Livre VI - Suite et fin.
Les mœurs et la religion des Siamois.

Page de la relation du père Tachard
Rêveries que les talapoins débitent de Sommonokhodom.

On trouve encore écrit dans les livres de Sommonokhodom que depuis le temps qu'il aspira à devenir dieu, il était revenu au monde cinq cent cinquante fois sous différentes figures (1) ; que dans chaque renaissance, il avait toujours été le premier et comme le prince de ceux d'entre les animaux sous la figure desquels il naissait ; que souvent il avait donné sa vie pour ses sujets, et qu'étant singe, il avait délivré une ville d'un monstre horrible qui la désolait ; qu'il avait été un très puissant roi et que sept jours avant que d'obtenir le souverain domaine de l'univers, il s'était retiré à l'imitation d'un certain anachorète avec sa femme et ses deux enfants dans des solitudes écartées ; que là il était mort au monde et à ses passions jusqu'à souffrir sans émotion qu'un Brahmine qui voulait éprouver sa constance lui enlevât son fils et sa fille et les tourmentât devant lui. Son détachement alla bien plus loin, car il donna même sa femme à un pauvre qui lui demandait l'aumône, et après s'être crevé les yeux il se sacrifia lui-même en distribuant sa chair aux animaux, pour soulager la faim qui les pressait. De là ils prennent encore occasion de trouver à redire à la religion chrétienne qui ne prescrit point de soulager les bêtes dans leurs besoins. Voilà les belles actions dont les talapoins proposent l'imitation aux peuples dans leurs sermons et les exemples dont ils se servent pour les porter à la vertu.

Thévathat tua Sommonokhodom lorsqu'ils étaient singes.

Ce qui se lit de Thévathat dans les mêmes livres n'est ni moins extraordinaire, ni moins fabuleux. On y apprend qu'il renaissait toujours avec son frère Sommonokhodom, dans la même espèce que lui, mais toujours inférieur en dignité, parce que Sommonokhodom était le prince des animaux, dont il prenait la figure. Mais Thévathat aspirant aussi à la divinité et ne pouvant rien souffrir au-dessus de lui ne voulut jamais se soumettre à son frère. Il tâcha au contraire, par de continuelles révoltes, de troubler son règne et n'oublia rien pour le dépouiller de l'empire. Il vint enfin en quelque manière à bout de ce qu'il souhaitait, car il le tua lorsqu'ils étaient tous deux singes. Ce que nous avons vu pendant notre séjour à Siam, ne nous a que trop fait connaître combien on y est infatué de ces sortes de fables. Un jeune ecclésiastique soutenant une thèse de théologie en présence de M. l'ambassadeur (2), quelques talapoins y vinrent par curiosité, et entre autres le supérieur d'un de leurs plus célèbres monastères. Celui-ci demanda sur quoi l'on disputait avec tant de chaleur, on lui répondit qu'on parlait de Dieu et des matières qui regardent ce premier être. Apparemment, reprit alors le talapoin, la dispute roule sur les grands travaux et sur la mort que lui ont fait souffrir ses ennemis pendant qu'il était singe. Revenons à l'histoire fabuleuse de Thévathat.

Thévathat fait un schisme, et se déclare contre son frère.

Comme il avait beaucoup d'esprit et d'adresse, il trouva moyen de faire une secte nouvelle dans laquelle il engagea plusieurs rois et plusieurs peuples à sa doctrine et qui le suivirent pour être ses imitateurs. Ce fut là l'origine d'un schisme qui divisa le monde en deux parties et donna commencement à deux religions, au lieu qu'auparavant tous les hommes n'en avaient qu'une. Les uns, au nombre desquels ils nous mettent pour les raisons que nous allons dire, se firent disciples de Thévathat, et les autres de Sommonokhodom. Thévathat, quoiqu'il ne fût que le cadet, se voyant soutenu par tant de princes qui avaient embrassé sa défense, employa la force ouverte et la trahison pour perdre son frère. Il mit en usage les plus atroces calomnies pour noircir sa réputation, mais ces desseins ne réussirent pas. Il fut même vaincu plus d'une fois, lorsque pour confirmer les sectateurs dans la foi qu'il leur enseignait, il osa disputer avec son frère, à qui ferait de plus grands miracles.

Thévathat pour avoir voulu être Dieu, est privé de plusieurs connaissances avec tous ses sectateurs.

L'ambition lui fit souhaiter d'être dieu, mais ne l'étant pas véritablement, il ignora beaucoup de choses dont son frère avait une parfaite connaissance, et parce que sa fierté ne lui permettait pas d'écouter Sommonokhodom, il n'apprit point de lui ce qui se passait dans l'enfer et dans le paradis, ni la doctrine de la métempsycose, ni les changements qui s'étaient faits et qui se devaient faire dans tous les siècles. D'où ils concluent qu'il ne faut pas s'étonner si nous autres qui sommes ses disciples ne trouvons rien de toutes ces choses dans les livres qu'il nous a laissés, si nos Écritures sont pleines d'obscurités et de doutes et si, étant entièrement ignorants sur la divinité, nous avons tant d'envie d'en raisonner avec eux. Car puisque Thévathat notre maître ne savait rien de cela, il ne pouvait pas nous l'enseigner.

De là vient aussi que nous ignorons le secret de guérir les hommes, de les préserver de toutes sortes de maux, de faire de l'or et de l'argent et de découvrir ces métaux précieux dans les endroits où ils sont cachés, car ils croient qu'il y a des richesses immenses dans de certains lieux inconnus, mais que je ne sais quelle vertu surnaturelle nous empêche de les y apercevoir ; ou si nous les voyons, elle nous les fait paraître sous une figure qui trompe nos yeux. Ils nous objectent encore que nous ne pouvons opérer plusieurs prodiges qu'ils prétendent savoir faire et qui sont autant d'effets de magie, parce que Thévathat étant là-dessus aussi peu instruit que sur le reste n'a pu nous en rien apprendre.

Mais quoique Thévathat ne fût point dieu et qu'il n'eût par conséquent ni l'agilité, ni la subtilité du corps, ni les autres perfections de la divinité, il ne laissa pas d'exceller dans plusieurs sciences, surtout dans les mécanismes et dans la géométrie. Comme c'est de lui, si nous les en croyons, que nous avons reçu ces connaissances, il n'est par surprenant que nous soyons bons géomètres et que nous ayons une parfaite connaissance des autres arts.

Les talapoins persuadent aux Siamois que la religion chrétienne est tirée de la loi que leur a enseigné Sommonokhodom.

Dans la nouvelle doctrine qu'il publia, il mêla beaucoup de choses qu'il avait tirées de la religion de son frère. C'est ce qui a rendu l'une et l'autre loi si semblable en plusieurs points. Elle diffèrent cependant en ce que la loi de Thévathat est beaucoup moins sévère que celle de Sommonokhodom, car elle laisse aux hommes une grande liberté de tuer et de manger des animaux, quoique l'usage de ces choses soit illicite et criminel. Ils croient que de la doctrine de Thévathat sont sorties, comme d'une source de schisme et de division, sept autres sectes qui ont beaucoup de rapport entre elles, et il appliquent cette tradition aux hérésies des Hollandais, des Anglais et des autres peuples séparés de l'Église romaine, car ils regardent comme autant de rejetons que notre religion a produits, et c'est ce qui les confirme encore dans leurs opinions.

Thévathat est puni dans l'enfer pour avoir persécuté son frère.

Après tous les outrages que Thévathat avait fait à son frère, sans respecter ni les droits de la nature ni la divinité même, il était juste qu'il en fût puni. Aussi les écritures des Siamois font-elles mention de son supplice, et Sommonokhodom même y rapporte qu'étant devenu Dieu, il vit ce frère impie dans le plus profond des enfers. Je l'y reconnus, dit-il, accablé de maux et gémissant sous le poids de sa misère. Il était dans la huitième demeure, c'est-à-dire dans le lieu où les plus grands criminels sont tourmentés, et là il expiait par un horrible supplice tous les péchés qu'il avait commis, et surtout les injures qu'il avait faites. Ensuite expliquant la peine qu'on faisait souffrir à Thévathat, il dit qu'il était attaché à une croix avec de gros clous qui lui perçant les pieds et les mains lui causaient d'extrêmes douleurs, qu'il avait en tête une couronne d'épines, que son corps était tout couvert de plaies et que pour comble de misère le feu infernal le brûlait sans le consumer (3). Un spectacle si pitoyable le toucha de compassion, il oublia toutes les injures qu'il avait reçues de son frère et il ne put le voir en cet état sans prendre la résolution de le secourir. Il lui proposa donc ces trois mots à adorer Pputhang, Thamang, Sangkhang (4), mots sacrés et mystérieux pour lesquels les Siamois ont une vénération profonde et dont le premier signifie Dieu, le second parole ou Verbe de Dieu, le troisième Imitateur de Dieu ; lui promettant au reste, s'il acceptait une condition si raisonnable et si facile de le délivrer de toutes les peines auxquelles il était condamné. Thévathat consentit à adorer les deux premiers mots, mais jamais il ne voulut adorer le troisième, parce qu'il signifiait prêtre ou imitateur de Dieu, protestant que les prêtres étaient des hommes pécheurs qui ne méritaient aucun respect. C'est en punition de cet orgueil qu'il souffre encore aujourd'hui, et qu'il souffrira dans l'enfer durant un grand nombre d'années.

Les talapoins détournent les Siamois de se faire chrétiens en leur persuadant que Jésus-Christ est Thévathat frère de leur Dieu.

Quoique plusieurs choses éloignent les Siamois de la loi chrétienne, on peut dire néanmoins que rien ne leur en donne tant d'aversion que cette pensée. La ressemblance qui se trouve en quelques points entre leur religion et la nôtre, leur faisant croire que Jésus-Christ ne diffère point de ce Thévathat dont il est parlé dans leurs Écritures, ils se persuadent que puisque nous sommes les disciples de l'un, nous sommes aussi les sectateurs de l'autre, et la crainte qu'ils ont de tomber dans l'enfer avec Thévathat, s'ils suivent sa doctrine, ne leur permet pas d'écouter les propositions qu'on leur fait d'embrasser le christianisme. Ce qui les confirme le plus dans leur préjugé est que nous adorons l'image du Sauveur crucifié, qui représente parfaitement le châtiment de Thévathat. Ainsi lorsque nous voulons leur expliquer les articles de notre foi, ils nous préviennent toujours, nous disant qu'ils n'ont pas besoin de nos instructions et qu'ils savent déjà mieux que nous ce que nous avons envie de leur apprendre.

Mais il est temps de revenir à Sommonokhodom dont nous avons interrompu l'histoire. Il avait parcouru le monde, faisant connaître aux homme le bien et le mal et leur enseignant la vraie religion, qu'il écrivit lui-même pour la laisser à la postérité. Il s'était même attiré plusieurs disciples, qui dans la condition de prêtres, devaient faire une profession particulière de l'imiter en portant un habit semblable au sien et en gardant les règles qu'il leur donnait, lorsqu'enfin il arriva à la quatre-vingt deuxième année de son âge qui était aussi l'âge de ce monstre, auquel nous avons dit qu'il avait autrefois donné la mort. Un jour qu'il instruisait ses disciples, étant assis au milieu d'eux, il vit ce même monstre sous la figure d'un cochon qui courait avec une incroyable fureur, et il ne douta pas qu'il n'eût dessein de se venger. Connaissant alors que son départ du monde approchait, il le prédit à ses disciples, et peu de temps après ayant mangé un morceau de ce cochon qu'il avait vu, il fut attaqué d'une violente colique dont il mourut (5).

En quoi consiste l'anéantissement du dieu des Siamois.

Son âme monta au huitième ciel ; c'est proprement le paradis appelé Nyruppaam (6), elle n'est plus sujette aux misères ni à la douleur et elle jouit d'une béatitude parfaite. C'est pour cela qu'elle ne renaîtra jamais, et voilà ce qu'ils appellent être anéanti. Car par ce terme ils n'entendent pas la destruction totale d'une chose qui la réduise au néant, mais ils veulent seulement dire qu'on ne paraît plus sur la terre, quoique l'on vive dans le ciel. Pour son corps il fut brûlé ; ses os, à ce qu'ils rapportent, ont été conservés jusqu'à présent. Il y en a une partie dans le royaume de Pégou, l'autre dans celui de Siam. Ils attribuent à ces os une merveilleuse vertu et ils assurent qu'ils brillent d'une splendeur toute divine. Avant que de mourir, il ordonna qu'on fît son portrait après sa mort, de peur que les hommes ne perdissent peu à peu le souvenir de sa personne et ne l'oubliassent enfin tout à fait. Il voulut qu'on lui rendît dans cette image les honneurs qui étaient dus à sa divinité. Il laissa aussi gravées les marques d'un de ses pieds en trois lieux différents, dans le royaume de Siam, dans celui de Pégou et dans l'île de Ceylan (7). Les peuples y viennent en pèlerinage de tous côtés, et ils honorent ces vestiges tous les ans avec une dévotion singulière.

Les Siamois conservent avec grand respect les cheveux et le portrait de leur Dieu.

Les Siamois prétendent encore avoir une partie des cheveux de Sommonokhodom qu'il se fit couper après être devenu dieu : l'autre partie a été portée dans le ciel par le ministère des anges. Ils ont coutume de nous reprocher que nous n'avons pas assez de respect pour les images sacrées, pour les saints livres et pour les prêtres. Il est vrai qu'on ne peut avoir pour ces choses plus de vénération qu'ils en ont. C'est un précepte de leur loi qui leur commande de les honorer, mais ils ne se contentent pas de respecter les prêtres et les divines Écritures ; les vêtements des premiers et les caractères qui servent à écrire leur loi sont encore pour eux des objets de culte. Ils croient même que l'action la plus louable et la plus excellente vertu est de faire du bien aux talapoins, et que leurs habits et les chapelets qu'ils en reçoivent ont le pouvoir de guérir les maladies. Ils s'imaginent encore qu'il y a dans leurs livres une vertu toute divine, et que si une personne en avait l'intelligence et savait en employer les paroles, elle pourrait opérer de grandes merveilles. C'est pour cela qu'entre les trois moyens de faire des miracles, le premier est de savoir bien se servir de la parole de Dieu, le second est d'être instruit de la doctrine des anachorètes, le troisième enfin est le secours des démons. Ils condamnent néanmoins cette dernière manière, mais ils approuvent extrêmement les deux premières, se vantant d'être les seuls à qui ces admirables secrets soient connus.

Faux miracles dont les Siamois autorisent leur religion.

Pour prouver leur religion ils content plusieurs fables, qui passent chez eux pour autant de miracles avérés : en voici quelques-uns des principaux (8).

  1. Dans le royaume de Pégu, où sont gardées les reliques de Sommonokhodom, ses os partie changés en divers métaux, partie dans leur état naturel, répandent un éclat extraordinaire.
  2. Dans le même royaume, il y a une petite île au milieu d'un fleuve, dans laquelle se voit un temple de leur dieu. Cette petite île, quelque hautes que soient les eaux, lors même que les lieux les plus élevés sont inondés, demeure toujours à sec. Ils ajoutent que les présents que l'on offre à Dieu en les jetant dans le fleuve, selon la coutume de ces pays-là, suivent le courant de l'eau, jusqu'à ce qu'étant arrivé à l'île, ils s'y arrêtent sans aller plus loin.
  3. Dans les tempêtes et les dangers de faire naufrage, les matelots jettent un anneau dans la mer avec intention de l'offrir au temple de l'île, et tout d'un coup la mer devient calme et le vaisseau est hors de péril.
  4. Sur les confins du royaume de Pégou, il y a une petite colline où ils tiennent par tradition que leur dieu se retirait souvent. Il y va tous les ans une grande multitude de peuple en pèlerinage, et quoi que le haut en soit fort étroit, il suffit cependant pour contenir tout le monde qui s'y rend, et il n'en est jamais rempli.
  5. Ils disent encore qu'au sommet de cette colline il y a un amas d'or, d'argent, et d'autres choses précieuse, que les pèlerins offrent à leur dieu, lorsqu'ils arrivent en cet endroit. Ils racontent qu'une armée de Chinois ayant un jour enlevé ces richesses, elle périt toute entière la nuit suivante, et ce trésor fut rapporté par les anges, au lieu où il était auparavant.
  6. Quoique le haut de la colline soit entièrement exposé aux injures de l'air et aux ardeurs du soleil, on y trouve néanmoins toujours une ombre agréable, qui garantit, même en plein midi, des excessives chaleurs qu'on y souffrirait sans cela.
  7. Il y a dans la ville de Sukhotai une idole toute d'or. Ils prétendent que cette statue est miraculeuse, et que si dans le besoin de pluie on la porte à la campagne, comme on a coutume de le faire, l'eau tombe incontinent en grande abondance.
  8. Dans une autre ville qui s'appelle Campeng (9), il y a, à ce qu'ils rapportent, un lac, dans lequel on voit encore aujourd'hui un poisson vivant qui n'a que la moitié de son corps, et la manière dont s'est fait ce prodige est remarquable. Un saint homme vivait autrefois dans cette ville ; comme on lui eut offert un poisson rôti, il n'en mangea que la moitié, et jeta l'autre dans le lac, désirant qu'elle vécût. Ce qu'il souhaitait lui fut accordé, en considération de ses grands mérites, car on voit encore à présent ce demi-poisson vivant dans le même lac.

Il serait trop long de rapporter ici toutes leurs autres rêveries. Il suffit de dire que se prévalant d'une infinité de faux prodiges de cette nature, ils nous demandent en disputant contre nous, à voir quelques miracles en confirmation de la doctrine que nous les prêchons. Ils nous vantent de certaines statues d'airain et de pierre qu'ils croient avoir été autrefois des hommes, qu'une vertu divine a rendus inanimés. Ils ont encore, à ce qu'ils disent, plusieurs ouvrages antiques, travaillés de la main des anges. Enfin tous les effets que nous attribuons à la magie, ils les regardent comme autant de prodiges étonnants et ils se glorifient d'être les seuls qui sachent l'art de les faire.

Il y a parmi eux de certains talapoins qui ont embrassé un état de vie appelé Vipasana (10). On ne peut rien voir de plus austère, ils gardent un perpétuel silence, toujours appliqués à la contemplation des choses divines et ils ont la réputation d'être de grands saints. Les Siamois croient qu'ils s'entretiennent continuellement avec les anges, qu'ils ont toujours présent à l'esprit ce qu'il y a de plus admirable et de plus rare dans la nature et que leurs yeux pénétrant jusque dans les mines les plus cachées, ils y voient clairement l'or, l'argent, tous les métaux et toutes sortes de pierres précieuses.

Pour ce qui regarde les mœurs et la conduite de la vie, un chrétien ne peut rien enseigner de plus parfait que ce que leur religion prescrit là-dessus. Elle leur ordonne de faire le bien et ne leur défend pas seulement les actions mauvaises, mais encore tout désir, toute pensée, et toute intention criminelle. C'est ce qui leur fait dire que leur loi est impossible dans la pratique, ou du moins qu'il est très difficile de la garder comme il faut, aussi croient-ils qu'ils iront tous en enfer.

La loi des Siamois contient dix préceptes fort sévères.

Toute leur loi est comprise en dix commandements comme la nôtre, mais elle est beaucoup plus sévère (11), car outre que chez eux ni la nécessité ni aucune autre circonstance n'excuse l'homme qui pèche, plusieurs choses, qui parmi les chrétiens ne sont que de perfection et de conseil passent parmi eux pour des préceptes indispensables.

L'usage de toute liqueur capable d'enivrer leur est interdit. Il ne leur est pas même permis de boire du vin, quelque besoin qu'ils en aient et en quelque occasion qu'ils se rencontrent, et ils sont extrêmement scandalisés lorsqu'ils en voient boire à des prêtres chrétiens. Ils ne peuvent tuer sans pécher aucun animal, c'est même un crime d'aller à la chasse, de frapper une bête et de lui faire mal en quelque manière que ce puisse être. La raison qu'ils en apportent est que les animaux vivant aussi bien que nous, sont comme nous sensibles à la douleur, et que puisque nous ne voulons pas qu'on nous fasse aucun mal, il n'est pas raisonnable de leur en faire. Ils nous accusent même d'ingratitude parce que nous donnons la mort à des créatures innocentes qui nous ont rendu tant de services. Pour cette raison ils sont obligés d'exercer la charité, non seulement à l'égard des hommes, mais encore à l'égard des animaux, et des les assister dans leurs nécessités. Le respect, qu'ils ont pour leurs Écritures fait qu'ils n'osent nous les confier, ni même nous expliquer leur loi, de crainte que l'exposant à notre raillerie, nous ne commettions quelque irrévérence et que le péché ne leur en soit imputé. Ils nous reprochent souvent que la manière dont nous portons les images des saints, et dont nous lisons les livres sacrés, n'est pas assez respectueuse. Au reste les talapoins qui sont leurs prêtres, leurs religieux et leurs docteurs, sont regardés comme les vrais imitateurs de Dieu. Ils ont peu de commerce avec le monde, ils ne saluent jamais aucun laïque, pas même le roi. Et c'est pour cela que les Siamois sont mal édifiés de voir les prêtres européens familiariser avec les personnes séculières.

Les talapoins vont tous les matins à la quête, et l'opinion qu'on a de leur vertu fait que tout le monde leur donne. Aussi le point le plus essentiel de la morale qu'ils prêchent est que pour se sauver, il faut ériger ou réparer les pagodes, et surtout assister les talapoins (12).

Les laïques ont huit commandements principaux, qui consistent, 1. à adorer Dieu, sa parole et ceux qui imitent ses vertus, 2. à ne point voler, 3. à ne point boire de vin ni aucune liqueur qui enivre, 4. à ne point mentir et à ne tromper personne. 5. à ne point tuer ni hommes ni animaux, 6. à ne point commettre d'adultère, 7. à jeûner les jours de fêtes, 8. à ne point travailler ces jours-là. Ce sont ces devoirs que les prêtres expliquent au peuple, et dont ils l'instruisent dans leurs sermons.

Les monastères des talapoins sont autant de séminaires où la jeunesse est élevée. On y met tous les enfants de qualité dès qu'ils sont capables d'instruction, et tandis qu'ils y demeurent on les fait vivre font sévèrement. On les appelle Nèn (13) ; ils ont leurs préceptes et leurs règlements particuliers, qui consistent à porter un habit jaune, à se raser la tête et les sourcils deux fois tous les mois, le quatorzième et le vingt-neuvième de la lune, à jeûner ces deux jours-là, et encore quatre autres fêtes qui arrivent le quinze, le vingt-trois et le dernier jour de la lune, à manger seulement deux fois le jour, le matin et à midi, sans qu'il leur soit permis de prendre aucune nourriture jusqu'au lendemain, à n'avoir commerce avec aucune femme, à ne jamais chanter de chansons et à ne point écouter ceux qui en chantent, à ne jouer d'aucuns instruments, à fuir les spectacles et les réjouissances publiques, à ne point user de parfums, à ne point aimer l'argent, qu'ils ne doivent pas même toucher, bien loin de pouvoir en amasser, à ne pas prendre plaisir à goûter ce qu'ils mangent et à en détourner leur pensée, c'est pour cela que plusieurs d'entre eux mêlent tout ce qu'on leur donne pour le rendre moins agréable, enfin à honorer les prêtres, à leur céder le pas et à s'asseoir toujours au-dessous d'eux.

Les talapoins mènent une vie plus austère ; car outre qu'ils ont toutes les obligations des laïques et des jeunes gens qu'ils élèvent, ils ont encore plus de 120 règles propres de leur état (14), dont voici les principales. De se rendre tous les jours deux fois au temple, le matin et le soir pour y faire leurs prières, d'être entièrement couverts, de ne toucher jamais de femmes, de ne leur point parler seul à seul, et même de ne les pas regarder quand on les rencontre dans les rues, de marcher avec une grande modestie, les yeux baissés, et sans tourner la tête, de porter toujours un éventail et de s'en couvrir le visage pour empêcher l'égarement de la vue, de ne consentir jamais à une mauvaise pensée, de ne point préparer eux-mêmes leur manger, mais de le prendre tel qu'on le leur donne, de vivre des aumônes qu'ils vont demander par la ville, mais de ne point entrer dans les maisons et de n'attendre même aux portes qu'autant de temps qu'un bœuf en met à boire, d'enseigner la loi à leurs disciples et au peuple, de se mortifier et de faire pénitence une année entière, dont une partie consiste à demeurer exposés durant quinze nuits du mois de février à la rosée du ciel au milieu des champs, de confesser leurs péchés les uns aux autres, de jeûner trois mois de l'année, juillet, août et septembre, de ne manger qu'une fois le jour pendant tout ce temps-là, qu'ils appellent leur grand jeûne, et de prêcher pourtant tous les jours, de réciter une espèce de chapelet composé de 180 grains et divisé par dizaines, de ne saluer aucun laïque, d'être doux et miséricordieux à l'égard de tout le monde, de ne se mettre point en colère et de ne frapper personne, de n'avoir jamais la tête couverte, particulièrement dans les temples, de ne s'asseoir que sur un certain siège de cuir qu'ils portent avec eux, surtout dans les lieux où il y a des femmes assises, de ne coucher jamais hors du monastère, et de n'en point sortir seuls, de n'avoir qu'un habit, de ne jouer à aucun jeu, de ne recevoir l'argent qu'on leur donne que par la main d'un laïque qui leur sert comme de procureur, et de l'employer en bonnes œuvres, comme à payer les dettes des pauvres et à racheter les esclaves, de loger les pèlerins et de leur faire tout le bien qu'ils peuvent, d'être sincères et véritables, et lorsqu'il faut assurer ou nier une chose, dire seulement qu'elle est ou qu'elle n'est pas, enfin de ne souffrir jamais dans son esprit le moindre doute sur la religion (15).

Les talapoins font souvent des discours au peuple pour l'exhorter à la pratique des vertus et particulièrement de la charité envers les hommes et les animaux. Celui qui prêche est assis à la manière du pays sur un petit théâtre couvert de tapis et fort élevé au-dessus de l'auditoire. Après que le monde est assemblé, il commence par lire quelque sentence de Sommonokhodom avec un air plein de modestie et de gravité, tenant toujours les yeux baissés et ne faisant aucun geste ; ensuite il développe les mystères fabuleux de ce livre et il en tire quelque morale pour l'instruction de son auditoire, se servant de métaphores, de paraboles, et surtout de comparaisons prises des choses naturelles, ainsi qu'on accoutumé de faire les Orientaux. Le peuple assis sur ses talons écoute avec beaucoup de respect et d'attention, les hommes étant d'un côté et les femmes de l'autre. Les autres talapoins sont à côté du prédicateur, mais séparés du peuple et assis sur une estrade. Tous les auditeurs ont les mains jointes, et dès que le prédicateur a prononcé le texte, ils s'écrient tous ensemble levant les mains au ciel, et baissant la tête, Parole de Dieu, Vérité toute pure. Ils ont comme nous une espèce de dimanche de sept en sept jours, qu'ils passent en jeûnes et en prières, outre quelques autres fêtes plus solennelles qui durent trois jours et qu'on célèbre tantôt dans une pagode, tantôt dans une autre, avec un concours extraordinaire. Les femmes sont les plus empressées à se rendre à ces assemblées de piété. Pendant ce temps-là on prêche depuis six heures du matin jusqu'à six heures du soir, de nouveaux prédicateurs se succédant les uns aux autres, et chacun prêchant six heures. Ces longs discours ne fatiguent point l'auditeur qui se tient toujours dans le respect sans cracher et sans tourner la tête.

Voilà ce qu'on a pu apprendre de la religion des Siamois, qui a été jusqu'à maintenant si inconnue en Europe. Mais pour peu qu'on examine ce que nous en avons dit, on y trouvera tant de choses semblables à la doctrine chrétienne qu'il sera aisé de juger que l'Évangile a été autrefois annoncé à cette nation, mais qu'il a été altéré et corrompu dans la suite des temps par l'ignorance et par les visions de leurs prêtres.

Quant à l'état présent du christianisme à Siam, je n'ai rien à en dire de particulier. Il est surprenant que l'Évangile fasse si peu de progrès parmi des peuples qu'on cultive avec beaucoup de zèle et de soin, qui voient tous les jours la majesté de nos cérémonies, qui n'ont d'ailleurs aucun vice capable de les dégoûter de nos maximes et qui estiment tant les talapoins parce qu'ils font profession d'une vie austère. Cela pourrait faire croire qu'ils ont quelque chose de sauvage et de grossier, si les manières agréables et les belles réponses des ambassadeurs qui sont en France ne faisaient voir qu'ils ont de l'esprit et de la politesse. Mais il ne nous appartient pas de vouloir pénétrer les secrets jugements de Dieu. Prions seulement avec ferveur ce père des miséricordes d'éclairer et de toucher un prince déjà à demi chrétien par les favorables dispositions de son esprit et de son cœur, surtout depuis que notre grand monarque vient de le rendre tout Français. On voit assez les grandes suites d'une telle conquête si l'on considère que le roi de Siam n'a pas moins d'autorité sur les princes ses voisins par l'admiration que leur donne sa sagesse qu'il en a sur ses sujets. Nous avons tout lieu de bien espérer, et d'autant plus que le seigneur Constance son ministre est également habile et pieux, ne manquant ni de bonnes intentions pour appuyer les desseins honorables à la religion, ni de vues et de crédit pour les faire réussir.

FIN DU VOYAGE DE SIAM DES PÈRES JÉSUITES

NOTES

1 - Le père Tachard fait ici allusion aux Jatakas qui sont les récits des vies antérieures de Bouddha. Ils sont précisément au nombre de 547, et largement aussi imagés que ceux décrits par le jésuite. 

2 - Il s'agissait d'Antonio Pinto, siamois surnommé « Monsieur Antoine », et cette soutenance eut lieu le 3 novembre 1685, comme en témoigne le journal de l'abbé de Choisy : J’ai oublié à vous dire qu’avant-hier un des siamois nommé Antonio Pinto soutint dans le palais de M. l’ambassadeur des thèses en théologie dédiées au roi ; c’est au nôtre. On ne peut pas répondre avec plus de capacité. Nos jésuites disputèrent. M. Basset et M. Manuel l’attaquèrent vertement : mais il y eut un diacre cochinchinois qui fit merveilles et qui ne voulait point se taire, on avait beau battre des mains. L’archevêque talapoin de Siam y vint et se mit vis à vis du répondant. Il nous aurait fait grand plaisir de disputer, mais sa gravité l’en empêcha. M. de Métellopolis aurait pris la parole s’il avait été nécessaire. Remarquez en passant qu’il est assez beau à nos missionnaires de faire des écoliers capables de répondre en Sorbonne. Pour moi, je voudrais qu’ils en envoyassent quelqu’un en France pour faire une Expectative à Paris. Cela ferait grand plaisir à M. Grandin de voir une face noire parler si juste de Deo uno & trino. 

3 - On retrouve la mention d'une croix chez Nicolas Gervaise : Tevatat ne survécut pas longtemps à sa honte : il fut attaqué d'une maladie dangereuse à laquelle ses amis ne trouvèrent point d'autre remède que de le mener à Sommonocodon et d'implorer sa miséricorde ; mais il mourut en chemin, et fut précipité dans l'abîme : là, attaché sur une croix, il expie au milieu des tourments le crime horrible qu'il s'était efforcé de commettre. (Histoire naturelle et politique du royaume de Siam, 1688, p. 181).

Quant à la version de La Loubère, d'après un document qui lui fut remis on ne sait par qui à son départ du Siam, elle est grand-guignolesque à souhait : Il [Thevathat] est dans l'enfer Avethi, grand de s650 lieues. Il a sur sa tête comme une grande marmite de fer toute rouge de feu et qui lui vient jusque sur les épaules. Il a ses pieds enfoncés dans la terre jusqu'à la cheville, et tout enflammés. De plus, une grande broche de fer qui passe du Couchant au Levant lui entre par les épaules et lui sort par la poitrine ; une autre le perce par les côtés, qui sort du Midi et s'en va au Nord, et traverse tout l'enfer ; et une autre lui entre par la tête et le perce jusqu'au pied. Or, toutes ces broches tiennent des deux bouts et sont bien enfoncées dans la terre. Il est debout sans pouvoir ni se coucher ni se remuer. (Du royaume de Siam, 1691, II, p. 31).

Mais rien, dans le bouddhisme, n'est jamais définitif. Thevathat avait été le maître du Bouddha dans une vie antérieure. Il est appelé, son supplice achevé, à devenir lui-même un bouddha solitaire qui portera le nom de Satthisara. 

4 - Putthang (พุทธัง), Dhammang (ธัมมัง), Sanghang (สังฆัง), invocation aux Trois Joyaux (Rattanatraï : รัตนะไตร) du bouddhisme : le Bouddha, ses enseignements et l'ordre monastique. 

5 - Le père Tachard donne un récit de la mort de Bouddha qui confine au ridicule, et il est évident que le jésuite est complètement passé à côté de la grandeur et de la beauté de cet épisode. Le cochon furieux qu'il évoque est Mara, le Démon, le Man (มาร) siamois. Trois mois avant la mort du Bouddha, ayant appris qu'il était très malade et affaibli, Mara vint une dernière fois se mesurer à lui et l'inviter à mourir. On peut imaginer la confrontation lucide et digne des deux vieux adversaires, l'un et l'autre conscients qu'il y aura toujours des gens, peut-être beaucoup, qui atteindront l'illumination en faisant le bien et en suivant les préceptes de l'Éveillé, mais qu'il y aura aussi toujours des gens, peut-être beaucoup, qui ne l'atteindront jamais, parce qu'ils resteront asservis au démon et au mal. Quant au morceau de viande dont parle le père Tachard, c'est effectivement le dernier repas du Bouddha, qui lui fut offert par Cunda (จุนทะ) le forgeron. 

6 - Quelques paragraphes auparavant, le père Tachard orthographiait ce mot Niruppan. Il s'agit de l'état appelé nirvana. Voir la note 4 de la page précédente. 

7 - Lors de son troisième voyage à Ceylan, le Bouddha laissa une empreinte de son pied au sommet du mont Samanalakanda (appelé aujourd'hui Sri Pada ou Adam's Peack). Pour les musulmans de l'île, il s'agit d'une empreinte du pied d'Adam ; pour les hindouistes, c'est le pied de Siva qui laissa cette trace. Le roi d'Ayutthaya, Songtham (ทรงธรรม) envoya un groupe de pèlerins siamois sur l'île pour adorer l'empreinte sacrée. Ces moines apprirent que, d'après les livres sacrés, une empreinte similaire devait se trouver au Siam, le Bouddha ayant, d'une même enjambée, franchi le golfe de Thaïlande. Le roi Songtham fit organiser des recherches pour retrouver cette trace. C'est un chasseur qui la découvrit par hasard en poursuivant une biche blessée. Par les vertus de cette marque sacrée, la biche et le chasseur qui souffrait d'une maladie de peau, et avait bu l'eau qui stagnait dans l'empreinte, se trouvèrent guéris. Cette empreinte de 1,50 m. de long (que les Thaïs appellent Phra Phutthabat : พระพุทธบาท) est abritée dans un mondop (มณฑป : une tour carrée généralement surmontée d'une flèche, et qui renferme des reliques ou des textes sacrés, (version siamoise du mandapa indien) dépendant de la province de Saraburi (สระบุรี), à quelques kilomètres de Lopburi. Notons que cet édifice n'est pas celui qu'a vu Jacques de Bourges. Il a été entièrement reconstruit après la mise à sac d'Ayutthaya par les Birmans en 1767.

ImageLe mondop qui abrite l'empreinte de Bouddha, près de Lopburi.
ImageL'empreinte de Bouddha dans le Wat Phra Putthabat à Saraburi (สระบุรี).

Il semblerait que Bouddha ait beaucoup marché à travers toute l'Asie, puisque l'auteur japonais Motoji Niwa à dénombré plus de 3 000 empreintes, dont un millier rien qu'au Sri Lanka. En Thaïlande, on pourra en voir à Chanthaburi (จันทบุรี), à Ko Samui (เกาะสมุย), à Surat Thani (สุราษฎร์ธานี), etc. 

8 - Croyances animistes et superstitions, bien qu'elles ne relèvent pas du bouddhisme, et sont même condamnées par les autorités religieuses, sont toujours légion en Thaïlande. Celles rapportées par le père Tachard n'ont rien d'absurdes et l'on trouve de nombreux autres exemples dans les relations diverses. On citera plus près de nous les incidents qui émaillèrent la construction du building de l'hôtel Erawan à Bangkok au début des années 1950. Les accidents se multipliaient sur le chantier et le navire qui apportait les dalles de marbre pour la construction de l'édifice fit naufrage, ce qui amena les ouvriers à cesser le travail. L'astrologue Luang Suwicharn fut consulté, et le diagnostic fut que, puisque le nom Erawan désignait l'éléphant à trois têtes que chevauchait le dieu Brahma, il fallait placer le bâtiment sous la protection de cette divinité. On construisit donc un petit sanctuaire près du chantier, et les travaux purent être menés à bien sans autre difficulté. Aujourd'hui, le sanctuaire Erawan est un lieu hautement vénéré et visité quotidiennement par des milliers de fidèles. De nombreuses banques, sociétés multinationales, même à la pointe de l'informatique, se placent sous la protection d'une divinité et possèdent leur maison des esprits.

ImageLe sanctuaire Erawan à Bangkok.
ImageLa figure de Brahma dans le sanctuaire Erawan à Bangkok. 

9 - Kamphaeng Phet (กำแพงเพชร) à 80 kilomètres au sud-ouest de Sukothaï. 

10 - Le Vipasana (วิปัสสนา) est l'un des deux groupes de techniques de méditation bouddhiste, l'autre étant le Samathi (สมาธิ). Ce nom vient du pali vi, connaître, et pasana, clairement. Le haut lieu d'enseignement du Vipasana en Thaïlande est le wat Mahathat Yuwaratrangsarit (วัดมหาธาตุยุวราชรังสฤษฎิ์ราชวรมหาวิหาร) à Bangkok. 

11 - Le père Tachard a à la fois tort et raison, car les dix préceptes, s'ils sont quasiment impossibles à respecter à la lettre, ne constituent pas à proprement parler des commandements, mais plutôt des recommandations. On peut les observer à plusieurs niveaux. Les cinq premiers (panca-sila) devraient s'imposer à tout bouddhiste, encore que le cinquième, qui fait interdiction de toute substance pouvant aliéner la raison, et de ce fait de l'alcool, est très souvent ignoré.

Ces dix préceptes, appelés dasa-sila et observés impérativement par les moines et les novices, sont les suivants :

12 - On comparera les propos du père Tachard avec ceux de Nicolas Gervaise qui explique la loi du Tam Boun (ทำบุญ : accomplir de bonnes œuvres), l'accumulation des mérites : Ils ont continuellement dans la bouche ces paroles, tam boune, c'est-à-dire faire des bonnes œuvres. Il y en a de trois sortes, les unes regardent Dieu, d'autres les hommes, et d'autres enfin les animaux et les arbres. Dans celles qui se rapportent à Dieu, le zèle des Siamois est outré, la plupart se ruinent à lui élever des temples, à lui ériger de grandes statues et à les enrichir, et ceux qui n'ont point le moyen d'entreprendre de pareils ouvrages vont dans les déserts lui dédier de petites cabanes de bois ou de feuillages. Après Dieu, ils n'ont rien en plus haute recommandation que de servir le prochain, ils assistent les pauvres, ils visitent les malades, ils bâtissent dans la campagnes des lieux de retraite qui sont d'une grande utilité pour les voyageurs, parce qu'il n'y a point d'hôtellerie dans le pays, et ils y portent de l'eau pour les rafraîchir. Les femmes ne sont pas moins empressées à signaler leur piété, les talapoins en sont le principal objet : elles se persuadent qu'il y a beaucoup de mérite à les laver dans de certains jours de fêtes, mais elles mettent leur plus grande confiance dans les charités qu'elles leur font ; les talapoins qui y trouvent leur compte n'ont garde de les désabuser ; ils leur prêchent qu'il n'y a point de péché que l'aumône n'efface, que c'est un moyen infaillible pour éviter l'enfer, et comme les exemples font plus d'impression sur les personnes simples et crédules, ils composent et débitent mille histoires capables de les persuader. (Op. cit. p. 172) 

13 - Les nen (เณร) sont les novices, les enfants ou les adolescents qui effectuent une retraite de quelques semaines ou de quelques mois dans un monastère, quelquefois pour y devenir moines eux-mêmes, mais la plupart du temps pour respecter une tradition dont même les rois ne sont pas dispensés. Ne perdons pas de vue que jusque il n'y a guère, et au Siam comme en France, les institutions religieuses étaient le seul moyen pour les enfants de condition modeste d'accéder à l'instruction. 

14 - Le père Tachard est loin du compte en évoquant 120 règles, puisque le Pâtimokkha (ปาติโมกข์), le code monastique qui régie la vie des moines ne comporte pas moins de 227 articles. Dans sa relation Du royaume de Siam, La Loubère en détaille 145 (pas toutes très bien comprises), qui vont de la traditionnelle interdiction de tuer à celle de monter aux arbres (pour n'en pas casser les branches), à celle de se frotter contre quelque chose, de se laver dans le courant d'une rivière au-dessus d'un moine plus âgé, ou encore de mettre la main dans une marmite. 

15 - Ici se place la dernière illustration du Voyage de Siam des pères jésuites, portant le numéro 30 et légendée : Talapoin allant par la ville.

ImageXXX - Talapoin allant par la ville. 

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