Mercure Galant de novembre 1686.
3ème partie. Versailles. Bosquets et bassins. L'aqueduc de Buc. Le château de Marly. La machine de Marly.

Page du Mercure Galant

Après que les ambassadeurs eurent admiré la diversité de tous ces jets, ils passèrent au lieu que l'on appelait la Renommée, et auquel on a donné le nom de Bains d'Apollon, depuis qu'on y a transporté les figures qui le représentent, et qu'on les a ôtées de la grotte qu'on a abattue, à cause de la grande aile qu'on bâtit en cet endroit (1). Aux deux bouts de ce bosquet des Bains d'Apollon, sont deux pavillons ou cabinets, aussi riches que galants, de l'invention de M. Mansart. Ces deux pavillons sont carrés, et ont chacun huit pans, et quatorze à quinze pieds de largeur sur environ dix pieds de hauteur. Ils sont de marbre blanc, et ornés chacun de huit colonnes de marbre de couleur, et de pilastres taillés dans le marbre blanc. Les montants des petits pans dans les encoignures sont remplis de trophées de bronze qui représentent les armes dont se servent plusieurs nations. Il y a aussi de semblables trophées en dehors, entre les pilastres. Les dômes sont enrichis de plusieurs ornements de métal, et terminés par un vase. Ces deux pavillons étant dans les deux bouts, comme je viens de le marquer, on a mis dans le milieu d'un des côtés, et vis-à-vis de l'endroit par lequel on entre dans ce bosquet, ce qu'on appelle les Bains d'Apollon, c'est-à-dire les belles figures de marbre faites par M. Girardon il y a plusieurs années (2). Elles représentent le soleil chez Thétis, avec ses nymphes qui lui lavent les pieds, qui lui versent de l'eau et qui l'essuient. On a placé d'autres groupes dans les enfoncements des côtés. Ces groupes représentent des tritons qui tiennent les chevaux d'Apollon.

Ce bosquet est entouré une terrasse, laquelle est ornée d'une balustrade de bronze doré. Autour de cette terrasse, il y a 82 bas-reliefs ou environ (3), où sont représentées les armes dont toutes les nations de l'Europe se servent dans les combats. Le milieu du terrain qui est environné par cette terrasse, est occupé par un bassin octogone, au milieu duquel était la figure de la Renommée, qu'on en a ôtée, parce qu'elle couvrait une partie des Bains d'Apollons et qu'elle empêchait qu'on ne les vît en entrant. Ce bassin est entouré d'une balustrade de bronze doré, d'un autre dessin que celle de la terrasse. Sur chacun des piédestaux que l'on y voit d'espace en espace, s'élève un jeu ou bouillon d'eau qui fait une rigole autour de la balustrade, dont l'eau en se répandant forme tout autour une nappe d'eau.

On travaille à quatre groupes de figures de marbre, pour mettre sur quatre grands piédestaux qui sont dans ce bosquet. Le premier est le Point du Jour, représenté par un jeune homme qui tient un flambeau, et qui a des nuages à ses pieds, et un hibou qui paraît fuir. Il est aussi accompagné d'un zéphyr qui souffle. Dans le second de ces groupes, paraîtra l'Aurore répandant des fleurs et descendant de son char. Le troisième représentera Arion invoquant les dieux, et monté sur un dauphin. On verra dans le quatrième Leucothée recevant les offrandes des nautoniers (4).

De là on passe dans un bosquet appelé la Montagne d'Eau, ou la Fontaine de l'Étoile, parce que la principale fontaine qui en occupe le milieu, est entourée de cinq allées qui toutes ensemble forment la figure d'une étoile. On trouve aux deux côtés de ces allées des rochers d'où sortent des jets d'eau qui tombent dans une rigole. La place au milieu de laquelle est la principale fontaine, est environnée d'un treillage orné d'architecture et de pilastres. Il y a tout autour des enfoncements cintrés ou portiques, dans lesquels sont des bancs qui suivent la même figure. Tout le dessus de ce treillage est orné de vases de différentes figures, qui sont remplis de tout ce qui peut donner de l'agrément à ce lieu par la diversité des fleurs mêlées de verdure. Les jets d'eau qui sont dans le principal bassin, n'étant pas également élevés, forment comme une montagne d'eau, du haut de laquelle s'élance encore un gros jet. Je ne finirais point si je voulais entrer dans un plus ample détail ; il suffira de vous dire que les eaux produisent encore d'agréables et nouveaux effets autour du bord de ce bassin (5).

Les ambassadeurs admirèrent, non seulement les eaux qui sont en ce lieu, mais encore la manière galante dont il est construit. Il furent ensuite conduits au Théâtre d'Eau. Il est ainsi appelé à cause des diverses figures que les jets d'eau dont il est rempli, y représentent (6). Il offre d'abord à la vue trois allées d'eau qui font la patte d'oie, et qui sont plus élevées que le lieu d'où on les voit, parce que le terrain va en montant. Elles sont bordées de treillage. Aux deux côtés de celle du milieu sont deux enfoncements cintrés et treillissés qui la séparent des deux autres. Au-devant de ces cintres, on voit deux bassins, dans lesquels sont encore d'autres bassins plus petits et plus élevés, de manière que les jets d'eau qui en sortent les remplissant trop, font des nappes d'eau tout autour. Il y en a encore de pareils par-delà les deux autres allées ; ainsi chaque allée en a à ses deux côtés. L'allée du milieu est plus élevée, et l'on y voit des cascades qui font quatorze ou quinze nappes d'eau les unes sur les autres, et ces cascades et ces nappes sont formées par un très grand nombre de jets, puisque cette allée en a cinq dans sa largeur, qui continuant jusqu'au bout, font paraître six allées d'eau. Au bas de cette allée est un grand bassin, qui occupe toute la face des cascades et qui en reçoit l'eau, et plus bas encore il y a un autre bassin rempli de six gros jets. Les allées des côtés ont chacune des jets d'eau dans leur largeur, qui forment trois allées d'eau ; ils sont dans un bassin qui continue tout le long de l'allée, et comme elle est en pente et qu'on a mis d'espace en espace de quoi arrêter l'eau, elle forme des nappes tout le long de la même allée, et ces nappes, des cascades, qui accompagnent celles de l'allée du milieu. Entre le treillage et les jets d'eau de ces trois allées, il y a six rangs de petits arbres, qui étant taillés de différentes manières, représentent diverses figures. Je ne parlerai point du reste des ornements qui embellissent ce lieu, mais comme il est fait pour les divers changements des jets d'eau qui imitent les décorations de théâtre, je vous dirai qu'il y en a de cinq sortes. Les jets s'élancent d'abord en haut, et demeurent droits ; ensuite il se courbent et font des berceaux en-dedans et puis en-dehors ; après cela ils forment des cercles en avant, qui étant changés tout-à-coup paraissent en arrière. Il est aisé de s'imaginer que les divers spectacles que ces eaux donnèrent aux ambassadeurs les divertirent beaucoup, car quoiqu'ils eussent vu tout ce que les eaux peuvent produire de beau, rien ne leur avait encore marqué tant de différents effets produits par les mêmes jets.

Il allèrent ensuite admirer le Marais d'Eau (7). C'est un carré long qui a douze toises de longueur et huit de largeur. Il y a un grand chêne au milieu environné de tout ce qui peut croître dans un marais. Les bords de ce carré d'eau sont remplis de roseaux, parmi lesquels sont des cygnes dans les coins, et toutes les branches du chêne, toutes les herbes qui l'entourent, tous les roseaux et les cygnes qui en forment les bords, venant à jeter de l'eau tout ensemble, et un million de petits jets paraissant à la fois, dont les uns sont plus, et les autres moins élevés, forment une pluie d'eau, qui lavant la verdure dont elle sort, lui donne un plus vif éclat, et réjouit la vue.

Au milieu des deux ailes de ce marais dans deux enfoncements élevés de quelques marches, sont deux tables de marbre, sur lesquelles ont voit plusieurs choses, qui peuvent servir à construire un buffet, mais comme la plupart de ces pièces n'ont que des cercles ou autres morceaux dorés, il seront difficiles à ceux qui n'auraient point encore entendu parler de ces buffets, de deviner à quels usages ils sont destinés. Lorsque l'eau vient à jouer, elle satisfait la curiosité des spectateurs, et en remplissant les vides qui sont entre ces pièces, elle forme des vases parfaits, dont le corps paraît d'un beau cristal enrichi d'ornements dorés. Je passe par dessus les autres embellissements de ce lieu, et ne dis rien de divers rangs de porcelaines remplies de verdure, ni de tout ce que l'habileté du jardinier ajoute à tous ces endroits, où l'art surpasse la nature, ce qui paraît bien encore dans le bosquet appelé des Trois fontaines, que les ambassadeurs allèrent voir, après avoir donné mille louanges au Marais d'Eau.

Ce bosquet est dans un lieu bas, de sorte que les élévations qui sont autour, étant remplies de vases de porcelaine sur quantité de manière de piédestaux, qui sont au-devant des treillages, produisent un fort agréable effet. Toutes les eaux de ce lieu consistent en trois bassins de diverses figures, et dont les jets sortent de différente manière. Il y en a de si gros qu'on ne les peut voir qu'avec surprise. Cet endroit à l'air grand, et c'est un de ceux qu'on estime le plus (8).

Dans le même côté du jardin, on voit deux bassins qui ne sont point enfermés : l'un est nommé fontaine de Cérès, et l'autre fontaine de Flore. Ces bassins avec ceux de Saturne et de Bacchus, qui sont de l'autre côté, sont appelés les fontaines des Quatre Saisons.

Le bassin de Cérès, qui représente l'été, est hexagone. Cette déesse environnée de tous ses attributs, est représentée au milieu, tenant une faucille. Il y a huit gros jets d'eau dans ce bassin, sans compter celui du milieu, qui est beaucoup plus gros que les autres. Tous les ornements de ce bassin sont fort riches, et l'on n'y voit que du marbre et de l'or.

Le printemps étant ordinairement représenté par Flore, cette déesse est au milieu du bassin de ce nom, et tout ce qui l'enrichit fait connaître que cette fontaine ne peut être que celle de Flore. À quelque distance, et autour de cette déesse sont 18 jets d'eau assez gros. Il en sort un nombre beaucoup plus grand du milieu du bassin, où elle est à demi-couchée, et comme il y en a un qui excède les autres, tous ces jets ensemble forment un manière d'aigrette, qui divertit fort la vue (9). Les ambassadeurs ayant vu tout ce qu'il y a de beau dans le côté droit du bois du petit parc, depuis l'Allée des cascades jusqu'au canal, passèrent devant la pièce appelée de Neptune, et l'allée des Cascades pour aller voir le lieu nommé l'Arc de Triomphe. Ils regardèrent avant que d'y entrer le bassin qu'on a nommé la Fontaine du Dragon, parce que la figure qui en occupe le milieu est un dragon qui jette de l'eau par plusieurs endroits (10). Il y a encore quantité d'autres figures dans ce bassin qui donnent lieu à divers autres jets d'eau. Quant à la pièce de Neptune, elle est ainsi nommée parce qu'on y doit placer un Neptune avec ses attributs, elle est remplie de plusieurs jets d'eau, mais comme elle n'a point encore d'ornements, on n'en peut rien dire (11). C'est un lieu propre à faire de grandes choses, cette pièce d'eau ayant beaucoup d'étendue. Sa figure est fort agréable et fort extraordinaire. La face qui regarde l'allée d'eau est d'un dessin particulier, celle du fond est d'un autre, et les deux côtés sont d'un même dessin.

Les ambassadeurs entrèrent ensuite dans le bosquet de l'Arc de Triomphe. Il a été ainsi nommé, parce que le fond en représente un. Il a trois portiques. Au-dessus de ces portiques sont sept bassins, d'où s'élèvent autant de jets d'eau. Ces bassins étant remplis de l'eau que leur fournissent ces jets, cette eau retombe dans plusieurs autres bassins qui sont des deux côtés, ce qui forme plusieurs nappes d'eau. Dans le milieu des trois portiques, sont trois jets, qui étant dans des bassins élevés, forment encore autant de nappes. On monte à ces portiques par plusieurs degrés, et ces degrés sont tous remplis de jets dont l'eau retombe dans un grand bassin qui est au bas. Aux deux côtés de cet arc de triomphe, il y a deux obélisques entre deux piédestaux en manière de scabellonsSorte de haut piédestal pour buste, statuette, luminaire (XVIIe s.). (Larousse)., et sur ces scabellons sont des bassins d'où sortent des jets d'eau. On voit ensuite en retour, et de chaque côté, deux manières de pyramides élevées d'un grand nombre de degrés, et au-dessus un carré d'eau, d'où plusieurs jets sortent. Aux deux côtés de ces pyramides sont encore deux scabellons avec des bassins et des jets d'eau. Ensuite on voit deux autres obélisques, savoir un de chaque côté, lesquels se trouvent encore chacun entre deux scabellons, avec des ornements, des bassins et des jets pareils à ceux des autres. Voilà ce qui occupe le fond et les deux ailes de ce bosquet. Quant à la quatrième face, qui est celle qui regarde l'arc de triomphe, elle ne laisse pas d'être aussi remplie de beaucoup d'ornements, quoiqu'une partie en soit occupée pour servir d'entrée à ce lieu. Il y a des deux côtés des piédestaux avec des bassins, des cascades et des figures qui marquent les triomphes de la France. Quelque exacte description que je vienne de faire de toutes ces choses, il est impossible qu'on puisse concevoir seulement la moitié des beautés qu'elles renferment, à moins qu'on ne sache qu'outre les marbres fort délicatement travaillés, qui portent tant de différents morceaux, la plupart de ces morceaux, comme les obélisques et autres ouvrages semblables, sont faits de bronze doré, mais qu'il n'y entre de cette matière que ce qu'il en faut pour former le corps de ce qu'on veut qu'elle représente, de sorte qu'il y reste beaucoup d'endroits vides, lesquels étant remplis par l'eau qui en s'élevant vient occuper la place de ces vides, paraissent comme autant d'ouvrages de cristal, enrichis de quantité d'ornements où l'or n'est pas épargné (12).

Au sortir de ce lieu, les ambassadeurs virent l'Allée d'eau, ou l'Allée des Cascades. Au milieu de cette allée, on en voit une autre formée par des groupes d'amours, de jeunes garçons, de jeunes filles, de jeunes satyres, de petits tritons et de petits termes, qui portent leur tête, les uns de grandes coquilles en forme de bassins, pleines de corail et de coquillages, et les autres des paniers remplis de fleurs et de fruits. Les jets d'eau qui sortent de tous ces bassins qui sont portés par ces groupes, et qui en forment des nappes, ont fait donner à ce lieu le nom d'Allée d'eau.

Au bout de cette allée, on voit la Fontaine de la Pyramide (13). Elle est composée de quatre bassins de marbre blanc, les uns sur les autres, dont le premier a douze pieds de diamètre, et est fait d'un seul bloc de marbre. C'est peut-être le plus grand ouvrage que l'on puisse voir d'un seul morceau. Les trois autres, qui sont moins grands, sont proportionnés à ce premier. Il est porté par quatre tritons plus grands que le naturel. Les autres sont soutenus de même, mais avec la diminution nécessaire tant pour les figures que pour les bassins. Tout cet ouvrage est de marbre blanc, et les piédestaux de marbre de couleur. Toutes les figures et tous les ornements sont de bronze, et le tout ensemble ne fait qu'une nappe d'eau, au travers de laquelle on aperçoit les figures. Au bas de cette pyramide est un grand carré d'eau qui en reçoit la décharge, et qui forme un nappe qui couvre un fort grand bas-relief. On voit au travers de la nappe huit ou dix nymphes de grandeur naturelle, qui se baignent. Aux côtés de ce bas-relief sont encore d'autres bas-reliefs qui représentent des fleuves, des nymphes et quelques enfants, le tout grand comme le naturel, et fait par M. Girardon. Toutes ces figures-là sont fort estimées.

Je ne sais si je pourrai vous bien exprimer le déluge d'eau qu'on voit de l'endroit où étaient les ambassadeurs. Ils avaient en face l'Allée d'eau et la pyramide que je viens de vous décrire, aux deux côtés le lieu appelé les Trois Fontaines, et l'Arc de Triomphe ; et derrière, la Fontaine du Dragon, et la grande pièce de Neptune. Tout cela peut jouer ensemble et être vu en même temps, et c'est à vous à vous figurer la beauté de ce spectacle, en vous représentant la prodigieuse quantité d'eaux qui sortent de tous ces endroits.

Les ambassadeurs allèrent ensuite au parterre du nord, qui est au bout de l'Allée d'eau, où ils trouvèrent encore deux bassins qui sont un peu au-delà de celui de la pyramide. On y voit des tritons et des sirènes qui soutiennent de riches couronnes, et il en sort beaucoup de jets d'eau. Ils admirèrent encore dans ce lieu deux vases d'environ cinq pieds de haut, avec leurs couvercles, autour desquels il y a des bas-reliefs qui représentent des nymphes, des tritons, des enfants et des têtes de bélier, dont les cornes servent d'anse. Ces vases ont été faits par M. Girardon.

Les ambassadeurs virent ensuite les figures de marbre qui sont le long des palissades du parterre du nord, et celles qui sont en remontant jusqu'à l'endroit appelé le Fer à Cheval, qui regarde l'Allée Royale, qui fait face au château. Entre ces figures sont les Quatre Saisons, les Quatre Parties du Monde, Les Quatre Âges, les Quatre Poèmes, les Quatre Parties du Jour et de la Nuit, et les Quatre Éléments. Toutes ces figures ont été faites sur les dessins de M. le Brun. Ils admirèrent la figure de l'Air, faite par M. le Hongre, qui est du nombre de ces vingt-quatre et qui est beaucoup estimée pour la délicatesse du travail et pour la correction du dessin.

Ils passèrent plus avant, et donnèrent beaucoup de louanges à deux groupes de Monsieur Puget, Provençal, dont l'un est appelé l'Andromède, et l'autre le Milon. Ces ouvrages ont de très grandes beautés (14). Ils virent ensuite, avant que de monter par le Fer à Cheval, le bassin de Latone. Cette déesse est au milieu avec Apollon et Diane ses enfants. Les paysans qui se changent en grenouilles sont en plusieurs endroits de ce bassin, dont les bords sont aussi ornés de semblables animaux (15).

Ils regardèrent fort toutes les statues antiques qui sont autour du Fer à Cheval, et furent surpris d'en trouver un si grand nombre. Ils avaient pris beaucoup de plaisir auparavant à voir la Vénus à la Coquille, et la Vénus Accroupie, qui bien que modernes, ont été faites sur des antiques (16). Ils avaient aussi admiré une tête de Mars, faite par Phidias, et restaurée par M. Girardon, lequel y a ajouté un buste. Cette tête est sur une colonne d'un albâtre oriental. Une tête de Jupiter trouvée à Besançon, et mise sur un termeFigure d'homme ou de femme dont la partie inférieure se termine en gaîne, et qu'on place ordinairement dans les jardins, au bout des allées et des palissades. (Littré)., avait aussi attiré leur admiration.

Enfin ils sortaient, remplis d'avoir vu tant d'or, de bronze et de marbre, tous les rebords des bassins, les bancs et les degrés n'étaient fait que de cette dernière matière, lorsqu'ils se virent auprès des deux bassins qui regardent la face du château, ce qui leur donna une nouvelle occasion d'admirer. Ces canaux ont 20 toises de large, 40 de long et 700 pieds de tour. Ils sont accoudés par les coins, et leurs rebords qui sont tout de marbre, ont 3 pieds d'épaisseur, sans la marche d'en bas, ce qui marque une magnificence singulière. On dit aux ambassadeurs qu'on travaillait à des groupes de figures de bronze pour les orner, que ces groupes devaient être d'environ 7 pieds de long, et posés sur les rebords de ces canaux ; qu'on en devait mettre douze sur chacun, savoir deux fleuves avec leurs attributs, deux rivières et quatre nymphes accompagnées des attributs qui leur conviennent, avec quatre groupes d'enfants ; qu'au milieu de chaque canal, il y aurait diverses figures pour représenter la naissance de Vénus et de Thétis ; qu'ainsi l'un de ces canaux sera appelé le Canal de Thétis, et l'autre le canal de Vénus (17), et que ces figures devaient être accompagnées de dieux marins, et de diverses sortes de poissons jetant de l'eau, le tout de bronze.

Il serait difficile de rien imaginer qui fasse mieux connaître la grandeur et la magnificence du roi, aussi bien que le bon goût de celui qui, après Sa Majesté, est le premier mobile de toutes ces choses. Cependant ce n'est pas tout ce qu'on remarquera en cet endroit, puisque dans deux petits bassins tout de marbre, qui sont carrés et élevés, et qu'on a placés un peu par-delà ces deux canaux et sur la même esplanade, on doit voir encore des combats d'animaux, qui seront de bronze et qu'on doit mettre le long de la façade du château, plusieurs grandes cuvettes de même matière et remplies d'ornements ; de sorte qu'on verra en même temps les figures des canaux, les animaux des bassins et les cuvettes du château. Tous ces ouvrages sont à l'arsenal, et doivent être bientôt achevés, ce que le roi résout étant toujours presque aussitôt exécuté que conclu.

On voit dans le même lieu plusieurs grands vases de marbre avec des bas-reliefs. Il y en a sur les degrés de la terrasse qui donne vis-à-vis les canaux dont je viens de parler qui représentent plusieurs places prises par le roi et par de là l'autre bout de ces canaux, on voit les vases appelés de Médicis, si bien copiés qu'on les pourrait prendre pour des originaux.

Quoiqu'il semble qu'on ne puisse regarder tout d'une vue plus de choses dignes d'admiration, on peut néanmoins examiner encore en même temps tout ce que le château Versailles fait remarquer de bâtiments sur le jardin, et c'est quelque chose de si surprenant qu'il faut le voir pour en être convaincu. La vaste étendue de ce superbe édifice contient, tant en face qu'en ailes de retour sur le jardin seulement, plus de 310 toises et plus de 420 croisées, vingt avant-corps, avec des colonnes, des figures au-dessus, et des trophées encore au-dessus de ces figures, qui sont entremêlés avec des vases qu'on a placés le long de la balustrade qui règne sur tout ce bâtiment. Mais pour marquer ce que je viens de vous dire avec un détail qui vous le fasse mieux concevoir, il faut vous apprendre que la face de la galerie a 52 toises, celle du grand appartement du roi 45, l'aile où loge Mme la Dauphine autant ; celle qu'on nomme des princes, où sont les appartements de Monsieur et de Madame, 84, et celle qu'on achève de l'autre côté autant. L'ordre de ce bâtiment est ionique, ainsi que le reste du château du côté du jardin. L'attique qui règne au-dessus ne retourne point sur les avant-corps, mais à la place il y a des figures sur chaque colonne. On y voit trois rangs de fenêtres, un dans chaque étage. Celle du rez-de-chaussée sont bombées dans des arcades, celles du premier étage dans l'ordre ionique sont cintrées, et celles de l'attique sont carrées et longues en hauteur. Il y a outre cela des niches à toutes les ailes, qui tiennent encore la place de quelques fenêtres. Les figures qui ornent ce bâtiment du côté du jardin sont :

À l'aile appelée des Princes, sont des divinités et des vertus dont le nombre est fort grand à cause de la longueur de cette aile. Il n'y a point encore de figures à l'aile qu'on bâtit de l'autre côté, et qui sera pareille à celle-là. Je ne parle point du nombre des colonnes qui ornent toutes ces ailes, cela irait à l'infini.

Les ambassadeurs ayant examiné la vaste étendue de ce magnifique bâtiment avec une attention digne de leur curiosité, remercièrent M. Lefèvre de la peine qu'il avait prise de les conduire pendant quatre jours en tant de lieux différents, et lui dirent qu'ils le félicitaient de l'honneur qu'il recevait d'avoir tant de belles choses sous sa conduite, et d'appartenir à un si grand maître.

Je n'ai cru vous devoir marquer qu'une partie de ce qu'ils dirent, en voyant tant de choses surprenantes. Leurs exclamations continuelles firent voir leur continuelle surprise. Tout ce qu'ils virent leur parut de plus beau en plus beau, et ils dirent que tant de merveilles leur faisaient connaître qu'il était impossible de porter la magnificence au-delà de celle du roi.

On leur fit voir le jour même l'aqueduc de Buc, les réservoirs qu'ils trouvèrent très profonds, et l'étang de Cressé (18). Ils virent aussi les réservoirs qui sont au lieu que l'on appelait auparavant la butte de Montbauron. Elle est en face du château de Versailles, derrière le chenil. Avant que le roi y fît travailler, elle s'élevait en pointe, et faisait un mauvais aspect à la vue du château (19). On en a coupé la cime environ jusqu'à la hauteur du comble des écuries, et de la terre qu'on a répandue à l'entour, avec ce qui restait du haut de la butte, on en a fait une grand esplanade ou plate-forme, où l'on a construit cinq grands réservoir pour conserver l'eau, tant de la machine de Marly que de la rivière d'Eure. Ces cinq bassins consistent en quatre carrés longs à pans par les angles extérieurs, et au milieu des quatre est un petit bassin rond de dix toises de diamètre, appelé le Réceptacle des eaux, c'est-à-dire l'endroit où les canaux et les conduits viennent se rendre, et ce petit bassin distribue ses eaux aux quatre grands par les coins échancrés en portion circulaire.

Ces cinq bassins sont séparés par des allées de 18 pieds chacune, et à l'entour est une allée de 8 toises qui règne depuis le bord extérieur des bassins jusqu'au glacis des terres, qui au pied de ce glacis et au bas de la butte, doivent être entourées d'un mur de clôture. Les grands bassins ont chacun 85 toises de longueur dans œuvre, sur 54 de large. Le pan à l'angle extérieur est de 18 toises. Ils ont de profondeur 18 pieds, pour avoir 12 d'eau, de sorte que chaque bassin contient 8 000toises cubes d'eau, qui sont 224 000 muids d'eau pour chaque bassin. Ainsi les quatre contiendront 896 000 mille muids d'eau. La construction est un mur de quatre pieds, qui est le vrai mur du réservoir, et pour retenir l'eau est un corroiÉpaisseur de terre, surtout de terre glaise, qui sert à retenir les eaux des fontaines, des réservoirs, etc. (Littré). de glaise de 18 pouces d'épaisseur, tant au fond de ces bassins qu'autour des bords ; et cette glaise des bords est retenue par un mur de quatre pieds par en-haut, et de cinq pieds par en-bas, fondé sur une grille de bois sur la glaise, avec des plate-formes. Ce mur, fait en talus d'un pied au-dedans du réservoir, est appelé mur de douve. Il y a deux de ces bassins achevés, et remplis de l'eau de la machine de Marly qui est conduite par un aqueduc depuis la montagne de Picardie jusqu'aux réservoirs. Cet aqueduc est long de 500 toises, et dans sa plus grande hauteur il en a 14 à 15. Il a 14 pieds d'empattement, qui revient à 6 pieds en haut, dont le canal en occupe 3. Il doit donner sur cette largeur de 3 pieds 648 pouces d'eau.

Comme les ambassadeur dont je vous décris aujourd'hui l'histoire de l'ambassade, s'attachent surtout à considérer les choses qui marquent particulièrement la grande puissance du roi, ils examinèrent cet ouvrage qui est digne d'être comparé à ceux de l'antique Rome et auxquels des armées entières, (si l'on peut parler ainsi) on travaillé, puisque outre les ouvrier nécessaires pour instruire et pour conduire les autres, plusieurs régiments y ont été employés. Je ne vous dis rien de sa beauté, puisque la seule description que vous en venez de voir doit vous en avoir donné une idée plus grande que vous ne l'auriez de tout ce que je vous en pourrais dire. Cependant c'est le premier ouvrage que M. de Louvois ait fait faire après avoir été nommé surintendant des bâtiments. On pourrait juger par de pareils coups d'essai de quoi ce ministre est capable, si l'on n'en était pas déjà convaincu par tout ce qu'il a fait.

Le lendemain, les ambassadeurs allèrent voir le château de Marly. Comme il n'y a peut-être rien au monde d'une construction si particulière, ni qui soit si galant et si magnifique tout ensemble, je crois que vous serez bien aise d'en avoir une description. Ce château qui tient au parc de Versailles, est renfermé dans un parc particulier sur le chemin de Saint-Germain. Il est situé dans un vallon, au bout duquel et par l'échappée de la gorge on découvre le château de Saint-Germain et ses environs, ce qui forme une des plus belles vues qu'on se puisse imaginer. La plus considérable dépense de cette maison a été dans l'accommodement qu'il a fallu faire pour combler ce vallon qui était marécageux, pour donner de l'étendue au jardin et pour faire un plan aussi extraordinaire que celui de cette situation. La distribution du plan est unique en son espèce. On y arrive par le chemin de Saint-Germain, où il se présente d'abord une cour ronde de 50 toises, avec des corps-de-garde, remises et écuries, d'où l'on aperçoit le château au bout d'une longue avenue de 115 toises de long, et de 10 de large, fermée de murs de chaque côté pour retenir les terres de part et d'autre. Elle est plantée d'arbres, et le chemin est pavé, et de l'avenue on descend à l'avant-cour. Le corps du château est détaché de douze autre pavillons, six de chaque côté, qui sont séparés les uns des autres.

Le plus gros pavillon ou le château, est large de 21 toises en tout sens, et consiste en un grand corps de bâtiment isolé, dont les quatre faces sont égales. On y monte par des perrons cintrés et à pans, qui règnent au pourtour en deux reprises. L'étage au rez-de-chaussée est magnifique, et sa distribution consiste en quatre vestibules, un à chaque face, par lesquels on entre dans un salon octogone. Ces quatre vestibules séparent quatre grands appartements appelés les Quatre-Saisons, et y servent de communication. La principale pièce est le salon : il est à huit pans, quatre grands et quatre petits. Il est large de huit toises, est orné de seize pilastres d'ordre composite cannelés, avec des ornements. Dans les plus grands pans sont les portes des vestibules, et dans les quatre petits pans sont quatre statues de marbre antique posées sur des piédestaux en saillies. Cet ordre est couronné de son entablement d'une composition extraordinaire, avec des consoles. Au-dessus est un attique décoré par autant de cariatides en termes, qui se tenant avec des guirlandes de fleurs, soulagent d'une de leurs mains l'entablement qu'elles portent sur leurs têtes, et cet entablement n'est qu'une corniche architravée. Quatre fenêtres dans l'attique éclairent le salon, au-bas desquelles au-dedans sur la corniche composite sont quatre balcons soutenus par des aigles. La voûte, qui a sa naissance au-dessus de la corniche de l'attique, a huit pans par son plan, qui vont se raccorder à une grosse moulure ronde taillée d'un riche cordon de fleurs qui sert de corniche à une voûte sphérique. Tous les ornements de ce salon sont de stuc, travaillés avec une grand propreté. Du milieu de la voûte pend un lustre de cristal de roche d'une merveilleuse grandeur. Il a deux pieds de hauteur sur six à sept de larges. Il est garni de plusieurs rangs de branches, et soutenu par un grand aigle de cristal à deux faces. Huit autres lustres de moindre grandeur pendent à l'entour, de sorte qu'outre ces lustres, les girandoles qui sont sur les guéridons devant les pilastres étant remplies de lumières, sont d'un très brillant effet lorsqu'elles sont jointes à celles des lustres.

Les quatre vestibules sont plus longs que larges sur leur profondeur, ayant quatre toises sur cinq et demie, et son décorées d'architecture et de sculpture, et de bustes de marbre portés sur des gaines. Il y a dans chaque vestibule deux grandes tables de marbre précieux et deux grands tableaux de M. de Van der Meulen (20) de huit pieds de long sur cinq à six de haut, qui représentent les sièges que le roi a faits, et les villes que Sa Majesté a prises. Chacun de ces appartements est composé de trois pièces, antichambre, chambre et cabinet. L'étage au-dessus, auquel on monte par deux escaliers, consiste en quatre salles, une au milieu de chaque façade. Elles ont seize pieds de large, et servent d'antichambre à huit petits appartements de douze qu'il y a, de deux pièces chacun. À l'entour du dôme du salon règne une terrasse octogone de douze pieds de large, et de petits corridors qui en ont six. La décoration extérieure est de peinture de fresque, à la manière d'Italie. L'ordonnance de cette décoration est un grand ordre corinthien de pilastres de marbre, n'ayant que la corniche de relief pour couronner la masse de l'édifice. À chaque façade un fronton couronne l'avant-corps, qui n'a de saillie apparente que ce que les ombres de la peinture lui donnent.

Entre les croisées du rez-de-chaussée du premier étage sont des bas-reliefs, trophées et devises. Les angles sont ornés de pierres de refend, parce que si le pilastre était angulaire, la saillie des bases et des chapiteaux paraîtrait mutilée. L'édifice est terminé par une balustrade, et n'a point de comble apparent. Toute la sculpture, les bases, chapiteaux et balustrades sont de bronze doré, et l'architecture de marbre de diverses couleur. Les douze autres pavillons sont décorés de même dont six sont d'ordre ionique. Chaque pavillon contient deux appartements, un par bas, et l'autre au premier étage. Ils ont chacun 6 toises de face, distants l'un de l'autre de 32 toises. Outre ces treize pavillons, il y en a deux à droite du château qui regardent le parterre. Dans l'un est la chapelle, décorée au-dedans de pilastres d'ordre corinthien, et dans l'autre, au rez-de-chaussée, est la salle des gardes, au-dessus de laquelle sont des logements pour les officiers. On a ajouté depuis peu à ces pavillons deux ailes, qui jointes à deux murs en portion de cercle, forment une avant-cour de 35 toises de diamètre au bas de la descente de l'avenue de l'autre côté, et vis-à-vis ces deux pavillons, il y en a deux autres de pareille symétrie qui font partie du bâtiment, et qui composent les cuisines et les offices, ayant 30 toises de face, et renferment une cour pour cet usage.

Ces pavillons sont décorés en-dehors comme ceux qu'ils regardent et cachent tout ce bâtiment, destiné seulement aux usages de ce palais, et ces deux pavillons sont joints par un mur où est peinte une perspective qui fait un effet surprenant. Elle est de M. Rousseau (21). Tous ces pavillons, tant les douze de grandeur égale, que les autres dont on vient de parler, se communiquent ensemble par des berceaux de treillage de quinze pieds de large, qui forment une demi-lune par derrière le château, dont chaque portion circulaire termine à un pavillon aussi de treillage. Comme le jardin est mêlé avec le bâtiment en sorte que les carrosses n'entrent point au-delà de la grille entre les deux pavillons au bas de la descente, il faut remarquer que la composition du jardin est aussi nouvelle qu'extraordinaire, étant des chutes différentes de terrasses retenues par des glacis de gazon, avec des arbres verts comme sapins, ifs épicéas, etc. et l'on descend de l'une à l'autre par des perrons de pierre d'une grandeur extraordinaire et de diverses figures.

Les parterres ne sont formés que de bassins de formes différentes, et ornés de plusieurs jets d'eau, entre lesquels le plus considérable est celui qui est derrière le château, dont le jet s'élance à plus de 100 pieds. Ce bassin demi-lune a 38 toises de large sur . Les bassins du parterre sont au nombre de sept dont le premier qui se présente devant le grand perron a 20 toises sur 40, ayant trois jets. Le plus grand bassin en longueur a 100 toises sur 50 et a cinq jets, et le dernier bassin à pans par en-bas a 70 toises sur 32 avec trois jets. Les quatre autres sont ronds, dont deux petits au pied du château ont chacun 10 toises de diamètre, et ceux d'en-bas, ronds aussi, de 16 toises chacun.

Les terrasses vont toutes en pente ainsi que les pavillons, quoique posés de niveau de même que les bassins, que sorte que de loin, on est surpris de la scène extraordinaire des bâtiments, des terrasses et des bassins, qui ne se nuisent point les uns aux autres, et auxquels le bois de la côte fait un fond avantageux qui détache tout l'ouvrage. Le parc de cette maison est fermé d'un mur, et traversé par des allées, les unes de huit et les autres de six toises de large, qui donnent des points de vue d'où l'on découvre tantôt le château, et tantôt les grilles qui en ferment l'entrée ; et pour profiter des endroits que la situation a donnés, on a fait des bosquets de diverses figures dans les clairières du bois.

La clôture du parc renferme de grands réservoirs, dont le plus grand a 18 000 toises de superficie, et deux petits ensemble qui sont à côté du grand, en ont 2 000. Les trois réservoirs ont douze pieds d'eau. Il y a encore deux autres réservoirs plus grands, auxquels on doit donner quelque forme régulière. La superficie de l'eau des premiers réservoirs est plus haute que la superficie du dernier bassin du parterre de 33 toises. Outre les routes de traverse où l'on peut aller en carrosse, il y en a encore d'autres le long de murs de clôture. Ainsi ce château est d'autant plus considérable que la situation en est peu commune, et la disposition nouvelle, ce qui la rend unique en son espèce, et ce qui fait voir le merveilleux génie de M. Mansart, qui en est l'architecte. Celui de M. Le Brun a aussi beaucoup éclaté en cette occasion, puisque sur ses dessins et sous sa conduite, on y a peint à fresque en-dehors le grand pavillon, ou le pavillon du milieu, et six petits qui l'accompagnent. Ce grand pavillon a quatre faces comme les autres, et fait voir le Palais du Soleil. Apollon paraît dans son char dans les quatre frontons. Dans le premier il semble monter sur l'horizon, pour marquer le soleil levant. Dans le second, il est dans son midi. Au troisième, il commence à pencher vers le couchant. Dans le quatrième, il finit sa carrière, et la nuit le couvre de son voile. Tous les ornements des quatre faces ont rapport au soleil. Quatre autres de ces pavillons sont ornés d'architecture et de figures, qui ont rapport aux quatre saisons. Les deux autres font voir simplement de l'architecture sans aucune signification. M. Rousseau, qui est très habile pour la perspective, a travaillé lui-même au-dehors de plusieurs autres pavillons.

Les ambassadeurs furent surpris de trouver un nouveau palais presque dans l'enceinte de Versailles, où sans compter le château qui en pourrait faire plusieurs ensemble, ils avaient déjà vu Clagny, la Ménagerie et Trianon. Je ne parle point de plusieurs autres endroits du même château, qui n'ont pas moins coûté qu'auraient fait des bâtiments destinés pour le logements des plus puissants souverains. Ils admirèrent d'abord la construction toute nouvelle de ce bâtiment, et après en avoir examiné les terrasses, les eaux et les peintures, ils en virent tous les appartements, et furent ravis d'y trouver la plus grande partie des présents qu'ils avaient apportés au roi, de la part du roi de Siam leur maître. Ils s'attachèrent beaucoup à considérer les tableaux de Van der Meulen, dont je vous ai déjà parlé, et ne purent s'empêcher de marquer qu'ils auraient bien de la joie d'en avoir de pareils. Ils virent ensuite les appartements de la cour, qui sont destinés pour ceux qui accompagnent le roi, lorsque Sa Majesté va coucher à Marly. Il faut remarquer que tous ces appartements sont non seulement meublés, mais encore garnis de tout ce que l'on peut s'imaginer de nécessaire aux personnes de qualité qui doivent coucher dans ce lieu-là, et le tout aux dépens du roi, de sorte qu'en donnant la clé à ceux qu'on y veut loger, ils n'ont besoin de rien davantage. Tout ce grand soin roule sur M. Bontemps (22), dont la vigilance, l'exactitude et le grand ordre sont connus. Les ambassadeurs louèrent la magnifique bonté que le roi avait pour les grands de sa cour, et dirent qu'encore que Marly fût tout royal, ils ne pouvaient s'empêcher de dire qu'il était aussi tout galant.

Il allèrent ce jour-là dîner à Saint-Germain en Laye, où M. le marquis Montchevreuil (23) qui en est gouverneur, les reçut d'une manière à laquelle on ne peut rien ajouter. Quoique le château de Saint-Germain, qui a été bâti sous le règne de François Ier soit très beau, il est néanmoins d'une figure irrégulière. Il vient d'être augmenté par le roi, qui ne fait pas seulement bâtir de nouveaux palais plus beaux que ceux que tous les rois ses prédécesseurs ont jamais fait construire, mais qui laisse même aux plus anciens des marques de sa magnificence. L'augmentation qui vient d'être faite, est de cinq pavillons qui flanquent les encoignures, ce qui contribue beaucoup à la commodité des appartements qui sont en grand nombre et fort dégagé. Le fossé a été élargi en plusieurs endroits, et tous les dehors des bâtiments renouvelés, quoique la même décoration ait été conservée au vieux corps du bâtiment et continuée au nouveau. Ce qui surprit le plus les ambassadeurs, ce fut de voir que la couverture de ce château était de pierre de taille. La vue leur en plut aussi beaucoup.

Ils virent le même jour la machine qui conduit l'eau de la Seine à Versailles, faite par M. le chevalier de Ville, et qu'on appelle Machine de Marly, ou la Machine, sans rien ajouter, ce qui marque encore plus une chose qui doit être connue par l'estime où elle est (24).

L'invention de cette machine et les effets qu'elle produit surprennent tous ceux qui la voient, ou qui en entendent parler. Aussi a-t-il fallu des forêts entières pour faire la digue et les galeries de charpente qui sont depuis la rivière, le long de la colline jusqu'au haut de la tour de pierre. Sous ces galeries sont par intervalles sur le terrain de la côte, des réservoirs, les uns supérieurs aux autres. Le plus bas ayant reçu immédiatement l'eau de la rivière contient son corps de pompe, qui la repousse, par des tuyaux couchés le long de la colline, dans les réservoirs supérieurs, et ainsi par reprises jusqu'au réservoir qui est sur la tour de pierre. Les corps de pompes ont quatre pouces de diamètre, et quelques-uns six, et les pistons, par leur jeu de quatre pieds, après avoir puisé l'eau, la refoulent et la forcent à monter dans les réservoirs supérieurs. Tous ces mouvements se font par le moyen de cent balanciers verticalement posés, qui sont joints l'un à l'autre par des tirants, auxquels d'autres espèces de balanciers servent de supports. Ainsi, lorsque la partie est supérieure, les balanciers s'épanchent vers la rivière, et leurs parties inférieures remontant vers le haut de la colline, tirent les pistons, et puisent de l'eau dans les corps des pompes, d'où ils le refoulent lorsque la partie supérieure des balanciers vient à remonter verticalement et qu'elle s'incline vers le haut de la colline.

Le premier mobile de cette machine est un bras de la rivière de Seine qu'on a barré par une digue. Cette digue est ouverte par deux endroits, par lesquels l'eau étant retenue et plus élevée, et coulant avec rapidité, fait tourner dans chaque pertuis un roue de 30 pieds de diamètre, et de 5 à 6 pieds de longueur d'aile. Les extrémités des axes de chaque roue sortent de leurs appuis et sont tournés en manivelles. La manivelle qui est du côté de la monte, puise et refoule l'eau dans les premiers corps de pompe, et l'autre manivelle sert à faire mouvoir le balancier. Il y a 13 roues, 9 desquelles agissent ordinairement, et souvent les 13 toutes ensemble, et fournissent 200 pouces d'eau à Versailles, en faisant mouvoir 2 500 pièces de bois verticales, dont il n'y en a que 1 000 qui soient véritablement des balanciers, les autres pièces ne servant que de support à leurs tirants, et toutes ces pièces ne servent qu'à faire mouvoir les 1 000 balanciers ou leviers, lesquels à chaque tour de roue, s'inclinent d'un côté et d'autre, et après avoir retiré les pistons des corps des pompes qui reçoivent une colonne d'eau de 4 pieds de hauteur, et de 4 pouce de diamètre, la refoulent aussitôt. Treize de ces balanciers sont de front, et par le moyen de 61 autres qui sont le long de la colline, ils servent à puiser l'eau du plus haut réservoir dans le corps et pompes, et à la refouler et forcer par les pistons, à monter dans des tuyaux verticalement posés dans la tour de pierre, et à dégorger dans le réservoir qui est au plus haut étage, d'où l'eau descendant par d'autres tuyaux posés à plomb, et enfermés dans des tuyaux enterrés, va sortir par des tuyaux à plomb, dans le plus haut réservoir du château de Versailles, d'où elle est ensuite distribuée.

Je ne saurais vous donner une plus haute idée de cette machine qu'en vous disant qu'elle élève l'eau qu'elle fournit à Versailles, près de 62 toises de haut, ce qui devrait étonner toute la terre, si le roi ne nous avait point accoutumé à de si grandes choses que l'on n'est plus surpris que du nombre.

La curiosité du premier ambassadeur étant aussi grande que son intelligence est vive, il examina autant qu'il lui fût possible cette grande machine, qui en contient un millier d'autres. Il en visita plusieurs endroits et mania plusieurs pièce, et comme on avait tenu des chevaux prêts afin qu'il pût satisfaire pleinement sa curiosité, il monta à cheval avec les deux autres ambassadeurs, et visita tous les ouvrages qui sont le long de la colline. Enfin, après que le premier ambassadeur eût vu tous les réservoirs, et pénétré autant qu'il lui fut possible le mouvant chaos d'ouvrages différents, il dit : Est-ce un homme ou un démon qui a fait cette machine ? C'est un homme ; mais cependant cet homme y a bien moins de part qu'il ne croit. Cet ouvrage est dû à la grandeur du roi, à sa réputation qui attire en France tout ce qu'il y a d'habiles gens du monde pour les arts, à la manière dont il récompense ceux qui le servent, enfin au plaisir qu'on a de travailler pour lui. Voilà ce qui est cause que nous voyons aujourd'hui ce grand ouvrage ; voilà ce qui l'a fait, et non pas l'ouvrier qui le croit tout de lui, parce qu'il y a travaillé.

Ils virent aussi une pépinière qui est en ces quartiers-là, dans laquelle on compte jusqu'à 280 000 pots pour des plantes et pour des fleurs. On leur dit en même temps que Sa Majesté en a encore une aussi considérable dans le faubourg Saint-Honoré, pour les arbrisseaux.

Le voyage des ambassadeurs. Mercure Galant de novembre 1686. 4ème partie.

NOTES :

1 - La grotte de Versailles, qu'on appelait le Palais de Thétis, fut achevée en 1668, et détruite seulement quatre ans plus tard pour permettre l'agrandissement du château. 

2 - Apollon servi par les nymphes, le groupe principal des Bains d'Apollon (également appelés Bosquet des Dômes), comprend sept figures, dont cinq réalisées par François Girardon (1628-1715) et deux par Thomas Regnaudin (1622-1706).

Image Projet de bosquet avec les groupes de Girardon placés dans le bosquet des Bains d'Apollon.
Image Fontaine des Bains d'Apollon dans le jardin de Versailles. 

3 - Piganiol de la Force (Nouvelle description des châteaux et parcs de Versailles et de Marly, 1701, p. 299) n'indique que 44 bas-reliefs. 

4 - Piganiol de la force (op. cit. pp. 300 et suiv.) énumère neuf groupes qui ornaient le bosquet en 1701.

5 - Ce bosquet fut achevé en 1674 et subit au fil des années de nombreuses modifications. Dans son Journal du 28 août 1684, (1854, I, p. 48) Dangeau notait : [le roi] se promena longtemps à pied dans son petit parc, visita quelques-unes des plus belles fontaines, et ordonna quelques changements à celle qui s'appelle la Montagne d'Eau.

Image La montagne d'eau à Versailles. 

6 - Édifié en 1672, le Théâtre d'eau fut supprimé en 1775 lors de la replantation du parc.

Image Le Théâtre d'eau à Versailles. 

7 - Ce bosquet, également appelé le Chêne vert, fut réalisé en 1672 d'après un dessin de Mme de Montespan. Il fut remanié en 1774 et rebaptisé la Grotte des Bains d'Apollon.

Image Le Marais d'eau à Versailles vers 1683. 

8 - Dessiné par Le Nôtre, ce bosquet remplaça vers 1680 le bosquet du Berceau d'eau. Piganiol de la Force écrit : (op. cit. p. 320) : C'est celui qui doit le moins à l'art. Ses beautés, quoique toutes champêtres et naturelles, ne laissent pas de plaire beaucoup, et ses fontaines par leur murmure et par leurs nappes d'eau, charment également les yeux et les oreilles. Il fut supprimé sous Louis XVI lors de la replantation du parc.

Image Le bosquet des Trois fontaines à Versailles. 

9 - Les statues des Quatre saisons ont été réalisées d'après des dessins de Le Brun. Celle de Cérès est de la main de Regnaudin, celle de Flore est due à Jean-Baptiste Tuby. 

10 - Cette figure est de Gaspard Marsy. 

11 - L'inventaire de 1686 publié par Alexandre Maral (L'Estat présant des figures (1686), première description des sculptures des jardins de Versailles après l'installation de la Cour, 2012, p. 98) mentionne trois figures autour du bassin de Neptune : Une statue équestre de Louis XIV réalisée par Le Bernin, un Hercule et un Bacchus. 

12 - Ce bosquet fut supprimé lors de la replantation du parc sous Louis XVI.

Image Le bosquet de l'Arc de triomphe à Versailles. 

13 - Ce bassin existe toujours. Il fut creusé en 1668 et prit une forme circulaire en 1683.

Image Le bassin de la Pyramide à Versailles. 

14 - Le peintre et sculpteur Pierre Puget (1620-1694) naquit et mourut à Marseille. Les deux œuvre évoquées par Donneau de Visé sont aujourd'hui au musée du Louvre, le groupe Milon de Cretonne y a été transféré en 1819, et le goupre Persée et Andromède en 1850. 

15 - Les sculptures du bassin de Latone ont été réalisées par Gaspard et Balthazar Marsy entre 1666 et 1670.

Image Vue du bassin de Latone en 1678. Gravure de Pierre Lepautre. 

16 - La Nymphe à la coquille a été sculptée par Antoine Coysevox (1640-1720). L'original a été transféré au musée du Louvre en 1890, c'est désormais une copie qu'on peut voir à Versailles. La Vénus accroupie, également de Coysevox, est aujourd'hui au Département des sculptures du musée du Louvre, où elle a été transférée en 1871. 

17 - D'après la localisation indiquée par Donneau de Visé, il s'agit des pièces d'eau appelées aujourd'hui Bassin du Nord et Bassin du Midi. Nous n'avons trouvé ni chez Piganiol de la Force, ni chez Félibien, pas plus que chez Remilly, la mention d'un quelconque canal ou bassin de Thétis ou de Vénus. 

18 - L'étang des Gressets, près de Louveciennes, qui était plutôt un réservoir artificiel. Les besoins en eau de Versailles étaient considérables et ne furent sans doute jamais entièrement satisfaits. On pourra se reporter sur ce sujet à l'article de Joseph-Adrien Le Roi : Travaux hydrauliques de Versailles sous Louis XIV, 1664-1688 (Mémoires de la Société des Sciences morales, des Lettres et des Arts de Seine-et-Oise, VII, 1866, pp. 61-128) dont nous extrayons ces paragraphes :

1678. - Le Roi venait de décider qu'il habiterait Versailles. Il avait nommé Mansart son premier architecte, et de grands plans se préparaient. Les travaux hydrauliques de l'abbé Picart sur les plateaux qui dominaient Versailles au sud, donnèrent l'idée d'appliquer le même système aux plateaux du nord. On pensa à réunir les eaux des sources de ces plateaux sur deux points culminants, afin de les faire arriver, de réservoirs en réservoirs, jusqu'au Château. Les Gressets, petit endroit près de Louveciennes, et Jardy ou le Clos-Toutin, furent choisis comme les points les plus élevés, et l'on y creusa deux réservoirs où l'on réunit toutes les eaux des environs (p. 85).

1680. - L'eau commençait donc à arriver plus abondamment à Versailles. Outre l'étang de Clagny qui en fournissait à l'aide de ses pompes, ainsi que la rivière de Bièvre, on avait de plus les étangs des Gressets, du Clos-Toutin, du Bel-Air, du Chesnay et de Chèvreloup au nord, et ceux de Trappes, de Bois-d'Arcy et de Choisy au sud, venant alimenter les réservoirs du Château, de Trianon et de la Ménagerie, et cependant ce n'était pas encore assez pour Louis XIV ; il voulait que les bassins du parc, où l'on venait de faire deux nouveaux bosquets, la Salle de Bal et les Trois Fontaines, pussent jouer tous les jours, et il lui fallait pour cela une masse d'eau qui n'avait pu encore être fournie par les travaux hydrauliques faits jusqu'à ce jour. On conçoit donc que Colbert, cherchant alors à satisfaire à tout prix les volontés du roi, accueillît avec joie tous les projets paraissant devoir le conduire à ce résultat (pp. 89-90).

Colbert ne se contentait pas d'accueillir les projets, il allait également les solliciter. C'est ainsi qu'ayant entendu parler d'Arold Deville, un ingénieur belge qui avait construit près de Liège une machine capable d'élever l'eau à de très grandes hauteurs, il l'invita à Versailles et le chargea de réaliser une machine semblable sur la Seine, à Marly. On mit cinq ans à la construire, et elle coûta 3  953,56 livres, 3 sols, 4 deniers. 

19 - Cette butte, qui culmine à 157 m au centre de Versailles, subit de nombreuses transformations. Louis XIV jugeait sa silhouette disgracieuse pour le point du vue, mais sa hauteur était intéressante pour accueillir des réservoirs d'eau. On pourra se reporter à l'article de René Du Lac : Les transformations historiques de la butte Montbauron. (Revue de l'histoire de Versailles et de Seine-et-Oise, années 1915-1916, pp. 81-97 et 158-176) dont nous extrayons ce paragraphe : Le marquis de Louvois venait d'être fait surintendant des bâtiments du roi. Pour son premier ouvrage, il prit la chose en main et poussa activement les travaux. Pour commercer, le sieur Boyer leva la carte du terrain, puis il fit couper les bois qui s'y trouvaient et défricher. Alors le sieur Pitre-Leclerc, entrepreneur de terrassements, eut à intervenir. Il organisa un immense travail : tout le sommet de la butte fut enlevé, de manière à ménager une plate-forme qui ne dépassât pas trop les combles des Grandes-Écuries. De nombreuses équipes d'ouvriers furent embrigadées pour cette œuvre de Titans et on leur adjoignit des régiments entiers de soldats. Des masses énormes de sable furent transportées sur plusieurs points du pays jugés trop bas, notamment dans la rue actuelle de la paroisse et au retour de l'avenir de Paris qu'on dirigeait vers sèvres.

Image Vue perspective de la ville et du château de Versailles depuis la butte de Montbauron. J.-B. Martin. 

20 - Adam François van der Meulen (1632-1690), peintre d'origine bruxelloise. 

21 - Jacques Rousseau (1630-1693), peintre. 

22 - Alexandre Bontemps, (1626-1701), premier valet de chambre du roi, intendant du château de Versailles, homme de confiance et confident de Louis XIV. 

23 - Henri de Mornay, marquis de Montchevreuil, seigneur de Vaudampierre (1622-1706), gouverneur des château et forêt de Saint-Germain-en-Laye. 

24 - Arnold Deville (1653-1722), un entrepreneur liégeois, fut le concepteur et le maître d'œuvre de ce gigantesque chantier destiné à pomper les eaux de la Seine pour alimenter Versailles. La machine fut réalisée par les frères Rennequin et Paulus Sualem. Cette formidable construction fit la fortune de son concepteur. Dangeau écrit dans son Journal du 3 juillet 1686 (op. cit., pp. 356-357) : Le roi donna 100 000 francs à M. Deville, qui a fait la machine qui élève la rivière et Seine, et outre cela, Sa Majesté lui a augmenté sa pension de 2 000 francs, si bien qu'il a 8 000 francs de pension, car il y a déjà quatre ou cinq ans qu'il a 2 000 écus.

ImageLa machine de Marly vers 1690.

La machine de Marly est construite sur un bras de la rivière de Seine. Elle est composée de 14 roues de 30 pieds de diamètre dont les axes ont deux manivelles, l'une fait mouvoir les pistons qui puisent l'eau, la poussent dans le tuyaux et la font monter au 1er réservoir ; l'autre fait mouvoir une suite de balanciers qui règnent le lont de la montagne jusqu'au réservoir le plus élevé. Ces balanciers donnent le mouvement auxc pompes qui sont dans les réservoirs et font monter l'eau des réservoir inférieurs au supérieur, et de celui-ci au haut de la tour qui est sur le sommet de la montagne d'où elle coule sur un grand aqueduc et de là se jette dans différents tuyaux qui fournissent toutes les eaux. 

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