Cette lettre manuscrite est conservée aux Archives Nationales de Paris, cote C/1/25, ff° 73r° à 82v°.

Monsieur (1),

Je vous suis bien obligé, et à M. de Céberet, de m'avoir procuré l'honneur de votre connaissance. Je voudrais être assez heureux pour trouver les occasions de me revenger de toutes les bontés que vous avez eues pour moi. Je vous remercie très humblement des offres que vous me faites de MM. [Saindras (2)] et [illisible]. J'ai trouvé ici un ami qui m'a donné de l'argent, et je vous supplie, Monsieur, de vouloir continuer vos bontés et de faire tout ce que vous pourrez pour me faire échanger. Ces messieurs d'ici ne sont point raisonnables, ne nous donnant point la liberté de voir personne. J'ai l'honneur d'être connu de M. le marquis de Villette (3), je ne doute pas qu'il ne fasse ce qu'il pourra pour me faire sortir d'ici. Je lui écris et vous prie de lui faire tenir la lettre. Je me suis donné l'honneur d'écrire deux fois à Mgr le marquis de Seignelay, mais mes lettres ne lui ont pas été rendues. Je ne trouve pas une voie plus sûre que de lui écrire que par la voie que vous me donnez. Je vous prie de lui faire tenir en diligence. Je vous supplie d'être persuadé que je suis,

Monsieur,
      Votre très humble et obéissant serviteur
      Beauchamp

Je vous dirai, Monsieur, qu'après que les vaisseaux furent partis pour l'Europe, M. de Constance ne fit partir M. du Bruant qu'un mois après qui était le 3 février (4). M. de Constance demanda 50 hommes. M. Desfarges lui dit que ses soldats étaient en partie malades, ils convinrent qu'il lui en donnerait 34 et deux officiers qui étaient Sainte-Marie et Suhart (5) qui commandaient les deux vaisseaux avec un ordre que M. Constance leur mit entre les mains avec un ordre d'aller contre des forbans. M. Desfarges vit l'ordre que ces deux officiers lui montrèrent qui était d'aller après ces forbans, et un autre ordre que mon dit sieur Constance avait donné pour aller brûler les vaisseaux anglais qui seraient en rade de la ville de Madras, côte de Coromandel. Les sieurs de Sainte-Marie et Suhart écrivirent à M. de Constance que cela ne se pouvait, la saison étant contraire. M. Constance leur écrivit de sortir et qu'ils tinssent la mer et d'aller où ils voudraient et de ne revenir que dans quatre mois.

Ces vaisseaux ne furent pas plutôt partis que M. de Constance demanda une compagnie de cadets pour la garde du roi. M. Desfarges, fort surpris de voir que l'on lui dispersait ses troupes, dit à M. de Constance qu'il n'avait rien à refuser au roi, mais qu'il le suppliait de lui bien vouloir représenter qu'il avait bien des malades, mais qu'un homme de sa qualité ne pouvait pas demeurer dans une place sans hommes, n'étant point fortifiée et toute ouverte partout, ainsi que M. Céberet l'a vu, mais que sitôt que les vaisseaux seraient arrivés, il les lui donnerait. M. de Constance ne laissa pas d'envoyer les chevaux pour les exercer (6), et envoya un ordre à M. Desfarges de la part du roi de m'envoyer à Siam (7) incessamment avec cent Siamois et les officiers français qui les commandaient. Suivant cet ordre, M. Desfarges me fit partir avec le père de Bèze, jésuite, qui était le porteur de l'ordre. Tout cela est arrivé dans le 15ème du mois de février. Je trouvai en y allant les sieurs Sainte-Marie et Suhart qui s'en allaient en mer. Quand je fus arrivé à Louvo, M. de Constance me demanda de l'aller trouver à Thale Chubson (8) avec les troupes. Il me dit mettre les soldats dans les maisons qui avaient été faites pour MM. les ambassadeurs. Deux jours après, il me mena avec lui, le père de Bèze aussi et vingt mousquetaires qu'il me dit de prendre, pour me mener aux mines où M. Véret (9) était qui y faisait travailler. Le soir de notre arrivée, M. Constance me dit de mettre des sentinelles dans toutes les avenues que je jugerai à propos, ce qui me donna du soupçon et me fit croire qu'il y avait quelque chose. Le matin, j'entrai dans la chambre de mon dit sieur Constance et le priai de me dire s'il y avait quelque chose dans le royaume, qu'il pouvait me faire l'honneur de me le confier. Il me dit qu'il voyait que les Siamois voulaient remuer, mais qu'il n'en n'était pas bien sûr ; cependant, M. l'évêque de Métellopolis et de Lionne dirent qu'ils le savaient bien. Nous demeurâmes deux jours après avoir visité toutes leurs mines et nous en revînmes à Thale Chubson où était le roi.

Dans le mois de mars, le roi s'en revint à Louvo. J'allais et venais de Bangkok à Louvo pour envoyer les ouvriers et ce qui était nécessaire pour fortifier la place. Le roi tomba fort mal. M. Constance envoya un ordre pour monter à Louvo à M. Desfarges. Y étant arrivé, M. Constance lui dit que Okphra Phetracha (10), grand maître du palais, et Mon Pi (11), fils adoptif du roi, voulaient piller le palais quand le roi serait mort, que le roi avait dit à la princesse sa fille qu'il voulait faire son frère roi, et qu'Okphra Phetracha lui ayant donné des coups de bâton (12) ne pouvait pas rester dans le royaume, et qu'il serait honteux aux Français de laisser piller un palais comme cela, et il dit à M. Desfarges qu'il fallait qu'il montât avec des troupes, qu'il irait offrir ses services aux princes frères du roi qui étaient dans le palais de SiaM. M. Desfarges dit à M. Constance qu'il serait bon de m'en parler ; il dit qu'il le voulait bien. M. Desfarges et le père Le Blanc et de Bèze, jésuites, me dirent ce que Okphra Phetracha et Mon Pi voulaient faire. Je dis à M. Desfarges et aux dits pères qu'il ne fallait point que les troupes montassent pour cela et que je me chargeais de l'arrêter pourvu que le roi me donnât un ordre, qu'on me coupât le col si je ne lui mettait pas entre les mains. M. Constance porta cela bien loin et dit qu'il ne fallait pas faire cela. M. Desfarges prit congé de lui le lendemain pour rentrer à Bangkok et M. Constance lui dit qu'il lui écrirait dans le temps qu'il faudrait monter.

Dans le commencement du mois d'avril, on crut que le roi était prêt de mourir. M. Constance écrivit à M. Desfarges de monter avec des troupes. Il prit 80 hommes avec des officiers et monta jusqu'à Siam, mais tous les peuples du royaume croyaient que le roi était mort. Cela fut cause que, quand M. Desfarges fut devant Siam, tout le peuple croyait que les Français allaient piller le palais. M. Desfarges descendit à [illisible] et fut à la faiturie voir M. Véret qui lui dit que M. Constance était un traître et un fourbe, et qu'il voulait se défaire des troupes. M. Desfarges ne voulut pas s'en rapporter à lui, passa de l'autre côté de la rivière pour aller voir MM. l'évêque de Métellopolis et de Lionne qui lui dirent que tout était perdu s'il montait, disant que le roi était mort et qu'il y avait longtemps que M. Constance n'était pas bien dans l'esprit du roi et qu'on le faisait garder à vue, et que son fils était mort dans le mois de mars (13), et que tout le monde s'était préparé avec Mgr l'évêque et les missionnaires qui l'attendaient à l'église pour enterrer son fils qu'on faisait venir de Louvo, mais on ne voulut pas le laisser partir, ni avec lui ni avec sa femme dudit lieu, cela fait bien voir qu'il n'avait pas le pouvoir tel qu'on croyait. M. Desfarges écrivit à M. Constance qu'il était arrivé avec les troupes à Siam par un officier qui arriva à minuit à Louvo (14) où M. Desfarges l'attendait pour aller offrir ses services aux deux frères du roi qui étaient dans le palais de Siam. En attendant la réponse de M. Constance, il se retira à une tabanque à une lieue de Siam. M. de Constance lui fit réponse qu'il ne pouvait pas y aller et qu'il le priait de monter à Louvo. M. Desfarges lui envoya un autre officier (15) [illisible] il lui mandait que s'il ne venait pas, il devrait se retirer à Bangkok. M. Constance lui fit répondre qu'il pouvait monter et que le roi n'était pas mort. M. Desfarges ne s'y voulut fier, attendu que Mgr l'évêque assurait qu'il l'était et prit son parti de se retirer à Bangkok. Comme M. Constance vit que M. Desfarges s'en était retourné et ne pouvait avoir de ses troupes, il envoya le père Le Royer (16) demander la compagnie des cadets avec un ordre du roi qu'il avait fait sans que le roi le sût, mais M. Desfarges lui manda qu'il ne le pouvait pas, attendu qu'il avait beaucoup de malades. Il envoya deux jours après par les pères les demander pour les mettre dans des maisons à Siam afin de les guérir.

M. Desfarges m'envoya à Louvo pour lui représenter que nous n'avions qu'un chirurgien et que si on les envoyait, on n'aurait pas de chirurgien pour avoir soin des officiers. Il me dit qu'il donnerait un nommé Charbonneau (17), français, et l'envoya chercher, et quand il fut arrivé, il dit à M. Constance devant moi qu'il ne pouvait point prendre cette charge-là, ce qui le mit beaucoup en colère et la chose en demeura là. Je m'en retournai à Bangkok dans le mois de mai. Je retournai à Louvo pour demander du fer pour ferrer les affûts et du charbon. M. Constance me dit qu'il donnerait ordre pour en fournir et me pria de rester avec lui. Je lui dis que j'étais fort fâché de ne le pouvoir faire sans avoir un ordre de M. Desfarges. Il me dit qu'il se chargeait de cela. M. Desfarges m'écrivit que je pouvais rester. Le 18 mai 1688, sur les trois heures après midi, Okphra Phetracha fit entrer ses troupes dans le palais. M. Constance m'envoya quérir et me dit que le roi voulait faire arrêter Okphra Phetracha. Je lui dis que c'était lui-même qui se voulait rendre maître du palais et que si cela était, il nous fallait mettre dans sa maison et nous défendre avec les soldats siamois et sa compagnie de ses gardes qui est d'environ seize hommes anglais et trois officiers français qui commandaient les troupes siamoises, et le chevalier Desfarges qui se trouva là, et le sieur de Fretteville qui était toujours proche de M. Constance. Mais mon dit sieur me dit qu'il ne fallait pas faire cela. Okphra Phetracha l'envoya chercher et me dit d'aller avec lui. Nous trouvâmes en chemin les sieurs Fretteville (18) et Desfarges (19) et leur dit de le suivre. Comme nous fûmes entrés dans le palais et que nous fûmes vis-à-vis d'une salle, Okphra Phetracha ordonna de nous désarmer et on se saisit de M. de Constance. Je ne voulus rendre mon épée, car j'attendais toujours l'heure qu'il me dît de m'en servir, car j'étais en état de tuer Okphra Phetracha car je croyais que c'était le roi qui le voulait faire arrêter ainsi que M. Constance me l'avait dit. Je fus bientôt détrompé car il prit M. Constance par la main et le mena à deux pas pour lui faire couper le col par un mandarin qui avait le sabre nu et haut, et en ce temps-là il me pria de rendre mon épée. Je la remis entre les mains du fils d'Okphra Phetracha (20) et dans le temps qu'on le menaçait de lui couper le col, M. Constance parla à Okphra Phetracha qui le mena avec lui, et on nous prit et mit dans une salle gardée par le second ambassadeur qui avait été en France (21). Deux heures après, M. de Constance vint dans la salle où nous étions, accompagné d'Okphra Phetracha qui me dit : Vous êtes bien ici à cette heure. Je ne pus comprendre ce qu'il voulut dire. Okphra Phetracha l'emmena dans une autre salle, et du depuis je ne l'ai vu. On commença par lui brûler les pieds. Le 20 mai, Okphra Phetracha fit prendre Mon Pi, fils adoptif du roi, dans la chambre du roi et le fit couper en trois et jeter devant M. Constance et lui dit : Tiens, voilà celui que tu voulais faire roi (22). On nous prit dedans la salle et on nous mena à Thale Chubson. Nous y demeurâmes cinq à six jours et ensuite de cela on nous envoya quérir de la part d'Okphra Phetracha où après y être arrivés, je fus conduit avec M. de Lionne, qui était venu à la place de Mgr l'évêque de Métellopolis qui était malade dans ce temps-là (23). Comme nous fûmes entrés dans le palais, il dit à M. de Lionne et à moi si M. Desfarges ne monterait pas. Nous lui dîmes que nous n'en savions rien. Il me demanda ce que j'en pensai en mon particulier. Je lui témoignai que, si j'y allais, il viendrait. Il me dit de m'en aller avec M. de Lionne et les deux ambassadeurs qui étaient venus en France.

Nous nous rendîmes à Bangkok. Je croyais que ces ambassadeurs voulaient rentrer dans la place en cas que M. Desfarges n'eût pas voulu monter. Ils avaient avec eux quatre ou cinq mille hommes, mais ils les avaient dispersés le long de la rivière que cela ne paraissait point. Ils dirent à M. Desfarges qu'Okphra Phetracha avait été arrêté de la part du roi pour avoir [illisible] les deniers du royaume et que le roi le mandait pour monter. Je ne manquai pas d'entretenir M. Desfarges de tout ce qui s'était passé, et pareillement M. de Lionne, qui lui conseilla même de monter, mais pour moi qui connaissais l'infidélité de ces gens-là, je lui dis que s'il me croyait, il ne monterait pas. Il me dit que sa place n'était point en état et qu'il valait mieux qu'il se sacrifiât pour nous donner du temps à mettre la place en état de défense. Étant dans cette résolution de partir, il dit au premier ambassadeur (24) s'il avait autre chose à lui dire de la part du roi pendant qu'il était dans la place, et que quand il en serait une fois dehors, il n'aurait plus de pouvoir. L'ambassadeur lui dit qu'il n'avait autre chose à lui demander. M. Desfarges fit assembler les officiers et dit à M. de Vertesalle, qui commandait en son absence, qu'il s'en allait à Louvo et qu'il menait son fils aîné avec lui pour leur donner plus de confiance, mais qu'il ne doutait pas qu'ils ne l'amenassent lui et ses enfants pour rendre la place ; mais il dit à M. de Vertesalle en présence de tous les officiers que ces gens là pourraient le retenir pour rendre la place, mais qu'il laissât pendre lui et ses enfants et qu'il se défendît jusqu'au dernier de ses hommes. C'est l'ordre que je vous donne, dit-il, en présence de tous ces officiers, et travaillez incessamment à mettre la place en état et d'y mettre des palissades, et partir avec les dits ambassadeurs et M. de Lionne.

Quand il fut arrivé à Louvo, on le mena parler avec Okphra Phetracha et demanda à M. Desfarges d'où vient qu'il n'avait pas monté. Il lui répondit que quand il fut devant la ville de Siam, tout le monde se mit à se soulever, à crier, disant que les Français allaient piller le palais, ce qui l'obligea de retourner afin qu'ils ne crussent pas que les Français fussent capables de pareilles actions et qu'il avait ordre du roi son maître de rendre tous les services que le roi de Siam voudrait de lui, et dans ce temps, Okphra Phetracha lui dit de mander de faire monter ses troupes. M. Desfarges lui dit qu'il n'avait point de pouvoir quand il était hors de sa place. Dans ce temps-là, il dit qu'on l'arrêtât. M. de Lionne, qui était à côté de lui, dit à l'ambassadeur qu'il eût à se ressouvenir de ce que M. Desfarges lui avait dit à Bangkok, que quand il était hors de sa place, il n'en était pas maître. M. l'ambassadeur rapporta cela à Okphra Phetracha qui lui dit s'il ne monterait pas, en ce cas qu'il s'en retournât. Il lui dit que oui, et sur cela Okphra Phetracha lui dit qu'il garderait ses deux enfants et qu'il en aurait soin ; sur ce, il lui ordonna d'écrire à M. du Bruant pour faire venir ses troupes et se joindre avec lui pour aller contre les Laos et vous saurez que tout ceci n'était que des surprises. M. du Bruant, en recevant la lettre, crut qu'il était arrêté, vu qu'elle lui faisait comprendre qu'elle était forcée, ce qui lui servit beaucoup pour se tenir sur la méfiance. M. Desfarges apprit par son fils et les autres officiers qui étaient à Louvo qui s'en étaient voulu sauver de Louvo pour venir à Bangkok et qu'on les avait poursuivis jusqu'à deux lieues de Siam. Ils furent pris par quatre à cinq cents hommes (25). On les attacha à la queue des chevaux et on les faisait marcher à coups de bâton tant vite que les chevaux pouvaient aller. Le nommé de Bressy, ingénieur, que M. Constance avait fait venir de Mergui, lequel mourut entre leurs mains sur le chemin à force d'être maltraité, et furent conduits à Louvo où on les exposa au peuple qui leur crachait au nez et quantité de soufflets avec leurs [pantoufles] et plusieurs sortes d'indignités, et après, furent mis les fers aux pieds et la corde au col. Ils furent en liberté à l'arrivée de M. Desfarges.

Il arriva à Bangkok le jour de la Pentecôte qui était le 2 juin (26). Il passa un navire qui descendait la rivière pour aller à la Chine. M. Desfarges commença à faire tirer dessus et on l'incommoda beaucoup. Si nous avions eu deux chaloupes, nous l'aurions pris. Il y avait une compagnie dans le fort du côté de l'Ouest. Comme l'on ne pouvait pas le garder, M. Desfarges dit à Vollant (27) de le faire sauter, mais il lui dit que cela ne se pouvait. Je passai de l'autre côté pour dire à la Cressonnière qui commandait de l'autre côté de faire crever tous les canons, d'enclouer ceux qui ne pourraient crever. Je lui envoyai vingt hommes de renfort pour expédier plus vite et d'abord que cela fut fait, il se retira sur la minute, mais les Siamois entrèrent dedans après que nous l'eûmes abandonné et trouvèrent moyen de désenclouer les canons qui n'avaient pu crever, et en firent venir de Siam et commencèrent à tirer du canon et même des bombes, ce qui nous faisait craindre qu'ils ne brûlassent notre magasin qui n'était couvert que de feuilles de palmiers, mais par bonheur aucune ne fit effet, quoique tirées par des Hollandais. Nous leur rasâmes leur forteresse à coups de canon.

M. Desfarges voulut faire partir une barque de M. Véret qui était à Bangkok, et le sieur Véret était aussi audit lieu. Elle était commandée par un lieutenant nommé Saint-Cricq (28) avec quinze hommes dessus, pour aller chercher les deux navires commandés par Suhart et Sainte-Marie, qui, comme j'ai dit ci-dessus, étaient en mer, et quand elle fut à trois lieues de Bangkok dans la rivière, elle fut environnée par une quantité de galères et balons remplis de monde. Le pilote qui était dessus se sauva avec deux ou trois de ses gens. Quand le sieur Saint-Cricq vit cela, il mit toutes ses grenades sur le pont et dans le temps qu'ils eurent abordé son bâtiment et qu'il vit qu'il était plein de monde, il mit le feu à ses poudres, et se brûla, lui et tous les Siamois qui pouvaient être au nombre de deux cents. Okphra Phetracha fit écrire les deux enfants de M. Desfarges qui étaient à Louvo les fers aux pieds et la corde au col, et leur dit de mettre dans leur lettre que s'il ne montait pas, il les allait faire pendre. Ils envoyèrent la lettre par un Siamois qui la mit derrière un four à chaux qui était près du fossé de la place. Ils nous crièrent de l'autre côté du [fort de l'] Ouest qu'elle était de ce côté-là. J'envoyai un homme pour la quérir, qui l'apporta, où ils mandaient à M. Desfarges, leur père, que s'il ne montait pas, Okphra Phetracha les ferait pendre. Il leur fit répondre qu'il était bien fâché de cela, mais qu'ils ne pourraient pas mourir plus glorieusement pour un si grand roi que celui qu'ils servaient, et qu'il vengerait leur mort. Nous avons cru qu'il les avait fait mourir, mais quand Okphra Phetracha vit la fermeté de M. Desfarges, il les lui renvoya, et se mirent à faire des forts tout autour de la place qui n'étaient qu'à la portée du mousquet et du pistolet, garni de canon. Ils en construisirent huit sans que nous les pussions jamais empêcher et tout le long de la rivière jusqu'à la barre, tout en était garni, et fermèrent la rivière de pieux sinon une petite entrée pour le passage des vaisseaux. Malgré toutes les puissances du royaume, nous y avons tenu cinq mois et quatre jours. Ils se lassèrent de voir la résistance que nous leur faisions.

Okphra Phetracha envoya M. de Métellopolis pour traiter de la paix. Ils se servirent de lui, quoiqu'ils eussent pillé sa maison, lui prirent 30 000 livres en argent et lui dirent que s'il ne trouvait pas des moyens pour faire sortir les Français de Bangkok, ils le mettraient à l'embouchure du canon. M. de Lionne s'était retiré avec huit missionnaires à Bangkok. M. de Métellopolis fut conduit de Siam dans la forteresse de l'Ouest. Il se mit à crier à M. de Lionne de passer de l'autre côté. Nous lui fîmes réponse qu'il était malade, ayant peur qu'ils ne le retinssent. Ils furent obligés de laisser venir M. de Métellopolis où l'on commença à parler de sortir et que nous achèterions des vaisseaux et des vivres. Nous dîmes que nous n'étions point en état de cela. Il fut conclu quelque temps après qu'ils nous donneraient par le traité de paix qui fut fait avec Okphra Phetracha, qui était roi. Toute cette révolution a été faite pendant le vivant du roi, le sieur de Constance était mort dans le temps qu'il monta à Louvo, son corps coupé en deux et sa femme mise dans une écurie, exposée au peuple. Le fils d'Okphra Phetracha la prit et la mit chez lui. Les deux frères du roi furent mis dans des sacs de velours et assommés avec du bois de santal (29). Le roi mourut quelques jours après, et avant de mourir, fit donner aux pères jésuites chacun cinquante écus (30).

Je reviens au traité de paix que nous fîmes, que la nécessité nous obligea de faire car nous n'avions ni bois, ni vivres, ni argent, sauf du riz, mais il n'était pas bon, ni munitions de guerre, et sans espérance d'être secourus de qui que ce soit. Je fus obligé de prêter 1 000 écus pour payer les soldats qui n'avaient rien reçu depuis quatre mois. M. de Métellopolis et le sieur Véret proposèrent qu'on nous donnerait des vaisseaux et des vivres, et tous les Européens qui souhaiteraient se retirer du royaume de Siam. Okphra Phetracha, roi, dit qu'il le voulait bien, pourvu que M. de Métellopolis et Véret fussent cautions. Le traité de paix fut arrêté ainsi : que nous sortirions tambours battant, mèches allumées, armes et bagages, qu'ils donneraient deux vaisseaux, des vivres, avec tous les Anglais qui étaient dans les prisons, avec des équipages maures pour conduire les vaisseaux à Pondichéry, où étant arrivés, les dits vaisseaux seraient renvoyés à Siam et que les jésuites et missionnaires resteraient s'ils voulaient dans le royaume, et qu'ils auraient les mêmes privilèges du feu roi, et que le comptoir de la Compagnie serait soutenu dans les privilèges qu'il avait ci-devant, et qu'il serait donné des otages de part et d'autre pour sortir librement de la rivière (31).

Après la conclusion de ce traité, on amena Mme Constance dans la place de Bangkok, qui était chez le fils du roi. Cela rompit toutes les mesures et sitôt qu'ils surent qu'elle était dans la place, ils se saisirent de tous les missionnaires français et portugais et d'un père jésuite nommé La Breuille qui y était resté. M. Véret, qui était à Siam pour donner l'ordre de faire venir les choses qui étaient nécessaires pour notre embarquement fut mis en prison avec tous les parents de Mme Constance et tous les chrétiens. Elle demeura environ trois semaines dans la place. Sa mère écrivit une lettre à M. Desfarges, qui était signée de tous les pères, le priant de lui renvoyer sa fille, et que si on ne la lui renvoyait, tout serait perdu. Okphra Phetracha, roi, fit écrire à M. Desfarges de lui rendre cette femme, vu qu'elle n'était pas européenne, mais japonaise (32).

J'apportai la lettre de la mère de Mme Constance à Mgr de Seignelay. Nous avons fait tout ce que nous avons pu pour la garder et nous avons fait un second traité pour elle, savoir qu'elle était libre dans le royaume de vivre comme elle voudrait sans que personne l'inquiétât. Je ne vous parle de tout cet article-là que peu de chose, car il y a bien des circonstances que je ne peux pas écrire.

M. de l'Estrille est arrivé le 20 septembre en la rade de Siam avec le navire l'Oriflamme et 80 méchants soldats. Je suis sûr qu'ils ne valaient pas dix bons hommes (33). Il envoya M. Cornuel, capitaine en second, et le sieur [le illisible] son lieutenant, avec deux autres officiers. On les prit dans la rivière et furent menés à Siam sans en savoir rien. Les Siamois mandarins furent dans son bord et lui firent beaucoup d'amitié et dirent que toutes les troupes se portaient bien à Bangkok, et que M. Constance ne faisait que de partir de la tabanque. Le 21 du même mois, il voulut envoyer sa chaloupe faire de l'eau, mais elle fut prise aussi, et par bonheur, M. Desfarges avait envoyé à Siam un officier pour faire diligenter le sieur Véret et quand l'officier voulut s'en retourner à Bangkok, il apprit sur le bord de la rivière qu'il y avait des officiers que l'on avait amenés chez le barcalon. Il s'en retourna sur ses pas où il trouva M. Cornuel et les autres officiers qui lui dirent que ces gens-ci les avaient amenés à Siam, croyant aller à Bangkok, ne sachant par quel chemin ils les avaient menés, et s'en revinrent avec ledit officier à Bangkok, et nous apprîmes par eux l'arrivée de l'Oriflamme. Je vous dirai que je fus nommé pour otage avec le chevalier Desfarges et Mgr l'évêque et Véret qui devaient nous accompagner jusqu'en la rade.

Quand nous voulûmes partir, qui fut le 2 novembre, nous fîmes embarquer 28 pièces de canon dans deux barques, ne les ayant pu mettre dans les vaisseaux à cause de la sortie de la rivière. Il était porté par le traité que nous, qui étions en otage, devions suivre les navires à côté d'eux. Nous sortîmes de Bangkok sans y laisser rien, selon les articles. M. Desfarges s'embarqua le dernier, et comme nous fûmes à moitié du chemin, environ cinq lieues de Bangkok, le vieil ambassadeur qui me conduisait me fit changer de balon et y fit jeter des cordes dedans. J'étais seul dans ce balon avec mon valet fort bien armé, et dans la méfiance ils me traînèrent dans un ruisseau où je ne savais de quel [illisible] j'étais. Sur les 2 heures après-midi, j'entendis la voix de M. Véret qui était avec M. de Métellopolis suivis de quantité de balons. Je criai au sieur Véret. M. de Métellopolis m'entendant à ma voix s'approcha de moi et lui dit que ce n'était pas là l'exécution du traité que nous avions fait. Le vieil ambassadeur nous vint joindre dans ce moment, et je dis à M. de Métellopolis de parler à l'ambassadeur, que ce n'était pas là le traité que nous avions fait, et que je n'avancerai pas que je ne fusse à côté du vaisseau. Me voyant résolu, il nous y conduisit, et quand je fus proche, j'amarrai le [bast] (le cordage ?) à la cuisse de mon valet. Cette précaution m'a servi de beaucoup. Une heure avant jour, ils vinrent une centaine de balons pour nous enlever et couper les cordes et envoyèrent M. l'évêque aussitôt me saisir du vieil ambassadeur et le fit embarquer dans le vaisseau, et comme nous fûmes passés la dernière tabanque (34), je dis à M. Desfarges que l'on avait fait couler la barque où étaient les canons. Il y avait cinq Français dans chacun. M. Desfarges fut au désespoir d'apprendre cette nouvelle. Il voulut faire mouiller pour les brûler dans la tabanque qui était fortifiée et d'autres forteresses qui étaient aux environs, mais on remontra à M. Desfarges que, s'il faisait cela, les équipages des vaisseaux qui étaient maures de Siam ne manqueraient pas de se jeter à la mer, et s'enfuiraient, ce qu'ayant considéré, il trouva plus à propos de sortir. Ainsi nous arrivâmes en rade, proche M. l'Estrille, où nous mouillâmes.

M. de Métellopolis écrivit à M. Desfarges, où il lui marquait d'envoyer le premier des otages, et qu'il répondait qu'on lui enverrait ses canons. Il fit réponse que ces gens-là le tromperaient, vu qu'ils n'avaient ni parole, ni honneur. M. Desfarges reçut une autre lettre dudit seigneur évêque, par le père Thionville, jésuite, par lequel il lui mandait qu'il avait des effets plus que ne valaient pas les canons, et que s'ils manquaient de parole, il pouvait garder les effets, ce qui fit qu'il envoya le premier otage, mais quand ils l'eurent, ils se moquèrent de nous, ne nous renvoyant rien, ce qui obligea de garder le second otage et le vieil ambassadeur que j'ai laissé à Pondichéry.

M. Desfarges demanda à M. Véret s'il ne voulait pas s'en aller à Siam. Il y répondit que s'il y retournait, que la Compagnie serait perdue et qu'il avait fait ses affaires d'une manière que la Compagnie en serait contente. M. Desfarges lui demanda un billet sur cette déclaration pour sa décharge, ce qu'il fit à Pondichéry (35).

Nous mîmes à la voile le 5 novembre, où je fus embarqué sur l'Oriflamme avec M. Desfarges. Les troupes furent dispersées sur quatre vaisseaux, savoir l'Oriflamme, le Siam et une petite frégate, aussi une barque à la Compagnie (36).

Nous arrivâmes à Malacca les fêtes de Noël où nous y demeurâmes quelques jours pour y acheter des vivres et faire de l'eau. M. Véret employa tout l'argent qui était venu sur l'Oriflamme, appartenant à la Compagnie, en étain et en poudre d'or. Après qu'il eut fait ses affaires, nous appareillâmes pour nous rendre à Pondichéry qui fut le 10 janvier, où nous trouvâmes M. du Bruant avec quinze ou seize soldats, qui y était arrivé huit jours devant nous, lequel s'était retiré de Mergui le jour de la Saint-Jean, ne pouvant garder la place qui restait [illisible] trop [illisible], et de plus n'ayant point d'eau, sur une frégate dont il s'était emparé dans le commencement de la révolution (37). MM. [mot rayé] et Chambiche (38) et autres officiers furent [illisible] cette retraite. M. Hiton, avec une bonne partie de sa compagnie, furent noyés par la chaloupe qui coula à fond. Ils mirent à la voile et furent aux îles de Tavoy où ils demeurèrent quelque temps avec un petit navire anglais qui était parti de Mergui. Mais le dit navire se laissa prendre par un vaisseau que le mandarin de Mergui avait fait armer pour courir après M. du Bruant, mais voyant que la dite île n'était propre pour y avoir des vivres, M. Beauregard, qui savait la langue du pays, conseilla à M. du Bruant de s'en aller mouiller dans une rivière qui est à la côte de Tavoy, appartenant au roi de Pégou. Ils y furent et entrèrent dans une rivière où M. de Beauregard, avec le père d'Espagnac, jésuite, furent à la ville. Mais ils furent fort étonnés à leur arrivée qu'on leur dît qu'il fallait aller à Siriam, capitale du pays, pour parler au roi, étant la coutume dans ce pays. Il en donna avis à M. du Bruant et lui dit de se retirer, ce qu'il fit, ayant trouvé beaucoup d'âpreté pour l'empêcher de sortir. À l'égard du sieur Beauregard, il est resté là avec le père d'Espagnac (39). M. du Bruant était parti du dit et courut beaucoup de dangers jusqu'à son arrivée à Bengale où il trouva des vaisseaux anglais qui le prirent, le prenant comme appartenant au [illisible] de Siam, et fut mené à Madras. Ne pouvant avoir aucune raison ainsi, il se rendit à Pondichéry, les Anglais lui ayant retenu vingt hommes et un lieutenant.

Nous trouvâmes à Pondichéry quatre navires, savoir la Normande, appartenant à Sa Majesté, qui était commandée par M. de Courcelles, la frégate nommé le Saint-Nicolas (40), capitaine [Saillot], et le caiche le Saint-Joseph (41), tous trois venant de Bengale, et le navire le Coche, capitaine le sieur d'Armagnan, venu de Mergui. Comme la Normande et le Coche étaient sur leur départ pour l'Europe, M. Desfarges fit assembler les sieurs du Bruant, Vertesalle et La Salle, commissaire, pour voir ce qu'il y avait à faire pour le bien de la Compagnie. M. Desfarges opina d'aller prendre Mergui, mais M. du Bruant dit qu'il était impossible de le garder, il fut donc résolu dans le Conseil que l'on irait prendre l'île de Jonsalan (42), et s'y établir. M. Desfarges fit faire la revue des troupes qui était de 330 hommes et 40 officiers, toutes troupes de terre. Il me dit qu'il fallait que je me tinsse prêt pour partir, m'ayant choisi pour être porteur des [illisible] de la révolution qui est arrivée dans le royaume de Siam, et me dit de dire à Mgr le marquis de Seignelay qu'il ne partirait pas de Pondichéry que les vaisseaux qu'il attendait d'Europe fussent arrivés audit lieu de Pondichéry et qu'il gardera M. de l'Estrille avec lui et enverra un vaisseau au détroit de la Sonde pour empêcher que les vaisseaux n'aillent à Siam. Ce sera un vaisseau de Siam qui ira. M. Véret dit qu'il n'avait laissé d'effets à Siam qui en valussent la peine, et y est resté 3 personnes pour y avoir soin de ce qui pourrait y être. Les pères jésuites sont pour défunt M. de Constance et les missionnaires contre. J'ai pris la déposition de l'ambassadeur et de l'otage qui ont déclaré que les gens qui travaillaient dans la place étaient gens d'Okphra Phetracha et qu'il avait toujours trois ou quatre mille hommes dans les bois de Bangkok et qui n'attendaient que ses ordres pour nous venir couper la gorge. Je lui demandai si M. Constance le savait ; il me dit que non. Je lui demandai si Okphra Phetracha savait que M. Desfarges dût monter à Louvo, il me dit que oui, qu'il l'attendait avec 15 000 hommes qui étaient dans les pagodes et les bois. J'apportai les dépositions de ces gens-là. M. La Salle, commissaire, et M. Ferreux (43), missionnaire, et François, l'interprète (44), y étaient. M. Ferreux parlait siamois aussi bien que lui. Je l'ai laissé à Pondichéry avec M. de Lionne et ses missionnaires qui ont passé avec nous.

Je m'embarquai le 17 février sur la Normande. M. Desfarges avait donné une lettre pour donner aux vaisseaux qu'il trouverait au Cap. Nous n'avions point appris qu'il y eût de guerre et nous ne n'avions point ouï parler du vaisseau le Lonray. J'espère qu'il sera arrivé à bon port, de la manière que je peux juger.

À l'égard de Pondichéry, on travaillait incessamment à le fermer d'une bonne muraille de six pieds de large par haut avec quatre bonnes tours, y étant même un homme de la part du prince pour faire avancer l'ouvrage. Ils le devaient achever en peu de temps. Je m'en devais retourner si Mgr le marquis de Seignelay l'avait jugé à propos et M. Desfarges lui écrivit que s'il envoyait des troupes, de me les faire voir. L'établissement de Joncelan, M. Desfarges ne l'a fait que pour faire plaisir à Mgr le marquis de Seignelay.

Nous arrivâmes le 26 avril au cap de Bonne-Espérance où nous avons été surpris, et entre le 4 et le 5 mai, le Coche arriva sur les 5 heures d'après midi, qui fut pris la nuit après avoir essuyé le feu de quatre vaisseaux. Le capitaine y fut tué, dépouillé et mené dans la forteresse, et deux mois après, le gouverneur nous dépouilla jusqu'à la chemise et nous fit embarquer dans [illisible] vaisseaux et en partîmes le 29 juin (45).

Je vous dirai qu'ils ont envoyé près de 80 hommes à Batavia desquels pas un n'a pas voulu prendre parti.

Nous sommes arrivés à Middelbourg le 29 octobre. On nous a mis dans les prisons à quatre sols par jour. Je vous supplie, Monsieur, de vouloir bien faire ce que vous pourrez pour me retirer d'un vilain endroit comme celui-ci.

Je vous prie de faire voir cela à Mgr le marquis de Seignelay puisque mes lettres sont interceptées. Si M. Allard qui est venu ici [illisible] eu le temps de rester ici, j'en aurais autant envoyé à Monseigneur. Il y a bien des choses que je n'écris pas. Quand j'aurai l'honneur de le voir, je lui dirai.

Des prisons de Middelbourg, ce 17 novembre 1689.

NOTES :

1 - Beauchamp ne donne aucune indication sur l'identité de son correspondant, toutefois le dernier paragraphe de sa lettre : Je vous prie de faire voir cela à Mgr le marquis de Seignelay, puisque mes lettres sont interceptées montre qu'il s'agit d'un personnage assez important pour avoir accès au cabinet du ministre de la marine. 

2 - Peut-être Gatien de Courtilz de Sandras (1644-1712), mousquetaire, puis homme de lettres, qui publia notamment de pseudo-Mémoires de d'Artagnan, dont s'inspira Alexandre Dumas pour ses Trois mousquetaires. 

3 - Philippe Le Valois, marquis de Villette-Mursay, baron de Mauzé, né en 1632 en Normandie et mort le 25 décembre 1707 à Paris, est un officier de marine et aristocrate français du XVIIe siècle. Il sert dans la Marine royale pendant les principales guerres menées par Louis XIV, guerre de Hollande, de la Ligue d'Augsbourg et de Succession d'Espagne, et termine sa carrière au grade de lieutenant général des armées navales et commandeur de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis. (Wikipédia). 

4 - La Loubère s'était rembarqué pour la France au commencement de janvier 1688, vraisemblablement le 2 ou le 3. Pour le départ de Bruant vers Mergui, la date du 3 février avancée par Beauchamp ne correspond pas à celle de l'Abrégé de ce qui s’est passé à Bangkok pendant le siège en 1688 (Archives Nationales, Col. C1/24 f° 140r°-171v°), qui la fixe au 17 février, date à peu près confirmée par le père Le Blanc qui écrit : M. du Bruant partit de Bangkok vers le milieu de février de la même année 1688. (Histoire de la révolution du royaume de Siam, 1691, II, p.  263). 

5 - Beauchamp épelle Suart. On trouve de multiples épellations de ce nom, Suard, Suhard, etc. Nous avons conservé Suhart, qui est conforme aux documents officiels rédigés à Versailles. 

6 - Desfarges faisait évidemment tout pour ne pas disperser ses troupes, comme le note le père de Bèze : Pour ce qui regarde la compagnie des gardes, comme le roi faisait de grandes instances pour les avoir, suivant le traité qui avait été fait, M. Constance obtint enfin de M. Desfarges, qu'au lieu de soixante hommes, on choisirait vingt-cinq jeunes cadets dans les troupes pour en faire une compagnie à cheval et que le fils de M. Desfarges les commanderait avec deux mille écus d'appointements. Mais on trouva encore moyen d'éluder cet accord, car M. Desfarges, ayant représenté que ces jeunes gens ne savaient pas monter à cheval et qu'il fallait les instruire avant qu'ils parussent en présence du roi, il demanda qu'on envoyât les chevaux à Bangkok pour y exercer les jeunes cavaliers et, sous prétexte qu'ils n'étaient pas encore instruits, il les retint toujours sans les vouloir envoyer. (Drans et Bernard, Mémoires du père de Bèze sur la vie de Constance Phaulkon, 1947, pp.  93-94). 

7 - Siam était le nom que les Français donnaient à la capitale Ayutthaya, toutefois, il semble que cela soit une erreur de Beauchamp, puisqu'il indique plus loin qu'il s'était rendu à Louvo (Lopburi). 

8 - Beauchamp orthographie Telipson. Nous avons rétabli l'épellation courante. Thale Chubson (ทะเลชุบศร) également appelé Prathinang Yen (พระตี่นั่งเย็น : la résidence fraîche) est un faubourg situé à environ trois kilomètres du centre de Lopburi où le roi Naraï avait fait construire un pavillon dans lequel il affectionnait de demeurer. 

9 - Le directeur du comptoir siamois de la Compagnie des Indes orientales. 

10 - Beauchamp orthographie Opra Pitratchard, nous avons rétabli l'orthographe courante. Voir au chapitre Les personnages la page consacrée à Phetracha

11 - Beauchamp orthographie Mom Pit. Nous avons rétabli l'épellation courante, Mom Pi (หม่อมปีย์) ou Phra Pi (พระปีย์), parfois appelé Prapié, Monpy, Monpi, etc. dans les relations françaises. Fils d'un courtisan, ce jeune garçon fut emmené très jeune au palais royal pour y exercer les fonctions de page et fut élevé par une sœur du roi Naraï. Toutes les relations s'accordent à reconnaître la tendresse quasi paternelle que le roi lui prodiguait et les privilèges exceptionnels dont il jouissait. 

12 - Sur l'histoire des frères du roi, on se reportera au passage qui leur est consacré dans les Mémoires du père de Bèze

13 - Cette date ne correspond ni à celle donnée par le même Beauchamp dans la relation manuscrite 8210, qui mentionne début avril, ni à celle indiquée par le père de Bèze, qui place la mort du fils cadet de Phaulkon, Signor Juan, ou João, peu après le départ de La Loubère, c'est-à-dire dans la première quinzaine de janvier. 

14 - L'officier Le Roy, dans la relation manuscrite 8210, qui arriva sur les dix heures du soir à Louvo, donna sa lettre à M. Constance, qui après l'avoir lue, lui dit de s'en retourner, de dire à M. Desfarges de monter, qu'il n'y avait rien à craindre, et que le roi n'était point mort. 

15 - Le sieur Dacieux (ou d'Assieu), capitaine. 

16 - Abraham Le Royer, l'un des quatorze jésuites mathématiciens envoyés au Siam par Louis XIV à la demande du roi Naraï. Après le départ du père Tachard, il devint le supérieur de la communauté. 

17 - René Charbonneau (vers 1643-1727), souvent appelé Frère René dans les lettres des missionnaires, n'était pas prêtre, mais auxiliaire laïc des Missions Étrangères. Il se maria au Siam et fut quelque temps gouverneur de Phuket. La Loubère l'évoque dans son ouvrage Du royaume de Siam (1691, I, pp.  351-352) : Il y a quelques années que le roi de Siam voulant faire faire un fort de bois sur la frontière du Pégou, n'eut pas de plus habile homme à qui il pût en commettre le soin qu'un nommé frère René Charbonneau, qui après avoir été valet de la Mission de Saint Lazare à Paris, avait passé au service des Missions étrangères et était allé à Siam. Frère René, qui pour toute industrie savait faire une saignée et donner un remède à un malade (car c'est pas de pareils emplois de charité, et par des présents que les missionnaires sont soufferts et aimés en ces pays-là) se défendit tant qu'il put de faire ce fort, protestant qu'il n'en était pas capable ; mais il ne put enfin se dispenser d'obéir, quand on lui eut témoigné que le roi de Siam le voulait absolument. Depuis, il a été trois ou quatre ans gouverneur de Jonsalam [Phuket] par commission, et avec beaucoup d'approbation ; et parce qu'il voulut retourner à la ville de Siam auprès des parents de sa femme, quand sont Portugais, le sieur Billi, maître d'hôtel de M. de Chaumont, lui succéda dans l'emploi de Jonsalam. 

18 - Ce M. de Fretteville (ou de Fréteville) était l'un des douze gentilshommes que le chevalier de Chaumont avait emmenés au Siam lors de son ambassade de 1685. Il voyageait sur l'Oiseau avec le père Tachard qui évoque dans sa relation M. de Fretteville, ancien garde de la marine qui a été élevé page de la Chambre du roi. (Voyage de Siam des pères jésuites, 1686, p.  24). C'était donc son deuxième séjour dans le royaume, qui fut également le dernier, car il mourut dans un étrange accident. L'Abrégé de ce qui s’est passé à Bangkok pendant le siège en 1688 (op. cit. f° 161v°) indique : Le 3, M. de Fretteville se noya en sortant de Siam entre quatre et cinq heures du soir. Il avait fait son bonjour [communié], ce qui lui arrivait plusieurs fois la semaine. Dans la relation manuscrite 8210, Beauchamp donne davantage de détails : Le chevalier de Fretteville, qui avait été chargé des diamants dont j'ai parlé, alla voir Mme Constance, à qui il rendit ce qu'il lui avait pu sauver. Deux jours après, comme il sortait d'un des vaisseaux où tous les officiers allaient et venaient se promener et qu'il fut sur la planche d'où je ne faisais que de sortir, le vaisseau venant à éviter par un coup de marée laissa la planche de son côté qui tomba dans l'eau, le chevalier de Fretteville avec elle, que l'on ne revit plus au moment qu'il fut dans l'eau. (Op. cit. f° 555v°-556r°). Compte-tenu du contexte trouble, de la coïncidence de cet accident avec l'arrivée de Mme Constance à Bangkok et des cupidités exacerbées par ses bijoux, on peut se demander si cet accident n'avait pas été un peu provoqué, et dans quelle mesure Beauchamp lui-même n'avait pas un peu aidé Fretteville à tomber dans l'eau... Le très probe chevalier, qui semble bien avoir été la seule personne honnête au milieu de cette brochette de canailles, aurait été un témoin fort embarrassant s'il avait éventé la moindre filouterie du major. 

19 - Il s'agissait du chevalier Desfarges, fils cadet du général. 

20 - Né en 1662, le fils de Phetracha, Naï Dua, devenu Luang Sorasak, (หลวงสรศักดิ์) est décrit par Wood (A History of Siam, 1924, p.  224 et suiv.) comme un jeune homme violent et agressif. Sous l'empire de la colère, il aurait même cassé deux dents à Phaulkon d'un coup de poing. Élevé au rang de Maha Upparat (มหาอุปราช), il succédera à son père sur le trône en 1703, sous le surnom de Roi-tigre (Phra Chao Sua : พระเจ้าเสือ) pour un règne peu glorieux. 

21 - Okluang Kanlaya Ratchamaïtri (ออกหลวงกัลยาราชไมตรี), qu'on appelait en France Uppathut (second ambassadeur). 

22 - D'autres relations prétendent qu'on attacha la tête de Mom Pi au cou de Phaulkon, ce qui était la manière ordinaire de punir les criminels en attachant à leur cou la tête de leur complice. 

23 - L'indisposition de Louis Laneau était sans aucun doute diplomatique. C'est ce qu'indique clairement le père Le Blanc (Histoire de la révolution du royaume de Siam, 1692, I, p.  168) : M. de Métellopolis, qui jugeait autrement de ces nouveautés, prétexta une indisposition pour ne point aller à Louvo. On y appela M. l'abbé de Lionne, nommé évêque de Rosalie. 

24 - Okphra Visut Sunthon (ออกพระวิสุทธิสุนทร) dit Kosapan (โกษาปาน). Voir au chapitre Les personnages la page qui lui est consacrée : Kosapan

25 - On ignore la date exacte de cet incident qui causa la mort de l'ingénieur Bressy. Dans la relation de La Touche, rapportée par Robert Challe, on peut lire : (...) il y avait à Louvo six officiers français qui sont MM. les chevaliers Des Farges, de Fretteville, Beauchamp, de Lasse, Des Targes et Saint-Vendry [Saint-Vandrille], et un ingénieur nommé de Bressy [parfois de Brécy], lesquels, depuis que M. Constance avait été arrêté, n'avaient pu obtenir la licence de s'en retourner à Bangkok, et quoiqu'ils fussent bien traités, ils ne laissaient pas de craindre dans la suite un pareil ou plus méchant sort que les chrétiens. C'est pourquoi ils se résolurent de tenter le hasard pour se sauver, et pour cet effet, ils se mirent en chemin de nuit pour se rendre à Siam, faisant leur compte qu'y étant arrivés, ils prendraient un balon au comptoir de la Compagnie pour les porter à Bangkok. C'était à la vérité une entreprise de jeunesse : elle aurait été approuvée si elle avait réussi, mais il faut remarquer que de Louvo à Siam il y a quatorze grandes lieues, que tout le pays est presque inondé dans un temps pareil ; que de Siam à Bangkok il y a trente lieues et tout le bord de la rivière rempli de corps de garde, de sorte qu'il ne pouvait passer un balon, de nuit ni de jour, qu'il ne fût arrêté et visité. Mais ils furent exempts de tous ces embarras, car le lendemain à la pointe du jour, ils se trouvèrent environnés de plus de huit à neuf cents hommes, tant cavalerie qu'infanterie, que Phetracha avait envoyé après eux, ayant eu avis de leur fuite. Ces six messieurs ne trouvèrent point d'autre parti à prendre que de se bien défendre si on les approchait et qu'on voulût les insulter, de sorte qu'un mandarin jugeant de leur dessein à leur posture s'approcha seul d'eux pour leur dire qu'il ne venait pas après eux pour leur faire du mal, mais bien par ordre du roi pour les ramener à Louvo. Ils se rendirent à ces belles paroles, la partie d'ailleurs n'étant pas égale. Ils furent ce jour-là traités avec assez de douceur et d'honnêtetés, mais le lendemain, comme ils ne se tenaient plus sur leurs gardes, ne se méfiant de rien, les Siamois les ayant tous surpris, les dépouillèrent tout nus, les attachèrent à la queue de leurs chevaux, et les maltraitèrent si fort que le sieur de Bressy, ingénieur, mourut par le chemin de la fatigue, et que peu s'en fallut que les autres n'en fissent autant et ne payassent de leur vie leur tour de jeunesse, ayant beaucoup souffert. (Cité par Popin et Deloffre, Journal du Voyage des Indes orientales de Robert Challe, 1998).

Quelques années plus tard, dans une lettre du 27 décembre 1693 adressée à Jacques de Brisacier, le directeur du séminaire des Missions Étrangères, Kosapan, devenu phra khlang [sorte de Premier ministre] de Phetracha, donnera la version siamoise de cet incident : De plus, les fils de M. le général et les autres officiers qu'il avait laissés à Louvo pour gage de sa parole, étant allés se promener à cheval comme ils faisaient quand ils le désiraient, s'enfuirent et voulurent se rendre à Siam, et ne sachant pas que c'était les enfants de M. le général, ni des officiers français, mais croyant voir là quelques Anglais et gens de la faction de M. Constance, les poursuivirent, se saisirent de plusieurs d'entre eux qui s'étaient déjà embarqués sur la rivière et de plusieurs qui étaient encore à terre ; les ayant attachés, elles les ramenèrent à Louvo. Aussitôt que les mandarins eurent connus que ce n'étaient pas des gens de la faction de M. Constance, mais les enfants de M. le général avec les officiers français, ils les firent détacher, et leur donnèrent des hommes qui eussent soin de les traiter et nourrir, comme auparavant, dans leur maison. Il est vrai que l'ingénieur, se voyant poursuivi et pressé par les sentinelles, donna plus de peine à prendre que les autres ; mais après avoir bien couru de côté et d'autre, étant extrêmement fatigué, il s'arrêta pour se reposer ; aussi il tomba comme évanoui ; on fit ce qu'on put pour le soulager, mais les remèdes qu'on lui donna furent inutiles : il mourut. (Cité par Launay, Histoire de la mission de Siam), I, p.  285). 

26 - La date est erronée. La Pentecôte tombait cette année-là le dimanche 6 juin. Elle est en revanche correctement indiquée dans la relation 8210. 

27 - Jean Vollant des Verquains, architecte, auteur d'une Histoire de la révolution de siam arrivée en l'année 1688 qu'on pourra lire sur ce site : Histoire de la révolution de siam arrivée en l'année 1688 qu'on pourra lire sur ce site. 

28 - Beauchamp orthographie Saint Qri. On trouve différentes épellations selon les relations : Saint-Crist, Saint Cric, Saint-Cri, Saint-Cry, Saint-Criq, etc. Nous avons retenu l'orthographe des documents officiels. 

29 - C'était le mode d'exécution traditionnel des personnes de sang royal, dont on ne pouvait faire couler le sang. Enfermé dans un sac de velours rouge, le supplicié était assommé et tué à coup de bûches de bois de santal. 

30 - Plus précisément un chang (ชั่ง) d'argent, c'est-à-dire un lingot d'argent d'un peu plus de 600 grammes et qui valait 50 écus, soit 150 livres. 

31 - Ce traité de capitulation a été reproduit dans l'ouvrage d'Adrien Launay Histoire de la Mission de Siam (1920, I, pp.  217 et suiv.). On pourra le lire ici : Papier de répondance

32 - Maria Guyomar de Pinha (nom souvent francisé en Marie Guimard), la veuve de Phaulkon, que les Siamois appelaient Thao Thong Kip Ma (ท้าวทองกีบม้า), était fille d'un portugais des Indes et d'une japonaise. Elle avait donc à la fois des racines bengali, portugaises et japonaises. 

33 - Le vaisseau du roi l'Oriflamme, commandé par M. de l'Estrille, était parti de France le 19 janvier 1688 et amenait au Siam un renfort de 200 hommes, dont beaucoup avaient péri pendant la traversée. L'opinion de Beauchamp sur la qualité de ces soldats était partagée par François Martin, qui confirmait dans ses Mémoires la manière habituelle par laquelle on recrutait alors les troupes et les équipages - quelques chopines d’eau-de-vie, de vagues promesses de gloire et de fortune et une croix tracée au bas d’un engagement que nul ne savait lire - et évoquait ainsi cette « canaille » : c’était des misérables qu’on avait pris gueusant aux ports de France et qui avaient été embarqués de force sur le navire l’Oriflamme et à qui l’on n’avait pu faire perdre dans les exercices où l’on avait tâché de les dresser la contenance de ce qu’ils avaient été (Mémoires de François Martin, 1934 III, p. 343). Le navire avait fait escale à Batavia, mais les Hollandais, parfaitement informés de ce qui se passait au Siam, n'en avaient pas averti les Français qui ignoraient tout de la situation politique dans le royaume, et qui faillirent tomber dans un piège. 

34 - D'après la carte du cours du Ménam figurant dans la relation de La Loubère, il y avait deux tabanques (sortes de postes douaniers), l'une à l'embouchure du fleuve (celle dont parle ici Beauchamp), et l'autre quelques kilomètres avant Ayutthaya.

Image Emplacement des deux tabanques sur le Ménam. (Relation de La Loubère). 

35 - Cette révolution était une aubaine pour Véret, qui avait tout intérêt à la disparition des traces de ses malversations. Lanier mentionne des Ordres du Roy des 20 mars et 22 décembre 1689 qui ordonnent son rapatriement (Étude historique sur les relations de la France et du royaume de Siam de 1662 à 1703, 1883, note p.  171) : Quant au fripon Véret, la Compagnie ne put obtenir de lui qu'il rendît ses comptes. Il n'avait pas pris une part si active à la chute de Constance et à la révolution de Siam pour en revenir les mains nettes. Ordre fut donné par le roi à Martin de saisir ses papiers, effets, d'informer contre lui, de le saisir et de le ramener en France. 

36 - La petite frégate était le Louvo. La quatrième embarcation était une barque appelée le Rosaire. Selon Beauchamp, cette barque appartenait à Véret. C'était peut-être celle que François Martin appelait la Vérette dans ses Mémoires (III, p.  27) ; toutefois d'après l'auteur anonyme de l'Abrégé de ce qui s'est passé à Bangkok pendant le siège en 1688 (Archives Nationales, Col. C1/24 f° 165v°-166r°), cette embarcation aurait également été celle qui fut sérieusement endommagée, voire détruite par une ou deux explosions lors de l'épisode de Saint-Cricq, et il est peu vraisemblable qu'elle ait pu être remise en état si vite pour faire un aussi long voyage. Peut-être faut-il davantage croire Vollant qui indique qu'il s'agissait d'un petit bâtiment qui, faisant voile à l'île de Bornéo et ayant été obligé de relâcher, était venu mouiller au pied de Bangkok deux jours avant la déclaration de la guerre. (Histoire de la révolution de Siam, 1691, p. 88). 

37 - Une frégate siamoise rebaptisée le Mergui par les Français. 

38 - Beauchamp orthographie : Jambije. Le père Le Blanc relate la débâcle de la garnison de Mergui assaillie par les Siamois et la débandade au moment de l'évacuation, qui causa de nombreuses victimes : L'on fit agréer les deux bâtiments dont on s'était assuré dans le port, l'on y mit des vivres, de l'eau et des munitions, l'on donna l'argent du trésor à porter aux soldats, et l'on sortit du fort en bon ordre, le 24 juin, fête de saint Jean-Baptiste, après qu'on eut encloué le canon qu'on y laissait, appartenant aux Siamois. Les ennemis prirent cette retraite pour une sortie qu'on faisait sur eux, et s'enfuirent bien loin, laissant aux nôtres le passage libre jusqu'à la mer.

Mais il arriva qu'en descendant la hauteur dont la pente est rapide, et la terre étant alors humide et glissante, quelques soldats rompirent leur rang et tombèrent les uns sur les autres. Ceux-ci étant la plupart chargés d'armes, d'argent et de munitions ne purent soutenir contre ces premiers désordres et se laissèrent entraîner. Ainsi, une partie des troupes se débanda malgré les efforts que firent le commandant et les officiers pour arrêter la fuite et rétablir les rangs. Les ennemis aperçurent le désordre des nôtres et en conjecturèrent qu'ils avaient peur. J'ai déjà remarqué ailleurs que cette nation fuit toujours devant ceux qui la poursuivent et poursuit ceux qui fuient. Ils sont attaqués par les Siamois.

La frayeur de nos soldats leur donna de la hardiesse. Ils vinrent fondre sur eux avec des sagaies et des sabres. Les capitaines Du Halgouët et de Launay soutinrent leurs efforts pour donner aux nôtres le temps de s'embarquer, par les ordres de M. du Bruant qui fit partout le devoir de commandant et de soldat. Nous perdîmes là le commissaire Chambiche et quelques soldats qui demeurèrent dans la vase, parce qu'ils étaient trop chargés d'argent. Le sieur Hiton, brave officier, fut noyé, et avec lui une partie de sa compagnie dans une chaloupe qui coula bas ; le reste s'embarqua heureusement. Comme on n'avait pas pu enclouer le canon du fort de l'Étoile, les ennemis s'en servirent pour tirer sur les deux vaisseaux, où ils tuèrent encore dix ou douze hommes. (Histoire de la révolution du royaume de Siam, 1692, II, pp.  295 et suiv.). 

39 - Ce jeune cadet était arrivé au Siam en 1685 avec l'ambassade de Chaumont, et y était resté. Forbin lui avait confié le commandement des troupes siamoises de la forteresse de Bangkok, et Phaulkon l'avait fait gouverneur de Bangkok, puis de Mergui. Voir sur ce site la page qui lui est consacrée : Beauregard

Mais cette fin tragique est indirectement contredite par Voltaire, qui – autant qu'il s'en souvienne à l'âge de 58 ans – évoque l'officier dans une lettre à M. Roques écrite en avril ou octobre 1752 : C'est un de mes parents nommé Beauregard, qui avait défendu la citadelle de Bangkok sous M. de Fargue [Desfarges], autant qu'il m'en souvient, de qui je tiens l'aventure de la veuve de Constance. (Œuvres complètes, Garnier, 1880, vol.37, V, p.  502). Cette affirmation – si elle est exacte – pourrait laisser penser que Beauregard, avant de regagner la France et de faire des confidences à Voltaire, son parent, était revenu quelque temps au Siam et y avait été témoin du sort réservé à Mme Constance. 

40 - Le Saint-Nicolas, de 150 tonneaux, construit par la Compagnie sur le chantier de Lorient, parti du Port-Louis le 13 octobre avec une cargaison de 150 000 L.; arrivé à Pondichéry le 4 juin 1688. Ce petit navire était destiné à rester aux Indes pour le service d'un comptoir à l'autre. Le 3 mars 1689, il quitta Pondichéry pour le comptoir du Bengale, puis il passa sur les côtes du Siam, revint au Bengale et à Pondichéry le 11 février 1690. Il en repartit aussitôt pour la France, toucha au Brésil, à la Martinique, et arriva à Roscoff le 5 mars 1691, avec une cargaison de 58 078 L. (Jules Sottas,Histoire de la Compagnie royale des Indes orientales, 1664-1719, 1905, p.  107). 

41 - Un caiche, ou ketch, ou encore quaiche, était un petit bâtiment qui a un pont, qui porte une corne, qui est mâté en fourche, comme le yacht ou le heu. (Aubin, Dictionnaire de marine, 1702, p.  646). Le Saint-Joseph assurait les communications entre les comptoirs des Indes et le Siam. 

42 - Aujourd'hui Phuket (ภูเก็ต), dans le sud-ouest de la Thaïlande. L'expédition de Phuket fut un fiasco complet. L'île était couverte de marais et ne présentait d'ailleurs pas grand intérêt. Julien Sottas la relate ainsi (op. cit., p.  154) : Cependant, Desfarges avait erré pendant plus de trois mois avec ses navires avant d'atteindre l'île Jonsalam : la quèche le Saint-Joseph, partie deux mois après lui, était passée à cette île, avait même poussé jusqu'à Mergui sans le rencontrer, et était rentrée à Pondichéry le 23 novembre. Ne pouvant se maintenir à Jonsalam, où il avait fort heureusement reçu des vivres par le Saint-Nicolas que Boureau-Deslandes avait envoyé d'Ougly, Desfarges prit le parti de passer à Balassor avec le Saint-Nicolas et ses propres navires. Enfin, le 11 février 1690, arrivaient à Pondichéry, le Lonray et le Saint-Nicolas, chargés de marchandises du Bengale et l'Oriflamme portant les troupes de Desfarges. Les navires de Siam étaient restés à Balassor. Ces trois premiers navires repartirent immédiatement pour la France en passant par le Brésil et la Martinique. Nous savons que le Lonray et le Saint-Nicolas seuls rentrèrent en France en 1691, et que l'Oriflamme périt dans un combat contre un navire anglais, au débouquement des îles d'Amérique. Selon d'autres auteurs, dont Paul Kaeppelin (La Compagnie des Indes orientales et François Martin, 1908, p. 223), l'Oriflamme coula au large de la Bretagne, sans doute dans une tempête : Rien ne fut donc changé, en pratique, dans le commerce de la Compagnie et si l'année 1690 avait été désastreuse sous tous les rapports, la situation s'améliora en 1691 par le retour de plusieurs vaisseaux : les Jeux revinrent le 6 février de Surate, le Lonray et le Saint-Nicolas le 1er et le 5 mars, de Siam et de Coromandel avec les débris de l'expédition Desfarges ; l'Oriflamme qui en était parti avec eux périt le 27 février sur les côtes de Bretagne. 

43 - Pierre Ferreux (1657-1698). On pourra consulta une biographie de ce missionnaire sur le site des Missions Étrangères de Paris : Pierre Ferreux

44 - François Pinheiro, fils de Vincent Pinheiro, tous deux interprètes des missionnaires. 

45 - Le Journal de la Compagnie hollandaise du Cap du 13 mai 1689 rapporte un début de complot entre les prisonniers français et un compatriote au service de la VOC (Hendrik Leibbrandt, Rambles through the Archives of the Colony of the Cape of Good Hope, 1688-1700, 1887, pp. 34-35) : Jean de la Motte, un soldat français en garnison dans cette place, révéla un complot fomenté par Ludovic, un autre soldat français, et les prisonniers français capturés sur la Normande et le Coche. Ludovic leur avait dit que tout le monde était terrifié en voyant l'escadre arriver sous le commandement du général Desfarges et de M. de Vaudricourt ; qu'ils vivaient tous dans une grande discorde les uns avec les autres ; qu'il y avait des noirs prêts à trahir le Cap ; que les gens ici voulaient s'entretuer ; que le pays était très beau et plus riche qu'on ne le pensait ; que ceux qui l'attaqueraient n'auraient pas besoin d'adhérents et qu'il y aurait moins de résistance qu'on ne le croyait ; que les prisonniers devaient essayer de s'établir sur l'isthme entre la Table et False Bays, où ils pourraient chasser et avoir un air plus frais ; que Ludovic avait demandé à La Motte de fournir aux officiers français un encrier ; qu'un certain capitaine français lui avait une fois donné trois ou quatre joyaux à vendre ; qu'il avait échangé un de ses vêtements contre autre chose ; que Ludovic pouvait voir librement les officiers quand il le souhaitait, et qu'il avait déclaré que lui seul, et personne d'autre, ne serait autorisé à pénétrer à l'intérieur des terres avec eux, et qu'il avait tenté de convaincre La Motte d'entrer dans le complot, etc. Le secrétaire Grevenbroek fut horrifié d'apprendre tout cela et le signala à l'administrateur de Man, ainsi qu'au gouverneur, qui était alors à bord de l'un des navires capturés. Ludovic fut discrètement arrêté et interrogé, et tous les prisonniers soldats français à terre et à bord furent étroitement enfermés. 

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