Alexandre de Chaumont

Alexandre, chevalier puis marquis de Chaumont, naît vers 1632 (date sans doute plus vraisemblable que 1640 qui est généralement avancée). D’une famille calviniste, il abjure très jeune sa religion pour devenir catholique dévot, voire même bigot. Une carrière de marin commencée en 1669 le mène à Toulon, puis l’élève au grade de major de l’Armée du Levant en 1672. Sans avoir rien fait pour cela, il est pressenti par le marquis de Seignelay, ministre de la marine, pour conduire l’ambassade au Siam en 1685, à la grande déception de l'abbé de Choisy qui multipliait pourtant démarches et intrigues afin d'obtenir ce poste. Or souvenez-vous que depuis qu’on parle de cette affaire, j’ai toujours été incertain de ma destinée. D’abord j’ai espéré avec quelque fondement d’y venir ambassadeur. J’ai vu nommer à la barbe de moi qui y songeais fort, M. le chevalier de Chaumont qui n’y songeait pas. (journal de Choisy – 7 octobre 1685).

Le choix n'est guère heureux, car les qualités d’ambassadeur d’Alexandre de Chaumont sont plus que discutables. Lacune fâcheuse pour un diplomate, il ne parle aucune langue étrangère. C’est un homme raide, sans humour, sans imagination. Sottement entêté, imbu de son rôle, il s’empêtre dans d'insignifiants détails de protocole, il discute interminablement de la façon dont il remettra la lettre de Louis XIV à Phra Naraï et manque suffisamment de tact et de diplomatie pour infliger une humiliation à celui qu’il est chargé de convertir. L’abbé de Choisy lui-même, pourtant peu enclin à dénigrer son prochain, ne peut s’empêcher d’en faire la remarque : Monsieur l’ambassadeur est emprisonné dans son caractère. (journal du 5 juin), et le 19 novembre : Il y a quelques jours que le roi de Siam, en causant avec M. Constance, lui demanda s’il avait souvent des conférences avec M. l’ambassadeur. Il lui dit que oui, et encore plus souvent avec moi, parce que M. l’ambassadeur avait un caractère à soutenir qui empêchait la familiarité.

La mission de Chaumont est à la fois religieuse et économique. Il doit obtenir, si possible, la conversion du roi Naraï et des garanties pour les missionnaires et les jésuites qui demeurent ou se rendront au Siam, et négocier des avantages commerciaux pour la Compagnie française des Indes orientales. Il obtient des engagements du roi Phra Naraï, mais se heurte aux manigances de Phaulkon qui s'ingénie à atténuer les promesses accordées verbalement par le roi. Peu intelligent, l'ambassadeur ne pèse pas lourd face à ruse et à la rouerie du Grec. Fêtes, divertissements, spectacles, banquets et parties de chasse, Monsieur Constance sort le grand jeu et met tout en oeuvre pour différer encore et toujours le véritable but de l'ambassade : la conclusion d'avantageuses négociations. Les traités ne sont signés qu'à la toute dernière minute, alors que sur le point de mettre à la voile, le chevalier n'a plus le loisir de négocier. Le protocole religieux ne sera jamais appliqué ; quant au traité commercial, de l'avis de l'abbé de Choisy, il est fort décevant. Toutefois, on peut penser que ces arrangements n’étaient pas si mauvais puisque, même si les acquis étaient faibles pour la France, ils étaient encore à sens unique. Le Siam n’y gagnait strictement rien en échange.

De retour en France, le chevalier de Chaumont est reçu à la cour sans grand ménagement (le père Tachard, à présent investi d'occultes missions et de mystérieux pouvoirs, n’est sans doute pas étranger à cet accueil mitigé). On lui reproche notamment la faiblesse de son traité économique. Il rédige comme un pensum une morne relation de son ambassade, où curieusement, certaines pages sont presque mot à mot identiques à celles de la relation de l’abbé de Choisy.

Il se marie en 1689 et disparaît à peu près complètement de la scène politique. Il meurt à Paris le 28 janvier 1710. Le Mercure Galant de février 1710 lui consacre une petite petite nécrologie : La mort a aussi enlevé M. le chevalier de Chaumont, major général de l'armée navale du Levant. Il était âgé de 79 ans, et il avait été ambassadeur à Siam. J'aurais dû ajouter cette qualité à celles que je viens de marquer, dans lesquelles j'ai peut-être oublié quelque chose : mais ses billets d'enterrement n'ont pu l'apprendre, puisqu'il n'a point voulu que l'on en fît, et qu'il a été enterré à Saint Séverin sans aucun éclat, n'ayant presque eu des des pauvres assistant à son convoi, et qui lui ont donné mille bénédictions. Rien n'a été plus éclatant que son ambassade auprès du roi de Siam. Il amena en France trois ambassadeurs de ce monarque, et il leur fit rendre depuis Brest jusqu'à Paris tous les honneurs dus à leur caractère. Il était cousin germain de M. le marquis de Guitry, grand maître de la garderobe, qui fut tué près du fort de Tolwis avec M. le duc de Longueville.

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