Livre II - Suite.
Voyage du Cap de Bonne-Espérance à l'île de Java.

Page de la relation du père Tachard

Il ne me reste plus pour finir ce qui regarde le cap de Bonne-Espérance, que de dire ce que nous avons appris de l'état du pays, car quelques-uns de nos pères étaient chargés de s'en instruire, tandis que les autres travaillaient aux observations. Dans cette vue, nous tâchâmes de nous informer de M. Van der Stel, dans les différents entretiens que nous eûmes avec lui, de tout ce qui pouvait contribuer à ce dessein, et nous fîmes connaissance avec un jeune médecin de Breslau en Silésie, nommé M. Claudius (1) que les Hollandais entretiennent au Cap à cause de sa capacité. Comme il a déjà voyagé dans la Chine et au Japon, où il s'est accoutumé à remarquer tout, et qu'il dessine et peint en perfection les animaux et les plantes, les Hollandais l'on arrêté là pour les aider à faire leurs nouvelles découvertes des terres, et pour y travailler à l'histoire naturelle d'Afrique. Il a déjà achevé deux gros volume in folio de diverses plantes qui sont peintes au naturel, et il en a ramassé de toutes les espèces qu'il a collées dans un autre volume. Sans doute que M. Van Reede qui avait toujours ces livres chez lui et qui nous les fit voir, a pris le dessein de donner bientôt un Hortus Africus au public, après son Hortus Malabaricus. Si ces livres eussent été à vendre nous n'eussions rien épargné pour les envoyer à la bibliothèque du roi. Comme ce savant médecin a déjà fait quelques voyages jusqu'à 120 lieues avant dans les terres vers le nord et vers l'est, pour y faire de nouvelles découvertes, c'est de lui que nous avons tiré toutes les connaissances que nous avons de ce pays dont il nous donna une petite carte faite de sa main avec quelques figures des habitants du pays et des animaux les plus rares que j'ai fait ajouter ici. Voici ce que nous en avons appris de plus remarquable.

Les Hollandais ayant reconnu qu'un établissement en ce lieu serait commode pour les vaisseaux qu'ils envoient tous les ans aux Indes, traitèrent avec les principaux chefs de cette nation, lesquels consentirent pour une certaine quantité de tabac et d'eau-de-vie à leur céder ce pays-là et à se retirer plus avant dans les terres.

Établissement des Hollandais au Cap.

Cet accord fut fait environ l'an 1653. Depuis ce temps-là, ils ont beaucoup travaillé pour se bien établir au Cap. Ils y ont à présent un grand bourg avec un fort de cinq bastions qui commande toute la rade. L'air y est très bon, la terre excellente, les blés y croissent comme en Europe. On y a planté des vignes qui rapportent un vin très délicat.

Les différents animaux qu'on trouve au Cap.

Le gibier s'y trouve de tous côtés en abondance. Nos officiers revenaient de la chasse avec des chevreuils, des gazelles, des faisans et quantité de perdrix aussi grosses que les gelinotte de France. Il y en a de quatre sortes. Les bœufs et les moutons se prennent plus avant dans les terres chez les sauvages du pays, mais ce trafic est réservé seulement à ceux de la campagne, qui les achètent pour un peu de tabac et qui les revendent après aux habitants du Cap et aux étrangers qui viennent y chercher des rafraîchissements. Nous y avons vu des moutons qui pesaient jusqu'à 80 livres, et qui étaient de très bon goût.

On y trouve aussi des civettes, beaucoup de chats sauvages, des lions et des tigres qui ont de très belles peaux, et surtout de gros singes qui viennent quelquefois par bandes de la montagne de la Table jusque dans les jardins des particuliers enlever les melons et les autres fruits (2). Il y a vers l'est à neuf ou dix lieues du cap une chaîne de montagnes pleine de lions, d'éléphants et de rhinocéros d'une grandeur prodigieuse.

Éléphant prodigieux.

Des personnes dignes de foi, et qui ont voyagé, m'ont assuré qu'ils avaient trouvé la trace du pied d'un éléphant qui avait deux pieds et demi de diamètre, et qu'ils avaient vu plusieurs rhinocéros de la grosseur et de la grandeur d'un éléphant médiocre. Tout ce que je puis dire là-dessus, c'est que j'ai vu les deux cornes que cet animal porte sur le nez attachées ensemble comme elles le sont naturellement, d'une grandeur et d'une pesanteur qui me faisaient assez croire ce qu'on m'en rapportait.

Propriété du rhinocéros.

Le lieutenant du château qui était du voyage me dit que le rhinocéros étant en furie enfonce sa plus grande corne dans la terre en continuant une espèce de sillon jusqu'à ce qu'il soit arrivé auprès de celui qui l'a frappé. La peau de cet animal est si dure qu'elle est à l'épreuve du mousquet, si on ne prend son temps pour le frapper quand il montre le flanc, seul endroit de son corps où il puisse être blessé par les armes à feu ou par les pertuisanes dont les voyageurs sont armés. On a vu des chevaux et des ânes d'une rare beauté. Les premiers ont la tête extrêmement petite et les oreilles assez longues. Ils sont tout couverts de bandes noires et blanches qui leur prennent du haut en bas de la largeur de quatre doigts, ce qui fait un effet fort agréable. J'en ai vu la peau d'un qu'on avait tué et que M. l'ambassadeur a acheté pour porter en France comme une chose fort curieuse (3). Pour les ânes, ils sont de toutes couleurs, ils ont une grande raie bleue sur le dos depuis la tête jusqu'à la queue, et le reste du corps comme le cheval semé de bandes assez larges, bleues, jaunes, vertes, noires et blanches, toutes fort vives (4).

Les cerfs y sont en si grande abondance qu'on les y trouve en troupes comme les moutons, et j'ai ouï dire au secrétaire de M. le commandeur, et à M. le commandeur même, qu'ils en avaient vu jusqu'à 10 000 ensemble, dans une plaine qu'ils trouvèrent dans les bois. Il n'y a pas tant de tigres ni de lions que de cerfs, mais il y en a pourtant beaucoup (5) et je n'ai pas de peine à le croire à cause du grand nombre de peaux de ces animaux dont on fait trafic au Cap. Ils ne s'arrêtent pas tellement dans les bois qu'ils ne viennent quelquefois jusque dans les terres habitées où ils attaquent tout ce qu'ils rencontrent, et même les hommes. Il en arriva un exemple pendant le temps que nous y fûmes. Ce fut M. le commissaire général qui nous le conta. Deux hommes se promenant loin des habitations aperçurent un tigre. L'un tira dessus et le manqua, aussitôt le tigre se lançant sur lui le terrassa. L'autre, voyant l'extrême danger de son camarade, tira sur le tigre et blessa son camarade à la cuisse ; cependant le tigre sans être blessé, quitta sa proie pour courir sur celui-ci. Le premier s'étant relevé, vint à temps pour secourir son ami et tua le tigre. On dit que ces animaux ont cet instinct d'aller attaquer entre cent personnes celui qui a tiré sur eux, et de laisser tous les autres pour s'attacher uniquement à lui. Un mois auparavant il arriva un accident presque semblable d'un lion qui déchira un homme avec son valet, assez près des habitations, et qui fut tué lui-même ensuite.

Divers poissons du cap.

Dans la pêche qu'on fit au Cap, on prit quantité de très bons poissons, entre autres des mulets et de ces poissons qu'on appelle dorades en France, et qui sont bien différents de la véritable dorade, qui est bien plus grosse et qui mérite mieux de porter ce nom, à cause de sa couleur jaunâtre et de ses nuances dorées qui la font passer pour un des poissons le plus beau de la mer. On prit aussi des soles en grand nombre, et quelques torpilles. La torpille est un fort vilain poisson, et fort mou, qui lorsqu'on le pêche, a la vertu de causer un engourdissement à la main et au bras (6). Nous y vîmes beaucoup de loups marins (7) qui paraissent assez bien nommés. Il y a aussi des pingouins. Ce sont de gros oiseaux aquatiques, sans ailes, qui sont presque toujours dans l'eau, et qui sont véritables amphibies.

L'an 1681, le sieur de van der Stel établit une nouvelle colonie composée de 82 familles à 9 ou 10 lieues avant les terres, et lui a donné le nom de Hellenbok (8).

Mines d'or au cap.

Quelques-uns assurent qu'il y a des mines d'or au Cap. On nous a montré des pierres qu'on y a trouvées qui semblent confirmer cette opinion, car elles sont pesantes et avec le microscope on y découvre de tous côtés de petites parties qui ressemblent à de l'or. Mais nous n'avons rien trouvé au Cap de plus curieux qu'une carte exacte des environs nouvellement découverts par les Hollandais, avec une relation latine des nations qui y habitent. L'une et l'autre fut donnée par un homme digne de foi qui n'y a rien marqué dont il n'ait été témoin oculaire, et dont voici une traduction exacte.

Traduction d'une relation latine des environs du Cap.

« La pointe méridionale de l'Afrique n'est pas moins éloignée de l'Europe que les mœurs de ces habitants sont différents des nôtres, car ces peuples ignorent la création du monde, la rédemption des hommes et le mystère de la très sainte Trinité. Ils adorent pourtant un Dieu, mais la connaissance qu'ils en ont est fort confuse. Ils égorgent en son honneur des vaches et des brebis dont ils lui offrent la chair et le lait en sacrifice, pour marquer leur reconnaissance envers cette divinité qui leur accorde, à ce qu'ils croient, tantôt la pluie, tantôt le beau temps, selon leurs besoins. Ils n'attendent point d'autre vie après celle-ci. Avec tout cela ils ne laissent pas d'avoir quelques bonnes qualités qui doivent nous empêcher de les mépriser, car ils ont plus de charité et de fidélité, les uns envers les autres, qu'il ne s'en trouve ordinairement par les chrétiens. L'adultère et le larcin sont chez eux des crimes capitaux et qui se punissent toujours de mort. Quoique chaque homme ait la liberté de prendre autant de femmes qu'il en peut nourrir, il ne s'en trouve pas un, même parmi les plus riches, qui en ait plus de trois. »

Mœurs des habitants du cap.

« Ces peuples sont partagés en diverses nations, qui ont toutes la même forme de vivre. Leur nourriture ordinaire est le lait et la chair des troupeaux qu'ils nourrissent en grande quantité. Chacune de ces nations a son chef ou capitaine auquel elle obéit. Cette charge est héréditaire et passe des pères aux enfants. C'est aux aînés qu'il appartient le droit de succession, et pour leur conserver l'autorité et le respect, ils sont les seuls héritiers de leurs pères, les cadets n'ayant point d'autre héritage que l'obligation de servir leurs aînés. Leurs habits ne sont que de simples peaux de moutons avec la laine, préparées avec l'excrément des vaches et une certaine graisse qui les rend insupportables à la vue et à l'odorat. La première nation, en langage du pays, s'appelle Sonquas, dont voici la représentation naturelle. Les Européens appellent ces peuples Hottentots, peut-être parce qu'ils ont continuellement ce mot à la bouche lorsqu'ils rencontrent des étrangers (9). »

Leurs armes.

« Comme ils sont agiles, robustes, hardis et plus adroits que les autres à manier les armes, qui sont la sagaie et les flèches, ils vont servir chez les autres nations en qualité de soldats, et ainsi il n'y en a pas une qui, outre ses naturels, n'ait encore les Sonquas qui composent la milice. Dans leur propre pays, ils font leur demeure dans de profondes cavernes et quelquefois dans des maisons comme les autres. »

Leur nourriture.

« Leur chasse, à laquelle ils sont fort adroits, fait une bonne partie de leur nourriture. Ils tuent des éléphants, des rhinocéros, des élans, des cerfs, des gazelles, des chevreuils, et plusieurs autres sortes d'animaux, dont il y a une prodigieuse quantité au Cap. Ils ramassent aussi en certain temps le miel que les abeilles font dans les creux des arbres et des roches. »

Leur aveuglement sur les choses de la religion.

J'interromprai pour un moment cette relation, pour dire ce que nous avons vu nous-mêmes de ces peuple, ou ce que nous en avons appris de quelques personnes fort sûres. Les Hottentots étant persuadés qu'il n'y a point d'autre vie, ne travaillent qu'autant qu'il faut pour passer doucement celle-ci (10).

Leurs sentiments sur leur manière de vie et sur celle des étrangers.

À les entendre parler, lors même qu'ils servent les Hollandais, pour avoir un peu de pain, de tabac ou d'eau-de-vie, ils les regardent comme des esclaves qui cultivent les terres de leur pays, et comme des gens sans cœur qui se renferment dans des maisons et dans des forts pour se garantir de leurs ennemis, tandis que leur nation campe en sûreté partout où il lui plaît, au milieu des campagnes et des plaines sans s'abaisser à labourer les champs. Ils prétendent par cette manière de vie faire voir qu'ils sont les maîtres de la terre et les plus heureux peuples du monde, puisqu'ils sont les seuls qui vivent en liberté et en repos, en quoi ils font consister leur bonheur. Lorsque nous étions dans le jardin de la Compagnie, un des principaux voyant les amitiés que les chefs des Hollandais nous faisaient, vint à l'observatoire, et y ayant rencontré le père de Fontaney, il lui présenta deux oranges, lui disant en portugais, Reverendo Padre, Géral dos Ottentos à vossa senhoria (11), marquant par là que son capitaine et sa nation voulaient nous témoigner la joie qu'ils avaient de notre arrivée.

Quelque bonne opinion qu'ils aient d'eux-mêmes, ils mènent une vie misérable. Ils sont malpropres jusqu'à l'excès, et il semble qu'ils s'appliquent à se rendre affreux. Quand ils veulent se parer, ils se frottent la tête, le visage et les mains de la suie de leurs chaudières, et quand ils n'en ont pas, ils ont recours à une certaine graisse noire qui les rend si puant et si hideux qu'on ne les peut souffrir (12). De là vient que leurs cheveux, qui d'ailleurs sont naturellement presque aussi cotonnés que ceux des nègres, se réduisent en petites boules auxquelles ils attachent des pièces de cuivre ou de verre.

Les vêtements des hommes et des femmes.

Les plus considérables parmi eux ajoutent à ces ornements de grands cercles d'ivoire qu'ils passent dans leurs bras au-dessus et au-dessous du coude (13). Leur nourriture est encore plus surprenante : ils se font un met délicieux de la vermine qui s'engendre dans les peaux dont ils sont revêtus. Nous l'avons vu plus d'une fois, sans cela nous n'eussions jamais pu le croire. Les femmes, outre cet habit, s'entourent les jambes d'intestins d'animaux ou de petites peaux qu'elles taillent pour cet usage ; elles le font pour se garantir des piqûres d'épines quand elles vont dans les bois, et pour avoir un remède toujours prêt contre la faim en cas de besoin. Leurs atours sont plusieurs chapelets de rassagues, ou d'os de différentes couleurs, dont elles se font des colliers et des ceintures, et quelques gros anneaux de cuivre qu'elles portent au bras.

Leurs vertus morales.

La barbarie n'a pourtant pas tellement effacé dans ces peuples tous les traits de l'humanité, qu'il n'y reste quelque vestige de vertu : ils sont fidèles et les Hollandais les laissent entrer librement dans leurs maisons sans crainte d'en être volés. On dit néanmoins qu'ils n'ont pas cette retenue à l'égard des étrangers, ou des Hollandais nouveaux venus, qui ne peuvent les reconnaître et les faire punir. Ils sont bienfaisants et secourables ; ils n'ont presque rien à eux ; quand on leur donne quelque chose, si elle se peut diviser, ils en font part au premier de leurs compagnons qu'ils rencontrent. Ils les cherchent même à ce dessein, et se réservent ordinairement la moindre partie de ce qu'ils ont.

La manière dont ils punissent les crimes.

Quand quelqu'un est convaincu d'un crime capital parmi eux, comme de larcin ou d'adultère, le capitaine et les principaux s'assemblent, et après avoir fait le procès au criminel, ils font eux-mêmes les exécutions de leur sentence. Ils le tuent de coups de bâtons, chacun venant par ordre selon son rang et sa qualité lui donner le sien, après que le capitaine, par honneur, a commencé, ou bien ils le percent avec leurs sagaies (14).

Les connaissances qu'ils ont du ciel et des choses naturelles.

On dit qu'ils sont astrologues et herboristes, et des gens dignes de foi nous assurèrent qu'ils connaissaient assez bien le ciel, et qu'ils distinguaient les simples, même durant la nuit au toucher et à l'odorat.

Ils sont si accoutumés à la liberté qu'ils ne pouvaient vivre dans aucune contrainte.

Ils sont jaloux de leur liberté presque à l'excès. M. le commandeur nous dit qu'il en avait voulu apprivoiser un en le faisant son domestique de jeunesse. Quand il fut grand, il fallut lui donner son congé, qu'il demanda avec instance, disant qu'il ne pouvait s'assujettir à la gêne d'une vie réglée, que les Hollandais et semblables nations étaient les esclaves de la terre et que les Hottentots en étaient les maîtres, qu'ils n'étaient point contraints d'avoir continuellement le chapeau sous le bras et d'observer cent coutumes incommodes, qu'ils mangeaient quand ils avaient faim, sans suivre en cela d'autres règles que celle de la nature. Au reste ils sont gais, vifs, brusques dans leurs paroles, et paraissent avoir de l'esprit.

Ils ont des coutumes très bizarres. Quand une femme a perdu son premier mari, elle doit dans la suite se couper autant de jointures de doigts en commençant par le petit, qu'elle se remarie de fois. Les hommes se font demi-eunuques de jeunesse, prétendant que cela sert beaucoup à conserver et augmenter l'agilité.

Les chasseurs demeurent dans les bois et les pasteurs demeurent dans des cases. La description de ces cases.

Ils sont tous ou chasseurs ou bergers ; ceux-là habitent dans des cavernes et vivent de leur chasse, ceux-ci se nourrissent de leurs troupeaux et de leurs laitages. Ils logent dans des cabanes faites de branches d'arbres, couvertes de peaux et de nattes en forme de tentes, la porte en est si basse qu'on n'y peut entrer qu'à quatre pieds et la couverture si peu élevée qu'on ne peut s'y tenir debout. Quatre ou cinq familles logent dans une de ces cases qui n'a qu'environ cinq ou six pas géométriques de tour. Le feu s'y fait au milieu et les appartements ne sont distingués que par des trous creusés en terre de deux pieds de profondeur. Poursuivons présentement la relation que nous avions interrompue.

Les Namaquas habitent dans des villages et sont plus polis que les autres.

« La deuxième nation est celle des Namaquas, dont vous voyez ici la figure (15). Nous la découvrîmes la première fois l'an 1682. Nous entrâmes dans leur village et envoyâmes à leur capitaine par quelques-uns des Cafres qui nous servaient de guides, du tabac, une pipe, de l'eau-de-vie, un couteau et quelques grains de corail. Ce capitaine agréa nos petits présents et nous envoya par reconnaissance deux moutons gras dont la queue pesait chacune plus de 20 livres, avec un grand vase plein de lait et une certaine herbe qu'ils appellent kanna, c'est apparemment cette plante fameuse que les Chinois appellent ginseng, car M. Claudius qui en a vu à la Chine, assure qu'il en avait trouvé deux plantes au Cap, et nous en a fait voir la figure toute entière qu'il avait peinte au naturel et que M Thévenot m'a fait voir depuis peu de la manière que vous la voyez gravée avec les Sonquas. Ils usent du Kanna aussi fréquemment que les Indiens font du bétel et de l'areka. Le lendemain un de leurs capitaines vint nous trouver : c'était un homme que sa grande taille et un certain air de fierté qui paraissait sur son visage, faisaient respecter des siens. Il menait à sa suite 50 jeunes hommes, avec autant de femmes et de filles. »

Leur musique et leurs instruments.

« Les hommes portaient à la main chacun une flûte d'un certain roseau, très bien travaillée, qui rendait un son assez agréable. Le capitaine leur ayant fait signe, ils se mirent à jouer tous ensemble de ces instruments, auxquels les femmes et les filles mêlaient leurs voix et le bruit qu'elles faisaient en frappant des mains. Ces deux troupes de gens s'étaient rangées en deux cercles, refermés l'un dans l'autre. Le premier, qui était extérieur et formé par les hommes, entourait le second ou celui des femmes, qui était intérieur. »

Leur manière de danser.

« Les uns et les autres dansaient ainsi en rond, les hommes tournant à droite et les femmes à gauche, tandis qu'un vieillard qui se tenait debout au milieu d'eux, un bâton à la main, battait la mesure et réglait leur cadence. Leur musique entendue de loin paraissait agréable, et même assez harmonieuse, mais pour leur danse, elle n'avait rien de régulier, ou plutôt ce n'était qu'une confusion. Ces Namaquas sont en grande réputation parmi ces nations, et sont estimés braves, guerriers et puissants, quoique leurs plus grandes forces ne passent pas 2 000 hommes portant les armes. »

Leur force et leur courage. Leurs mœurs.

« Ils sont tous de grande taille et robustes, ils ont un bon sens naturel, et lorsqu'on leur fait quelque question, ils ne répondent qu'après avoir bien pesé leurs paroles, et toutes leurs réponses sont courtes et accompagnées de gravité. Ils rient rarement et parlent fort peu ; les femmes paraissent artificieuses, et ne sont pas à beaucoup près si graves que les hommes. »

Les Ubiquas sont adonnés au larcin. Les différentes nations que les Hollandais ont découvertes.

« La troisième nation est celle des Ubiquas. Ils sont larrons de profession et volent les Africains aussi bien que les étrangers. Quoiqu'ils ne puissent pas mettre 500 hommes sur pieds, il n'est pas aisé de les détruire, parce qu'ils se retirent dans des montagnes inaccessibles. Les Gouriquas font la quatrième nation qui n'est pas fort étendue. Les Ilassiquas font la cinquième, et le sont davantage : ils sont riches et puissants, peu versés dans le métier de la guerre, au contraire de la sixième nation, je veux dire les Gouriquas qui sont grands guerriers. La septième nation est celle des Soufiques, et les Odiquas sont leurs alliés. »

Vache marine.

« On voit dans les grandes rivières un animal monstrueux qu'on appelle vache-marine, et qui égale le rhinocéros en grandeur. Sa chair, ou pour mieux dire son lard, est bon à manger, et le goût en est fort agréable. J'en ai mis ici la figure (16). Pour ce qui est des arbres, des plantes, et des fleurs, il y en a une infinité, et de très curieuses, tant pour leur beauté que pour leurs vertus particulières. »

Le Commandeur du Cap fit un voyage dans les terre après notre départ.

« Dans le voyage qu'on a fait, qui a duré cinq mois entiers, on a pénétré vers le nord jusqu'au tropique, c'est-à-dire qu'on a découvert 200 lieues de pays, marchant toujours à 10 ou 12 lieues de la mer occidentale. M. le commandeur van der Stell y était en personne, accompagné de 58 hommes bien armés. Il fit suivre la calèche et 40 chariots, avec 28 chevaux, 300 moutons et 150 bœufs. Ces derniers portaient le bagage et traînaient les chariots, et les moutons servaient à nourrir les voyageurs. Il partit avec sa troupe du cap de Bonne-Espérance sur la fin du mois de mai, qui est le temps d'hiver en ce pays, il choisit cette saison pour ne pas manquer d'eau et de fourrage par les déserts qu'il fallait traverser. On a découvert quelques nations différentes vers le 28° de latitude, qui habitent un pays agréable, et abondant en toutes sortes de fruits et d'animaux. Avant que d'y arriver, on trouva quantité de déserts et de montagnes, dont une était si haute, que M. le commandeur nous assura qu'on avait été 40 jours à monter au sommet. »

Les dangers qu'il courut de perdre la vie.

« Ils pensèrent tous mourir de soif avec leurs animaux, et coururent souvent risque d'être dévorés par les bêtes sauvages qu'ils rencontraient en troupes. Il eut lui-même bien de la peine à se sauver d'un rhinocéros d'une grandeur énorme qu'il vit à trois pas de lui tout prêt à le déchirer s'il ne l'eût évité en se jetant à l'écart et se dérobant à la vue de l'animal, qui le chercha longtemps pour le mettre en pièces. »

« Mais quand on fut arrivé au 27° de latitude à 10 ou 12 lieues des côtes de l'océan, on rencontra une nation fort nombreuse, et beaucoup plus traitable que toutes celles qu'on avait trouvé jusqu'alors. Comme M. van der Stel avait amené avec lui deux trompettes, quelques hautbois et cinq ou six violons, dès qu'ils eurent entendu le son de ces instruments, ils vinrent en foule et firent venir leur musique composée de près de 30 personnes, qui avaient presque tous des instruments différents. »

Leur musique, leurs instruments et leur danse.

« Celui du milieu avait une espèce de cornet à bouquin fort long et fait d'un boyau de bœuf séché et préparé : les autres avaient des flageolets et des flûtes faites de cannes de longueur et de grosseur différentes. Ils percent ces instruments à peu près comme les nôtres, mais avec cette différence qu'il n'y a qu'un trou qui va d'un bout à l'autre, qui est beaucoup plus large que celui des flûtes et des flageolets dont on se sert communément en France. Pour les accorder ensemble, ils se servent d'un cercle qui a une petite ouverture au milieu, qu'ils avancent ou qu'ils reculent dans le tuyau par le moyen d'une baguette, selon le ton qu'ils veulent prendre. Ils tiennent leur instrument d'une main, et de l'autre ils serrent leurs lèvres contre l'instrument, afin que le souffle entre tout dans le tuyau. Cette musique est simple, mais elle est harmonieuse. Celui qui y préside, après avoir fait prendre à tous les autres musiciens le ton de leur instrument sur celui du cornet à bouquin qui est auprès de lui, il donne l'air qu'il faut jouer et bat la mesure avec un grand bâton, qui peut être vu de tout le monde. »

« La musique est toujours accompagnées de danses, qui consistent dans des sauts et de certains mouvements de pieds, sans sortir du lieu où ils sont. Les femmes et les filles, faisant un grand cercle autour des danseurs, battent seulement des mains et quelquefois des pieds en cadence. Les joueurs d'instruments sont les seuls qui changent de place en dansant, à l'exception du maître de musique qui se tient debout sans se remuer pour régler les accords et la cadence. »

« Les hommes sont bien proportionnés et robustes, ils ont de grands cheveux, qu'ils laissent flotter sur les épaules. Leurs armes sont la flèche et la sagaie, qui a quelque rapport avec la lance. Leur vêtement consiste dans un long manteau de peau de tigre qui descend jusqu'aux talons. Parmi eux il s'en trouve d'aussi blancs que les Européens, mais ils se noircissent avec de la graisse et de la poudre d'une certaine pierre noire dont ils se frottent le visage et tout le corps. Comme il y a beaucoup de simples et fort rares de toutes sortes dans leurs campagnes et dans leurs forêts, ils sont tous herboristes. Plusieurs se connaissent fort bien en minéraux, qu'ils savent fondre et préparer, mais ils ne les estiment pas beaucoup, peut-être parce qu'il y a une grande quantité de mines d'or, d'argent et de cuivre dans leur pays. Leurs femmes sont naturellement fort blanches, mais afin de plaire à leurs maris elles se noircissent comme eux. »

Leurs habillements.

« Celles qui sont mariées ont le dessus de la tête rasé, et sur les oreilles de grandes coquilles pointues. Elles se couvrent de peaux de chats-tigres qu'elles se lient autour du corps avec des courroies. Cette nation fait grand état d'une certaine moelle de pierre qui ne se trouve que dans le cœur de certains rochers, assez dure et d'une couleur fort obscure. L'expérience leur a appris que ce minéral est d'une merveilleuse vertu pour faire délivrer les femmes quand elles sont en travail d'enfant, et pour faire mettre bas leurs vaches, leurs brebis et leurs chèvres. Quand les Hollandais firent sauter avec une mine un grand rocher où il s'en trouva beaucoup qu'on emporta, ils en témoignèrent du chagrin et s'en plaignirent comme si on leur eût enlevé un grand trésor. À mon retour, on me donna un morceau de cette espèce de minéral avec quelques autres qu'on a trouvés dans ce pays. »

« On trouve encore diverses sortes d'animaux et d'insectes, dont voici les principales figures. Le premier est un serpent qui a des cornes, appelé céraste, qu'on n'avait point vu jusqu'à présent, dont le venin est extraordinairement dangereux (17). Le second est un caméléon qui prend toutes sortes de couleurs et dont le cri ressemble à celui d'un chat. Le troisième est un lézard. Quand on le frappe il se plaint comme un enfant qui pleure, et se mettant en colère, il dresse les écailles dont il est tout hérissé. Sa langue est bleuâtre et fort longue, et lorsqu'on l'approche on l'entend souffler avec beaucoup de violence. On y trouve aussi un autre lézard marqué de trois croix blanches, dont la morsure n'est pas si dangereuse que celle du premier. »

« De tout ce que je viens de dire, on voit assez que cette partie de l'Afrique n'est pas moins peuplée, moins riche ni moins fertile en toutes sortes de fruits et d'animaux que les autres déjà découvertes, quoiqu'on l'ait négligée si longtemps. Les peuples qui l'habitent ne sont ni cruels, ni farouches, et ils ne manquent ni de docilité ni d'esprit. On le reconnaît mieux chaque jour par le commerce que les Hollandais entretiennent avec eux. »

Le malheur de ces peuples idolâtres, et le peu d'espérance qu'on a de les convertir.

« Mais leur grand malheur, et qu'on ne saurait assez déplorer, c'est que tant de nations si nombreuses n'ont nulle connaissance du vrai dieu et que personne ne se met en état de les instruire. On va à la vérité dans toutes leurs terres, et on les visite chez eux jusque dans leurs plus épaisses forêts, on traverse leurs déserts brûlants et on surmonte leurs montagnes les plus escarpées avec beaucoup de fatigue, de dépense et de péril, mais tout cela ne se fait que pour découvrir leurs mines, pour connaître l'abondance de leurs provinces, pour apprendre leurs secrets et la vertu de leurs simples, et pour s'enrichir de leur commerce. Cette entreprise, à la vérité, et l'exécution d'un dessein si grand et si difficile, serait très louable, si le zèle du salut de leurs âmes y avait un peu de part, et si en trafiquant avec eux, on leur enseignait le chemin du Ciel et les vérités éternelles. »

« Des missionnaires zélés qui regarderaient ces peuples comme rachetés du sang de Jésus-Christ et aussi capables, tout sauvages qu'ils sont, de glorifier Dieu dans l'éternité que les nations les plus polies, seraient bien nécessaires dans cette partie reculée de l'Afrique. Ils aideraient premièrement les catholiques du Cap, qui sont plusieurs années sans messes ni sacrements, faute de prêtres. Ils instruiraient en même temps les Hottentots, déjà connus, et d'autant plus faciles à gagner à Jésus-Christ qu'ils n'ont aucun vice considérable qui les détourne du christianisme. Dans la suite on pourrait pénétrer jusque chez les peuples les plus éloignés dont on amènerait sans doute plusieurs, avec la grâce de Dieu, à la bergerie du sauveur. »

SUITE ET FIN DU LIVRE II

NOTES

1 - Hendrik Claudius de Breslau (1655-1697) était un dessinateur et un peintre de talent. Il accompagna van der Stel lors d'une expédition dans les terres des Namaquas en 1685-86 et fit à cette occasion un grand nombre de dessins. Beaucoup de ces dessins ont servi à illustrer l'ouvrage de Johannes Burman, Rariorum africanarum plantarum publié à Amsterdam en 1738. Les illustrations des animaux de Siam du père Tachard sont également de la main de Claudius de Breslau. Toutefois, s'il faut en croire la page anglaise de Wikipédia qui lui est consacrée, les révélations un peu indiscrètes qu'il fit au jésuite lors de son escale amenèrent van der Stel à l'expulser du Cap et à l'envoyer à l'île Maurice, puis à Batavia.

Illustration du Rariorum africanarum plantarum de Burman gravé d'après Claudius de Breslau. 

2 - L'abbé de Choisy s'amusait également beaucoup des facéties de ces primates : les singes sont demeurés sur la montagne. Ils aiment fort les melons : ils viennent quelquefois 200 en prendre par ordre dans le jardin. D’abord ils posent sur des roches ou sur des arbres quatre ou cinq sentinelles qui font un certain cri quand ils voient du monde. Les plus braves magots entrent à la file dans le jardin et font passer les melons de main en main. Ils s’en retournent à trois jambes, chacun un melon à la main ; et quand on les poursuit, ils mettent le melon à terre bien proprement et se défendent à coups de pierre. Cela arrive ici tous les ans plusieurs fois. Il y a un gros singe à la forteresse à qui on a rué ce matin plus de vingt pierres sans le pouvoir attraper : je crois qu’il jouerait fort bien à la paume. (Journal de Choisy, 2 juin 1685).

ImageSinges pillant un jardin - Naauwkeurige Beschryving van de Kaap de Goede Hoop, Amsterdam, 1727. 

3 - Il s'agit du zèbre des montagnes du Cap, Equus zebra. 

4 - On trouve également une description de cet âne dans la Description du cap de Bonne-Espérance de Peter Kolb (1741, III, pp. 23-24) : L'âne sauvage du Cap est un des plus beaux animaux que j'aie jamais vus. Il a la taille d'un cheval de monture ordinaire. Ses jambes sont déliées et bien proportionnées, et son poil est doux et uni. Depuis sa crinière jusqu'à sa queue on voit au milieu du dos une raie noire, de laquelle de part et d'autre il sort un grand nombre d'autres raies de diverses couleurs, qui forment tout autant de céroles en se rencontrant sous son ventre : quelques-uns de ces cercles sont blancs, d'autres jaunes, d'autres châtains, et ces couleurs se perdent et se confondent les unes dans les autres, de manière qu'elles forment un coup d'oeil charmant. Sa tête et ses oreilles sont aussi ornées de petites raies, et des mêmes couleurs. Celles qui brillent sur la crinière et sur la queue sont pour la plupart blanches, châtains ou brunes ; il y en a moins de jaunes.

ImageÂne sauvage. Illustration de la Description du cap de Bonne-Espérance de Peter Kolb (1741)
ImageIII - Zembras ou âne sauvage du cap. Illustration du Voyage de Siam. 

5 - La description de ces « tigres » du cap de Bonne-Espérance telle que la fait Pierre Kolbe (op. cit., III, p. 6) montre que la plus grande confusion régnait quand à la classification des espèces animales : Le léopard ne diffère en rien du tigre, que dans la grosseur et dans la forme et la couleur de ses taches. Le tigre est beaucoup plus grand que le léopard, et ses taches jaunes ont ceci de particulier qu'elles ont tout autour des poils noirs, et qu'elles sont rondes, au lieu que les taches du léopard sont noires, et ne sont point rondes : elles ont une écrancrure ou une ouverture, et ressemblent à un fer à cheval.

Buffon dénoncera l'abus de langage qui consistait à appeler tigre tous les animaux dont la peau étaient tachetée, mouchetée ou tigrée : MM. de l'Académie des sciences ont suivi le torrent, et ont aussi appelé tigres les animaux à peau tigrées qui'ils ont disséqués, et qui sont cependant très différents du tigre. (Buffon - Œuvres complètes, tome IX, A. Le Vasseur, Paris, 1884-1886). Il n'y a pas de tigres en Afrique. Il est plus que probable que les fauves que le père Tachard appelle ainsi sont en réalité des guépards.

ImageLéopard (à gauche) et guépard (à droite) - Wikipédia. 

6 - Peter Kolb confirme ces propos (op. cit., III, p. 127) : Les auteurs s'accordent à dire que si l'on touche la torpille, soit avec la main, soit avec le pied, ou même avec un bâton, elle engourdit tellement ce membre qu'il n'est pas possible de le remuer, et que cet engourdissement est accompagné de douleur qui se fait même sentir dans les autres parties du corps. Rien n'est plus vrai que cela : c'est un fait que j'ai très souvent expérimenté moi-même. Cependant je n'ai pas trouvé que cet engourdissement durât aussi longtemps que quelques personnes le prétendent ; jamais il ne m'a duré plus d'une demi-heure : au bout d'une minute ou deux, il est dans sa plus grande force, après quoi il diminue peu à peu et par degrés.

Les pêcheurs du Cap craignent extrêmement de toucher la torpille. Toutes les fois qu'en tirant leurs filets il y en aperçoivent quelqu'une, ils tournent le filet en partie dans l'eau, en partie hors de l'eau pour s'en débarrasser. Ils aiment mieux perdre la moitié de leur pêche, et la perdre même toute, que d'amener à bord ce poisson et de s'exposer à le toucher. Les Latins s'appellent torpedo, les Hollandais Drilvisch, les Allemands krampf, ou Zitterfisch, et les Anglais Cramp-fish. 

7 - Des phoques. 

8 - Stellenbosch, du nom de van der Stell et de bosh : bois. La colonie de Stellenbosh a été fondée sous le gouvernement et par le soins de Simon van Stel. Comme il arrivait chaque jour de nouveaux habitants, et que les bonnes terres de la vallée de la Table et des environs étaient déjà occupées, le gouverneur donna en 1670 le plan d'un établissement à l'est et au sud-est de la colonie du Cap. Ce quartier, couvert d'arbres et de buissons, fut d'abord appelé la Forêt sauvage (wild bosch) ; et ce nom lui convenait fort, parce qu'étant abandonné depuis longtemps par les Hottentots, il était devenu le repaire des bêtes féroces. Mais ayant été cultivé avec soin, il fut bientôt mis en état de le disputer en fertilité avec le cap. On donna ensuite à cette colonie le nom de son fondateur van der Stel, on y ajoutant celui de bois, en Hollandais bosch. (Peter Kolb, op.cit., II, p. 29). 

9 - Kolb écrit (op.cit., III, pp. 36-37) : Le père Tachard, dans son Voyage de Siam, dit que le nom d'Hottentot n'est qu'un sobriquet qui a été donné à ce peuple par les Européens. Les Européens, dit-il, appellent ces peuples Hottentots, peut-être parce qu'ils ont continuellement ce mot à la bouche lorsqu'ils rencontrent des étrangers. Mais je n'ai jamais ouï dire au Cap, ni remarqué que ces peuples se servissent du mot d'Hottentot en abordant les étrangers ; ils se servent constamment de ceux-ci : « Mutsebi Atze », qui signifie : Je vous salue, Monsieur ou Madame. Et dans les pays qui sont plus reculés dans le continent, dès que les habitants voient approcher un étranger, ils ont accoutumé de dire en hollandais, « Wat Volk », c'est-à-dire, Quel peuple, ou quelle nation est-ce ? 

10 - Ce père se trompe également dans l'assertion et dans le raisonnement qu'il fait ici. Il vaudrait mieux dire que leur extrême paresse n leur permettant pas d'être en souci pour le lendemain, ils ne s'embarrassent point de l'état où ils seront après la mort, quoiqu'ils soient dans l'idée qu'ils survivront à leur corps. Ils s'imaginent apparemment qu'il sera assez tôt d'y penser lorsqu'ils y seront.. (Kolb, op. cit., III, p. 195). 

11 - Révérend père, le chef des Hottentots à votre seigneurie. 

12 - Comme le note Marie-Jeanne Boisacq (Le mythe du bon sauvage hottentot, Literator 14 N° 2, 1993, p. 120) : la plupart des voyageurs qui avaient fait escale au cap de Bonne-Espérance avaient parlé des Hottentots et avaient, à l'unanimité, donné pendant deux siècles un portrait physique repugnant de ces derniers dont les particularités anatomiques, la saleté repoussante, les usages particuliers et le langage bizarre suscitaient un profond dégoût. Il faudra attendre le XVIIIe siècle et les Lumières pour que les points de vue occidentaux se nuancent un peu et que la répulsion se transforme en curiosité, et même, comme chez Diderot, en compassion et en critique du système colonial. 

13 - Les Hottentots ont à leur bras gauche trois grands anneaux d'ivoire, qui leur servent à parer les coups qu'on leur porte dans les combats. Ils tirent cet ivoire de quelques dents d'éléphants qu'ils trouvent dans les bois ou qu'ils arrachent aux éléphants qu'ils tuent. À ces anneaux, qui sont si parfaitement travaillés qu'ils surprendraient les plus habiles tourneurs, ils attachent, lorsqu'ils voyagent, un sac qui renferme leurs provisions ; et ils l'y attachent si adroitement qu'il ne les incommode point en marchant. (Peter Kolb op.cit. I, p. 98). 

14 - Le père Tachard dit qu' après que le capitaine par honneur a commencé, ils viennent tous par ordre, chacun selon son rang et sa qualité. J'ai eu occasion de voir quelquefois des exécutions, mais j'ai toujours vu que l'assemblée s'avançait pêle-mêle, dès que le capitaine avait frappé le premier coup. L'exécution finie, ils prennent le cadavre, le plient de manière que les pieds viennent toucher le cou, l'enveloppent dans son manteau et l'ensevelissent avec tout ce qu'il a sur lui et tous ses ornements, exceptés ses bagues et ses autres affiquets de cuivre ou de laiton, qui sont remis à sa famille ou à son héritier. (Peter Kolb, op.cit., I, p. 147-148). 

15 - Nous reproduisons ci-dessous les illustrations des Hottentots figurant dans la relation du père Tachard :

ImageIV - Carte des pays et des peuples du cap de Bonne-Espérance nouvellement découverts par les Hollandais.
ImageV - Hottentots habitants du cap de Bonne-Espérance.
ImageVI - Namaqua, peuple nouvellement découvert vers le tropique du Capricorne. 

16 - Kolb parle de cheval marin. Il s'agit tout simplement de l'hippopotame.

ImageIX - Vache marine - Illustration de la relation de voyage du père Tachard. 

17 - Parmi les autres gravures qui illustrent la relation de Guy Tachard, de la main de Claudius de Breslau, on trouve le rhinocéros, le cerf, le céraste ou serpent cornu, le caméléon du Cap, et le petit et le grand lézard du cap de Bonne-Espérance :

ImageVII - Rhinoceros. Illustration du Voyage de Siam.
ImageVIII - Cerf du Cap. Illustration du Voyage de Siam.
ImageX - Céraste ou serpent cornu. Illustration du Voyage de Siam.
ImageXI - Caméléon du cap de Bonne-Espérance. Illustration du Voyage de Siam.
ImageXII - Petit lézard du cap de Bonne-Espérance. Illustration du Voyage de Siam.
ImageXIII - Grand lézard du Cap. Illustration du Voyage de Siam. 

RETOUR PAGE D'ACCUEIL    Retour page d'accueil