ABRÉGÉ DE CE QUI S'EST PASSÉ À BANGKOK
PENDANT LE SIÈGE EN 1688

Septembre 1688 à avril 1689

Le premier de septembre, M. Desfarges, voyant que l'arrivée de M. de Métellopolis et du Sieur Véret qui était à Siam depuis plus d'un mois sans qu'on eût ouï parler de lui, et lequel ne lui faisait que des propositions vagues et toutes contraires à son dessein, le fit résoudre d'envoyer un officier à Siam pour avoir d'autres vaisseaux.

Le 7, MM. des Rivières et de Véret partirent ensemble pour Siam, et comme toute la garnison était prévenue que le sieur Véret n'agissait pas de bonne foi, cela fit prendre des devants au sieur des Rivières près M. Desfarges, tant pour le paquet qui était pour le grand barcalon (1), que pour aller complimenter le roi, qu'il ne vit pas.

Étant arrivés à Siam, chacun fut d'abord à ses affaires ; ensuite le sieur des Rivières se trouvant chez le grand barcalon avec le sieur Véret remarqua qu'il ne parlait que de son commerce et en rien de nos affaires, ce qui l'obligea sur l'heure de lui en faire des reproches, à quoi le grand barcalon, ci-devant premier ambassadeur en France, répondit que ce n'était pas d'aujourd'hui qu'il s'était aperçu que le sieur Véret ne parlait que de ses affaires et non de celles de M. Desfarges.

Le 12, le sieur des Rivières arriva à Bangkok, lequel nous rapporta qu'on nous donnerait d'autres vaisseaux qui étaient le Siam et le Louvo de retour de la mer le 5 du mois (2).

De plus que M. Desfarges n'avait qu'à faire le traité tel qu'il le voudrait, que le roi le signerait de même, et qu'on nous rendrait nos messieurs détenus au vieux Bangkok, et comme il s'embarquait pour Bangkok, on lui cria de loin qu'il y avait des Français à Siam. Aussitôt il ressortit de son balon et s'en courut chez le grand barcalon où il trouva beaucoup de peuple. Étant entré, le grand barcalon lui parut surpris de le voir en lui disant qu'il pouvait causer avec ces messieurs qui étaient des officiers de l'Oriflamme (3) et des troupes du bord. Peu de temps après, le grand barcalon les rappela et fit une manière d'excuse au sieur des Rivières si l'on avait fait monter ces messieurs droit à Siam, lui disant que ceux qui les avaient conduits s'étaient égarés.

Voilà comme nous apprîmes au retour l'arrivée du navire l'Oriflamme à la barre (4) et rade de Siam le 7 de septembre 1688.

Le 14, ces messieurs les officiers arrivèrent à Bangkok et nos messieurs détenus de l'autre bande passèrent tous du nôtre.

Le 16, nous fîmes la revue de nos troupes. Il nous restait encore deux cent cinquante soldats, sur quoi de malades dix-neuf, sans compter les officiers en pied et réformés (5), bombardiers, canonniers, charpentiers et les valets, Anglais, jésuites, missionnaires.

Le 20, le sieur Véret qui était venu de Siam depuis peu de jours est reparti pour reporter ce que Beauchamp, major de la place, avait à Mme de Constance qui était alors entre les mains de M. Desfarges, ou tout au moins une bonne partie (6).

Le 24 au soir, il arriva six missionnaires, lesquels étaient déguisés en Chinois, à la réserve d'un qui était celui qui était à Porcelon (7) à cent lieues de Louvo sur le Ménam (8), lieu très considérable où les Siamois furent au nombre de trois cents et trois éléphants et deux pieux de canon pour le prendre lui et son second (9). On les amena à Siam la cangue (10) au col et enchaînés l'un à l'autre.

Le 25, le Siam, navire, arriva à notre bienséance et le lendemain l'on nous donna quantité de Siamois pour embarquer notre canon et autres choses semblables.

Ce même jour, M. Desfarges fit partir le sieur de La Touche pour aller donner avis à M. du Bruant de notre sortie et lui porter des ordres (11).

Dans le même temps qu'on embarquait nos canons, notre fort était bien fermé et gardé comme tous les autres postes en suivant, et nous étions pour lors plus alertes que jamais.

Le 1er octobre, le second ambassadeur qui était en France apporta les mille écus à M. Desfarges et dîna avec lui.

Le 3, M. de Fretteville se noya en sortant de Siam (12) entre quatre et cinq heures du soir. Il avait fait son bonjour (13), ce qui lui arrivait plusieurs fois la semaine.

Le 4, Mme de Constance arriva à Bangkok avec son fils et trois personnes avec elle (14), conduite par M. de Sainte-Marie, ci-devant de Larre (15), lieutenant de vaisseau. Elle avait ce dessein depuis longtemps, mais les pères jésuites l'en dissuadèrent toujours, voyant en l'état où était toute chose, de peur de changement, mais se voyant pressée de toutes parts et à la veille à tous moments d'entrer dans le palais (16) pour le reste de ses jours, cela l'obligea à venir se jeter sous le pavillon de France comme un asile sûr à tous ceux qui l'ont réclamé.

La surprise de cette pauvre dame fut grande de voir que M. Desfarges, qui disait souvent qu'il la voulait demander avant qu'il sortît, ne la voulut pas voir et même eut peine à souffrir qu'elle entrât dans la place, et ce ne fut qu'après lui avoir bien représenté les choses. Son désespoir était si grand qu'il en mit aux arrêts le sieur de Sainte-Marie et fit défense aux pères jésuites de le voir, à qui il s'en prenait aussi fortement. Il envoya M. de Métellopolis en avertir le grand barcalon de son arrivée et que c'était le sieur de Sainte-Marie et les révérends jésuites qui l'avaient fait venir ; pour lui, qu'il n'y avait nulle part et qu'il ne la voulait jamais voir, à quoi le grand barcalon répondit qu'il savait bien son arrivée et qu'il ne doutait nullement que si M. Desfarges la demandait au roi, il lui remettrait infailliblement ; ainsi, qu'il lui conseillait de la renvoyer.

Le 7, M. Desfarges tint conseil de guerre pour savoir s'il rendrait Mme de Constance après avoir représenté de son mieux à toute la garnison les suites fâcheuses qui en pourraient arriver si on ne la rendait pas.

Néanmoins toutes ces belles remontrances, le sentiment de tout ce que nous étions de capitaines et autres fut de ne la point rendre, ce que nous avons tous signé à la réserve de M. Desfarges et de la Roche du Vigier. Les soldats en général étaient tous dans ce sentiment. Quant aux officiers, ils déclarèrent par une seconde fois à un conseil encore tenu sur le sujet qu'ils voulaient tous plutôt périr que de la rendre (17).

Le 12, l'on mit dans le Siam et le Louvo chacun une compagnie, n'y ayant avant cela que de petits détachements.

Le 13, M. Desfarges fit défendre à tous les pères jésuites de voir Mme Constance et le même jour on lui donna un officier pour la garder, et le même jour au soir on la transféra dans le fort avec le même ordre aux pères jésuites seuls de ne la pas voir et le 14 il leur fut fait défense d'aller sur le Siam, à cause que le sieur de Sainte-Marie y était détenu.

Le conseil épiscopal dans tous ces temps lui faisait proposer de se remarier à un Portugais considérable de Siam s'il y en a, lequel même l'on nomma, ce qu’elle a toujours rejeté si loin qu'elle n'a jamais rien écouté là-dessus.

Le 18 au matin, le second ambassadeur qui était en France passa seul de notre côté à demi-heure de jour. Je le reçus à l'ordinaire et le conduisis chez M. Desfarges, ensuite de quoi l'on envoya chercher M. Ferreux (18), missionnaire, lequel fut au fort parler à Mme Constance accompagné d'un de ses confrères. Peu de temps après, le major de la place passa, qui cherchait le père Saint-Martin, jésuite et confesseur de Mme Constance, lequel lui fut parler avec un autre jésuite (19) en présence tous ces messieurs.

Enfin depuis ce temps jusqu'à 10 heures, ce fut de part et d'autre de grandes contestations, ce que nous entendîmes confusément, tous ayant eu ordre de nous trouver à la porte du fort où nous étions dans ce temps, avec ordre aux pères jésuites de ne pas approcher. La fin de cela fut que Mme de Constance demanda M. de La Salle, le commissaire et l'homme du roi, laquelle le prit à témoin de tous les traitements qui lui étaient faits et qu'elle le priait de témoigner au roi et à toute la Cour le refus qu'on lui faisait, après avoir perdu son mari pour le service du roi, lesquels étaient depuis longtemps sous sa protection, qu'il lui était bien rude après de tels traitements de se voir refuser asile sous le pavillon de France, à sa conscience et à son honneur, ce qu'elle réitéra par plusieurs fois à M. de La Salle, et qu’elle le chargea de dire à Mgr le marquis de Seignelay (20) surtout, en suite de beaucoup de choses très touchantes. Beauchamp, major de la place, fit venir quatre sergents pour la sortir, soit qu'il [ennuyât au vieux] ambassadeur ou à Beauchamp ; cela la surprit si fortement qu'elle prit le parti d'elle-même de sortir, ne voulant pas que le major Beauchamp entreprît près elle une telle commission, après en avoir reçu mille présents pendants quatre mois qu'il a été à sa table, le dernier fut de mille écus (21). Elle sortit avec toute la fierté possible, faisant mille honnêtetés à tous les officiers, leur faisant connaître qu'elle savait l'obligation qu'elle leur avait, qu'il n'y avait que très peu de gens qui ne voulaient pas sa sortie. Elle vit de loin deux pères jésuites qu'elle appela, à qui elle fit mille civilités, leur disant hautement qu'elle nous prenait tous à témoin de ce qui lui était fait et qu'elle professait qu'elle était défendue de son propre mouvement sans le conseil et la participation de qui que ce soit, et qu'elle priait toujours M. de La Salle, devant qui toutes ces choses se disaient, de le témoigner à toute la Cour. Ensuite s'embarqua ladite dame et nous restâmes tous consternés à nous regarder les uns et les autres sans nous pouvoir rien dire.

J'avais oublié à dire que le sieur Véret qui était à Bangkok lorsque Mme Constance y arriva, partit un jour ou deux après pour Siam, où il ne manqua pas d'être arrêté avec plusieurs missionnaires et le père de la Breuille (22), jésuite, qui est actuellement à Siam.

Mme Constance ne fut pas sitôt arrivée à Siam que l'on élargit aussitôt ces messieurs qui étaient seulement détenus (23).

Et le 23 il nous arriva un balon où il y avait vingt-neuf Anglais, y compris les officiers.

Le 24, il arriva plusieurs autres balons chargés de vivres et câbles pour les navires.

Le 25, les matelots mores arrivèrent au nombre de quarante-trois.

Dans tous ces temps, les pères jésuites descendaient les uns après les autres sans s'être jamais déguisés, et auxquels il n'a été fait aucun tort.

Dans tout ce procédé, il nous a paru à tous qu'on voulait absolument rendre Mme Constance.

Le 27, on convint de donner de part et d'autre des otages pour notre sortie (24). Ce fut de notre part le chevalier Desfarges, Beauchamp, major de la place et le sieur Véret, lequel devait rester pour otage à Siam avec M. l'évêque de Métellopolis. Il vint avec nous sous prétexte de nous conduire jusqu'à la barre ; de savoir s'il y a de l'intelligence, c'est ce que je ne sais pas (25).

Dans le même temps, il passa dans le Siam trois mandarins dont il y avait deux très considérables, et le troisième était le second ambassadeur qui était en France, ayant avec eux leur interprète (26) et un valet siamois, lesquels devaient aller jusqu'à la rade et barre de Siam, et ensuite échangés comme il avait été arrêté de part et d'autre.

Ensuite, l'on nous fit venir plusieurs grands mirous dans lesquels nous embarquâmes nos vingt-neuf canons, vivres, hardes et soldats malades et plusieurs autres choses semblables (27).

On avait mis sur ces mirous des officiers et des soldats selon l'ordre de la guerre.

Le 2 de novembre, toutes les troupes s'embarquèrent sur le midi, ayant été jusqu'au dernier moment les maîtres de tous les postes et de la forteresse, ayant pris sur cela toutes les précautions nécessaires, ayant remplacé les canons de la forteresse dans les lieux où nous croyions en avoir le plus de besoin comme dans notre dernier retranchement, lesquels nous emplîmes de mille ordures un peu avant notre sortie, ainsi que tous les autres (28).

M. Desfarges s'embarqua dans le Siam avec six compagnies et les officiers, plusieurs missionnaires, jésuites et autres particuliers comme officiers anglais.

Et M. de Vertesalle dans le Louvo avec trois compagnies et les officiers et autres particuliers. Dans la barque le Rosaire (29), étaient plusieurs autres particuliers avec un officier. Ensuite, je m'embarquai dans le Louvo où était ma compagnie, après avoir fait embarquer le dernier soldat.

Du moment que nous fûmes tous embarqués, l'on mit aussitôt à la voile, prenant le temps de la marée, et après dans toutes les apparences avoir donné ordre à une arrière-garde comme à toutes les autres choses.

Un peu avant jour failli, nous mouillâmes tous au-dessus de la tabanque (30) hollandaise, leur forteresse, et le lendemain nous appareillâmes pour sortir la barre, passâmes le fort des Hollandais aux environs duquel il y avait plusieurs galères du roi, et plus bas, en sortant la rivière, j'en remarquai bien soixante ou quatre-vingts, lesquelles étaient environ continues depuis cet endroit jusqu'à un petit fort qui était précisément à la sortie de la rivière.

La marée étant basse, alors cela fit que nous touchâmes à des pieux que les Siamois avaient plantés en travers la rivière à plus d'une lieue dans la mer, ce qui s'étendait plus d’une lieue et demie à travers l'embouchure de la rivière. Le Siam et le Louvo ne laissèrent pas de passer après s'être hissés bord sur bord. Le Siam échoua à deux lieues de là, la marée étant basse, comme je viens de dire, et le Louvo prit plus au large et alla mouiller à une lieue de là pour attendre le Siam.

Nous vîmes de loin M. de L'Estrille qui allait à bord du Siam et prit dans la chaloupe M. Desfarges, M. de Lionne, le père Le Royer, jésuite, et les sieurs de Beauchamp et de Véret.

Il nous envoya dire au Louvo [au loin ?] de nous approcher du Siam en cas que les galères le vinssent attaquer, lesquelles paraissaient au nombre de cinq ou six.

La marée venant, nous nous rendîmes près de l'Oriflamme qui y fut le lendemain matin, où nous ne fûmes pas peu surpris tous de voir que tous nos mirous n'étaient plus (31).

Le père Thionville (32), jésuite, qui avait été retenu avec le balon des malades et qui les ramena tant par adresse qu'autrement, y fut envoyé par deux fois pour savoir la vérité de ce retardement. Cela termina à leur rendre leur principal mandarin, à condition qu'ils nous remorqueraient nos mirous dans lesquels étaient vingt-neuf grosses pièces de canon, vivres et hardes des soldats sans compter trois officiers (33) et bien vingt Français, tant soldats qu'autres, ce qu'ils ne firent pas au second voyage, disant beaucoup de choses sur cela, entre autres qu'on ne leur avait pas tenu parole, ce qui les avait obligés à en user de cette manière, disant qu'on était concertés ensemble de se rendre réciproquement les otages de part et d'autre et qu'on ne l'avait pas fait ni même eu envie de le faire, puisque les sieurs otages qu'étaient le chevalier Desfarges et Beauchamp, major de la place, et le sieur Véret, s'étaient embarqués dès trois lieues de Bangkok, ce qui ne se devait faire qu'en rade réciproquement, et pas sur cela ramener le sieur Véret qui était, outre cela, otage particulier avec M. l'évêque de Métellopolis pour rester à Siam, à quoi il s'était offert lui-même.

Au second voyage du père Thionville, M. l'évêque de Metellopolis fut de bonne foi avec les Siamois, lequel voyant que le sieur Véret ne revenait pas, écrivit en ces termes à M. Desfarges qu'à présent qu'il n'avait plus à faire de lui, qu'il l'abandonnait et plusieurs autres choses de cette nature ; quant à M. de Lionne, évêque de Rosalie, il écrivit de ne se plus mêler des affaires de M. Desfarges, ce qu'il lui conseillait comme le plus vieux, ce que fit Saint-Paul (34). Il nous apparut par là que le bon M. l'évêque avait été aussi trompé et que la précipitation avec laquelle nos otages se se sont embarqués était la seule raison de la détention de tous nos mirous, en premier lieu le sieur Véret, lequel devait rester.

À trois ou quatre jours de là, nous fûmes faire de l'eau à l'île de Bancoloit (35) et amenâmes avec nous les deux mandarins, l'interprète et leur valet.

À six jours de là, nous appareillâmes pour Pondichéry, côte de Coromandel, où nous avons un comptoir français. Avant que d'y arriver, nous mouillâmes à Polaou (36) à huit lieues de Poltimon (37), quoiqu'on m'eût assuré que nous devions aller à Polcondor (38).

Après avoir fait quelques petits rafraîchissements à cette mauvaise île, nous appareillâmes et fîmes route pour Malacca. Avant que de passer le détroit, nous mouillâmes plusieurs jours devant le détroit de Singapour (39), à l'embouchure de la rivière de Johor, ensuite nous appareillâmes et passâmes le détroit de Malacca et y arrivâmes le 26 décembre.

Tous les officiers s'y rafraîchirent fort et profitèrent de leur mieux du séjour qu'on y fit jusqu'au 6 de janvier qu'on en partit. C'est une des plus belles situations des Indes, et où l'air est le meilleur. La rade est fort éloignée, c'est le lieu où saint François Xavier a fait autant de miracles dans les Indes. La chapelle est encore aujourd'hui dans la forteresse et y sert de corps de garde ou de temple.

Le 6 de janvier 1689, nous avons appareillé pour Pondichéry et passâmes les îles de Nicobar le 19, et quoique nous fussions fort au large, il ne laissa pas de venir plusieurs petits bâtiments de l'île nous apporter des fruits du pays, et quoique tout le monde dise que c'était le lieu où l'ambre gris soit le plus commun, il ne s'en put trouver un morceau de véritable.

À deux jours de Malacca, l'Oriflamme fit sa route particulière pour Madras par des raisons particulières, mais ayant appris dans leur route ce qui y était arrivé à M. du Bruant avec les Anglais (40), cela les fit faire voile droit à Pondichéry et ils y arrivèrent huit jours après nous et le Louvo et la Normande qui le trouvèrent arrivèrent cinq jours après nous qui mouillâmes le 31 janvier (41).

Le 1er de février, nous avons mis pied à terre à Pondichéry où nous trouvâmes MM. du Bruant, du Halgouet, de Launay, et de Descaves, lesquels étaient arrivés environ depuis quinze jours avec une vingtaine de soldats, en ayant laissé une autre vingtaine à Madras avec un lieutenant (42), détenus par les Anglais de la Compagnie d'Angleterre à bord de leur amiral et deux de nos vaisseaux, lesquels avaient tous été arrêtés dès la rade de Balassor. L'un se nommait le Mergui et l'autre la Lorette. Ils étaient sortis de Mergui le 27 juin (43).

Le 10 et le 12, on mit tous les soldats à terre à la réserve de vingt-quatre et un officier qui les commandait pour rester dans les deux bords et y garder les mandarins.

Ensuite, on tint un grand conseil pour savoir ce que les troupes deviendraient (44). Il était composé de MM. Desfarges, du Bruant, de Vertesalle, de La Salle, commissaire, le directeur Martin, Courcelles, Beauchamp, Lamare et le sieur Véret et de M. de l'Estrille que j'avais oublié.

Il fut proposé plusieurs choses : la première d'aller à Mergui (45), la seconde à la barre et rade de Siam, la troisième d'escorter les vaisseaux la Normande et le Coche (46) en France, la quatrième de rester à Pondichéry ou la cinquième d'aller à Joncelon (47), ce qui fut arrêté comme on l'a mandé à la Cour par la Normande et qu'on allait s'y retrancher.

Je ne sais pas les raisons particulières que les uns et les autres ont eues pour s'éloigner de toutes les autres propositions, si ce n'est que M. de l'Estrille ait trouvé le plan de Joncelon fort bon (48), mais je sais très bien que si on ne l'avait pas mandé à la Cour, que l'on n'y aurait pas été, et que ce n'est pas sans raison que les uns et les autres ont pris sur cela tous les devants tant à la Cour qu'auprès de MM. les missionnaires et les révérends pères jésuites et autres (49).

Le 17, à l'aube du jour, la Normande et le Coche appareillèrent pour la France. Dans la Normande étaient messieurs de Vollant, ingénieur et capitaine, Beauchamp, major de la place, et Sainte-Marie, ci-devant de Larre (50), avec un vieux sergent, lequel avait eu le bras cassé et coupé à Bangkok d'un coup de mousquet. De l'autre bande, dans le Coche, étaient les pères Le Blanc et de Colusson (51), jésuites, et le sieur de Saint-Vandrille, tous à l'ordre de M. Desfarges.

Le 23, il nous déserta quatre soldats, lesquels ont été repris. Le plus coupable fut fait mourir à l'ordre seul de M. Desfarges, lequel, à ce que les officiers rapportent, s'était mis en défense lorsqu'ils couraient après. Il était fort blessé (52).

L'on donna des habits et chemises aux soldats qui en avaient besoin (53).

Il a déserté encore deux soldats, lesquels n'ont pas été repris, ce qui a obligé de mettre une garde de vingt-cinq hommes et un officier la nuit pour les contenir, lequel fait incessamment la patrouille par plusieurs petits détachements toute la nuit.

L'on a pris le sieur Chanjon (54), capitaine de la Compagnie, pour commander le Siam, quoiqu'on l'ait proposé à MM. du Halgouet et de Launay.

L'on a tenu les premiers jours de mars un conseil qui a été beaucoup plus secret que le premier où M. de l'Estrille n'a pas voulu assister, quoique M. Desfarges l'ait envoyé cherché par M. de La Salle, commissaire, et en second lieu par MM. de Launay et de Lamare.

À quelques jours de là, M. le directeur Martin reçut avis de la mort de Saumagi, prince de la terre (55), ce qui l'obligea par la suite de présenter une requête à M. Desfarges où il lui représentait le changement que cela faisait et le besoin alors qu'il avait de troupes, sa place n'étant pas encore tout à fait fermée, qu'il ne serait pas en sûreté alors des gens de la terre et troupes du Moghol, lesquels feraient infailliblement des courses dans tout le pays. Nous fûmes tous assez surpris, vu que M. le directeur nous avait dit quelques jours avant qu'il ne pouvait garder les troupes sans affamer le pays, et alors il s'offrait à les faire subsister (56).

Le 24 du mois, il nous déserta quatre soldats, lesquels n'ont pas été repris.

Le 29, le sieur de Rougemont revint de Madras avec quinze soldats, lesquels étaient détenus par les Anglais à la rade de Madras (57). On espère ravoir encore les cinq qui y sont restés aussi bien que nos vaisseaux. M. Desfarges y renvoya sur l'heure un officier (58) et écrivit au gouverneur comme il avait fait auparavant sur toutes ces choses ; ensuite de quoi on lui renvoya ces soldats, ce qu'on n'a jamais voulu faire à M. du Bruant.

L'on nous dit le 30 du mois que nous resterions à Pondichéry après avoir employé tout notre argent à des provisions pour l'année (59).

Le 2 d'avril, nous eûmes nouvelle que nous devions nous embarquer. L'on envoya en toute diligence chercher les officiers à Madras.

Dans ce temps, M. de La Salle, commissaire, et le sieur de Saint-Paul, écrivain du roi, furent au Siam faire la visite. Ils trouvèrent que le navire faisait par horloge (60) dix-huit pouces d'eau et qu'il n'avait de l'eau que pour huit jours. M. de l'Estrille promit d'en donner, ce qu'il fit dans la route par plusieurs fois.

M. de la Roche du Vigier est arrivé de Madras avec vingt-neuf Portugais de recrue qu'il y a fait à l'ordre de M. Desfarges. Il reste à Pondichéry avec cinquante soldats, un lieutenant et un enseigne pour servir dans la forteresse de la Compagnie.

Voilà ce qui fut réglé, voyant l'obligation qu'il y avait de s'embarquer, tant parce que l'on avait mandé à la cour que par les pressantes sollicitations de M. de l'Estrille.

L'écriture du dernier feuillet de la relation est tellement relâchée que l'on ne peut guère qu'en déduire le sens général. M. de l'Estrille refusait de quitter son bord, prétextant qu'il devait protéger son navire des ouragans, bien que, selon François Martin, on n'en avait pas vus en cette saison depuis vingt ans. La raison de cette retraite était plutôt que François Martin et de l'Estrille étaient brouillés, car le directeur de la Compagnie avait surpris le capitaine en train de se livrer à un commerce plus ou moins honnête et lui en avait fait le reproche (61). Ceci expliquerait que de l'Estrille était on ne peut plus pressé de quitter Pondichéry. Les dernières lignes du feuillet évoquent l'embarquement des troupes pour Phuket.

PAGE SUIVANTE - L'ÉPISODE MANQUANT

NOTES :

1 - Kosa Pan venait d'être élevé à ce poste par Phetratcha avec le titre de Chao Phraya Kosathibodi (voir page précédente, note 17. Desfarges avait reçu la promesse d'être remboursé de ses 1 000 écus, et le paquet mentionné, dont il sera à nouveau question plus loin, contenait ce qui restait des bijoux de Mme Constance évoqués précédemment. Cette somme de 1 000 écus viendra s'ajouter à la fortune que le général avait déjà reçu de Phaulkon, plus de 10 000 livres de présents en l'espace de trois mois, selon le père de Bèze (Drans et Bernard, Mémoire du père de Bèze sur la vie de Constance Phaulkon, 1947, p. 158) qui rapportait les propos de Mme Constance. 

2 - Les deux navires étaient partis le 1er mars sur l’ordre de Phaulkon (voir page précédente, note 10) et s’étaient contentés, comme le rapporta François Martin (Mémoires de François Martin, 1934, III, p. 17), de battre la mer sans rien rencontrer. D’après le père Le Blanc (Histoire de la révolution du royaume de Siam, 1692, II, pp. 4-7), le Louvo commandé par Suhart revint le 29 juillet et le Siam commandé par Sainte-Marie le 2 août. Les deux frégates, dont les capitaines ignoraient encore le coup d’État, furent capturées par les Siamois dès leur retour. François Martin note dans ses mémoires (op. cit. III, p. 19) : Les Siamois avaient prévu au retour des deux navires ; ils tenaient des bateaux prêts au bas de la rivière, des mandarins et des rafraîchissements dessus. A l’arrivée des vaisseaux, ils furent à bord, ils dirent des merveilles de la santé du roi, de celle de M. Constance et du bon état des Français dans Bangkok (...). Les officiers des navires crurent aisément ce qu’on leur rapportait ; le capitaine qui commandait le détachement des soldats s’embarqua avec des mandarins et fut conduit à Bangkok où il apprit les changements qui étaient arrivés. Il y eut ensuite des ordres ou mal donnés ou mal entendus qui firent débarquer tous les Français qui étaient sur les navires, que l’on fit descendre à Bangkok et les bâtiments restèrent au pouvoir des Siamois. M. Desfarges soutenait avoir donné des ordres contraires, mais le mal était sans remède. 

3 - Le vaisseau du roi l'Oriflamme , commandé par M. de l'Estrille, était parti de France le 19 janvier 1688 et amenait au Siam un renfort de 200 hommes, dont beaucoup avaient péri pendant la traversée. Évoquant l'état piteux où se trouvaient ces nouvelles troupes, Beauchamp écrivit : Ce M. de l'Estrille est arrivé le 20 de septembre en la rade de Siam avec le navire l'Oriflamme et quatre-vingts méchants soldats. Je suis sûr qu'ils ne valaient pas dix bons hommes (A.N. Col. C1/25 f° 79v°). François Martin, confirmant la manière habituelle par laquelle on recrutait alors les troupes et les équipages - quelques chopines d’eau-de-vie, de vagues promesses de gloire et de fortune et une croix tracée au bas d’un engagement que nul ne savait lire - évoque également cette « canaille » : c’était des misérables qu’on avait pris gueusant aux ports de France et qui avaient été embarqués de force sur le navire l’Oriflamme et à qui l’on n’avait pu faire perdre dans les exercices où l’on avait tâché de les dresser la contenance de ce qu’ils avaient été. (Op. cit., III, p. 343). 

4 - On appelait barre de Siam un banc de sable et de vase qui obstruait l'embouchure du Chao Phraya et en interdisait l'accès aux navires à marée basse. 

5 - L'expression n'est pas claire et nous ne l’avons retrouvée dans aucun autre document militaire de l’époque. Peut-être l’auteur a-t-il voulu désigner les officiers réformés, qui contrairement aux officiers en pied, n’étaient en charge d’aucune compagnie particulière, mais assuraient des tâches de soutien pour soulager le travail des officiers en pied. C’est effectivement en qualité de capitaine et de lieutenant réformés que d’Assieu et Le Roy, deux des officiers ayant participé à cette opération et cités plus loin, avaient été commandés pour se rendre au Siam (A.N. Col. C1/27 f° 10r°). Le dictionnaire de Trévoux indique qu’on appelle encore réformés des officiers qui n’ont jamais été en pied, mais qui ont obtenu des lettres de lieutenant, ou une commission de capitaine ou colonel, à la suite [à la queue ?] de quelque régiment. La Touche (Deloffre et Popin, Relation de ce qui est arrivé dans le royaume de Siam, 1998, p. 310-311) ne mentionne que cinq officiers savoir deux capitaines, MM. d’Assieux et Des Farges l’aîné ; deux lieutenants, les sieurs Le Roy et de la Héronnière, et un enseigne, le sieur Danglard, tous bien armés et tous gens sur qui il [Desfarges] pouvait faire fond. 

6 - Sinon une bonne partie, au moins une petite partie. Dans l'inventaire dressé par Beauchamp, il est fait état de quatre colliers, un chapelet, deux paires de bracelets et des pendants d'oreille de perles, quatre douzaines d'anneaux d'or de plusieurs façons, une très grosse et parfaitement belle émeraude, des agrafes, de petits rubis, quatre bagues de petits diamants, neuf ou dix chaînes d'or, onze lingots d'or pesant plus de trois marcs chacun [environ 734 g.], huit coupans d'or [monnaies du Japon] de dix écus pièce, une douzaine de boutons, demi-douzaine d'aiguilles de tête, et douze ducats d'or (B.N. Ms. Fr. 8210 ff° 550r°-v°). Vollant nous apprend que les Siamois avaient également établi un inventaire des bijoux à restituer, dans lequel ne figuraient pas les bagues, quatre selon Beauchamp, quinze selon Vollant (Histoire de la révolution de Siam, 1691, pp. 127-129), dont la moindre était estimée vingt catis, le catis valant cinquante écus de notre monnaie. L’ingénieur, qui ne perdait pas une occasion de mettre le major en cause, poursuivit ainsi son grand déballage : voyant qu'il n'était point fait mention des bagues, on dissimula la chose, le on désignant très clairement Beauchamp à qui des choses de cette conséquence donnaient une violente tentation. Arrivé au palais, le barcalon envoya quérir le père supérieur en la présence duquel et de quelque mandarin il fit l'ouverture des deux paquets, mais n'y ayant que le tiers au plus de ce que portait la déposition de Mme Constance, le père fut interrogé, d'où pouvait venir une diminution si considérable, et lui qui la reconnaissait visiblement, répondit qu'il en ignorait la cause. Quant au paquet remis à Fretteville par Mme Constance, il fut lui aussi l'enjeu de toutes les convoitises, et le centre d'un imbroglio où s'agitait une belle bande de fripouilles, sans qu'on puisse dire qui, de Desfarges, ses fils, Beauchamp ou Véret méritait le plus la palme de la canaillerie. Pour davantage de détails, on se reportera à l'article de M. Michael Smithies : Madame Constance's jewels paru dans le Journal of the Siam Society vol. 88 (2001) pp. 111-121. 

7 - Phitsanulok, dans le nord de l'actuelle Thaïlande. 

8 - Mae Nam, la Mère des Eaux, est un nom générique donné à de nombreux cours d’eau. Il désigne ici le fleuve Chao Phraya, formé à partir de Nakhon Sawan par la confluence des deux rivières Mae Nam Ping et Mae Nam Nan. Phitsanulok se trouve en réalité sur la Mae Nam Nan. 

9 - Il s'agissait des pères Monestier et Angelo (ou d’Angelo). Ce grotesque déploiement de moyens pour capturer les deux inoffensifs missionnaires est confirmé par le père Le Blanc (op. cit. pp. 333-335) et par le Journal de la Mission qui précise : les Siamois, pour ne pas manquer leur coup, vinrent à eux au nombre de trois cents armés de mousquets, lances sabres, avec trois éléphants portant chacun une pièce de canon ; il est vrai qu'ils prirent encore quarante-deux chrétiens qu'ils mirent aux fers avec eux (Launay, Histoire de la Mission de Siam, 1920, I, p. 236). Cet arsenal ne suffit toutefois pas pour rassurer les Siamois, et le père Le Blanc poursuit : les bons prêtres nous ont assurés que ceux qui les lièrent tremblaient si fort qu'ils avaient peine à nouer leurs cordes (op. cit., I, p. 335). Antoine Monestier mourut en captivité à Ayutthaya en 1690. 

10 - La plupart des relations ont décrit cette sorte de pilori. Nous retiendrons la description de Robert Challe (Journal d'un voyage fait aux Indes orientales, version 1721, réd. Deloffre et Popin, 2002, II, p. 308) : la cangue est une fourche qu’on met au col traversée par le devant ; en sorte que cela fait comme un triangle équilatéral : qu’à l’angle du devant il y a comme une mortaise de charpentier, dans laquelle on passe les deux mains, et ainsi un patient est comme s’il était au pilori mais bien plus gêné. Yule et Burnell (Hobson Jobson, 1903, pp. 156-157) indiquent que ce supplice fort ancien fut introduit en Chine par la dynastie tartare Wei au Ve siècle et que le mot dérive sans doute du chinois kanggiai (hiang-hiai en mandarin moderne). 

11 - La Touche lui-même dit que l’ordre de quitter Bangkok lui fut donné le 26 septembre (Deloffre et Popin, Relation de ce qui est arrivé dans le royaume de Siam, 1998, pp. 336-337). Il avait pour mission de retrouver du Bruant et les rescapés de la garnison qui avait abandonné Mergui près de trois mois plus tôt pour les informer du traité de paix conclu par Desfarges. Entre le 1er et le 12 novembre, l’officier sillonna vainement les rivières, les côtes et le golfe de Martaban, ne retrouvant dans une île que quelques morceaux de justaucorps, de vieux câbles et des baraques qui lui indiquèrent que les Français étaient passés par là. Il revint bredouille à Mergui et s’embarqua le 13 novembre pour Pondichéry, avec l’espoir que du Bruant y était déjà arrivé. 

12 - Beauchamp donne une version plus circonstanciée de cette noyade : Deux jours après, comme il [Fretteville] sortait d'un des vaisseaux où tous les officiers allaient et venaient se promener, et qu'il fut sur la planche d'où je ne faisais que de sortir, le vaisseau venant à éviter par un coup de marée laissa la planche de son côté qui tomba dans l'eau, le chevalier de Fretteville avec elle, que l'on ne revit plus moment qu'il fut dans l'eau. C'était un saint garçon qui communiait fort souvent, qui avait fait ses dévotions ce jour-là, qui avait résolu de venir par terre en France et de se faire capucin en arrivant. (B.N. Ms. Fr. 8210 ff° 556r°-v°). Compte-tenu du furieux intérêt que le major manifestait pour les bijoux de Mme Constance dont une partie était en possession de Fretteville, on peut légitimement se demander si cet accident n'avait pas été un peu provoqué. 

13 - Recevoir l'Eucharistie, communier. 

14 - Selon le père Le Blanc (op. cit., II, p. 63), il y avait deux rameurs affidés et sa femme de chambre

15 - delart dans le manuscrit. 

16 - du fils de Phetracha, (Sua) Sorasak, qui voulait l’ajouter à son sérail et avait d’ailleurs présidé à l’exécution de son époux. 

17 - Ces deux conseils sont confirmés par Saint-Vandrille et le père Le Blanc, qui indique pour sa part les dates des 9 et 14 octobre (op. cit., II, pp. 67 et 70). Les témoignages ne concordent pas quant au résultat du vote. Le Blanc (II, p. 69), Saint-Vandrille (A.N. C1/25 f° 115r°) et Vollant (op. cit. p. 131) s’accordent avec l’auteur de la relation pour évoquer deux avis contraires, sans les nommer. Le père d’Orléans (Histoire de Monsieur Constance, Premier ministre du roi de Siam […], 1690 p. 178), s’appuyant sur des documents jésuites, rapporte également deux avis contraires et cite les deux fils de Desfarges. Beauchamp (B.N. Ms. Fr. 8210 f° 553r°) relève quatre avis contraires : les deux fils de Desfarges, Vollant et de la Roche du Vigier ; quant à François Martin, qui n’en rapporte que ce qu’il a entendu, il parle comme Beauchamp de quatre avis contraires, les deux fils Desfarges, un officier qui touchait le général d'une alliance de loin, et un quatrième qu'il avait encore attaché à son parti. (Op. cit., III, p 22). 

18 - Arrivé dans le royaume en 1680, le missionnaire Pierre Ferreux était alors directeur du collège de Siam. Il s'embarqua pour Pondichéry avec les Français, participa à l'expédition de Phuket et revint à Ayuthaya avec le dernier otage Kanlaya Rachamaitri et l’interprète portugais François Pinheiro. L’autre otage, le gouverneur de Paknam, avait été relâché trois mois auparavant. Le père Ferreux continua d'entretenir des relations avec la cour jusqu'en 1693, toutefois à partir du coup d'État de 1688, les rapports des missionnaires avec le pouvoir furent tout juste courtois. 

19 - Le père Le Royer, supérieur des Jésuites. 

20 - Jean-Baptiste Colbert, marquis de Seignelay (1651-1690) était le fils du grand Colbert, dont il hérita de la survivance. Il était à cette époque Secrétaire d'État à la marine et en charge des affaires siamoise. Il fut nommé ministre d'État en 1689. 

21 - Beauchamp lui-même confirme ce don : Il [Phaulkon] m'entretint ensuite environ un quart d'heure sur la bonne volonté que le roi avait pour moi et sur la reconnaissance qu'il aurait de tous mes soins, que dans peu il m'en donnerait quelque marque. En effet, deux jours après, le roi m'envoya mille écus [3 000 livres] par des mandarins. (B.N. Ms. Fr. 8210 f° 518v°). 

22 - Arrivé au Siam en 1687, Charles de la Breuille était l'un des quatorze jésuites mathématiciens envoyés au roi Naraï par Louis XIV. Lors du coup d'État, il fut le seul jésuite français à ne pas rejoindre la garnison à Bangkok et demeura à Ayuthaya où il fut arrêté le 9 novembre 1688 alors qu'il était réfugié chez les jésuites portugais. Après sa libération, il rejoignit le père Tachard à Pondichéry. 

23 - Arrêté avec un certain M. Duchemin, peut-être un employé de la Compagnie, Véret (Lingat, in T’oung Pao, XXXI, 1935, p. 358) confirme cette libération qui ne fut que provisoire car les autres Français, missionnaires, soldats et civils furent à nouveau incarcérés pour de longs mois à partir du 8 novembre1688. 

24 - Ces derniers détails furent réglés par un traité de capitulation intitulé papier de répondance qui stipulait notamment : Les Français demandent par grâce au roi de Siam qu'il veuille bien leur donner deux grands mandarins pour accompagner le général dans son bâtiment jusqu'à la barre, et M. le général promet qu'il les recevra et traitera selon leur qualité. Les Français de leur côté donneront MM. le major et le chevalier Desfarges, qui iront dans un balon avec un mandarin, pour être en réciprocité à ces deux mandarins qui iront dans le navire. Quand les navires français auront passé la barre, ils renverront ces deux mandarins dans leurs chaloupes, et reprendront MM. le chevalier et le major pour les mener aux navires, afin de bien achever le tout par ensemble, et pour être témoins les uns des autres, comme les Français n'ont fait aucun mal aux Siamois, ni les Siamois aux Français. (Launay, op. cit., I, pp. 217-219). 

25 - Il y eut certainement de l'intelligence, au moins de la part de Véret. Beauchamp et le chevalier Desfarges devaient être rendus aux Français en échange des otages siamois ; en revanche, Mgr Laneau et Véret (qui s’étaient d’ailleurs portés volontaires) devaient rester au Siam pour répondre de la bonne exécution du traité de capitulation et de la restitution des navires et des sommes avancées par les Siamois. Ils accompagnèrent les Français sur un mirou (petit bateau siamois utilisé pour la navigation côtière ; on trouvait parfois l'épellation miron) jusqu'à leur embarquement sur l'Oriflamme, et Véret en profita au dernier moment pour fausser compagnie à ses gardes en montant prestement à bord du vaisseau. Mgr Laneau, formellement accusé par le père de Bèze d'avoir prémédité une fuite semblable, n'eut pas la présence d'esprit de Véret et demeura sur le mirou. Il fut rudement malmené en représailles de cette traîtrise. L'auteur de la relation ne paraît avoir eu connaissance de cet incident que quelque temps après. 

26 - Le départ des Français et les échanges d’otages se firent dans la plus grande confusion. Le traité de capitulation ne prévoyait que deux otages siamois qui devaient être relâchés avant le départ des Français. Le premier était l’Ok-ya gouverneur de Siam et le second l’Ok-phra gouverneur de Paknam. Ce dernier mandarin est cité dans le Journal de la Mission sous le nom d’Ok-phra Pichaï Songkhram (Launay, op. cit., I, p. 224). Le gouverneur de Siam fut renvoyé à terre en échange des mirous, mais trois autres personnes furent encore emmenés par les Français : Ok-luang Kanlaya Ratchamaitri, le vieil ambassadeur qui avait été en France, attiré par ruse sur l’Oriflamme, le valet du gouverneur de Paknam et l’interprète portugais Vincent Pinheiro, qui avait été élevé par les Siamois à la dignité de mandarin avec le titre d'Ok-luang Vorovathi

27 - La Touche (Deloffre et Popin, op. cit., p. 327) dresse à peu près le même inventaire : les hardes des soldats, trente pièces de gros canon, quelques munitions de guerre, deux officiers et dix-sept ou dix-huit soldats. 

28 - Les Français étaient tenus par le papier de répondance de récupérer leurs hardes et de rendre au Siamois ce qui leur appartenait : quand tous les Français sortiront de la forteresse de Bangkok, les soldats ne feront aucun mal à la dite forteresse, ni aux canons, ni aux mousquets et autres armes, mais ils remettront aux mandarins tous les canons, les mousquets, et toutes les autres choses, sans qu'il y manque rien. Mais l'honneur était sauf puisqu'ils pouvaient partir tambour battant, le mousquet sur l'épaule, avec l'étendard. 

29 - Selon Beauchamp, cette barque appartenait à Véret. C'était peut-être celle que François Martin appelait la Vérette dans ses mémoires ; toutefois d’après l’auteur de l’abrégé, cette embarcation aurait également été celle qui fut sérieusement endommagée, voire détruite par une ou deux explosions lors de l'épisode de Saint-Cricq, et il est peu vraisemblable qu'elle ait pu être remise en état pour faire un aussi long voyage. Peut-être faut-il davantage croire Vollant (op. cit. p. 88) qui indique qu'il s'agissait d’un petit bâtiment qui, faisant voile à l’île de Bornéo et ayant été obligé de relâcher, était venu mouiller au pied de Bangkok deux jours avant la déclaration de la guerre

30 - Du Malais pabean, la douane. Il y avait deux tabanques siamoises, l’une à Paknam (Samut Prakan), l’autre près d’Ayutthaya, à deux lieues en aval de la ville, où furent logées la première et la seconde ambassades françaises. Sur la rive droite, après l’embouchure du Chao Phraya, se trouvait un édifice de la VOC, la Compagnie hollandaise. Ce n’était nullement un poste douanier, mais un simple entrepôt de marchandises. Ce bâtiment, selon Engelbert Kaempfer, s'appelait Amsterdam

31 - La confiscation des mirous était une mesure de rétorsion des Siamois pour répondre à la félonie de Véret et pour obliger Desfarges à rendre l'un de ses trois otages, ce qu'il fit effectivement en renvoyant à terre le gouverneur de Siam. 

32 - Le père François Thionville était l'un des quatorze jésuites-mathématiciens envoyés au roi Naraï par Louis XIV. Il demeurait auprès de la garnison de Bangkok avec le père Patrice Comilh. Les deux jésuites exerçaient les fonctions d'aumôniers des troupes. 

33 - Bellemont, Delas [de Lasse] et Chamoreau, cités dans le Catalogue des prisonniers ecclésiastiques et laïques dressé par Martineau en 1690 (Launay, op. cit., I, p. 248) et dans une lettre de Mgr Laneau à M. de la Vigne du 21 décembre 1693 (p. 277). 

34 - Cité plus loin, Saint-Paul était l’écrivain du roi. 

35 - Dans sa relation rédigée à Middelbourg, Saint-Vandrille écrit : En partant de la rade se Siam, nous fûmes à l’île Saint-Martin pour faire de l’eau ; n’en trouvant point, nous fûmes à une autre île, où tous les vaisseaux en firent, et de là nous passâmes par Pulo Pollaou. (A.N. C1/25 f° 177r°). Le père Le Blanc (op. cit., II, p. 97) indique que cette île Saint-Martin fut ainsi nommée lors de l'escale qu'y firent les troupes françaises parce qu'on y inhuma le père jésuite Pierre de Saint-Martin qui, coïncidence, venait de décéder le 11 novembre, jour même de la Saint-Martin. Il pouvait s'agir de Ko Sichang, au large de Si Racha, sur laquelle l’eau est effectivement très rare. L'île de Bancoloit évoquée par l'auteur pourrait alors logiquement être Ko Lan, à quelques encablures de Pattaya, et dont le village principal s'appelle Ban Ko Lan. 

36 - Sans doute Pulau Aur, au sud-est de la péninsule malaise. 

37 - Pulau Tioman. 

38 - Poulo Condor, aujourd'hui Con Son, est la plus grande des quatorze îles de l'archipel Con Dao au sud du Vietnam, à environ 160 km au large de Vung Tau. 

39 - L’auteur orthographie curieusement st capou

40 - Décimée, affamée et manquant d’eau, la garnison abandonna la place dans la plus grande confusion, s’embarquant à bord de deux vaisseaux dont du Bruant s’était rendu maître au début des hostilités : le Mergui, frégate du roi de Siam et un petit navire anglais dont aucune relation ne révèle le nom. Selon le père Le Blanc (op. cit., II, pp. 299-300), les deux bâtiments firent voiles de conserve jusqu’à l’île de Tavoy, où M. de Bruant reprit les Français qui étaient sur la frégate anglaise, et envoya à leur place les Anglais qu’il avait sur son bord. Le navire anglais fut pris par des corsaires et le Mergui continua seul son voyage. De tempêtes en embuscades et en combats, l’errance du navire est encore longuement relatée par le père Le Blanc : Il est incroyable combien l’on a souffert dans ce vaisseau : partout chassé des terres, et partout battu des vents à la mer, sans manoeuvres, sans vivres, dans une saison où il était impossible de gagner aucun port ami (II, pp. 310). La famine aurait peut-être eu raison de l’équipage si la frégate n’avait providentiellement rencontré le 28 septembre le Notre-Dame-de-Lorette, navire de la Compagnie venu de Pondichéry et se rendant à Mergui. Les deux vaisseaux se dirigèrent ensemble vers Balassor où la Compagnie française possédait un comptoir, mais furent capturés par les Anglais sous le prétexte qu’ils appartenaient au roi de Siam et constituaient des prises de guerre. Du Bruant et une partie de ses troupes furent renvoyés à Pondichéry sur un navire anglais. L’affaire suscita d’interminables protestations, chicanes, procédures et échanges de lettres, avant d’être classée sans suite. La Lorette, hors d’usage, fut d’ailleurs abandonnée près de Madras par ceux-là même qui l’avaient capturée. 

41 - Le paragraphe n’est pas clair, et il semble y avoir confusion dans les dates : l'auteur indique plus haut s’être embarqué sur le Louvo avec sa compagnie. François Martin (op. cit., III, pp. 8-9) confirme que le Louvo mouilla effectivement le 1er février avec le Siam à la rade de Pondichéry. Toujours selon Martin, la Normande mouilla le 3 février et l'Oriflamme le 4. 

42 - Il s’agissait du sieur de Rougemont, cité plus loin. 

43 - Le Blanc (op. cit., II, p. 295) et Vollant (op. cit., p. 156) indiquent le 24 juin. L’enseigne La Touche, qui faisait partie de la garnison de Mergui et qui rapporte qu’il fut capturé par les Siamois le 27 juin, fixe le départ des Français au 28 juin (Deloffre et Popin, op. cit., pp. 331-332). Toutefois l’auteur fait ici une erreur, car si le Mergui était bien l’un des deux navires qui servirent aux Français à évacuer la place, l’autre n’était pas la Lorette, rencontrée plus tard sur la route, mais un petit vaisseau appartenant à un Anglais de Madras (voir ci-dessus note 40). 

44 - François Martin, qui y assistait, indique que ce conseil se tint le 6 février (op. cit., III, p. 27), ce qui ne correspond pas avec les dates de l’abrégé. 

45 - Cette proposition fut défendue par François Martin (op. cit., III, p. 28), mais ne plut pas à toutes les personnes de l’assemblée, et fut rejetée. Vollant (op. cit., pp. 160-161) mentionne qu’une autre proposition aurait également été formulée par François Martin (qui n’en fait pas état lui-même) : celle d’aller se rafraîchir à l’île Mascarin (aujourd’hui l’île de la Réunion), argumentant que dans cette île, occupée par les sujets du roi, on y trouverait un séjour doux et paisible, l’air y étant si sain que cela seul pouvait rétablir la langueur de plusieurs malades, causée par les grandes fatigues qu’on avait souffertes. 

46 - Ces deux vaisseaux levèrent l'ancre dans la nuit du 16 au 17 février 1689 pour aller porter en France la nouvelle du désastre de Siam. Le Coche, navire de la Compagnie, était commandé par le sieur d'Armagnac et la Normande, navire du roi, par M. de Courcelles. Parmi les passagers se trouvaient Beauchamp, Saint-Vandrille, Vollant des Verquains, et les pères jésuites Le Blanc et Colusson. Les Français ignoraient que la guerre contre la Ligue d'Augsbourg avait été déclarée le 26 novembre 1688 et que les Hollandais étaient officiellement redevenus des ennemis. Équipages et passagers des deux navires furent fait prisonniers au Cap et transférés dans les prisons de Middelbourg, en Zélande, où ils eurent tout loisir, en attendant leur libération, de rédiger des lettres, des mémoires et des relations sur les événements dont ils avaient été acteurs ou témoins. M. de Courcelles, pour sa part, ne connut pas les geôles de Middelbourg. Le père Le Blanc rapporte qu'il mourut en mer avant d'y arriver. 

47 - Junk Ceylon, aujourd'hui Phuket, dans le sud de la Thaïlande. 

48 - François Martin (op. cit., III, pp. 27-28) rapporte que les partisans les plus acharnés de l'expédition à Phuket furent plutôt Véret et Lamare, qui n'en savait que par un rapport confus, mais qui, pour pousser au voyage, exagéra extraordinairement la fertilité, l'abondance et la richesse de Joncelang

49 - Le texte est ici très difficile à reconstituer, et le sens de la phrase ainsi déchiffrée demeure obscur, ce qui arrive fréquemment lorsque l’auteur se risque à des interprétations personnelles. 

50 - Beauchamp précise que Sainte-Marie était aux arrêts sous la garde de M. de Courcelles, avec ordre de Desfarges de le mettre en prison à son arrivée en France, jusqu'à ce que la cour en fût informée, et qu’il l’avait renvoyé pour avoir enlevé Mme Constance pour dire lui-même pourquoi il l’avait fait et ceux qui lui avaient fait faire ; pour s'être laissé prendre avec son vaisseau à l'embouchure de la rivière et pour lui avoir celé un ordre que M. Constance lui avait donné contre la nation. (B.N. Ms. Fr. 8210 ff° 569r°-v°). 

51 - Jacques Colusson (ou Collusson), l’un des quatorze jésuites-mathématiciens envoyés au roi de Siam par Louis XIV. 

52 - Trois de ces déserteurs sont nommés dans une lettre inédite de Desfarges adressée sans doute à M. de Seignelay et datée de Pondichéry le 27 février 1689 : un bombardier provençal nommé Antoine, un soldat nommé Du Clos et le soldat La Tulipe qui coucha en joue le sieur du Halgoüet, mais cet officier plus prompt à tirer que le soldat lui tira un coup qui le mit par terre, dont il demeura fort blessé. Les autres furent pris dans le même temps et furent ramenés à Pondichéry et on m'apporta le blessé que j'ai fait pendre à la vue de tous les soldats. Martin (op. cit., III, p. 30) indique que cette pendaison eut lieu le 25 février. Desfarges, chez qui l'avarice ne perdait jamais ses droits, poursuit sans vergogne : De tous les frais qu'il a fallu faire, je n'ai fait prendre de l'argent du Roi que six écus pour payer l'exécuteur et j'ai fait servir l'argent du déserteur mort pour les autres frais et pour faire prier Dieu pour lui. (A.N. Col. C1/25 f° 50v°). De la part d'un homme qui venait d'empocher les richesses immenses que M. Constance lui avait confiées (Deloffre et Popin, 2002, II, p. 356), l'aveu frise l'indécence. 

53 - La lettre citée dans la note précédente confirme encore cette distribution de vêtements. Le général avait confié cette tâche à Vertesalle, qui s'en était déchargé sur le sieur d'Alvimare, major des troupes. S’il faut en croire Desfarges, indigné, le manque d’empressement de l’officier à remplir sa mission était à la mesure du peu d’intérêt que les soldats manifestaient pour ces hardes. 

54 - L'auteur épelle Changeon. Ce sieur Chanjon est cité par François Martin (op. cit., II, p. 538) dans son Journal de mai 1688. Il se trouvait à Mergui au début de l'année 1688, et avait reçu l’ordre de commander un navire vers la cour de Perse. Il fut au dernier moment dépossédé de son commandement au profit d'un aventurier nommé Boyer, qui, par son incompétence, causa l’échec de l’expédition. 

55 - Sommaji Raja, fils de Sivaji, mort en 1680, qui avait été en lutte avec le grand Mogol Aurengzeb et avait conquis une grande partie de son territoire. 

56 - François Martin (op. cit., III, p. 36) indique qu'il y avait alors à Pondichéry plus de trois cents hommes de troupe et quarante officiers qui représentaient autant de bouches à nourrir ; néanmoins, les menaces induites par la mort de Sommaji imposaient un renforcement de la garnison de Pondichéry. M. du Bruant convenait de la nécessité mais il représentait aussi que c'était affaiblir les troupes. M. de Vertesalle, sans aucun égard, concluait à ne laisser aucun soldat. M. Desfarges prit l'affaire sur lui : il avait pris d'avancer la précaution de laisser une compagnie à terre, c'était celle de M. de la Roche du Vigier qu'on attendait de Madras, le lieutenant M. le chevalier de la Comme et l'enseigne M. Morant

57 - Ni la date, ni le nombre de soldats ne correspondent avec les notes de François Martin, qui écrit dans son journal que le sieur de Rougement revint à Pondichéry le 20 mars 1689 avec seize soldats qui étaient restés au Bengale sur les navires anglais lorsque la frégate le Mergui fut arrêtée. Ces gens-là étaient dans un état très misérable ; ils avaient beaucoup souffert sur ces vaisseaux ; il en manquait quatre qui étaient restés sur les navires anglais. (op. cit., III, p. 32). 

58 - De la Roche du Vigier, cité plus loin. L’officier fut choisi pour cette négociation en raison de sa connaissance de la langue anglaise qu’il savait parfaitement (Martin, op. cit., III, p. 32). 

59 - Le texte est ici de plus en plus difficile à déchiffrer. On pourrait également supposer pour l’armée, ou pour l’armer

60 - Terme de marine. Une journée était divisée en 48 horloges d'une demi-heure chacun (le mot était masculin). 

61 - Le capitaine de l’Estrille semblait coutumier de ces petits trafics qu’il poursuivit au Brésil où l’Oriflamme aborda quelques mois plus tard. François Martin rapporte encore dans ses mémoires (III, p. 199) : Nous reçûmes le 5 avril [1692] des lettres de la Compagnie, mais du 2 janvier 1691, elles avaient été retardées ; on se plaignait fort de la conduite du sieur de l’Estrille que son intérêt particulier avait fait rester au Brésil pour y vendre des marchandises qu’il apportait des Indes pour son compte. 

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