Présentation

Page de la relation de Jacques de Bourges

Dès 1627, le père Alexandre de Rhode s'était attaché, avec succès, à évangéliser les populations du Tonkin. C'est sur ses traces que voulaient marcher les jeunes ecclésiastiques à la foi ardente qui fondèrent les Missions-Étrangères. (voir section Repères Historiques - Les missionnaires).

Afin d'aller porter l'Évangile au-delà des mers et de créer des clergés locaux, quatre prêtres furent sacrés évêques apostoliques in partibus. Ils avaient pour nom :

Pierre Lambert de la Motte, évêque de Bérythe

Le 27 novembre 1660, Pierre Lambert de la Motte s'embarque le premier à Marseille pour l'Extrême-Orient, accompagné de deux prêtres : François Deydier et Jacques de Bourges. Ce dernier assurera les fonctions d'historien de la mission et rédigera le carnet de voyage. Leur destination est la Cochinchine. Leur itinéraire et les buts de leur mission sont étroitement encadrés par la Propagande. (Fondée en 1622 par Grégoire XV, la Propagande est la congrégation des cardinaux, chargés par le Pape de tout ce qui concerne la prédication de l'Évangile dans les pays hérétiques, schismatiques ou infidèles. C'est cette congrégation qui envoie les ouvrier évangéliques, qui présente les évêques et vicaires apostoliques au choix du Souverain Pontife, qui résout les questions et juge les difficultés qui peuvent s'élever dans les missions. Elle est le centre qui relie toutes les missions particulières et les rattache au Saint-Siège. - Adrien Launay - Histoire des Missions-Étrangères).

Les consignes de la Propagande sont précises, elles imposent même le trajet des missionnaires : Le chemin de la Syrie et de la Mésopotamie est beaucoup plus sûr et plus avantageux que celui de l'Océan Atlantique et du Cap de Bonne-Espérance ; mais, vous devez surtout chercher à éviter le Portugal ou les pays qui dépendent de lui ; lorsque vous serez arrivés, vous n'administrerez ni Macao, ni les autres lieux qui leur sont soumis, quand même ils seraient dans les limites de votre juridiction. C'est pourquoi, allez par la Perse et à travers les États du Grand Moghol ; ensuite, si vous trouvez l'occasion de vous rendre directement en Chine par mer, profitez-en. (…) Faites une description abrégée des lieux et des chemins par où vous passerez. Marquez les facilités que vous trouverez, les moyens dont vous vous servirez pour surmonter les obstacles, les voies que les lettres peuvent suivre.

Suivant ces ordres à la lettre, les trois missionnaires se rendent à Ispahan, alors ville capitale de la Perse. S'il faut en croire Tavernier, c'est ce dernier qui leur indique la route à suivre pour se rendre au Siam, où ils arrivent le 23 août 1662. Ils découvrent là un pays de tolérance et de douceur de vivre où se côtoient marchands, voyageurs, artisans de dizaines de nationalités différentes. Ils sont aussitôt en butte à l'hostilité des Portugais qui considèrent, selon l'ancien Patronage (Padroado) qui remonte à la fin du XVe siècle, qu'ils ont le monopole de l'évangélisation dans les Indes-Orientales.

Ce qui n'était pour les missionnaires qu'une étape vers la Cochinchine va devenir leur lieu d'établissement, et ils y accompliront les tâches préconisées par la Propagande : Établissez des écoles, et enseignez gratuitement le latin et la doctrine chrétienne dans la langue du pays, ne permettez à aucun catholique de faire instruire ses enfants par les infidèles, tous doivent être formés par vous et les écueils à éviter : Si un roi, un prince ou un magistrat fidèle à l'inspiration divine se montre bienveillant à votre égard et sympathique à la religion chrétienne, témoignez-lui votre reconnaissance. Afin d'éviter toute jalousie, gardez-vous de demander des privilèges, des exemptions, des jugements opposés aux coutumes ou aux lois. Si vous obtenez quelque faveur, qu'on sache bien que c'est par la bienveillance du prince qu'elle vous est accordée, et non à titre de justice. Fuyez tout ce qui pourrait faire croire que vous vous mêlez des affaires politiques, et ainsi vous éviterez toute apparence de soupçon.

Toutefois, la mission de Siam, au vu du nombre de conversions réalisées, fut un cuisant échec. Malgré une tolérance religieuse absolue et la permission de prêcher la vérité et l'Évangile partout où ils le souhaitaient, les missionnaires n'eurent guère de succès auprès des Siamois, toujours prêts à écouter de belles histoires, certes, mais ne renonçant que bien rarement à leurs croyances.

Le relation de Jacques de Bourges ne diffère pas sensiblement des autres relations de l'époque. Il y réserve une part à la géographie, à la faune et à la flore, à la monnaie, aux coutumes. Toutefois, il consacre une place importante à la religion. Lui aussi témoigne d'une méconnaissance complète du bouddhisme, et affiche ce qui nous paraît aujourd'hui une condescendance un peu suffisante envers des croyances qu'il assimile à un fatras de fables et de superstitions. À partir de quelques explications énoncées dans une langue qu'ils maîtrisent mal, les missionnaires isolent des pratiques ou des rituels qui leur paraissent absurdes, ainsi séparés de leur contexte. Aucun d'entre eux ne semble jamais faire l'effort de vouloir en savoir davantage. Il faudra attendre le XIXe siècle pour que Mgr Pallegoix rédige enfin une analyse sérieuse du système bouddhiste à partir des livres sacrés de Siam.

Jacques de Bourges demeura au Siam jusqu'en 1666, puis fut envoyé au Tonkin où il déploya une inlassable énergie et fut en butte aux persécutions. Il mourut à Ayutthaya à l'âge de 82 ans, après 50 ans de mission.

La RELATION DV VOYAGE DE MONSEIGNEVR L'EVEQUE DE BERYTE VICAIRE APOSTOLIQUE DV ROYAVME DE LA COCHINCHINE, Par la Turquie, la Perse, les Indes, &c. jusqu'au Royaume de Siam, & autres lieux. Par M. DE BOVRGES Prestres, Missionnaire Apostolique a été publiée à Paris, chez Denys Bechet, rüe S. Jacques, au Compas d'or, & à l'Escu au Soleil. en 1668, avec Privilege du Roy, & approbation.

L'ouvrage comprend 17 chapitres. Les 9 premiers relatent les préparatifs de l'expédition et les péripéties du voyage des missionnaires jusqu'à Ayutthaya. Nous avons conservé les chapitres 10 à 15, qui se rapportent tout particulièrement au séjour des prêtres au Siam. Les deux derniers chapitres traitent du départ de Pierre Lambert de la Motte pour la Chine, du naufrage de son navire et de la façon quasi miraculeuse dont il échappa à la mort, de son retour au Siam, puis en France.

LA RELATION DE JACQUES DE BOURGES

RETOUR PAGE D'ACCUEIL    Retour page d'accueil