Mémoire des présents du roi de Siam
au roi de France

Mémoire des présents

Présents de M. Constance au roi

Porcelaines

Présents du roi de Siam à Monseigneur

Outre cela il y a quatre-vingt quatre pièces de porcelaine, tant grandes que petites, toutes très belles.

Présents que la princesse reine de Siam
envoie à Mme la Dauphine.

Il y a outre cela six cent quarante pièces de porcelaines très belles.

Présents que la princesse reine de Siam
à Monseigneur le duc de Bourgogne.

Il y a outre cela trente-deux petites pièces de porcelaines.

Il y a un autre pareil présent pour Monseigneur le duc d'Anjou de la part de la princesse reine de Siam.

Présents de M. Constance
à M. le marquis de Seignelay.

Il y a outre cela 190 porcelaines, tant grandes que petites, toujours belles, et quelques-unes fort anciennes.

Il y a un autre présent pareil pour M. le marquis de Croissy de la part de M. Constance.

Je ne marque point aussi les présents qu'on a fait à M. l'ambassadeur et à M. l'abbé de Choisy, qui ont été fort magnifiques (17).

EXTRAIT DES MÉMOIRES POUR SERVIR A L'HISTOIRE DE LOUIS XIV de l'abbé de Choisy :

Un mois après que je fus arrivé à Paris, les ambassadeurs du roi de Siam y arrivèrent. Le roi les fit défrayer partout, et leur donna audience dans la grande galerie de Versailles. On y avait élevé un trône magnifique. Ils firent une fort belle harangue, que l'abbé de Lionne, missionnaire, expliqua en français. Ils marquèrent au roi des respects qui allèrent presque jusqu'à l‘adoration ; et en s'en retournant ils ne voulurent jamais tourner le dos, et allèrent à reculons. Les présents qu'ils avaient apportés étaient rangés dans le salon au bout de la galerie. M. de Louvois, qui n'estimait pas beaucoup les choses où il n'avait point de part, les méprisait extrêmement. « M. l'abbé me dit-il en passant, tout ce que vous avez apporté là vaut-il bien quinze cents pistoles ? » – « Je n'en sais rien, monsieur, lui répondis-je le plus haut que je pus, afin qu'on m'entendit ; mais je sais fort bien qu'il y a pour plus de vingt mille écus d'or pesant, sans compter les façons ; et je ne dis rien des cabinets du Japon, des paravents, des porcelaines. » Il fit en me regardant un sourire dédaigneux, et passa. Quelqu'un apparemment conta au roi cette belle conversation car dès le soir même, M. Bontemps me demanda de la part de sa Majesté si ce que j'avais dit à M. de Louvois était bien vrai. Je lui en donnai la preuve en lui donnant un mémoire exact du poids de chaque vase d'or, et je l'avais fait faire à Siam avant que de partir. Je suis persuadé qu'on le vérifia dans la suite. Cette bagatelle ne laissa pas d'irriter M. de Louvois contre moi : il ne m‘aimait pas déjà, parce que j'étais des amis du cardinal de Bouillon, sa bête.

NOTES

1 - Ces canons ne restèrent pas dans les magasins de l'État. Le 13 juillet 1789, les sans-culottes pillèrent le garde-meuble de la Couronne et y prirent les armes qui s'y trouvaient, dont les deux canons du roi de Siam. Le lendemain, ces canons furent mis à contribution pour la prise de la Bastille. 

2 - Alliage d'or et de cuivre. Voir sur ce site l'article qui lui est consacré : Le tambac

3 - Sorte d'arme qui est un bâton garni d'une pointe de fer et se lance avec la main. (Littré). 

4 - Vase où l'on prépare le chocolat pour le prendre en boisson. (Littré). 

5 - Ou gargouillettes : sortes de vases. 

6 - D'après La Loubère, les bandèges étaient des plateaux à bords relevés, sans pied. Selon Nicolas Gervaise, ce sont des guéridons fort bas, et beaucoup plus larges que les nôtres, leurs bords sont de la hauteur de cinq ou six pouces afin que ce qui est servi dessus ne soit point sujet à tomber par terre. (Histoire Naturelle et Politique du Royaume de Siam). 

7 - On appelle feuille chaque partie d'un paravent qui se replie. (Littré). 

8 - Le bézoard est une concrétion calculeuse qui se forme dans l'estomac, les intestins et les voies urinaires de certains animaux, autour de laquelle se forment des couches concentriques. Lorsqu'il atteint ou dépasse la grosseur d'un œuf de poule, le bézoard constitue un objet d'immense valeur. C'est la grande curiosité du XVIe siècle, d'autant plus que la découverte du Nouveau Monde en a fait connaître de nouvelles espèces. Au XVIIe siècle, on distingue le bézoard oriental, connu en Europe depuis le XIIe siècle comme un excellent remède contre les poisons, du bézoard occidental provenant d'Amérique. Ce dernier est souvent de taille plus importante mais moins efficace sur le plan curatif. Pour l'usage médical le bézoard est broyé en poudre et ingurgité. Même réduit en poudre il vaut extrêmement cher. On explique les vertus médicales du bézoard par le fait que les animaux chez lesquels il se forme consomment de grandes quantités d'herbes vénéneuses et fabriquent ainsi le précieux antidote concentré dans le calcul. Dans les cabinets princiers ils sont parfois ornés de monture d'or ou d'argent comme par exemple ceux de la collection de Rodolphe II à Prague. (Antoine Schnapper, Le géant, la licorne, la tulipe : Collections françaises au XVIIe siècle, Paris, Flammarion, 1988). 

9 - Du fer, un alliage de cuivre et d'or, du bois, un étui, peut-être une arme, un couteau, un sabre, une épée ? Merci à qui pourra m'apporter des éclaircissements. 

10 - Sans doute une sorte de bouilloire. 

11 - Le Complément du dictionnaire de l'Académie française de 1881 donne pour définition : Espèce de mets chinois. On n'est guère plus avancé, et l'on peut penser que les doctes académiciens ont déduit cette définition du contexte. Il s'agit très vraisemblablement de ginseng, que l'abbé de Choisy évoque dans son Journal du 12 février 1686 : Le ginseng est une petite racine qui croît à la Chine dans la province de Hounlam-fout-chouan et dans celle de Couli. Il n'y en a point en aucun autre lieu du monde. Son principal effet est de rectifier le sang et de rendre les forces à ceux qui les ont perdues. On met de l'eau dans une tasse, on la fait bouillir à gros bouillons ; on jette dedans les racines de ginseng qu'on a coupées par petits morceaux, on couvre bien la tasse afin de faire infuser le ginseng, et quand l'eau est devenue tiède, on l'avale seule dès le matin avant que d'avoir mangé. On garde le ginseng et le soir on fait bouillir de l'eau encore une fois, mais on n'en met que la moitié de la tasse : on y jette le même ginseng, on couvre la tasse, et quand l'eau est assez froide, on la boit. Ensuite on fait sécher le ginseng au soleil et si l'on veut, on peut encore le faire infuser dans du vin et en user. On met la quantité de ginseng à proportion de l'âge de la personne qui s'en doit servir. Depuis dix ans jusqu'à vingt on en prend chaque fois le poids de la moitié d'un foang ; depuis vingt jusqu'à trente, le poids d'un foang et demi ; depuis trente jusqu'à soixante et dix et par-delà, le poids d'un mayon : on n'en prend jamais davantage. 

12 - Patane était une forme du nom de Patani, royaume tributaire du Siam. Mingal est assez obscur, peut-être une déformation de Malacca ? 

13 - D'échantillon. 

14 - Étoffe de laine légère, déformation de Cachemire

15 - Le bois d'aloès. On trouve également calambac, calambar, calambour, calambouc, etc. Le bois de Calamba est aussi cher dans l'Inde que l'or même. Son odeur est exquise ; c'est un excellent cordial dans l'épuisement ou la paralysie. (C. Malte-Brun, Précis de la géographie universelle, 1835). 

16 - Il y a manifestement une confusion paronymique avec Meaco, mot japonais qui signifie capitale et désignait Heian-kyō, capitale impériale du Japon entre 794 et 1868. Meaco correspondait au centre ville actuel de Kyoto.

Vue et description de Meaco, capitale du Japon avec d'autres particularités du pays. 

17 - Il faut également mentionner les deux éléphants qui durent demeurer au Siam, faute de place dans les deux vaisseaux déjà surchargés. 

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