Blason de la famille Des Werquains, d'azur à un chevron d'or, accompagné en chef de demi-vols d'argent et en pointe de trèfle de même.

L'architecte, ingénieur et officier Jean Vollant des Verquains (ou des Werquains, ou encore des Verquins) nous a laissé plusieurs documents majeurs sur les événements de Siam de 1688. Citons notamment une Histoire de la Révolution de Siam arrivée en l’année 1688 (1), un manuscrit inédit, anonyme, mais très certainement de sa main, conservé à la Bibliothèque Nationale (2), et une Lettre du 17 novembre 1689 écrite de la prison de Middelbourg, en Hollande (3).

Né vers 1658, Jean Vollant était l'un des fils de Simon des Verquains, architecte qui collabora, sous la direction de Vauban, à l'édification de la Porte de Paris à Lille. On trouve son nom dans la Liste des Officiers choisis par le Roi pour commander les Compagnies d'Infanterie que Sa Majesté envoie à Siam datée de Versailles, le 14 février 1687 (4), où il apparaît comme capitaine de la 11ème compagnie. Les Lettres de chevalier pour Jean Volant, sieur Desverquains signées par Louis XIV en juillet 1699 indiquaient : … l'ayant envoyé au royaume de Siam en qualité de notre ingénieur en chef et de commandant de l'une de nos douze compagnies d'hommes d'armes que nous avons envoyées audit royaume, il a donné en toutes occasions des preuves de son application, de son expérience et de son zèle pour notre service (5). Car l'homme était brave, s'étant trouvé à plusieurs sièges considérables et entre autres à celui de Luxembourg où il a reçu plusieurs blessures en donnant des marques de son courage (6).

Brave, mais orgueilleux, ambitieux, autoritaire, âpre au gain, sans doute légèrement caractériel, et nous dirions aujourd'hui magouilleur. Dans le panier de crabes que formaient les Français au Siam, tant officiers que civils ou prêtres, Vollant des Verquains ne déparait pas. Dès son arrivée dans le royaume, tout gonflé de son titre d'ingenieur en chef, s'érigeant en Monsieur de Vauban (7), il accabla de sarcasmes et de reproches l'architecte La Mare, que le chevalier de Chaumont avait laissé au Siam deux ans auparavant pour fortifier les principales places du royaume et en priorité Bangkok. Il est vrai que si La Mare avait multiplié les plans, les études et les projets, les travaux n'étaient guère avancés. Ils n'avancèrent pas davantage sous la houlette de Vollant, si l'on en croit l'officier Beauchamp, qui le détestait : M. Desfarges fut fort surpris d'apprendre à son retour que Vollant, ingénieur, s'amusait à faire des maisons de plaisance ; qu'il débauchait sous main des ouvriers de la place ; qu'il en avait tiré jusqu'à trente en un seul jour ; qu'il avait fait démolir en partie une très belle maison que les missionnaires lui avaient prêtée pour la rendre plus spacieuse, comme aussi il en avait fait bâtir une entière à un quart de lieue de celle-là sur le bord de la rivière, à quatre pavillons, avec une grand ménagerie, ce qui fut cause que les Siamois qui travaillaient à Bangkok se plaignirent de lui à M. Desfarges, sur ce qu'il leur enlevait leurs travailleurs. Ce fut sur ces plaintes et sur ce que M. Desfarges s'aperçut qu'ils n'étaient plus si assidus aux travaux, qu'il lui dit qu'il ne prétendait pas qu'il quittât les travaux du roi pour bâtir des palais ; qu'il devait se ressouvenir que, manque d'application, les fortifications qu'il conduisait de la place ne valaient rien : que le batardeau qu'il avait fait construire pour retenir l'eau dans les fossés s'était éboulé, en un mot qu'il voulait qu'il fît ce qu'il était obligé de faire ; que ce n'était pas ainsi qu'on gagnait l'argent du roi, et que s'il continuait il en écrirait à la Cour. Vollant lui répondit brusquement qu'il s'en souciait fort peu et qu'il en écrirait aussi. M. Desfarges, indigné d'une telle réponse, le mit lui-même en prison, où il ne demeura que deux heures, parce qu'il pria le sieur de la Salle, commissaire, de dire à M. Desfarges qu'il lui demandait pardon et qu'il tâcherait de le mieux contenter à l'avenir (8). Édifiant aperçu, parmi bien d'autres, du climat délétère qui régnait au sein de la garnison française.

Michel Jacq-Hergoualc'h, qui énumère les travaux de Vollant au Siam, ne se montre pas tendre envers l'ingénieur : L'homme semble avoir été d'un orgueil démesuré, d'une vanité outrecuidante, d'une susceptibilité maladive qui, dans l'atmosphère très malsaine de rivalités personnelles de la seconde ambassade, se transforma en paranoïa (9). Nous sommes contraints ajoute-t-il, de le considérer comme un des éléments les plus pertubateurs de cette ambassade qui n'en manquait pourtant pas, à cause de ses susceptibilités et de son incompétence (10).

Orgueil, vanité, susceptibilité, c'est évident. L'incompétence, en revanche, n'est pas prouvée. Louis Quarré-Reybourbon, dans sa petite brochure intitulée La Porte de Paris à Lille, et son architecte Simon des Verquains, écrivait : Jean Vollant nous paraît avoir fait partie des dix-sept premiers artistes envoyés en 1673 à l'Académie de France à Rome, parmi lesquels il y avait deux architectes dont l'un du nom de Vollant. En 1679, en qualité d'ingénieur des armées du roi, il s'occupa avec son père de diriger les travaux des fortifications de Menin et de l'aqueduc connu sous le nom de canal de Maintenon, qui devait amener les eaux de l'Eure dans les jardins du château de Versailles. (…) Plusieurs travaux très importants exécutés dans la ville de Lille ont été attribués à Jean Vollant, la construction du pont Neuf, les dessins des superbes boiseries du Conclave, un plan pour la restauration du palais Rihour (11).

Vollant revint en France sur le vaisseau la Normande qui fut capturé par les Hollandais à son escale au cap de Bonne-Espérance. Transféré avec les autres passagers à la prison de Middelbourg, en Hollande, il put rentrer en France à la fin de l'année 1689 ou au début de 1690. Il semble qu'il se soit consacré dès lors à des activités beaucoup plus calmes – et beaucoup plus lucratives – que les fortifications des villes siamoises, ainsi qu'en atteste cette brève biographie : Jean, écuyer, seigneur des Werquins, bourgeois de Lille par achat du 1er décembre 1690, créé chevalier par lettres données à Versailles en juillet 1699, architecte du roi, argentier de Lille par provision du 7 mai 1711, décédé paroisse Saint-André le 20 septembre 1729, marié à La Madeleine le 27 mai 1694 avec Anne-Robertine Mairesse, décédée paroisse Saint-André le 25 janvier 1722, d'où Marie-Anne-Marguerite, baptisée à Saint-Maurice le 26 mai 1698, y décédée le 3 février 1699 (12).

À défaut d'avoir contracté le virus de l'aventure, Jean Vollant ramena sans doute du Siam celui de l'exotisme, ainsi que le révèle Jules Houdoy : Nous trouvons encore des tapisseries de Deletombe et de Pennemacker dans l'inventaire du riche mobilier de Jean Volans, seigneur des Werquains, argentier de la ville. Ce Jean Volans avait fait partie, en qualité d'ingénieur, de l'ambassade envoyée par Louis XIV au royaume de Siam ; il avait, dans son voyage, sans doute, pris le goût des meubles et des porcelaines de la Chine et son mobilier, tel que le décrit l'inventaire dressé après son décès, est à donner des éblouissements aux curieux et aux collectionneurs du temps présent. Nous copions ici quelques articles de cet inventaire ; ils feront indirectement l'éloge de nos tapissiers, puisque le propriétaire, grand amateur, les avait jugés dignes de tendre les appartements où il avait amoncelé ses curiosités.

Dans la grande salle :

Dans une chambre sur le jardin :

Nous nous arrêtons, il faudrait reproduire entièrement les quarante feuillets de l'inventaire ; nous en avons assez cité pour montrer le goût du propriétaire (13).

NOTES

1 - Lille, Jean Chrysostome Malte, 1691. 

2 - BN Ms. Fr. 6105. 

3 - Archives Nationales, C/1/25, f°84r° à 90v°. 

4 - Archives Nationales, Col. C1/27 f° 16r°. 

5 - Cité dans les Mémoires de la Société d'études de la province de Cambrai, tome XIII, lille, 1907, p. 852. 

6 - Ibid., p. 852. 

7 - Étant arrivé en ce pays dans le vaisseau la Normande un mois et demi aprèsles autres navires, j'ai été fort surpris de voir le sieur Vollant s'ériger en Monsieur de Vauban à Louvo depuis la mort du sieur Plantier et même voulant disposer de la commission. Monsieur Desfarges l'ayant su, il lui dit de ne se faire point de nouvelles affaires, qu'il en avait déjà assez, et lui ordonna de se rendre incessamment à son département. (Lettre de Brissy à M. de Seignelay, citée par Michel Jacq-Hergoualc'h, L'Europe et le Siam du XVIe au XVIIIe siècle - Apports culturels, L'Harmattan, 1993, p. 200). 

8 - Manuscrit BN Ms. Fr. 8210, ff° 514v°-515r°. 

9 - Michel Jacq-Hergoualc'h, op. cit., p. 201. 

10 - Michel Jacq-Hergoualc'h, op. cit., p. 199. 

11 - Louis Quarré-Reybourbon, La Porte de Paris à Lille et Simon Vollant son architecte, Lille  Plon, Nourrit et Cie, 1891, pp. 22-23. 

12 - Mémoires de la Société d'études de la province de Cambrai, tome XIII, 1907, pp. 845-846. 

13 - Jules Houdoy : Les tapisseries de haute-lisse : histoire de la fabrication lilloise du XIVe au XVIIIe siècle et documents inédits concernant l'histoire des tapisseries de Flandre, Lille, Paris : A. Aubry, 1871, pp. 93-94. 

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2 février 2019