SEPTEMBRE 1685

Page de septembre 1685

1er septembre.

Le chirurgien de la Maligne est venu consulter les nôtres sur le mal de M. d'Arbouville. Le pauvre garçon a reçu aujourd'hui le viatique et ses forces diminuent à vue d'œil (1).

Nous faisons tous les jours la même manœuvre. On profite d'un peu de vent : tant qu'il dure, toutes nos voiles sont tendues ; quand il s'en va, nous demeurons et plantons le piquet jusqu'à ce qu'il revienne.

2 septembre.

Un bon vent nous prit hier au soir et nous avons été toute la nuit à petites voiles. On a vu, à la pointe du jour les sept îles à tribord (2). Nous les rangeons présentement et s'il plait à Dieu, nous passerons ce soir la ligne. Il n'y a plus que 260 lieues d'ici à la barre de Siam, comme de Lille à Saint-Jean-de-Luz : est-ce là un voyage ? On a pris hauteur et nous ne sommes plus qu'à 50 minutes de la ligne.

3 septembre.

La ligne indienne est bien plus jolie que l'africaine. Nous l'avons passée ce matin en dormant. Le vent est bon et le chaud fort modéré. On voit des îles à droite et à gauche. Nous laissons l'une à tribord et l'autre à bâbord. Il faut être fou pour venir ici sans un bon pilote qui y ait passé plusieurs fois. Il nous fait tourner comme un carrosse à arc (3). Ici est un banc, là une roche et nous passons avec confiance. C'est à nos pilotes à faire de bons journaux, afin qu'à l'avenir les vaisseaux français se puissent passer des pilotes étrangers.

Nous avons côtoyé tout le matin l'île de Linguen (4) que nous laissons à bâbord, allant droit au nord. Elle est fort grande, couverte de hautes montagnes fort connaissables. Mais à midi, après avoir été deux heures au plus près, il a fallu mouiller parce que le vent est venu tout à fait contraire et que les courants nous portaient au large. Or il ne faut pas quitter la terre de vue, et nous prétendons passer entre l'île de Poltimont (5), qui est à 45 lieues d'ici, et la presqu'île de Malacca, et ensuite gagner la barre de Siam (6), toujours terre à terre. On sait l'histoire du Vautour, vaisseau de la Compagnie Française, qui voulant passer à l'est de Poltimont fut jeté par les courants sur les côtes de Cambodge, qui sont fort dangereuses (7).

Le pauvre Arbouville a reçu l'extrême-onction. On n'en espère plus rien.

Le vent est revenu de l'avant, on a mouillé : une demi-heure après il est revenu bon, on a appareillé.

4 septembre.

À la pointe du jour nous nous sommes trouvés par le travers de Polpangean (8) et nous allons reconnaître la côte de Malacca. C'est le grand continent de l'Asie. Il y a trois mois que depuis le cap de Bonne-Espérance nous n'avons vu que des îles. Nous espérons voir demain Poltimont. Vous savez que Pol en langue malaise veut dire île. Il y a ici des grands courants qui sortent du détroit de Malacca. Les herbes et les arbres flottent sur les eaux.

5 septembre.

Nous ne manquons point de faire tout ce que nous avons prévu. Voici Poltimont à tribord et la grande terre à bâbord. On a cargué les voiles pendant une partie de la nuit et au jour on a tout remis dehors. Cette grande terre est la péninsule de Malacca. Tout ce grand pays était autrefois du royaume de Siam. Il y a présentement plusieurs petits roitelets, dont le plus considérable est le roi de Johore (9). M. Vachet vient de me dire qu'il est tributaire du roi de Siam et que tous les ans il lui envoie une fleur d'or.

Quoi qu'il en soit, nous voici comme arrivés. Poltimont est à trois degrés et la barre de Siam à treize. Reste dix degrés, qui sont 200 lieues. Il n'y a plus à craindre que les courants nous portent sur la côte de Cambodge. Nous ne quitterons plus la terre de vue. Il viendra bien quelques coups de vent vers les sept ou huit degrés, quitte à se mettre à sec pendant une heure, car ils ne durent jamais davantage. Il est donc question de songer à la grande affaire qui nous mène. J'ai quelque impatience d'entretenir M. de Métellopolis (10), M. l'abbé de Lionne, et pourvu qu'à la première conversation ils ne m'aillent pas dire qu'il n'y a rien à faire, pourvu qu'ils me donnent quelque espérance, me voilà content. On nous crie de la Maligne que M. d'Arbouville se porte un peu mieux. Il est bien jeune, il en pourra revenir, et nous le souhaitons ardemment, tant pour l'amour de lui qui a du mérite, que pour avoir le plaisir de vous renvoyer toute votre jeunesse un peu halée, mais en bonne santé et toute glorieuse d'avoir été au bout du monde.

6 septembre.

Il vint hier au soir un petit coup de vent avec tonnerre et pluie qui nous obligea à virer de bord et à prendre au large. Cela dura une demi-heure. On mouilla jusqu'à minuit, que le vent étant revenu bon on a remis à la voile, et de toute la journée nous avons fait bon chemin.

Ce matin la frégate a mis son pavillon : c'était le signal de la mort de M. d'Arbouville, et ce soir elle a tiré cinq coups de canon, après l'avoir jeté à la mer. Il était fils unique, aurait eu beaucoup de bien et méritait une destinée plus heureuse, si ce n'est que Dieu le faisant mourir si jeune ait voulu lui ôter l'occasion de l'offenser. En ce cas il est plus heureux que nous.

Il y a encore eu un grain ce soir, peu de vent, beaucoup de pluie et de tonnerre. Nous marchons au soleil et le soleil marche à nous. Avant qu'il soit trois jours nous nous rencontrerons. Il ne faut pas s'étonner des fréquents orages. Il pleut presque toujours dans les pays où le soleil va visiter le fond des puits. Sa grande chaleur élève continuellement des vapeurs qui se résolvent en pluie et des exhalaisons qui forment le tonnerre. Les mandarins sont ravis de voir des terres qui dépendent du royaume de Siam.

7 septembre.

Nous avons dépassé ce matin Polcapat (11) et nous étions à six heures du soir à la vue de Polruangh (12). Le pilote hollandais avait quelque envie de ranger la grande terre, mais il a pris au large, sur ce qu'on lui a représenté que notre vaisseau prend dix-sept pieds d'eau et que le passage est fort étroit à cause d'un banc de sable. Nous allions gaillards au nord-ouest, quand tout d'un coup le vent en est venu avec une si grande violence qu'à peine a-t-on pu amener les perroquets et les huniers. Cela a duré deux heures : beaucoup d'éclairs et peu de pluie, et comme nous allions un peu trop au large, on a mouillé à vingt-quatre brasses.

8 septembre.

Le vent est revenu au sud à minuit. On a appareillé et nous dépassons Polruangh. C'est aujourd'hui que nous rencontrons le soleil tête pour tête. Il va au sud, nous allons au nord. Il pourra bien faire quelque fracas ce soir. Nous nous attendons à un coup de vent.

Le coup de vent n'a pas été si lourd que celui d'hier, il a seulement interrompu le sermon du père Le Comte, qui était en train de nous dire de belles choses. On s'est mis à sec et mouillé à trente brasses. Deux heures après, on a appareillé. Il avait paru un peu de vent, il a disparu, on a mouillé. C'est un petit métier qu'on fait souvent dans ce parage. Notre pilote dit qu'en un voyage de Batavia à Siam, il a mouillé 240 fois. On a bon vent deux heures, il faut s'en servir ; il devient contraire, il faut mouiller pour ne rien perdre, et partout le mouillage est bon, de la vase et du sable principalement près des terres.

9 septembre.

À minuit on a appareillé. Nous avons fait deux ou trois lieues et puis mouillé jusqu'à deux heures après midi, qu'un bon vent nous a encore fait faire cinq ou six lieues. Nous tâchons d'approcher les terres afin de ne mouiller qu'à douze ou quinze brasses.

10 septembre.

Je crois que dans la journée nous avons bien fait trois lieues à force d'appareiller et de mouiller. Ce qui est de meilleur, nous avons rapproché la grande terre et nous sommes mouillés à dix-huit brasses. Quand le soleil sera un peu plus loin de nous, il viendra du vent. Cinq ou six bonnes journées nous mettraient à la barre de Siam.

11 septembre.

Nous n'avançons guère ; peu de vent et souvent contraire. On a porté ce matin Notre-Seigneur à un soldat menuisier de son métier et fontainier. Il prétendait faire des cascades à Louvo.

12 septembre.

Ce pauvre soldat est mort ce matin, ainsi le roi de Siam se passera de fontaines. Nous avons fait bon chemin toute la journée et voici devant nous le gros cap de Pattani (13).

13 septembre.

Le vent et le courant nous avaient un peu mis au large, il a fallu revirer de bord deux fois pour se rapprocher de terre. Nous languissions et il fait chaud, mais si une fois nous gagnons la pointe de Ligor (14), qui n'est pas loin, le pilote assure que les vents de terre ne nous manqueront plus. Tout cela va à huit jours de plus ou de moins. Qu'importe, pourvu qu'on arrive au commencement d'octobre et qu'on puisse repartir au commencement de décembre ? M. le chevalier de Chaumont verra bien en deux mois de quoi il est question, et si le roi de Siam a envie de se faire instruire, il pourra s'en retourner en France suivant les ordres du roi et laisser quelqu'un à sa place pour achever ce qu'il aura commencé.

14 septembre.

Bon vent presque toute la journée, quelquefois un peu contraire, alors on va plus près, on fait des bordées et on avance toujours. Il y a six mois que je vois gouverner un vaisseau et je l'admire plus que le premier jour. Ce nombre presque infini de cordages, tous nécessaires, n'a pas été trouvé tout d'un coup.

15 septembre.

Nous avons doublé la pointe de Ligor. C'est le premier gouvernement du royaume de Siam. On y parle siamois. Le gouverneur portait autrefois la qualité de roi de Ligor et dans les grandes cérémonies, en présence du roi, avait une couronne sur la tête et précédait tous les mandarins. Je crois que cela ne se fait plus. Les Hollandais y ont un comptoir d'où ils tirent beaucoup d'étain qu'ils portent au Japon, où ils le troquent contre des coupans (15). Vous voyez par là que nous voici en terre d'amis. Il y a bien encore cent lieues d'ici à la barre de Siam. Si le vent veut tenir où il est, nous y serons mouillés dans quatre jours.

16 septembre.

Cela va bien. Le vent est faible, mais la marée et les courants nous portent au nord. Il est venu sur le soir un grain sec presque sans pluie. Nous faisons deux lieues par heure.

17 septembre.

La nuit a été admirable. Nous avons dépassé Polcornon. Nous sommes par le travers de Polcori, et nous voyons en perspective Polbardi (16). Nous pourrions bien être mercredi à la barre de Siam.

18 septembre.

Le vent a beaucoup molli. Nous allons pourtant toujours. Nous voyons les pintes, hautes montagnes qui sont à la pointe ouest du golfe de Siam (17). Il ne nous reste pas quarante lieues à faire. Une couple de grains nous mettrait à la barre.

19 septembre.

Les pintes sont doublées. On va un peu à la nuit, le soir et le matin ; calme le reste du jour. Le vent est venu de bout, mouille à dix-neuf brasses.

20 septembre.

Nous avons appareillé à une heure après minuit, et deux heures après, mouillé.

21 septembre.

Ceci commence à devenir ennuyeux. Les vingt dernières lieues sont toujours les plus difficiles : ainsi en avons-nous usé en arrivant au cap de Bonne-Espérance et à Batavia. Il y a cinq ou six jours que nous languissons dans le petit golfe de Siam. Nous voyons la terre de tous côtés et ne pouvons avancer. Il vient des grains, on amène les voiles de peur d'accident. Quand le vent n'est plus si fort, on hisse, et il n'est plus temps : calme tout plat.

22 septembre.

Nous avons fait aujourd'hui cinq ou six lieues et nous voici mouillés à quatre lieues de la barre de Siam. Encore deux lieues et nous mouillerons à demeure avec la grosse ancre entre six et sept brasses. On ne saurait approcher plus près, à cause d'un banc de sable qui est des deux côtés de la rivière. Le pilote hollandais dit qu'il n'y a dans les basses marées que seize pieds de fond et il nous en faut dix-sept. Si cela est et que nos vaisseaux soient obligés de demeurer à la rade, les officiers ne viendront guère à Siam.

23 septembre.

M. Vachet est parti ce matin dans le canot (18). Il va avertir de notre arrivée. M. l'ambassadeur a écrit à M. l'évêque de Métellopolis pour le prier de venir à bord conférer de toutes choses. Il n'est question présentement que de l'entrée, mais il faut qu'elle réponde à la dignité du plus grand roi du monde. Quand nous serons dans la ville de Siam, dans le palais des ambassadeurs de France, nous parlerons de l'audience.

Nous n'avons point levé l'ancre. M. Manuel a prêché tout à son aise et a fort exhorté les matelots à la persévérance. Il a fait en passant l'éloge des jésuites. Outre que l'éloge était véritable, il avait bonne grâce dans la bouche du missionnaire.

24 septembre.

Les mandarins sont fort affligés de n'être pas allés à terre avec M. Vachet. Ils ont peur d'avoir la tête piquée avec certaines petites pointes de fer qui tirent tout le sang qu'un homme a dans le corps (19). C'est leur faute, il n'a tenu qu'à eux d'aller dire les premières nouvelles.

Nous voici enfin mouillés à la barre de Siam, à deux lieues de l'embouchure de la rivière, à cinq brasses et demie. On a tiré trois coups de canon, non pour saluer, car il n'y a point de forteresse à l'embouchure, elles sont plus avant dans la rivière, mais pour avertir la côte qu'il est arrivé des vaisseaux et que les douaniers peuvent venir voir ce que c'est.

25 septembre.

Les mandarins viennent de partir dans un bateau siamois qui est venu les quérir. On les a régalés de cinq coups de canon. Ils ont été bien aises de voir des faces siamoises. Il n'y a que le vieux mandarin qui pleure comme un enfant : il a appris que pendant son voyage sa grand-mère est morte. Je ne raille point.

Nous venons encore d'appareiller pour nous éloigner un peu du banc de sable en tirant vers l'est et je crois que cette fois-ci nous sommes mouillés à demeure. On a jeté une grosse ancre et bientôt on affourcheraAffourcher, c'est mouiller ou jeter une seconde ancre, quoiqu'il y en ait déjà une autre, de façon que celle-ci étant à tribord, l'autre est à babord, ce qui fait que les deux câbles forment une espèce de fourche au-dessous des écubiers. Ces deux ancres servent à retenir le vaisseau dans les mauvais temps, et contre le flux et reflux de la mer. (Savérien, Dictionnaire de marine, 1758, I, p. ) : vous m'entendez.

26 septembre.

Le chevalier de Forbin arrive de Bangkok (20). Il a amené avec lui un français, maréchal-ferrant de son métier, habillé de soie, qui nous a dit bien des nouvelles. Les voici. Le roi de Siam est en bonne santé. Il favorise les missionnaires et les français en toutes choses. Il n'a pas voulu écouter les Portugais qui lui ont envoyé depuis peu une grande ambassade pour l'obliger à chasser les vicaires apostoliques (21). M. Constance (22) est favori et a présentement une charge au dessus du barcalonCe mot d'origine portugaise (Barcalão), lui-même déformation du mot siamois Phra Khlang (พระคลัง), désignait une sorte de premier ministre, chargé tant des finances que des affaires étrangères.. Le roi semble toujours incertain du parti qu'il doit prendre sur la religion. M. de Métellopolis est en bonne santé. L'abbé de Lionne a soin du séminaire. M. Duchesne est mort : il avait été nommé évêque de Bérythe et avait ses bulles (23), mais par modestie il avait toujours remis à se faire sacrer. M. l'évêque d'Argolis a été fort bien reçu à la Chine (24) et l'on dit qu'il est d'accord avec tous les missionnaires. Voilà de grandes nouvelles dont il faut attendre la confirmation. M. Vachet doit arriver ce soir à Siam ; il ne sera pas longtemps à nous écrire.

Le gouverneur de Bangkok vient d'envoyer à M. l'ambassadeur un bateau chargé de fruits avec des poules, des canards et un cochon. Les Siamois que nous avons vus jusqu'ici sont fort bien faits et je ne comprends pas qu'ils eussent choisi la crasse de leur pays pour l'envoyer montrer au bout du monde (25).

Nous sommes affourchés sur deux ancres, c'est à dire que le vaisseau poussé par le vent ou par la marée peut aller d'un ancre à l'autre, mais sans virer autour de son câble, comme il fait quand il n'a qu'une ancre.

27 septembre.

Le pilote hollandais accompagné d'un pilote français est allé sonder la barre pour voir si notre vaisseau peut monter jusqu'à Bangkok. On dit qu'il y a un vaisseau anglais aussi gros que nous. Ils n'ont trouvé que douze et treize pieds d'eau et quand nous ôterions notre canon, il serait difficile d'alléger assez notre vaisseau pour le faire passer sans craindre un tour de reins. Ainsi l'Oiseau a la mine de demeurer où il est. Pour la Maligne, elle passera partout.

28 septembre.

Le chef du comptoir de la Compagnie française (26) à Siam est venu à bord avec le capitaine d'un navire de la Compagnie qui est à Siam devant la loge. Nous avons été assez aises de voir des Français. Ils nous ont dit que M. l'évêque de Métellopolis était parti aussitôt qu'eux pour venir voir M. l'ambassadeur. Aussitôt on a envoyé la chaloupe au-devant d'eux.

À huit heures du soir est arrivé un petit canot siamois, qui a dit que M. de Métellopolis allait arriver. On l'a attendu jusqu'à minuit. On a allumé des fanaux et il n'est point venu. Il y a apparence qu'il a relâché à la barre à cause du mauvais temps.

29 septembre.

M. de Métellopolis a mouillé cette nuit à deux lieues d'ici et vient d'arriver. C'est un grand homme de bonne mine qui n'a que quarante-cinq ans et qui en paraît soixante : vingt-quatre ans de mission ne rendent pas le teint frais. M. l'abbé de Lionne est avec lui. Sa grande barbe ne m'a pas empêché de le reconnaître : il est fort maigre, et d'ailleurs se porte bien. Autant que j'en peux juger par les premières conversations que j'ai eues avec eux, je crois que je retournerai en France avec M. le chevalier de Chaumont. La conversion du roi de Siam n'est pas une affaire prête. Il favorise la religion, il aime les missionnaires, il fait bâtir des églises, mais il est encore bien loin de se faire baptiser. Il est pourtant vrai que la religion chrétienne tirera un grand avantage de l'ambassade. Les … (27) étaient sur le point de déclarer la guerre au roi de Siam, et peut-être de venir se saisir de l'embouchure de sa rivière pour se rendre maîtres du commerce. Or vous savez que quand ils sont maîtres quelque part, les missionnaires n'y ont que faire. Ils iront bride en main à l'avenir, et craindront d'offenser le roi en offensant son ami le roi de Siam. Vous voyez par-là que nous allons être bien reçus. Voici deux mandarins de la maison du roi qui viennent faire compliment à M. l'ambassadeur. Ils ont une suite de quarante personnes. Leur livrée est de chair (28). Ils sont grands et forts, on en ferait de bons soldats. Ils ont dit que le roi avait été transporté de joie d'apprendre la bonne santé du roi de France et comme il était toujours victorieux de tous ses ennemis et ont assuré M. l'ambassadeur que sa personne était si agréable à sa majesté siamoise qu'il fallait qu'autrefois il eût rendu de grands services à la nation, voulant lui faire entendre qu'il avait été siamois il y a deux ou trois mille ans. Ils ont ajouté qu'ils allaient consulter les astres pour trouver le jour heureux entre les plus heureux pour faire descendre à terre son excellence, de sorte que si les talapoins (29) sont lents dans leurs opérations, nous en serons plus longtemps à la rade. Après les compliments ils ont bu du thé et du vin d'Espagne et mangé des confitures, et sont rentrés dans leur bateau. Ils y ont été plus de deux heures avant que de déborder, pour écrire tout ce qu'ils avaient vu et dit, et ouï. S'ils avaient oublié quelque circonstance, on leur piquerait la tête. Il en viendra d'autres plus considérables à mesure que nous avancerons dans la rivière et à deux lieues de la ville se trouvera le premier ministre dans les balons (30) dorés du roi avec les grands officiers de la couronne. Quand les mandarins sont rentrés dans leur barque, on les a salués de neuf coups de canon. La Compagnie française vient d'envoyer trois cents poules, dix cochons, quarante canards, des cocos, des oranges et des citrons. Quand leur chef s'en est allé, on l'a régalé de cinq coups de canon, pour montrer que le roi fait cas de la Compagnie.

Je viens d'avoir une grande conversation avec M. l'abbé de Lionne pendant que M. l'ambassadeur entretenait M. de Métellopolis. Le roi de Siam ne s‘est point déclaré sur la religion et même depuis dix-huit mois n'a point fait là-dessus de pas considérables. M. Constance n'a point voulu accepter la charge de grand Chakri (31) qui le mettrait au-dessus du barcalon. Il se contente d'avoir toute l'autorité. Il a beaucoup d'esprit et est fort habile dans le commerce. Il a découvert les friponneries des mahométans, qui étaient les maîtres des affaires avant qu'il s'en mêlât (32). C'est par-là qu'il s'est élevé. Vous saurez quelque jour toutes les particularités de sa vie. Il semble qu'étant catholique (33), il ait intérêt à faire son maître chrétien. Nous verrons bientôt comme il s'y prendra. La conjoncture est très favorable pour faire faire au roi de Siam tout ce qu'on voudra. M. l'ambassadeur les laissera venir et l'on trouvera peut-être le moyen de leur faire passer pour des grâces la plupart des choses qu'on a à leur demander. On insistera d'abord sur la religion, afin que s'ils n'accordent rien sur ce point-là, ils accordent amplement tout le reste. Nous ne désespérons pourtant pas, et Dieu en a tant fait qu'il peut bien encore achever. On aura au moins des déclarations publiées par tout le royaume, qui permettront et approuveront la religion chrétienne.

M. d'Héliopolis a eu la consolation, avant que de mourir, de voir la paix entre les missionnaires. Il a fait sa visite paisiblement pendant six mois, et est mort comme une chandelle faute de mèche. Quand il viendrait en orient dix vaisseaux chargés de missionnaires, il y aurait de quoi les occuper dans la seule Chine. On dit que depuis un an il y est entré beaucoup de religieux. M. l'évêque d'Argolis y a toute l'autorité. Il a avec lui deux missionnaires, ses religieux, les deux qui étaient avec M. d'Héliopolis et trois qu'on y envoya l'année passée du séminaire de Siam. Il y a encore un chinois nommé Dom Grégoire Lopès, homme de grand mérite. Il est désigné évêque et vicaire apostolique et sera sacré par M. d'Argolis.

30 septembre.

M. de Métellopolis vient de s'en retourner à Siam pour faire avancer toutes choses. On a tiré neuf coups de canon à sa sortie. M. l'ambassadeur l'a fort bien reçu mais ne lui a point donné la main. Voilà trois grandes barques chargées de rafraîchissements qui viennent de la part de M. Constance.

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NOTES

1 - M. de Venderets d'Hébouville (on trouve également d'Herbouville ou d'Arbouville) faisait partie des onze gentilshommes que le chevalier avait emmenés avec lui pour rehausser le prestige de son ambassade (nous savons par sa relation que le douzième gentilhomme prévu n'avait pu embarquer). 

2 - L'archipel Lingga, sous l'équateur, à l'est de Sumatra. 

3 - L'arc de carrosse est l'arc formé de deux pièces de fer qui joignent le bout de la flèche à l'essieu des petites roues. (Littré). 

4 - Pulau Lingga, dans l'archipel indonésien Lingga, a l'extrémité ouest du détroit de Malacca.

ImageCarte de l'Asie – Willem Jansz Blau – 1630.
ImageL'Asie, distinguée en ses principales parties, par le Sieur Sanson, géographe ordinaire du Roy, 1674.
ImageCarte de l'Asie – Mallet 1683.
ImageCarte de l'Asie – Vincenzo Maria Coronelli, 1704.
ImageCarte du royaume de Siam et des pays circonvoisins, par le R.P. Placide Augustin Déchaussé. 

5 - Pulau Tioman, une des minuscules îles qui émaillent la côte est de la Malaisie, avec Pulau Sibu, Pulau Tinggi, Pulau Tenggol, Pulau Panjang… Les navires longeaient au plus près la côte malaise, dans la crainte que les courants ne les entraînent au large.

Pulau Tioman était une escale appréciée pour les navires qui y trouvait de l'eau douce et du bois en abondance. L'île était également réputée pour le bétel qui y poussait à foison.

ImagePulo Tymon (Pulau Tioman) - Gravure hollandaise.
ImagePaulo Tymon (Pulau Tioman) - Gravure hollandaise (1665).

6 - Banc de sable qui obstruait l'embouchure du Chao Phraya et en interdisait le passage aux bateaux de fort tonnage.

ImageL'embouchure du Chao Phraya. (Détail d'une carte de la relation de La Loubère). 

7 - Le Vautour, navire de 600 tonneaux acheté en 1668 par la Compagnie des Indes, fut désarmé en 1687. Ce vieux navire était un ouvrier de la première heure, et avait fait un rude service aux Indes. Expédié du Port-Louis en 1670 pour son premier voyage, il passe à Madagascar, puis à Surate, où il est employé à desservir les premiers comptoirs installés sur la côte de Malabar. Il revient en France en 1673, après avoir passé par Bantam, dans l'île de Java. Parti en 1676 pour un second voyage, on le voit à Surate, puis au Siam, à Bantam, et, en 1684, il rentre au Port-Louis. Expédié pour la troisième fois aux Indes en 1685, à Pondichéry, il va à Tenasserim pour hiverner ; assailli par une tempête, il se répare dans ce port, où son équipage a à souffrir des mauvais procédés des Anglais. Il revient à Pondichéry le 31 janvier 1686, pour reprendre aussitôt la route de France. À Lorient, on jugea que sa carrière était terminée ; il fut rasé et servit de ponton. (Julien Sottas, Histoire de la Compagnie royale des Indes orientales, 1905, p. 108). 

8 - Pulau Panjang. Une dizaine d'îles portent ce nom en Asie. Nous avons localisée celle mentionnée par l'abbé de Choisy sur une Carte réduite des Détroits de Malaca, Sincapour et du Gouverneur dressée au Dépot des Cartes et Plans de la Marine pour le Service des Vaisseaux du Roy par Jacques-Nicolas Bellin en 1755. L'île indiquée sous le nom de Pulau Panjang correspondrait à l'île aujourd'hui nommée Pulau Mapur, à l'ouest de Pulau Bintan.

ImagePulau Panjang sur une carte de Jacques Nicolas Bellin (1755). 

9 - L'abbé orthographie Jor. Tout au sud de la péninsule, c'est aujourd'hui un état fédéré de la Malaisie, dont la capitale est Johore Bahru. 

10 - Louis Laneau (1637-1696). On pourra consulter une notice biographique de ce missionnaire sur le site des Missions Étrangères de Paris : Louis Laneau .

11 - Pulau Kapas, minuscule île de 3,5 km2 à 6 km au large de Marang, sur la côte est de la péninsule malaise. 

12 - Pulau Redang, une des plus grandes îles de l'est de la péninsule malaise, dépendant du district de Kuala Nerus. Le trajet entre Pulau Kapas et Pulau Redang, qui sont éloignées de 68 km, s'étant effectué en une dizaine d'heures, on peut en déduire que l'Oiseau filait entre 3,5 et 4 nœuds (environ entre 6,5 et 7,5 km/h).

ImagePulau Tioman, Pulau Kapas et Pulau Redang. 

13 - Fondé au XVe siècle, Pattani était à l'époque un sultanat semi-autonome de langue malaise. C'est aujourd'hui une ville de Thaïlande (ปัตตานี) à la population majoritairement musulmane. 

14 - Aujourd'hui Nakhon Si Thammarat (นครศรีธรรมราช), en Thaïlande, cette ville fut jusqu'au VIIe siècle la capitale du royaume de Tambralinga. On l'appela également Nagara Sri Dhammaraja (Cité du roi Dharma) pendant l'empire de Srivijaya, entre le VIIe et le XIIIe siècle. 

15 - Le coupan (ou coupant) est le nom que les Français donnaient au koban japonais (kobang, koebang, kupang, copang, etc.), une pièce d'or oblongue créée au tout début du XVIIe siècle dans le cadre du système monétaire du shogun Tokugawa. Les koban, avec des titres d'or variables, resteront en usage jusqu'en 1868. Il semble que les Français aient détourné l'étymologie pour l'adapter à leur langue : Ces pièces s'appellent coupans parce qu'elles sont longues, et si plates qu'on en pourrait couper, et c'est par allusion à notre langue qu'on les appellent ainsi. (Voyage du sieur Luillier aux Grandes Indes, 1705, pp. 256-257). Le père Le Blanc donne la même explication : Ils ont des pièces de monnaie que l'on nomme coupans, d'un or si mou qu'on les plie comme du papier sans les briser ; on les nomme ainsi, parce qu'on en coupe telle quantité que l'on veut pour le prix des marchandises qu'on achète. (Histoire de la révolution du royaume de Siam arrivée en l'année 1688, 1692, II, pp. 160-161).

ImageFigure et grandeur du coupan. Illustration de la relation de La Loubère.
Imagekoban japonais. 

16 - Les îles de Ko Samui (เกาะสมุย), Ko Pan Ngan (เกาะพะงัน) et Ko Tao (เกาะเต่า), aujourd'hui thaïlandaises. 

17 - Le nom, peut-être d'origine portugaise, désignait sans doute le petit massif montagneux du district de Sam Roi Yot indiqué sur la carte du père Coronelli (1687).

ImagePosition supposée des Pintes. 

18 - Il y avait au moins trois personnes dans la chaloupe qui gagnait la terre de Siam : le chevalier de Forbin, chargé de prendre contact avec le gouverneur de Bangkok, Bénigne Vachet, chargé d'aller porter à Ayatthaya la nouvelle de l'arrivée de l'ambassade, et Véret, le nouveau directeur du comptoir de la Compagnie qui se rendait, lui aussi, dans la capitale. Les deux mandarins siamois qui avaient défrayé la chronique en France et soulevé l'indignation par leur conduite refusèrent d'embarquer, on ne sait suite à quel conflit avec Véret. Bénigne Vachet note dans ses mémoires : Le 22 septembre, nous arrivâmes sur le soir à la vue de la grande rade de Siam. Le lendemain matin, avant que l'on eût jeté l'ancre, je partis dans la chaloupe du navire pour porter à Siam la première nouvelle de notre arrivée. Les deux envoyés siamois étaient tout disposés de venir avec moi, mais comme ils virent que M. Véret, nommé chef du comptoir des Français, était déjà dans la chaloupe, ils refusèrent d'y descendre. Je ne gagnai rien à leur représenter qu'ils allaient s'attirer quelque chose de fâcheux ; ils voulurent rester dans le vaisseau, ou bien que ledit M. Véret ne fût pas dans la chaloupe. J'avais mes raisons pour le mener avec moi, parce que MM. de la Compagnie m'en avaient prié avant ma sortie de Paris. On me donna à la tabangue [poste douanier] un balon avec quinze rameurs qui me menèrent avec une vitesse incroyable auprès de M. de Métellopolis, qui en envoya aussitôt l'avis au roi. Il était 10 à 11 heures du soir : c'est le temps que le roi de Siam tient son conseil. Un moment après, des officiers de la cour vinrent nous avertir que le roi nous attendait. M. l'évêque de Métellopolis et M. l'abbé de Lionne m'y conduisirent. Dans le discours que je fis, je tâchai de renfermer toutes les heureuses dispositions que nous avions trouvées dans le roi de France, pour correspondre en tout et partout à l'amitié parfaite qu'il lui avait fait demander ; que c'était pour l'en assurer qu'il lui envoyait un ambassadeur, qui était actuellement à la barre de Siam, où il attendit ses ordres pour se rendre auprès de sa personne royale, et que là, il lui expliquerait les intentions du roi son maître. (Mémoires de Bénigne Vachet, cité dans l'Histoire de la mission de Siam d'Adrien Launay, 1929, I, p. 158). 

19 - Ce supplice raffiné, qui semble beaucoup amuser l'abbé de Choisy, était réservé aux dignitaires, comme l'explique Nicolas Gervaise : (Histoire naturelle et politique du royaume de Siam, 1688, p. 92) : Il y a des supplices particuliers pour les mandarins et pour les premiers officiers du roi qui ont commis quelque faute tant soit peu considérable. Aux uns on fait sur la tête, avec un coutelas destiné pour cet usage, huit ou dix taillades qui pénètrent jusqu'au crâne, et on expose les autres tout nus aux ardeurs du soleil pendant plusieurs heures. Comme c'est par un ordre exprès du roi qu'ils sont punis de la sorte, après qu'ils y ont satisfait, leurs amis viennent les visiter les mains chargées de présents et les féliciter de ce qu'il a plu à Sa Majesté les châtier en père, comme ses chers enfants, et non pas les punir en juge sévère ou en maître irrité, comme ses esclaves. 

20 - Le chevalier de Forbin relate ainsi sa mission : Dès que nous eûmes mouillé, je partis avec M. le Vacher [c'est ainsi que Forbin appelle Vachet] pour aller annoncer l'arrivée de M. l'ambassadeur dans les États du roi de Siam. La nuit nous prit à l'entrée de la rivière ; ce fleuve est un des plus considérables des Indes, il s'appelle Menam, c'est à dire Mère des eaux. La marée, qui est fort haute dans ce pays, devenant contraire, nous fûmes obligés de relâcher. Nous vîmes en abordant trois ou quatre petites maisons de cannes, couvertes de feuilles de palmier. M. Le Vacher me dit que c'était là où demeurait le gouverneur de la barre ; nous descendîmes de notre canot, et nous trouvâmes dans l'une de ces maisons trois ou quatre hommes assis à terre sur leur cul, ruminant comme des bœufs, sans souliers, sans bas, sans chapeau, et n'ayant sur tout le corps qu'une simple toile dont ils couvraient leur nudité. Le reste de la maison était aussi pauvre qu'eux. Je n'y vis ni chaise, ni aucun meuble : je demandai en entrant où était le gouverneur ; un de la troupe répondit : « C'est moi ».

Cette première vue rabattit beaucoup des idées que je m'étais formées de Siam ; cependant j'avais grand appétit, je demandai à manger : ce bon gouverneur me présenta du riz, je lui demandai s'il n'avait pas autre chose à me donner, il me répondit « amay », qui veut dire non.

C'est ainsi que nous fûmes régalés en abordant. (…) La marée étant devenue favorable, nous nous rembarquâmes, et nous poursuivîmes notre route en remontant la rivière ; nous fîmes, pour le moins, douze lieues sans voir ni château ni village, à la réserve de quelques malheureuses cabanes, comme celles de la Barre. Pour nous achever, la pluie survint. Nous allâmes pourtant toujours, et nous arrivâmes à Bangkok sur les dix heures du soir.

Le gouverneur de cette place, turc de nation, et un peu mieux accommodé que celui de la barre, nous donna un assez mauvais souper à la turque ; on nous servit du sorbec pour toute boisson ; je m'accommodai assez mal de la nourriture et du breuvage, mais il fallut prendre patience. Le lendemain matin, M. le Vacher prit un balon : ce sont les bateaux du pays, et s'en alla à Siam, annoncer l'arrivée de l'ambassadeur de France à la barre, et moi je rentrai dans le canot pour regagner notre vaisseau.

Avant de partir, je demandai au gouverneur, si, pour de l'argent, on ne pourrait point avoir des herbes, du fruit, et quelques autres rafraîchissements pour porter à bord : il me répondit amay. Comme nos gens attendaient de mes nouvelles avec impatience, du plus loin qu'on me vit venir, on me demanda en criant si j'apportais avec moi de quoi rafraîchir l'équipage ; je répondis amay ; « je ne rapporte, ajoutai-je, que des morsures de cousins, qui nous ont persécutés pendant toute notre course. » (Mémoires du comte de Forbin, 1730, I, pp. 97 et suiv.). 

21 - Il s'agissait de l'ambassade de Pero Vaz de Siqueira qui arriva au Siam en mars 1684. Outre la négociation d'avantages commerciaux, les Portugais demandaient au roi Naraï, sans l'obtenir, l'expulsion de tous les missionnaires français du royaume. 

22 - Constantin Phaulkon, aventurier grec devenu favori du roi de Siam avec la haute main sur les affaire de l'État. Voir la page qui lui est consacrée dans la section « Les personnages » Phaulkon

23 - Jean-Joseph Duchesne (1646-1684), devait succéder à Pierre Lambert de la Motte, l'évêque de Bérythe mort en 1679. Il mourut avant d'avoir été sacré. On pourra consulter une notice biographique de ce missionnaire sur le site des Missions Étrangères : Pierre Lambert de la Motte

24 - Il s'agissait du prêtre franciscain italien Bernardin della Chiesa, qui fut sacré évêque titulaire d'Argolis à Rome en 1680. Il passa par le Siam en 1683 avant de se rendre en Chine. (Joseph de Moidrey, La hiérarchie catholique en Chine, en Corée et au Japon (1307-1914), 1914, p. 35). 

25 - L'abbé de Choisy évoque ici les deux ambassadeurs et leur suite que l'Oiseau ramène au Siam. On sait, notamment par les mémoires de Bénigne Vachet, que le comportement des Siamois en France avait maintes fois frisé la grossièreté. La phrase n'est en tout cas pas tendre… 

26 - Il s'agissait de M. de Louvain, qui avait été nommé directeur du comptoir deux mois plus tôt, et qui était fort mécontent de devoir abandonner si vite son poste à Véret. 

27 - Le mot est remplacé par des pointillés. Très certainement Les Hollandais 

28 - Formule élégante pour dire qu'ils ne sont vêtus que d'un pagne, ou d'un sarong.

29 - L'étymologie du mot talapoin est incertaine. Larousse indique une originaire portugaise, tala pão, de l'ancien birman tala poi, monseigneur. Certains la font dériver du siamois talaphat (ตาลปัตร), nom du grand éventail que les moines tiennent pendant les cérémonies. Voici ce qu'écrivait La Loubère : Les talapoins ont des parasols en forme d’écran qu’ils portent à la main. Ils sont d’une feuille de palmite coupée en rond et plissée, et dont les plis sont liés d’un fil près de la tige ; et la tige, qu’ils rendent tortue comme un S en est le manche. On les appelle talapat en siamois, et il y a l’apparence que c’est de là que vient le nom de talapoi ou talapoin, qui est en usage parmi les étrangers seulement, et qui est inconnu aux talapoins même, dont le nom siamois est tchàou cou. (Du royaume de Siam, 1691, I, p. 161).

Imagemoines bouddhistes dans un village de Thaïlande.
ImageTalapoin allant par la ville. Gravure coloriée.
ImageTalapoins modernes tenant des talapats.
ImageMandarin siamois. Gravure publiée dans l'édition anglaise de la relation de La Loubère.
ImageMandarin qui parle à un de ses gens. Gravure coloriée.

30 - Les balons (ou ballons) étaient les bateaux siamois de cérémonie, on parle aujourd'hui de barges. Voir illustrations page suivante. 

31 - Chakri (จักรี), ou Chao Phraya Chakri (เจ้าพระยาจักรี). La Loubère le définit ainsi : Le Tchacry a le département de toute la police intérieure du royaume : à lui reviennent toutes les affaires des provinces : tous les gouverneurs lui rendent compte immédiatement et reçoivent immédiatement les ordres de lui. Il est le chef du Conseil d'État. (Du royaume de Siam, Paris, 1691, p.342).  

32 - Il y a plusieurs versions de la manière dont Phaulkon devint favori du roi Naraï. Celle-là, vraisemblablement rapportée par le père Tachard, est relatée dans l'Histoire de M. Constance du père d'Orléans (1690, pp. 10-11) : On dit que sa faveur commença par l'adresse qu'il eut à supplanter les Maures dans la commission qui semblait leur être affectée de préparer les choses nécessaires pour rendre les ambassades magnifiques, de quoi le roi se piquait fort. Les sommes immenses que ces infidèles tiraient de l'épargne pour cette dépense ayant un jour étonné ce prince, M. Constance se chargea de la commission et il y réussit si bien, qu'à beaucoup moins de frais, il fit les choses avec une toute autre magnificence. On ajoute que les Maures ayant présenté un mémoire par lequel ils prétendaient que le roi leur était redevable d'une grosse somme pour des avances qu'ils avaient faites, M. Constance, qui examina leurs comptes, fit voir au roi que c'était eux au contraire qui lui étaient redevables de plus de soixante mille écus, et les en fit convenir eux-mêmes. Le roi de Siam était de ceux qui épargnent pour dépenser à propos. Il sut si bon gré à M. Constance de la judicieuse économie, qu'il se servit depuis de lui dans les affaires les plus importantes. 

33 - Né en grèce, Phaulkon était peut-être d'une famille orthodoxe ou catholique. Quoi qu'il en soit, il s'était converti au protestantisme pendant son séjour en Angleterre. C'est par les bons offices des pères Thomas et Maldonado qu'il abjurera le protestantisme et se convertira à la religion catholique en mai 1682. On peut penser que, plus qu'un pressant appel de la foi, c'était le désir d'épouser la très pieuse et très catholique Maria Guyomar de Pinha qui fut le véritable moteur de cette nouvelle conversion. 

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