XIV. Les divertissements des Siamois – Leurs maisons – Leurs fortifications – Coutume barbare de sacrifices humains – Leurs navires.

Page de la relation de Barthélémy Bruguière

Le roi et le peuple aiment beaucoup les jeux de pur amusement ou d'exercice. Ils ont d'autres jeux qui sont moins fréquents, tels que la lutte, le pugilat, le combat de coqs (1), de petits poissons ou de deux serpents. Ils ont un jeu qu'ils appellent Nang à cause du cuir qui y est employé (2). Ce jeu est toujours très dangereux à cause des épées, des poignards, des hallebardes dont la corde et le sauteur sont hérissés. C'est une grande lanterne magique. Ils ont aussi des sauteurs de corde, mais le jeu qui leur plaît le plus et auquel ils courent avec une espèce de fureur, est celui qu'ils nomment lameng-lakhong (3). C'est une espèce de drame partie comique, partie pantomime. On dit que c'est l'école de tous les vices. Les talapoins, qui assurément ne sont pas scrupuleux, condamnent ce jeu où ils assistent cependant eux-mêmes, déguisés sous l'habit séculier, ceci soit dit sans médisance. Je pense que vous aurez assez de charité pour ne pas croire que je sois témoin oculaire de ces derniers faits. Ce ne sont pas les assistants qui paient les acteurs, c'est l'individu qui fait représenter les jeux. Quand c'est le roi qui fait donner des jeux publics, son trésorier fournit aux dépenses. Il fixe le salaire du baladin selon le plus ou le moins de plaisir que le roi a paru y prendre.

On voit rarement à Siam des fanatiques qui se mutilent ou se suicident par une criminelle ostentation de courage ou de piété envers leurs faux dieux. Ils abandonnent ces scènes atroces aux habitants de l'Indoustan. Ils sont persuadés que leur vie est trop précieuse pour en faire si facilement le sacrifice. On a vu cependant un malheureux, il y a deux ans environ, qui annonça qu'il se brûlerait publiquement. Il monta en effet sur le bûcher, mais à peine eut-il ressenti l'ardeur des flammes qu'il alla se jeter dans la rivière (4).

Les Siamois passent pour avoir de l'esprit et être intelligents, mais comme le roi prend à son service toutes les personnes qui réussissent dans quelque profession que ce soit, leur paresse et l'état de servitude dans lequel ils vivent ne leur permettent point de développer leurs talents et leur industrie. Ce sont les Chinois qui font tout. Ils exercent seuls les arts mécaniques. La plupart des Siamois n'ont pas les moyens de se procurer les ouvriers dont ils auraient besoin. Ils sont obligés de faire tout par eux-mêmes. Ils sont à la fois maçons, charpentiers, tisserands , tailleurs, etc. Je vous laisse à juger en quel état de perfection sont les ouvrages qui sortent de leurs mains. Ils ont le même genre d'architecture que les Chinois. Ce ne sont que des colifichets, des pavillons, plusieurs toits placés les uns sur les autres, des colonnes, des pyramides qu'ils couvrent en partie de feuilles d'or. Cette architecture a bien quelque agrément, mais on y chercherait en vain ce caractère de noblesse et de grandeur que l'on trouve dans les monuments européens. Ce luxe d'architecture, tout défectueux qu'il est, est réservé pour quelques pagodes et pour les monuments publics qui sont en très petit nombre. Les simples particuliers n'y regardent pas de si près. Ils dressent tout simplement quelques pieux sur lesquels ils placent une cabane de paille ou de roseaux, qui ressemble assez à un nid d'oiseau (5). Là sont entassés, père, mère, aïeux, enfants, et de plus tous les animaux domestiques. La richesse de l'ameublement répond à la magnificence de l'architecture : une natte pour s'asseoir (la natte est un tissu de paille, ou de cette espèce de jonc qui ressemble à l'espart), une planche ou une claie pour se coucher, une pierre pour placer la marmite, quelques petits vases, un filet pour suspendre les petits enfants quand ils veulent dormir, voilà tout ce qui décore l'intérieur de ces tristes réduits (6). Les plus élégants ou les moins pauvres ont des maisons de bois. Les princes, quoiqu'ils soient fort riches, ne sont guère mieux logés. Ils donnent quelquefois audience sous un hangar. La ville de Bangkok ainsi que la banlieue est construite dans ce goût-là. Elle est coupée en tous sens d'un grand nombre de canaux, sur lesquels voguent une grande quantité de barques et de gondoles. Celles du roi et des princes sont décorées ; celles des simples particuliers et même des grands mandarins ne doivent pas l'être. On ne peut sortir et faire des visites qu'en bateau. Il y a peu de chevaux et point de palanquins. On croirait être à Venise, si le costume et le langage des habitants et les misérables cabanes qui bordent le rivage n'avertissaient bientôt qu'on est à Siam. On trouve à Bangkok ce que l'on voit fréquemment en Chine. Les marchands chinois, pour s'épargner de plus grands frais, construisent leurs maisons sur la rivière. Ils forment des radeaux avec des bambous (7), ils les amarrent des deux côtés à des solives plantées le long du courant. Ils construisent leurs maisons et leurs boutiques sur ces radeaux. Comme les cordes qui tiennent ces radeaux attachés aux solives sont coulantes, la maison monte ou descend selon la marée. Au besoin on peut dans un instant transporter le magasin et les marchandises en un autre endroit. On lève l'ancre, et à l'aide des rames, la maison et les habitants voyagent à peu de frais.

Bangkok a des remparts, mais ils sont faibles et découverts de tous les côtés. Depuis quelques années, on a construit à l'entrée du port quelques murailles de briques garnies de canons. Les Siamois les appellent forts. Je ne sais quel nom Vauban leur aurait donné. Puisque j'en suis à l'article qui concerne les remparts de Bangkok, je vous rapporterai un fait qui prouve combien une fausse religion peut quelquefois faire d'un peuple naturellement doux et humain, un peuple féroce. Lorsqu'on construit une nouvelle porte aux remparts de la ville, ou lorsqu'on en répare une qui existait déjà, il est fixé par je ne sais quel article superstitieux qu'il faut immoler trois hommes innocents. Voici comment on procède à cette exécution barbare. Le roi, après avoir tenu secrètement son conseil, envoie un de ses officiers près de la porte qu'il veut réparer. Cet officier a l'air de temps en temps de vouloir appeler quelqu'un ; il répète plusieurs fois le nom que l'on veut donner à cette porte. Il arrive plus d'une fois que les passants, entendant crier après eux, tournent la tête. À l'instant, l'officier, aidé d'autres hommes apostés tout auprès, arrêtent trois de ceux qui ont regardé. Leur mort est dès lors irrévocablement résolue. Aucun service, aucune promesse, aucun sacrifice ne peut les délivrer. On pratique dans l'intérieur de la porte une fosse, on place par-dessus, à une certaine hauteur, une énorme poutre. Cette poutre est soutenue par deux cordes et suspendue horizontalement à peu près comme celle dont on se sert dans les pressoirs. Au jour marqué pour ce fatal et horrible sacrifice, on donne un repas splendide aux trois infortunés. On les conduit ensuite en cérémonie à la fatale fosse. Le roi et toute la Cour viennent les saluer. Le roi les charge en son particulier de bien garder la porte qui va leur être confiée, et de venir avertir si les ennemis ou les rebelles se présentaient pour prendre la ville. À l'instant, on coupe les cordes, et les malheureuses victimes de la superstition sont écrasées par la lourde masse qui tombe sur leur tête (8). Les Siamois croient que ces infortunés sont métamorphosés en ces génies qu'ils appellent Phi. De simples particuliers commettent quelquefois cet horrible homicide sur la personne de leurs esclaves, pour les établir gardiens, comme ils disent, du trésor qu'ils ont enfoui. Il n'y a pas encore cinq ans que l'on a vu se renouveler à Bangkok cette cérémonie digne des cannibales. Parmi les trois infortunés qui furent arrêtés, il y avait le fils d'un riche négociant chinois. Le père offrit une grosse somme d'argent pour racheter son fils. Ce fut inutilement, l'arrêt fut irrévocable. Le démon a de tout temps désiré d'être adoré par des sacrifices humains. Ainsi le même homme qui n'ose tuer un insecte, crainte de commettre un crime irrémissible, n'éprouve pas le moindre scrupule quand il s'agit d'égorger trois de ses semblables. Il pense avoir fait une action qui va procurer la paix et la prospérité à tout un empire ! La divine providence protégea les chrétiens, dans cette occasion, d'une manière particulière : elle permit qu'un des princes du sang, qui favorise beaucoup les chrétiens, fût appelé au conseil où l'on prit cette barbare résolution. Dès le lendemain, il les fit avertir secrètement de ne pas passer par cette porte de quelque temps, ou du moins de ne pas regarder après eux, quelques cris ou quelque bruit qu'ils entendissent, parce qu'il y allait de leur vie.

La profession la plus ordinaire des habitants de Bangkok est la pêche et la navigation, mais pour être souvent sur l'eau, ils n'en sont pas meilleurs navigateurs. Ils n'ont aucune notion de la science nautique : s'ils n'ont pas le vent derrière eux et la terre à côté, ils perdent la tête. Cela est cause qu'ils sont des années entières pour faire un voyage de deux mois. Quoiqu'ils ne se mettent en mer que dans la saison la plus favorable, ils ne sont pas toujours heureux : j'entends fréquemment parler de naufrages. Il est vrai que ce n'est pas tout à fait la faute des matelots et du capitaine ; la mauvaise construction des vaisseaux y entre pour beaucoup. Ce ne sont, pour la plupart, que des jonques chinoises, qui au moindre vent contraire ne peuvent plus tenir la route et vont en dérive. Ces jonques ont presque la forme d'un croissant. Elles n'ont pour agrès que trois mâts simples sans vergues, les voiles sont de paille ou de roseaux, les câbles de rotin et les ancres de bois. Je ne me suis pas aperçu qu'ils eussent ni mâts, ni voiles de rechange. Depuis peu de temps on a commencé à construire des vaisseaux à l'européenne, mais je crains que le vice de la manœuvre ne rende pas la navigation plus sûre. Si les Siamois ne consultent pas souvent la carte lorsqu'ils sont sur mer, il faut convenir qu'ils consultent souvent le démon. Ils tracent sur les mâts et sur le gouvernail des caractères superstitieux. Quand j'étais avec eux, je leur manifestais mon mécontentement. Ils se mettaient à rire, mais ils ne s'amendaient pas. Les Chinois sont peut-être plus superstitieux encore dans leurs vaisseaux. Ils ont toujours une idole avec eux, ils l'adorent plusieurs fois le jour, la consultent, 1a prient, lui demandent le beau temps, un vent favorable. Ils ne sauraient manger sans lui avoir d'abord offert tous les mets. Il est vrai que le pilote sait quelquefois tirer avantage de la superstition de ses confrères. Lorsqu'il veut manger de la chair fraîche, il fait prévenir le capitaine que l'idole demande un canard ou une poule pour son dîner. Le capitaine n'ose rien refuser quand l'idole exige quelque chose, il craindrait son ressentiment : cela tourne au profit de l'équipage, car l'idole ne mange pas, elle se contente de l'odeur des viandes. Un rien les fait trembler, et l'idole est toujours leur dernière ressource. Un de nos confrères ayant jeté à l'eau quelque chose qui l'embarrassait, il n'en fallut pas davantage pour mettre le trouble dans tout le vaisseau. Plusieurs prétendaient que cette action était de très mauvais augure, les autres ne savaient qu'en dire. On alla demander au diable ce qu'il pensait de ce cas-là, mais le bon Dieu permit qu'il donnât une réponse si ambiguë que personne n'y put rien comprendre. Ainsi le tumulte s'apaisa insensiblement, et le missionnaire fut hors de danger. Il courait risque d'être jeté à la mer si le démon eût donné une réponse défavorable. Outre l'idole, ils ont encore assez souvent un gros serpent. Ils s'imaginent que le naufrage est inévitable si le serpent s'échappe. Je vous ferai observer à cette occasion que plusieurs peuples de l'Asie ont une grande vénération pour le serpent. On dirait que le démon aime à se faire adorer dans le reptile dont il s'est servi pour séduire la première femme.

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NOTES

1 - Le combat de coqs (kai chon : ไก่ชน) a longtemps été considérés comme un sport national, au même titre que la boxe thaïe. L'histoire (ou plutôt la légende) siamoise raconte qu'après l'invasion du Siam par Bayinnaung en 1564, le jeune prince Naresuan, alors âgé d'une dizaine d'années, fut emmené otage en Birmanie pour garantir la loyauté du roi Maha Thammaracha son père. L'enfant aurait emporté son coq de combat favori. Lors de sa captivité, il aurait négocié sa libération anticipée en pariant que son champion battrait celui du roi birman, ce qu'il fit effectivement. Ce serait à la suite de cette glorieuse victoire que le divertissement – si toutefois l'on peut appeler divertissement le spectacle de deux volailles en train de s'écharper – fut adopté par toute la Cour et la noblesse siamoises. Sous la pression des associations de défense des animaux, les combats de coqs sont officiellement interdits en Thaïlande depuis 2014.

ImageLe coq du prince Naresuan défiant celui du roi de Birmanie. Peinture murale du wat Suwandararam. 

2 - Le nang (หนัง), mot qui signifie effectivement cuir, est un théâtre d'ombres où des silhouettes en cuir de buffle sont mues devant un écran pour interpréter, chanter et danser des épisodes du Ramakien, la version siamoise du Ramayana. On distingue le nang yaï (หนังใหญ่), joué avec de grandes marionnettes, et le nang talung (หนังตะลุง), dans lequel les silhouettes ne dépassent généralement pas 50 centimètres.

ImageUne silhouette de nang yaï. (Wikipédia)
ImageUne marionnette de nang talung (Wikipédia). 

3 - Le Lameng Lakhon (ละเม็งละคร), ou tout simplement lakhon désigne d'une façon générale toute représentation théâtrale. Les pièces peuvent être tragiques (lakhon sok : ละครโศก), humoristiques (lakhon khop kan : ละครขบขัน), épiques et mythologiques (lakhon chatri : ละครชาตรี), ou mêler divers genres. 

4 - On retrouve cette anecdote dans la Description du royaume thaï ou Siam de Mgr Pallegoix (1854, I, p. 208) : Le suicide, qui est très commun parmi les Chinois, est extrêmement rare chez les Siamois. On cite deux ou trois histoires de fanatiques qui, par une criminelle ostentation, s'enduisirent le corps d'huile et de résine et se firent brûler pour s'offrir, disaient-ils, en sacrifice à Buddha. Il y a une vingtaine d'années, un malheureux annonça qu'il se brûlerait publiquement. Il monta en effet sur le bûcher, mais à peine se vit-il enveloppé de flammes, qu'il sauta en bas et alla se jeter dans la rivière. 

5 - Il semble que les constructions ne se soient guère améliorées en 140 ans si l'on s'en réfère à ce que La Loubère en avait vu en 1688 : Leurs maisons sont petites, mais accompagnées d'assez grands espaces. Des claies de bambou fendu, souvent peu serrées, en font les planchers, les murs et les combles. Les piliers sur lesquels elles sont élevées pour éviter l'inondation, sont des bambous plus gros que la jambe, et d'environ 13 pieds de haut sur terre, parce que les eaux montent quelquefois autant que cela. Il n'y en a jamais que quatre ou six, surt lesquels ils mettent en travers d'autres bambours au lieu de poutres. L'escalier est une vraie échelle aussi de bambou, qui pend en dehors comme l'échelle d'un moulin à vent. (Du royaume de Siam, 1691, I, p. 107).

ImageMaison d'un Siamois. Gravure extraite de la relation de La Loubère. 

6 - On se demande dans quelle maison a pu est entrer l'abbé de Choisy dans son voyage au Siam en 1685 : On se promène dans des allées d'eau à perte de vue, sous des arbres verts, au chant de mille oiseaux, entre deux rangs de maisons de bois sur pilotis, fort vilaines par dehors, fort propres par-dedans. On entre dans une maison où l'on s'attend de trouver des paysans bien gueux ; on trouve la propreté même, le plancher de nattes, des coffres de Japon, des paravents. Vous n'êtes pas dedans qu'on vous présente du thé dans des porcelaines, et là tout fourmille d'enfants. (Journal du voyage de Siam, 24 octobre 1685. 

7 - Note de l'auteur ou de l'éditeur : Le bambou est un gros roseau ; il y en a de plusieurs espèces : cet arbre est très utile aux Siamois, il est bon à manger. 

8 - Dans sa Description du royaume thaï ou Siam (op. cit., II, p. 50), Jean-Baptiste Pallegoix note : Monseigneur Bruguières, dans une de ses lettres, rapporte une coutume superstitieuse et barbare, usitée à Siam, toutes les fois qu'on construit une nouvelle porte d'une ville. Quant à moi, je me rappelle avoir lu quelque chose de semblable dans les annales de Siam, mais je ne voudrais pas affirmer le fait tel qu'il le raconte.

L'origine de cette coutume pour le moins barbare se trouve peut-être dans le Jataka n° 481 (Takkariya-Jakata) : L'aumônier de Brahmadatta, roi de Bénarès, avait les cheveux brun-fauve et avait perdu toutes ses dents. Sa femme le trompa un jour avec un brahmane tout semblable physiquement à lui-même. Pour se venger de ce rival, l'aumônier alla trouver le roi et le persuada que sa ville était mal défendue, que la porte qui en gardait l'entrée était maléfique, qu'il fallait donc l'abattre et en construire une nouvelle. Mon seigneur, ajouta-t-il, une grande porte est habitée et gardée par de grands esprits. Un brahmane édenté aux cheveux brun-fauve doit être sacrifié, et son corps étendu sous la porte vous portera chance ainsi qu'à toute la ville. Toutefois, le brahmane, prévenu par sa maîtresse, s'enfuit, et lorsque les soldats du roi cherchèrent dans la ville un brahmane édenté aux cheveux brun-fauve, il ne trouvèrent que l'aumônier qui fut sacrifié, victime de son propre stratagème. (E. B. Cowell, The Jataka or Stories of the Buddha's Former Births, 1901, IV, pp. 153 et suiv.).

Jeremy Van Vliet rapporte qu'en 1634, le roi Prasat Thong fit refaire les 17 portes du palais royal et ordonna que deux femmes enceintes soient ensevelies sous chacun des montants de chaque porte, soit 68 femmes au total. Mais à peine réunies dans l'attente de leur supplice, cinq d'entre elles accouchèrent, ce qui fut pris comme un signe que les dieux refusaient ce sacrifice. Il fut décidé que seules quatre d'entre elles seraient ensevelies sous la porte principale du palais. (Description of the Kingdom of Siam, traduction L. F. van Ravenswaay, Journal of the Siam Society, vol. 7.1, 1910, p. 19).

On trouve également une évocation de cette tradition dans le livre (la fiction ?) d'Anna Henriette Leonowens, qui fut préceptrice des enfants du roi Mongkut entre 1862 et 1867 : Au milieu de la porte, on creuse une fosse profonde et, à l'aide de deux cordes, l'on suspend au-dessus un énorme madrier. Au jour propice pour le sacrifice, on offre un banquet raffiné aux innocentes et impuissantes victimes - roturiers de la plus basse condition - puis on les conduit à leur poste honorifique. Le roi et toute la Cour les saluent avec respect, et Sa Majesté les adjure de garder dévotement la porte, désormais confiée à leur vigilance, et d'empêcher l'intrusion de toute calamité ou de tout ennemi qui pourrait mettre en péril la paix du peuple ou la sûreté de la Couronne. Dès les derniers mots de l'exhortation royale prononcés, on coupe les cordes, le pesant madrier écrase les têtes des malheureux, et trois va-nu-pied de Bangkok sont réincarnés en trois anges gardiens. (Anna Harriette Leonowens, The English Gouverness at the Siamese Court, 1873, p. 219-220). 

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