aux dépens du roi et pour la dépense qu'on serait obligé de faire pendant tout leur séjour en France.

Ce jour-là même, le premier ambassadeur ne fut pas plutôt dans la chambre qu'on lui avait destinée qu'il suspendit la lettre que le roi de Siam écrivait au roi à une hauteur fort élevée au-dessus de lui. La lettre était écrite sur une lame d'or, les rois de Siam n'écrivant jamais autrement ; elle était enfermée dans trois boîtes. Celle de dessus était de bois de vernis du Japon, la seconde d'argent et la troisième d'or. Toutes ces boîtes étaient couvertes d'un brocart d'or et fermées avec le sceau du premier ambassadeur qui était en cire blanche. Aucun des Siamois ne prit, par respect pour la lettre, de chambre qui fût au-dessus de celle de cet ambassadeur, ce qu'ils ont observé par tous les lieux où ils ont logés (5).

Au départ de Brest qui fut le 9 juillet, on se servit jusqu'à Nantes de litières (6), et de là jusqu'à Orléans de voitures ordinaires. Comme il fallait que la lettre du roi leur maître fût plus élevée qu'eux, ils faisaient attacher dans le carrosse au-dessus de leurs têtes une planche sur laquelle ils plaçaient la lettre.

Le sieur Storf avait eu ordre de leur faire rendre tous les honneurs dans toutes les villes où ils avaient à passer. Les intendants allaient au-devant d'eux, on les saluait du canon à leur entrée ; une compagnie de bourgeoisie se mettait sous les armes à la porte de leurs logis. La Chambre des Comptes à Nantes envoya des députés les complimenter, ce qu'elle ne devait pas faire : il faut que les Compagnies en dernier ressort aient des ordres exprès quand elles ont à saluer même des souverains. Les présidiaux (7) et autres corps, par tous les lieux de leur passage, envoyèrent aussi des députés leur faire des compliments. C'était trop faire pour des ambassadeurs, les corps des villes seuls doivent aller les complimenter chez eux et non à la porte de la ville. Ce dernier honneur est réservé aux rois, aux reines et aux princes qui n'ont personne au-dessus d'eux et qui sont d'un rang distingué. Il n'y eut qu'à Orléans que l'intendant n'alla point au-devant des ambassadeurs et qu'on ne tira pas le canon ; on pouvait cependant suivre l'exemple des autres villes (8).

Ils arrivèrent à Vincennes le 29 juillet. Le Mercure Galant dit qu'ils ne furent point logés au château parce qu'il était rempli d'ouvrier (9) ; l'auteur se trompe, on ne loge jamais les ambassadeurs dans le corps de logis du roi, mais ils peuvent être logés dans les avant-cours des maisons royales. Le duc de Pastrana (10), ambassadeur extraordinaire d'Espagne en 1679, eut à Fontainebleau, dans la Cour du Cheval blanc, l'appartement de M. de Louvois qui était absent.

Avant Henri IV, personne n'était logé dans la maison du roi que les fils naturels, que les princesses qui y logeaient leurs maris avec elles, que le Grand maître de la Maison du roi, le Premier gentilhomme de la Chambre, le capitaine des gardes et le Maître de la Garde-robe. Ces officiers y logeaient leurs femmes ; les survivanciers de ces charges y avaient aussi leurs logements ; les cardinaux n'y logeaient point ; il n'y eut jamais que le cardinal de Lorraine, qui comme favori de François 1er, y eut un appartement marqué à la craie. Les favoris d'Henri III en eurent aussi. Anne de Montmorency, qui était Grand maître de la Maison y avait un appartement par sa charge, son fils qui en avait la survivance après avoir été fait maréchal de France donna la démission de sa charge au duc de Guise et demanda au roi la grâce de vouloir lui conserver son logement.

Le 30, le sieur de Bonneuil (11) vint à Vincennes faire compliment de la part du roi aux ambassadeurs. Ils lui donnèrent la main.

Les ambassadeurs eurent des Suisses de la compagnie des Cent-Suisses de la Garde du corps du roi (12), pour empêcher aux portes la trop grande foule de monde qui venait les voir. Ils les eurent toujours pendant tout leur séjour à Paris. De Vincennes, on les mena à Berny (13) où ils furent assez longtemps en attendant leurs ballots qui avaient été embarqués à Brest pour Rouen (14). Ils ne pouvaient se résoudre à demander audience que les présents qu'ils avaient à faire au roi de la part de leur maître, et ceux qu'ils faisaient de leur chef, ne fussent exposés dans la chambre d'audience selon l'usage de leur pays. Tous les ballots étant arrivés, les ambassadeurs firent leur entrée à Paris le 12 août (15). Ils partirent ce jour-là de bonne heure de Berny et se rendirent à Rambouillet.

Le maréchal duc de la Feuillade (16) alla avec le sieur de Bonneuil dans les carrosses du roi et de Mme la Dauphine (17) les prendre ; les ambassadeurs étant avertis de leur arrivée, vinrent les recevoir dans la première pièce en entrant de leur appartement, qui était à rez-de-chaussée. Après les civilités rendues de part et d'autre, le premier ambassadeur (18) monta dans le carrosse du roi, se mit au fond de derrière à droite, ayant le duc de la Feuillade à côté de lui, le sieur de Bonneuil occupa le fond de devant avec le sieur Storf ; les deux autres ambassadeurs se placèrent dans le carrosse de Mme la Dauphine avec le sieur Girault (19) et l'abbé de Lionne (20) qui devait servir d'interprète.

On marcha en cet ordre :

Les ambassadeurs descendirent à l'Hôtel des Ambassadeurs extraordinaires (26), où étant arrivés, le maréchal du de la Feuillade les accompagna jusque dans leur chambre, et après quelques moments de conversation, il se retira ; les ambassadeurs le conduisirent jusqu'à son carrosse qu'ils virent partir.

Dès le soir même, il furent traités par présents (27). Le sieur de Chanteloup, un des maîtres d'hôtel du roi (28), et un des contrôleurs d'office, furent chargés de leur traitement qui fut pendant trois jours et demi, après lesquels le maître d'hôtel qui était venu à Brest continua d'avoir soin d'eux. C'est un usage que tous les ambassadeurs envoyés par des maîtres dont les États sont hors de l'Europe sont défrayés pendant tout leur séjour aux dépens du roi.

La première action que le premier ambassadeur fit, fut de placer la lettre du roi son maître à la ruelle du lit de la chambre de parade, dans une machine qu'ils appellent en leur langue Mordoc pratinan, en notre langue le Lieu royal, dont voici la figure (29).

Tous les ambassadeurs mettaient tous les jours des fleurs nouvelles dessus la lettre du roi, et toutes les fois qu'ils passaient devant ce lieu royal, ils faisaient de profondes inclinations. Ce respect ne doit point paraître extraordinaire, tous les vieux courtisans de mon jeune temps saluaient le lit du roi en entrant dans la chambre et la nef ; quelques dames de la vieille cour les saluent encore.

La fièvre quarte qui survint au roi le jour de leur entrée fut cause que l'audience qu'ils en devaient avoir le 14 fut différée (30).

Le 15 août, les ambassadeurs se rendirent à Notre-Dame pour voir la procession qui se fait tous les ans le jour de l'Assomption (31). Ils furent placés au jubé et virent toute la cérémonie, dont je ne ferai aucun détail, ne servant de rien à mon sujet (32).

Le roi étant entièrement guéri, il donna audience aux ambassadeurs le 1er septembre. Le sieur de Bonneuil conduisit dans les carrosses du roi et de Mme la Dauphine à l'Hôtel des Ambassadeurs le maréchal duc de la Feuillade qu'il avait été prendre chez lui ; les ambassadeurs vinrent au-devant de lui, mais le maréchal ne voulut point entrer dans leur appartement ; il reçut leurs compliments sur les degrés et les pria, parce que l'heure pressait, de monter dans les carrosses du roi et de Mme la Dauphine, de peur d'arriver trop tard. Chacun prit la même place qu'il avait occupée le jour de l'entrée. Dans la marche de Paris à Versailles, le carrosse du roi où était le premier ambassadeur fut précédé des huit trompettes de la Chambre du roi, à cause de la lettre du roi de Siam suspendue à l'ordinaire.

Le roi, en envoyant le maréchal de la Feuillade, voulut les recevoir moins bien que les ambassadeurs des têtes couronnées à qui il envoie des princes étrangers les jours qu'ils ont leurs premières et dernières audiences ; on leur fit valoir le titre de colonel des gardes que le maréchal avait (33).

Sur les dix heures, les ambassadeurs à leur arrivée à Versailles trouvèrent dans l'avant-cour du château la garde française et suisse sous les armes, tant celle qui relevait que celle qui devait être relevée, tambour appelant. Ils mirent pied à terre à la salle de descente des ambassadeurs, où ils attendirent l'heure de l'audience. Après s'être lavés selon leur coutume, ils mirent des bonnets de mousseline faits en pyramide, au bas desquels étaient des couronnes d'or larges de deux doigts, qui marquaient leurs dignités ; de ces couronnes, il en sortait des fleurs faites de feuilles d'or très minces, ou quelques rubis en forme de graine étaient attachés. Ces feuilles étaient si légères que le moindre mouvement les agitait. Le troisième ambassadeur n'avait point au cercle d'or de sa couronne des fleurs d'or ; les huit mandarins avaient une pareille coiffure de mousseline sans couronne (34).

On avait préparé au bout de la grande galerie du château, du côté de l'appartement de Mme la Dauphine, un trône élevé de six degrés, le tout couvert d'un tapis de Perse à fond d'or enrichi de fleurs d'argent et de soie, sur les degrés duquel on avait placé de grandes torches et de grands guéridons d'argent (35). Au bas du trône, à droite et à gauche en avant, on avait mis d'espace en espace de grandes cassolettes d'argent, des tables de porphyre et des tables d'argent chargées de vases d'argent le long de quatre ou cinq toises, pour laisser un espace vide où les mandarins qui étaient de la suite des ambassadeurs pussent être seuls pendant l'audience.

On marcha en cet ordre :

On passa en cet ordre par la cour du château, où les gardes de la prévôté étaient en haie, une partie des Cent-Suisses de la garde du roi hors la porte de l'escalier du grand appartement, et l'autre sur les degrés.

Le sieur de Blainville (38), Grand maître des cérémonies, et le sieur de Sainctot, Maître des cérémonies, à la tête des Cent-Suisses, reçurent les ambassadeurs, l'un se mettant à droite et l'autre à gauche dans la marche.

La machine dite Lieu royal arrêta en dehors à la porte de la salle des gardes du corps où elle resta. Le premier ambassadeur en tira une boîte d'or dans laquelle la lettre du roi de Siam était enfermée. Il la donna à un mandarin pour la porter sur une soucoupe d'or, le faisant marcher devant lui.

Les tambours et les trompettes restèrent en cet endroit.

Le maréchal duc de Luxembourg (39), capitaine des gardes du corps, reçut les ambassadeurs à la porte de la salle des gardes, tous en haie et sous les armes. Il prit sa place ordinaire à droite en avant, partageant avec le duc de la Feuillade l'honneur de la main de l'ambassadeur.

On traversa le grand appartement, à l'entrée de la galerie, ceux de la suite et du cortège des ambassadeurs se prosternèrent aussitôt que le Secrétaire ordinaire du roi à la conduite des ambassadeurs (40) les eut rangés à droite et à gauche. Ils auraient toujours eu le visage contre terre, si le roi ne leur eût permis qu'ils le regardassent. Il dit qu'ils étaient venus de trop loin pour ne leur pas permettre de le voir. Les mandarins voyant le roi de loin sur son trône le saluèrent sans ôter leurs bonnets, tenant leurs mains jointes élevées à la hauteur de leur bouche. À chaque salut qu'ils faisaient, ils s'inclinaient profondément par trois différentes fois, sans sortir de leurs places, ce qu'ils firent de temps en temps s'approchant du trône au pied duquel ils se mirent à genoux et en cette posture saluèrent le roi par trois profondes inclinations de corps, après quoi il s'assirent contre terre et y demeurèrent pendant toute l'audience.

Réception des ambassadeurs de Siam. Almanach 1686

Les ambassadeurs, du moment qu'ils aperçurent aussi le roi, firent trois profondes révérences, pliant leurs corps et élevant leurs mains jointes à la hauteur de leurs têtes. Ils marchèrent ensuite toujours les mains élevées et firent de distance en distance de très profonds saluts jusqu'à ce qu'ils fussent arrivés au pied du trône, où le duc de la Feuillade, le duc de Luxembourg, les sieurs de Blainville, de Bonneuil et de Sainctot demeurèrent. Alors le roi, sans se lever, se découvrit pour les saluer. Sa Majesté était accompagnée de Mgr le Dauphin (41), de Monsieur, de M. de Chartres (42), de M. le Duc (43), de M. le duc de Bourbon (44), de M. le duc du Maine (45) et de M. le comte de Toulouse (46), qui tous se couvrirent pendant l'audience ; elle avait derrière son fauteuil le Grand chambellan (47), les Premiers gentilshommes de la Chambre, le Grand maître de la Garde-robe (48) et les Maîtres de la Garde-robe (49). Le chef de l'ambassade, qui tenait la place du milieu sans ôter ses mains élevées à la hauteur de son visage, fit son compliment au roi, les deux autres ambassadeurs étant dans la même posture et dans la même situation que lui.

Son discours fini, l'abbé de Lionne qui avait appris la langue siamoise à la maison des missionnaires de Siam (50) s'approcha du roi pour lui dire la harangue de l'ambassadeur, à quoi le roi répondit avec des termes très honnêtes. L'abbé de Lionne leur ayant rendu la réponse du roi, le premier ambassadeur monta sur le trône, ayant pris la lettre du roi son maître d'un des mandarins qui le suivait. Il la présenta au roi, qui se leva pour la recevoir et la mit entre les mains de M. de Croissy, secrétaire d'État pour les affaires étrangères. Les deux autres ambassadeurs qui accompagnaient le premier ministre de l'ambassade étant au trône laissèrent une marche entre eux et lui. Le roi leur parla assez de temps, l'abbé de Lionne interprétant ce qui se disait de part et d'autre.

L'audience finie, les ambassadeurs, avant que de descendre du trône, firent de profonds salut qu'ils réitérèrent au pied du trône pendant que les mandarins saluaient à genoux le roi, tous pliant le corps, après quoi les mandarins s'étant levés, ils se placèrent derrière les ambassadeurs, et tous ensemble firent en se retirant les mêmes saluts qu'ils avaient faits en entrant dans la galerie, avec cette discrétion de ne point tourner le dos au roi que lorsqu'ils virent au bout de la galerie que le courtisan qui faisait haie des deux côtés eut fermé l'ouverture du passage.

Les ambassadeurs sortirent de la grande galerie, précédés comme ils étaient venus, et accompagnés du maréchal duc de la Feuillade, du maréchal duc de Luxembourg qui les quitta à la porte de la salle des gardes du corps.

Le Grand maître et le Maître des cérémonies prirent congé d'eux au bas du grand escalier, et le duc de la Feuillade avec le sieur de Bonneuil les conduisirent jusqu'à la salle de descente où l'on les vint prendre peu de temps après pour les mener dîner à la salle du Conseil à une table de vingt couverts dont le duc de la Feuillade fit les honneurs, les sieurs de Bonneuil, Girault et Storf dînant avec eux.

Après le dîner, les ambassadeurs eurent audience de Mgr le Dauphin, et y furent conduits par le maréchal duc de la Feuillade, par le Grand maître des cérémonies, par le sieur de Bonneuil et par l'officier des gardes du corps, avec les mêmes cérémonies qu'ils avaient été conduits chez le roi. Ils étaient précédés des mandarins qui firent leurs révérences avec le même respect qu'ils les avaient faites au roi, s'agenouillant ensuite et s'asseyant à terre pendant l'audience.

Monseigneur reçut les ambassadeurs assis et couvert, et ne se découvrit que dans le temps que les ambassadeurs firent leurs dernières révérences.

Le compliment de l'ambassadeur fini, l'abbé de Lionne le lut en français et servit d'interprète de ce qui se dit pendant l'audience.

Les ambassadeurs ne virent point Mme la Dauphine, elle venait d'accoucher (51). Le duc de la Feuillade, après les avoir reconduits à la salle de descente, prit congé d'eux, sa fonction cessant.

Les ambassadeurs allèrent accompagnés du Grand maître et du Maître des Cérémonies, de l'Introducteur des ambassadeurs, du sieur Girault, du sieur Storf, chez Mgr le duc de Bourgogne, chez M. le duc d'Anjou et chez M. le duc de Berry, chez Monsieur, chez Madame, les visitant tous les uns après les autres dans leurs appartements avec les mêmes cérémonies.

Leurs visites faites, ils partirent pour Paris dans les carrosses du roi, sans être accompagnés du duc de la Feuillade, les gardes françaises et suisses étant à leur passage sous les armes, tambours appelant.

Ce même jour, à leur retour, le prévôt des marchands les envoya prier par le greffier de la ville de vouloir se trouver le lendemain au feu d'artifice qu'on devait tirer devant l'Hôtel de ville pour la naissance de M. le duc de Berry, mais comme il ne parla qu'au chef de l'ambassade qui se mettait au lit, l'ambassadeur s'excusa de ne pouvoir pas rendre réponse qu'après avoir conféré avec les autres ambassadeurs. Le lendemain, ils envoyèrent dire qu'ils ne pouvaient prendre aucun plaisir qu'ils ne se fussent auparavant acquittés de leurs devoirs envers les princes et les princesses de la famille royale, et les princes et les princesses de sang.

Le 7 [septembre 1686], ils allèrent à Saint-Cloud voir M. de Chartres et Mademoiselle (52), et firent ensuite les autres visites sans observer les mêmes révérences qu'ils avaient faites à Mgr le Dauphin, à Monsieur et à Madame.

Réception des ambassadeurs de Siam en 1686. Les harangues.

NOTES :

1 - Le Mercure Galant, numéro extraordinaire de septembre 1686, confirme ces chiffres, précisant que quatre autres mandarins et plusieurs personnes de la suite des ambassadeurs n'avaient pu embarquer, étant arrivés trop tard lorsque le chevalier de Chaumont partit de Siam (pp. 29-30). Dans son Journal du 28 septembre 1685, le marquis de Dangeau note : Ils ont quatre gentilshommes et deux secrétaires, et mangent tous neuf ensemble ; le reste de leur suite n'est que de la valetaille. (Journal du marquis de Dangeau, 1854, I, p. 378). 

2 - Sainctot épelle Descluseau. Desclouzeaux fut intendant de Brest entre 1683 et 1701. Il a donné son nom à une rue de Brest.

Brest. La Galerie agréable du monde. 1727. 

3 - On ne ménagea pas la poudre à canon. Donneau de Visé affirme que les ambassadeurs furent salués à Brest de six cents coups de canon. On ne peut rien ajouter à la galanterie et à la magnificence que M. Desclouzeaux, intendant de la Marine, fit paraître en cette occasion. (Op. cit., pp. 18-19. 

4 - Sainctot épelle Stolf. Dangeau évoque ce gentilhomme ordianaire de la Maison du roi dans son Journal du 11 décembre 1690 (vol. III, p.259) : Storf est mort ; il était ordinaire du roi, et Sa Majesté l'employait souvent pour les affaires des pays étrangers ; il était allemand. Dans une annotation de leur édition de la correspondance de Bossuet, Urbain et Levesque fournissent quelques précisions sur ce personnage : L'examen des registres paroissiaux de Rebais, où une personne désignée sous le nom de Henriette Stof signe : Torf, nous induit à penser que M. Stof doit être identifié avec l'un des Potenstorf ou Botentorf qui figurent aussi dans ces registres. L'un d'eux était Jonas de Botentorf (al. Torf), originaire de Valachie, gentilhomme de la Chambre du roi et confirmé dans sa noblesse par lettres patentes de janvier 1675 (Archives Nationales, X1 B 8872), dont la veuve, Anne Le Clerc, est marraine, le 14 novembre 1697, de François Armand, fils de Pierre de Potenstorf (al. Torf), capitaine au Régiment du roi, et d'Élisabeth-Marie de Sarcus. (Bossuet, Correspondance, vol. 14, 1923, note, pp. 285-286). 

5 - Ce respect de la hiérarchie des hauteurs imposé par le système bouddhiste causa tout de même un incident à Vincennes. La Loubère le rapporte dans sa relation (Du royaume de Siam, 1691, I, p. 213-214) : Le lieux le plus haut est tellement le plus honorable, selon eux, qu'ils n'osaient monter au premier étage, même pour le service de la maison, quand les envoyés du roi étaient dans la basse salle. Dans les maisons que les étrangers bâtissent de briques à plus d'un étage, ils observent que le dessous de l'escalier ne serve jamais de passage de peur que quelqu'un ne passe sous les pieds d'un autre qui montera ; mais les Siamois ne bâtissent qu'à un étage, parce que le bas leur serait inutile, personne parmi eux ne voulant ni passer ni loger sous les pieds d'un autre. Par cette raison, quoique les maisons siamoises soient élevées sur des piliers, ils ne se servent jamais du dessous, non pas même chez le roi, dont le palais étant sans plain-pied a des pièces plus élevées les unes que les autres, dont le dessous pourrait être habité. Il me souvient que quand les ambassadeurs de Siam arrivèrent à une hôtellerie de la Piçote, près de Vincennes, comme on avait logé le premier au premier étage, et les autres au second, le second ambassadeur s'étant aperçu qu'il était au-dessus de la lettre du roi son maître, que le premier ambassadeur avait près de lui, sortit bien vite de sa chambre, se lamentant de sa faute, et s'arrachant les cheveux de désespoir. 

6 - Sorte de voiture ou corps de carrosse suspendu sur des brancards, et porté ordinairement par des mulets. (Furetière, Dictionnaire universel). 

7 - Présidial : Compagnie de juges établis dans les villes considérables pour y juger les appellations des juges subalternes et des villages dans des matières médiocrement importantes. L'Édit des présidiaux a deux chefs. Par le premier ils peuvent juger définitivement et sans appel jusqu'à la somme de 250 livres, ou 10 livres de rente ; par le deuxième chef jusqu'à la somme de 500 livres par provision ou 20 livres de rente. (Furetière). 

8 - Dangeau écrit dans son Journal, à la date du mercredi 2 octobre 1686 : Ils [les ambassadeurs] sont charmés des bontés de Sa Majesté. Ils n'étaient pas si contents quand ils arrivèrent à Paris, parce que sur leur route il y avait des lieux où ils n'avaient pas été trop bien traités, surtout à Orléans. (1854, I, pp. 395-396). 

9 - Selon le Mercure Galant (op. cit., pp. 80 et suiv.), c'est le 29 juillet et non le 27 que les ambassadeurs arrivèrent à Vincennes. Voici ce que relate Donneau de Visé : On alla le soir coucher à Vincennes. Les ambassadeurs auraient couché dans le château voisin s'il n'eut point été rempli d'ouvriers qui y travaillaient à quelques accommodements. On les logea dans la maison du lieu qu'on trouva la plus commode. Cette maison était l'hôtellerie La Piçote mentionnée par La Loubère. C'est à Vincennes qu'eut lieu l'incident de la lettre du roi de Siam placée plus haut que l'ambassadeur. Voir ci-dessus note 5. 

10 - Gregorio de Silva y Mendoza, 5ème duc de Pastrana (ou Pastrane), 1649-1693. Il fut envoyé en France en 1679 pour porter les présents de mariage de Charles II d'Espagne à Marie-Louise d'Orléans (Mademoiselle, nièce de Louis XIV), qu'il venait d'épouser. 

11 - Michel de Chabenat de Bonneuil, Introducteur des ambassadeurs entre 1680 et 1691. 

12 - L'unité d'infanterie d'élite des Cent-Suisses avait été crée en 1471 par Louis XI. Composée de 100 mercenaires suisses, dont trois tambours et un fifre, elle fut dissoute en 1792, puis reconstituée entre 1814 jusqu'en 1830.

ImageHabillement du capitaine des Cent-Suisses de la garde du roi (1775). 

13 - Le château de Berny est un château détruit, qui se trouvait dans ce qui est aujourd’hui le Val-de-Marne, à Fresnes, à la limite avec Antony dans les Hauts-de-Seine, sur la route de Paris à Orléans. (Wikipédia)

ImageLe château de Berny au XVIIe siècle. 

14 - Les ambassadeurs étaient déjà venus à Paris dans les premiers jours du mois d'août, afin d'assister incognito à une représentation de Clovis. C'est le Mercure Galant qui nous révèle ce fait (op. cit., p. 102 et suiv.) : Ils étaient encore à Berny lorsqu'ils furent priés par le père de la Chaize de venir à la tragédie du Collège de Louis-le-Grand, intitulée Clovis. Ils lui répondirent qu'ils ne croyaient pas qu'ils dussent voir personne, ni aller en quelque maison que ce fût avant que d'avoir rendu leurs respects au roi, mais que puisqu'une personne aussi sage les assurait que cela se pouvait, ils y assisteraient avec plaisir, ne doutant point qu'allant au Collège, ils ne nous fissent une chose agréable aux deux grands rois. Le jour que la tragédie se devait représenter, ils partirent de Berny dès six heures du matin dans des carrosses dont les rideaux étaient tirés, et vinrent incognito se reposer à l'hôtel des ambassadeurs, qui était tout meublé pour les recevoir le jour de leur entrée. Clovis, pièce du jésuite Joseph de Jouvancy (ou peut-être de Jacques de la Baune), fut donnée le 7 août 1686 au collège de Louis-le-Grand. 

15 - Donneau de Visé note (op. cit., pp. 88-89) : Comme les ballots qui renfermaient leurs présents ne pouvaient sitôt arriver ici, parce qu'après avoir été débarqués il avait fallu les mettre à Rouen dans des bateaux qui sont obligés de remonter la rivière de Seine pour venir à Paris, ce qui demande beaucoup de temps, les ambassadeurs, voyant qu'ils ne pourraient avoir si promptement audience de Sa Majesté, à cause que ces présents devaient être conduits à Versailles et exposés dans le lieu de l'audience suivant l'usage de leur pays, furent bien aises de différer leur entrée publique à Paris. Ainsi on choisit Berny pour leur demeure jusqu'au jour de cette entrée. Un journal anonyme compilé par le chanoine Griselle et publié dans le Bulletin de l'Histoire du protestantisme français note à la date du 28 août 1686 : On ne sait encore quand les ambassadeurs de Siam auront leurs audiences. Les ballots de présent sont allés devant ; or il en manque quatre qu'ils trouvent égarés, entre lesquels est celui qui était destiné pour Mme la Dauphine. Le roi en fait faire une exacte perquisition. (1911, p. 164). 

16 - François III d'Aubusson (1625-1691) comte de La Feuillade, puis duc de Roannais (dit de La Feuillade). Soldat courageux et plat courtisan, il est à l'origine de la construction de la place des Victoires à Paris.

La Place des Victoires érigée à la gloire de Louis le Grand par M. le Maréchal duc de la Feuillade. 1686. 

17 - Marie Anne de Bavière (1660-1690) avait épousé en 1680 le dauphin Philippe de France, fils de Louis XIV. Ils eurent trois enfants : Louis de France, duc de Bourgogne, né en 1682, Philippe de France, duc d'Anjou, né en 1683, et Charles de France, duc de Berry, né le 31 août 1686, la veille de l'audience des ambassadeurs siamois.

Marie Anne de Bavière. Gravure de Nicolas Bazin, 1682. 

18 - Okphra Visut Sunthon (ออกพระวิสุทธิสุนทร) dit Kosapan (โกษาปาน). Il était assisté d'Okluang Kanlaya Ratchamaïtri (ออกหลวงกัลยาราชไมตรี) et d'Okkhun Siwisan Wacha (ออกขุนศรีวิสารวาจา). Leurs portraits et leurs descriptions furent à l'époque largement diffusés en France par les gazettes, les gravures, les almanachs ou les médailles. La mode siamoise faisait fureur, les femmes portaient des déshabillés en étoffe siamoise et l'on trouvait des bonnets et des éventails siamois à la foire Saint-Germain. Le manuscrit de Sainctot contient trois gravures représentant ces ambassadeurs :

Okphra Visut Sunthorn, dit Kosapan, et connu en France sous le nom de Ratchatut (ราชทูต : premier ambassadeur)

Ooc, Pravisoutsonthoon Raachtchathoud. Ambassadeur du Roy de Siam, envoyé au Roy, il étoit frère du défunt barcalon ou premier Ministre du Roy de Siam, homme d'Esprit, qui a toujours été auprès de son frère dans toutes les affaires. Il reçut Mr. le Chevalier de Chaumont Ambassadeur du Roy à l'entrée de la rivière de Siam, et l'accompagna par tout. Ils firent leur entrée solennelle dans Paris par la porte St Antoine le lundy XII aoust 1686. dans un Carosse de sa Majesté, ils furent reçu par Mr. Le Maréchal Duc de la Feuïllade. Dessiné sur le naturel. A Paris, Chez Nolin, rue St. Jacques, à l'Enseigne de la Place des Victoires. Avec Privilège du Roy.

Okluang Kanlaya Rachamaïtri, connu en France sous le nom de Uppathut (อุปทูต : second ambassadeur).

Ooc, Loüang Calayanaraa Tchamaïtrioupathoud. Premier adjoint de l'Ambassadeur de Siam envoyé au Roy, homme âgé et qui a beaucoup d'Esprit. Il a été Ambassadeur du Roy de Siam avec l'Empereur de la Chine, et s'acquita fort bien de cette Ambassade. Ces Ambassadeurs partirent de Siam le 22 décembre 1685.Sur les trois heures du matin dans le Vaisseau du Roy nommé l'Oiseau,commandé par Mr. De Vaudricourt. Dessiné sur le naturel. A Paris, Chez Nolin, rue St. Jacques, à l'Enseigne de la Place des Victoires. Avec Privilège du Roy.

Okkhun Siwisan Wacha, connu sous le nom de Trithut (ตรีทูด : troisième ambassadeur).

Ooc Counsrivisâravâkiaa, Trithoud. Second Ambassadeur de l'Ambassade de Siam. Son père est Ambassadeur en Portugal. Ces trois Ambassadeurs arrivèrent à Brest le 18 juin 1686. et firent leur entrée à Versailles le premier septembre, où ils furent introduits à l'Audience publique de sa Majesté avec la lettre et les présens du Roy de Siam. Dessiné sur le naturel. A Paris, Chez Nolin, rue St. Jacques, à l'Enseigne de la Place des Victoires. Avec Privilège du Roy. 

19 - Sainctot orthographie Giraut. René Girault (le bonhomme Girault) succédait à son père dans la charge de Secrétaire à la conduite (assistant permanent de l'Introducteur des ambassadeurs) qu'il assuma entre 1625 et 1697. Le Mercure Galant de mars 1697 lui consacrait une brève nécrologie (pp. 269-270) : Messire René Girault, Lieutenant à la conduite des Ambassadeurs. Il est mort âgé de 87 ans, après en avoir passé 67 dans les fonctions de cet emploi, avec toute la capacité et toute l'exactitude qu'il demande. Il avait des amis dans toute l'Europe, s'était toujours fait aimer des ministres étrangers, pour qui il avait des manières très honnêtes et très polies. 

20 - Artus de Lionne, évêque de Rosalie, fils du secrétaire d'État Hugues de Lionne. Voir sur ce site la page qui lui est consacrée : L'abbé de Lionne

21 - Philippe d'Orléans (1640-1701), Monsieur, fils de Louis XIII et d’Anne d’Autriche, et frère cadet de Louis XIV. Élisabeth-Charlotte de Bavière, Madame (1652-1722), princesse palatine épouse de Philippe d'Orléans. Le premier fils des rois de France porte la qualité de Dauphin et le second fils de France s'appelle Monsieur sans autre qualité. (Nicolas Besongne, L'état de la France où l'on voit tous les princes, ducs et pairs […], 1686, p. 651). 

22 - Charles Colbert de Croissy (1629-1696) fut secrétaire d'État aux Affaires étrangères de 1680 à sa mort. 

23 - Alexandre de Chaumont (ca 1640-1710). Voir sur ce site la page qui lui est consacrée : Alexandre de Chaumont

24 - François Timoléon de Choisy (1644-1724). Voir sur ce site la page qui lui est consacrée : L'abbé de Choisy

25 - Donneau de Visé estime à une soixantaine le nombre des carrosses qui accompagnaient les ambassadeurs. Voici la relation qu'il fait de leur entrée dans la capitale (op. cit., p. 132 et suiv.) : Le roi ayant arrêté que ces ambassadeurs feraient leur entrée à Paris le 12 du mois passé, ils furent conduits à Rambouillet, qui est une maison fort agréable au bout du faubourg Saint-Antoine. C'est en ce lieu-là qu'on va ordinairement recevoir les ambassadeurs du roi et ceux des souverains qui sont traités comme têtes couronnées. Outre les carrosses du roi, de Mme la Dauphine, de Monsieur, de Madame et des princes et princesses du sang, il y en eut beaucoup d'autres qu'envoyèrent plusieurs personnes de marque, qui sont obligées à la couronne de Siam, comme MM. de Chaumont, de Choisy, les jésuites et les missionnaires des Missions Étrangères. Ceux de M. le maréchal duc de La Feuillade et de M. de Bonneuil, Introducteur des ambassadeurs, s'y joignirent, et tout cela faisait environ soixante carrosses à six chevaux. Vous pourriez être surprise de n'en point trouver de Monseigneur le Dauphin parmi ce grand nombre, si vous ignoriez que ce prince est servi par les officiers du roi, et qu'il n'a point d'autre maison. Il y avait dans chaque carrosse de ceux qui en avaient envoyé, un écuyer ou quelque autre gentilhomme de la Maison. À mesure que ces carrosses arrivèrent, tous les écuyers en descendirent, et furent présentés par M. Storf aux ambassadeurs. Ils leur firent tous compliment en peu de paroles de la part de leurs maîtres ou de leurs maîtresses. Le premier ambassadeur répondit à tous, et quoi qu'il n'eût que des remerciements à faire, on remarqua qu'il y avait quelque chose de différent dans tout ce qu'il dit. Tous les compliments finis, M. le duc de La Feuillade arriva avec les carrosses du roi, de Madame la Dauphine, de Monsieur et de Madame. Il était accompagné de plusieurs valets de pied de Sa Majesté, et d'un grand nombre des siens, avec une fort belle livrée et toute neuve. Il y avait aussi deux de ses carrosses remplis de gentilshommes. Il fit un compliment fort court aux ambassadeurs sur leur heureux voyage et sur la joie qu'il avait d'avoir été nommé pour les recevoir. À quoi le premier ambassadeur répondit que sa valeur et son mérite avaient passé jusqu'en Asie, et qu'on y savait les victoires qu'il avait remportées contre les Turcs.

On monta ensuite en carrosse. Le premier ambassadeur fut placé dans le fond de celui du roi avec M. de La Feuillade. M. de Bonneuil et M. Storf se mirent vis-à-vis d'eux. Les deux autres ambassadeurs étaient dans le carrosse de Mme la Dauphine avec M. Girault, les mandarins dans ceux de Monsieur et de Madame. Le roi en avait aussi envoyé pour leurs valets, et ces carrosses qui n'avaient pourtant point les armes de Sa Majesté marchèrent à la tête de tout. Ils furent suivis de douze trompettes du roi à cheval, qui précédèrent tous les carrosses dont je viens de vous parler. On passa par le faubourg et la porte Saint-Antoine. On traversa la rue du même nom jusqu'au cimetière Saint-Jean par lequel on se rendit dans la rue de la Verrerie. On vint ensuite par celles de la Ferronnerie, de Saint-Honoré et de l'Arbre-Sec. On passa sur le Pont-Neuf et dans la rue Dauphine, et l'on gagna la rue de Tournon où est l'Hôtel des Ambassadeurs. La foule se trouva si grande dans tout le passage, et il y avait une si grande quantité de carrosses que les rues en étaient bordées de chaque côté, de sorte que ceux des ambassadeurs ne pouvant passer, étaient souvent arrêtés pendant des quarts d'heure, et même des demi-heures entières. Ils reconnurent dans leur route les dames qui avaient bien voulu leur donner le plaisir de monter à cheval devant eux à Berny, et ils les saluèrent d'un air qui marquait la joie qu'ils avaient de les revoir. Enfin, après avoir fait cette longue marche, ils arrivèrent à l'Hôtel des Ambassadeurs. M. le duc de La Feuillade les accompagna jusque dans leur chambre, et n'eut qu'une conversation fort courte avec eux, après quoi il les quitta. Ils l'accompagnèrent jusqu'à son carrosse, et se retirèrent sans vouloir voir personne. Quoique l'usage soit de défrayer les ambassadeurs des rois dont les états sont hors de l'Europe, et de ne traiter que trois jours ceux des rois nos voisins, on suivit l'un et l'autre usage pour les ambassadeurs de Siam, car bien qu'ils eussent été traités tous les jours par l'ordre et aux dépens de Sa Majesté depuis leur débarquement à Brest, les pourvoyeurs du roi ne laissèrent pas de fournir eux-mêmes tout ce qui était nécessaire pour leur traitement pendant les trois premiers jours qui suivirent leur entrée, et M. de Chanteloup, maître d'hôtel de quartier, et un des contrôleurs de la Maison du Roi aussi de quartier, vinrent tous les matins pendant ces trois jours faire là-dessus ce qui était de leur charge.

Dans ses Mémoires, le marquis de Sourches écrivait : Le 1er d'août, les ambassadeurs de Siam firent leur entrée à Paris, et il y eut un prodigieux concours de peuple pour les voir passer. Et il ajoutait en note : Il n'y avait pas de sujet d'avoir tant de curiosité, car c'étaient de fort vilaines gens. (Mémoires du marquis de Sourches, 1882, I, p. 431). 

26 - Nous citons à ce sujet le Dictionnaire Historique de la Ville de Paris de Hurtaud et Magny (1779, III, p. 280) : Cet hôtel ne subsiste plus. Il était situé rue de Tournon, près du palais du Luxembourg, et avait appartenu à Concino Concini, connu sous le nom de maréchal d'Ancre. Aujourd'hui il appartient à M. le duc de Nivernois, qui l'a réédifié, embelli et décoré. L'hôtel connu maintenant sous le nom de Palais de Bourbon, et qu'habite M. le prince de Condé, avait été désigné pour y loger les ambassadeurs ; ensuite celui de Pontchartrain, rue neuve des Petits-Champs, puis l'Hôtel d'Evreux, que Sa Majesté avait acquis du marquis de Marigni, après la mort de la marquise de Pompadour, sa sœur ; et aujourd'hui il n'y a point encore d'hôtel décidé pour leur demeure. Le roi Louis XIII, à son retour de Savoie, alla loger dans l'Hôtel des Ambassadeurs, rue de Tournon, parce qu'il était près du Luxembourg, où la reine, sa mère, qu'il visitait souvent, faisait son séjour. 

27 - C'est-à-dire en envoyant chez eux une quantité de viande et de gibier, afin qu'ils le fassent accommoder par leurs domestiques. (Abraham de Wicquefort, L'Ambassadeur et ses fonctions, 1715, p. 316). 

28 - Une déclaration d'avril 1654 fixait à 12 le nombre de maîtres d'hôtel ordinaires, qui exerçaient leurs fonctions par trimestre. Nicolas Besongne (op. cit., pp. 46 et suiv.) indique pour le quartier d'avril à juin M. de Francine, et son fils en survivance, M. de Leyrit et M. de Chantelou et son neveu en survivance. (…) Les maîtres d'hôtel présentent au roi la première serviette mouillée dont Sa Majesté se lave les mains avant que de manger (…) ils se trouvent à tout ce qui se fait au Bureau du roi (…) ils savent l'ordre du roi tous les soirs en l'absence du Premier maître d'hôtel ou du Maître d'hôtel ordinaire, et à quelle heure Sa Majesté veut manger le lendemain, et principalement quand la Cour marche, ils demandent au roi le lieu et le temps qu'il veut dîner, afin de donner l'ordre aux officiers du Gobelet et de la Bouche. 

29 - Mondop Phrathinang. Le mondop (มณฑป) est la déclinaison thaïlandaise du mandapa hindouiste, une construction carrée avec un toit pyramidal soutenu par quatre piliers. Phrathinang (พระที่นั่ง) signifie trône, ou encore palais royal. Une gravure de ce mondop est insérée dans le manuscrit. Il s'agit de l'illustration publiée par Donneau de Visé dans son numéro extraordinaire du Mercure Galant de septembre 1686, p. 165 : Le profond respect qu'ils ont pour lui [le roi de Siam] leur en a fait rendre un très grand à la lettre dont il les avait chargés pour l'apporter à sa Majesté. Elle était placée à l'Hôtel des Ambassadeurs, dans le fond de la ruelle du lit de parade du premier ambassadeur, de la manière que vous la voyez dans la planche que je vous envoie et que j'ai fait dessiner exprès sur le lieu. (pp. 167-168).

Le mondop abritant la lettre du roi de Siam. Mercure Galant. Dessin de d'Olivar. 

30 - Entre le 6 et le 22 août, le roi souffrit de fièvres intermittentes, suites d'une fluxion sur le col. Il fut soigné avec force saignées, bouillons purgatifs et quinquina. Dans ses Remarques sur la santé du roi (manuscrit Bibliothèque Nationale, BN. ms. fr. 6998, f° 134r°), le médecin Daquin notait : Le 6ème jour d'août [1686], le roi se réveilla à trois heures du matin, claquetant des dents avec douleur de tête, lassitude par tout le corps, et un abattement considérable, montrant quelque peu de fièvre. 

31 - Ces déplacements des ambassadeurs ne se faisaient pas toujours dans la sérénité, et le peuple de Paris ne manquait pas de railler, voire de prendre à parti les Siamois. Donneau de Visé et le baron de Breteuil évitent soigneusement de mentionner ces incidents. Nous avons trouvé cette note dans un ouvrage de Pierre Clément intitulé La Police sous Louis XIV (1866, p. 90) : Ce serait une erreur de croire que la population parisienne fût alors plus facile à administrer que de nos jours. Dans maintes circonstances, elle échappait complètement à l'action de ses magistrats. Au mois d'août 1686, elle insulta l'ambassadeur de Siam, arrêta un de ses carrosses, battit son cocher. Le roi, fort mécontent, fit écrire à La Reynie de prévenir le retour de ces désordres, et de publier, si c'était nécessaire, une ordonnance à cet égard. 

32 - Cette visite à Notre-Dame fut relatée par Donneau de Visé dans son numéro extraordinaire du Mercure Galant de septembre 1686. On pourra consulter ce texte ici : Procession à Notre-Dame le 15 août 1686

Bonnet siamois

33 - Le baron de Breteuil écrivait dans ses Mémoires, à propos des préparatifs de la réception des ambassadeurs persans (1715) : Je croyais qu'il convenait que Sa Majesté fît élever un trône au bout de sa galerie, comme elle avait fait pour recevoir les satisfactions du doge de Gênes, et même pour les ambassadeurs du roi de Siam, prince infiniment moins puissant et moins considérable que le roi de Perse. (Mémoires du baron de Breteuil, présentés et annotés par Évelyne Lever, 1992, p. 590). 

34 - Ces bonnets s'appelaient des lomphok (ลอมพอก). Ils furent très populaires en France, tant par les descriptions qu'en firent les voyageurs que par les innombrables images, illustrations, médailles, almanachs, qui circulèrent à l'occasion de la visite des ambassadeurs siamois. Dans la comédie La foire de Saint Germain de Dufresny et Regnard, représentée en 1695 à l'Hôtel de Bourgogne, les marchands proposent, outre des robes de Marseille et des chemises de Hollande, des bonnets de style siamois, ce qui prouve que, dix ans après le départ de la grande ambassade de Kosa Pan, le souvenir des Siamois était encore bien vivace dans le peuple de Paris. 

35 - Une gravure de d'Olivar de 1686 présente ce trône :

Trône du roi pour l'audience des ambassadeurs de Siam. 

36 - Les sappathon (สัปทน) sont de grands parasols de cérémonie à l'usage des bonzes, des nobles ou des membres de la famille royale.

Sappathon.
Sappathon dans une procession de bonzes. 

37 - Ces boîtes étaient appelées tiap (เตียบ) ou krop (ครอบ) en siamois. Selon leur taille et leur décoration, elles indiquaient le niveau hiérarchique de leur propriétaire. La Loubère les décrit ainsi : Krob : boîte d'or ou d'argent pour l'arec et le bétel. Le roi les donne, mais ce n'est qu'à certains officiers considérables. Elles sont grosses et couvertes, et fort légères ; ils les ont devant eux chez leur roi, et dans toutes les cérémonies. Tiab, autre boîte pour le même usage, mais sans couvercle, et qui demeure au logis. C'est comme un grand gobelet, quelquefois de bois verni : et plus la tige en est haute, plus il est honorable. Pour l'usage ordinaire ils portent sur eux une bourse, où ils mettent leur arec et leur bétel, leur petite tasse de chaux rouge et leur petit couteau. Les Portugais appellent une bourse bosseta, et ils ont donné ce nom aux krob dont je viens de parler, et après eux nous les avons appelés bossettes. (Du Royaume de Siam, II, pp.70-71).

ImageBossette siamoise. XIXe siècle.
ImageMandarins prosternés ayant des boîtes d'or ou d'argent selon leur dignité. Dessin de 1688.

Le roi de siam sur son éléphant sortant de son palais et les mandarins de chaque côté prosternés ayant des boîtes d'or ou d'argent selon leurs dignités d'oyas ou d'opras, etc. Dessin de 1688. 

38 - Jean-Jules-Armand Colbert, marquis de Blainville (1663-1704), 4ème fils du marquis de Seignelay.

ImageJules-Armand Colbert, marquis de Blainville. 

39 - François-Henri de Montmorency-Bouteville, duc de Piney-Luxembourg (1628-1695). Il était l'un des capitaines des quatre compagnies de gardes du corps, les trois autres étant le duc de Noailles, le marquis de Rochefort et le duc de Duras.

ImageFrançois-Henri de Montmorency-Bouteville, maréchal duc de Luxembourg. 

40 - René Girault. Voir ci-dessus note 8. 

41 - Louis de France, dit Monseigneur, ou le Grand Dauphin après sa mort (1661-1711). 

42 - Philippe d'Orléans (1674-1723), duc de Chartres, petit-fils de Louis XIII et fils de Philippe duc d'Orléans, (Monsieur). Il assurera la régence pendant la minorité de Louis XV entre 1715 et 1723. 

43 - Monsieur le Duc était le titre donné duc d'Enghien, fils aîné de Monsieur le Prince. En ce mois de septembre 1686, c'était encore pour quelques mois Henri-Jules de Bourbon-Condé (1643-1709), lequel deviendra Monsieur le Prince à la mort du Grand Condé, son père, le 11 décembre 1686. Le titre de Monsieur le Duc sera alors porté par Louis III duc de Bourbon, prince de Condé (1668-1710).

ImageHenri-Jules de Bourbon d'après Claude Lefebvre. 

44 - Louis III de Bourbon-Condé (1668-1710), duc de Bourbon, duc de Montmorency, puis duc d'Enghien, fils de Henri-Jules de Bourbon et de Anne de Bavière. Il prendra officiellement le titre de Monsieur le Duc en 1689.

ImageLouis III de Bourbon-Condé d'après Hyacinthe Rigaud. 

45 - Louis-Auguste de Bourbon (1670-1736), fils adultérin légitimé de Louis XIV et de Mme de Montespan.

ImageLouis III de Bourbon-Condé d'après Hyacinthe Rigaud. 

46 - Louis-Alexandre de Bourbon (1678-1737), fils légitimé de Louis XIV et de la marquise de Montespan. Il n'avait alors que 8 ans.

ImageLouis-Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse. 

47 - Godefroy-Maurice de La Tour d'Auvergne (1636-1721), Grand chambellan de France de 1658 à 1715. 

48 - François VIII de La Rochefoucauld (1663-1728). Le Grand maître de la Garde-robe a soin des habits, du linge et de la chaussure de Sa Majesté, et le roi lui accorde ordinairement ses dépouilles. (…) Quand le roi donne audience aux ambassadeurs, le Grand maître de la Garde-robe a sa place derrière le fauteuil du roi, à côté du Premier gentilhomme de la Chambre, ou du Grand chambellan, et prend la gauche de la chaire du roi. (Nicolas Besongne, op. cit., p. 100). 

49 - Il y avait deux Maîtres de la Garde-robe qui servaient par année. En 1686, la charge était tenue par Louis-Hugues, marquis de Lionne, frère du missionnaire Artus de Lionne. Il alternait sa charge avec Louis de Caillebot, marquis de la Salle. Ils se trouvent aussi aux audiences des ambassadeurs, et montent sur l'estrade ou le haut dais. Celui qui est en année a son appartement dans le logis du roi. Le matin et quand le roi s'habille, il présente à Sa Majesté sa cravate, son mouchoir, ses gants, sa canne et son chapeau. (…) Le roi vide les poches de l'habit qu'il quitte dans celles de l'habit qu'il prend, et c'est au Maître de la Garde-robe à lui présenter ces poches pour les vider. Le soir, le roi sort de son cabinet, et trouve à la porte le Maître de la Garde-robe qui l'attend, et entre les mains duquel il met ses gants, sa canne, son chapeau, son épée, son baudrier ou son ceinturon. (Nicolas Besongne, op. cit., pp. 139-140). 

50 - L'abbé de Lionne était arrivé au Siam en 1681, il avait donc quelques années de pratique de la langue. 

51 - L'accouchement avait eu lieu la veille, 31 août 1696. L'audience aura lieu le mois suivant, le 2 octobre 1686.

ImageAudience de Madame la Dauphine. Détail d'un almanach.
ImageLes enfants de France vont voir les présents du roi de Siam. Détail d'un almanach.
ImageLes Siamois apportent les présents à Mme la Dauphine. Détail d'un almanach. 

52 - M. de Chartres : Philippe d’Orléans, petit-fils de Louis XIII et futur régent (1674-1723). Mademoiselle : Élisabeth-Charlotte d’Orléans, petite-fille de Louis XIII (1676-1744). 

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