Mercure Galant de janvier 1687.
4ème partie. Le Val-de-Grâce. Jacques Gallot, luthiste. Audiences de congé. Harangues. Le Cercle royal. Préparatifs de départ.

Page du Mercure Galant

Comme il est impossible que parmi un grand nombre de domestiques, il n'y en ait quelqu'un qui fasse quelque faute, les ambassadeurs eurent sujet de se plaindre d'un des leurs, et pour cet effet le premier ambassadeur fit assembler dans sa chambre les deux autres ambassadeurs, les six mandarins et tous les domestiques. Après avoir fait une forte remontrance, il voulut commencer le châtiment de celui dont il se plaignait. M. Storf l'arrêta et lui dit qu'il ne lui avait encore rien demandé, et qu'il le priait de ne rien faire au malheureux qu'il voulait punir, ajoutant que la faute qu'il avait commise n'était ni friponnerie, ni autre chose de cette nature, et qu'elle était pardonnable. Il lui dit encore qu'ils remportaient une si grande réputation de France qu'ils devaient être satisfaits et ne point faire d'éclat contre aucun de leurs gens, dont personne ne s'était plaint. L'ambassadeur lui répondit que la réputation qu'ils remportaient était cause qu'ils devaient se plaindre davantage de celui qu'il croyait devoir punir. Si un peintre, dit-il, qui après avoir travaillé pendant une année entière à un beau tableau, aurait pris plaisir à le finir, voyant son tableau gâté par quelqu'un de ses gens qui aurait donné un coup de brosse au travers, n'aurait-il pas grand sujet de s'en plaindre et de le punir ? Celui que je veux châtier a commis la même faute à notre égard. Si nous sommes assez heureux pour remporter de France la réputation que vous dites, ne doit-il pas nous être bien fâcheux que sur le point de partir, après avoir fait tout ce que nous avons pu pour la mériter, un misérable vienne gâter l'ouvrage que nous avons achevé avec tant de soin ? Cette réponse fut admirée et le coupable ne fut point puni.

Le Val-de-Grâce étant un ouvrage digne de la magnificence de la grande reine qui l'a fait bâtir (1), et les ambassadeurs ayant marqué beaucoup d'empressement pour le voir, on n'a pas manqué de satisfaire leur curiosité. Ils y firent compliment à Mme la duchesse d'Épernon, cette illustre veuve, qui s'est retirée dans ce monastère pour y vivre en retraite. Ils admirèrent la beauté de l'église, et celle de tout le bâtiment, et dirent qu'ils n'avaient rien vu de plus beau en France. Ils examinèrent l'autel, qu'ils trouvèrent d'une grande magnificence, et montèrent aux orgues. Le cœur de la reine mère, et ceux de tous les enfants du roi qui sont morts étant dans ce monastère, les religieuses montrèrent aux ambassadeurs les couronnes qui les couvrent. Elles leur firent beaucoup de plaisir, rien ne leur ayant donné plus de joie que lorsqu'ils ont vu en quelque endroit des choses qui regardaient les personnes royales. Ces religieuses chantèrent devant eux le Domine salvum fac Regem. Ils furent surpris de la beauté et de la douceur de leurs voix, et demandèrent à les voir, mais elles ne voulurent point lever leurs voiles, ce qui plut fort aux ambassadeurs, qui marquèrent encore plus d'estime pour elles. Mme d'Épernon fit des présents de dévotion aux catholiques.

L'esprit des ambassadeurs et les choses obligeantes qu'ils ont dites à toutes les personnes d'un mérite distingué qui leur ont rendu visite, ont été cause que la plupart des plus illustres leur ont fait connaître que rien ne manque à la France pour les plaisirs et pour les beaux-arts. M. Gallot, si fameux pour le luth (2), ayant joué devant eux, l'ambassadeur lui dit que depuis qu'il était en France, il avait entendu jouer plusieurs fois de cet instrument, mais qu'il ne croyait pas avoir ouï personne qui en eût si bien joué que lui. Quelques jours après, le même M. Gallot l'invita à un concert d'instrument, qui devait être composé des plus illustres de leur profession. L'ambassadeur promit d'aller à ce concert que M. Gallot donna dans la rue de Seine, à l'Hôtel d'Arras, chez M. Aubry (3), qui voulut bien être du nombre des concertants, à cause des illustres auditeurs, quoiqu'il ne soit pas de cette profession. L'assemblée y fut plus choisie que nombreuse, et dans un lieu fort propre et fort éclairé. Le concert fut trouvé très beau ; aussi était-il des plus illustres de France dans leur art. Quand il fut fini, M. Gallot joua seul du luth, et l'ambassadeur lui dit qu'encore qu'il crût que rien ne pouvait être ajouté à la beauté du concert, il y avait des délicatesses dans ce qu'il jouait seul qui ne devaient pas être confondues parmi le grand nombre d'instruments, parce qu'on en perdait beaucoup.

L'ambassadeur ayant envoyé à Monsieur plusieurs choses utiles pour sa santé, ainsi que je vous l'ai appris dans ma lettre précédente, ce prince généreux lui envoya quelques jour après par M. Aubert, introducteur des ambassadeurs auprès de sa personne, un présent aussi galant que riche. C'était une boîte de chagrin toute garnie d'or, et d'une très grande beauté. On crut d'abord que le présent consistait en cette seule boîte. Cependant elle en renfermait trois autres d'or, dans lesquelles on trouva trois fort belles bagues. Il y en avait une de diamants, et une autre d'émeraudes. Elles étaient accompagnées d'un portrait de Monsieur entouré de diamants. Ce présent n'était que pour le premier ambassadeur. Il dit à M. Aubert que quoique tout ce que Monsieur lui envoyait fût très riche et très beau, il estimait beaucoup plus son portrait que tout le reste, et que rien ne lui devait être plus précieux que le portrait d'un grand prince, frère d'un grand roi et d'un conquérant ; qu'on aurait à Siam la même vénération pour ce portrait qu'on avait ici pour l'original, qu'il le porterait toute sa vie à son bras, et que toute sa postérité le conserverait éternellement, comme une marque de l'honneur qu'un si grand prince lui avait fait et des bontés qu'il avait eues pour lui.

Mme la duchesse de Nemours, aussi connue par son esprit que par sa grande naissance, et qui a toujours eu une estime particulière pour les personnes d'un mérite distingué, voulut aller voir les ambassadeurs sur la seule réputation qu'ils s'étaient acquise. Il arriva ce jour-là ce qui n'était point encore arrivé depuis qu'ils étaient en France. Les affaires de leur départ ayant occupé leurs interprètes à la ville, personne n'en put servir. Cependant cette princesse et l'ambassadeur ne laissèrent pas de deviner une partie de ce qu'ils voulaient dire, tant les personnes d'esprit ont de pénétration. On en vit des marques quelques jours après. Cette princesse ayant connu que l'ambassadeur avait trouvé beau un manchon de peau d'oiseau qui lui venait de sa principauté de Neuchâtel, elle l'envoya prier de l'accepter.

Deux jours avant que les ambassadeurs eussent leur audience de congé, ils allèrent à Versailles, parce qu'il y avait ce soir-là appartementOn a aussi donné le nom d’appartement aux fêtes ou divertissements accompagnés de musique, danse, jeu que le roi donne quelquefois à toute sa Cour dans les appartements de Versailles. Il y aura demain appartement à Versailles. (Dictionnaire de Trévoux, 1771, I, p. 424)., et que n'ayant vu le roi au milieu de ses sujets qu'environné de l'éclat du trône, il fallait qu'ils le vissent au milieu de ces mêmes sujets, ne paraître pas moins grand par sa bonté qu'il l'est par ses vertus, par son rang, et par ses grandes actions. Ce jour-là étant destiné entièrement pour voir Sa Majesté, et pour revoir les appartements de Versailles, ils furent conduits au dîner du roi, qui leur dit qu'il était fâché que son indisposition l'eût fait différer si longtemps à les voir, et que sans cela, il les aurait même vus plusieurs fois. L'ambassadeur répondit que quoiqu'il fût extrêmement fâché d'avoir été privé de ce plaisir et de cet honneur, le parfait rétablissement de la santé de Sa Majesté l'en consolait. Le roi ne lui parla pas davantage pendant le dîner, mais Sa Majesté en dit beaucoup de choses avantageuses. Ils allèrent l'après-dînée, en attendant l'heure des appartements, se promener dans la galerie qu'ils avaient demandé à revoir. Ils l'admirèrent de nouveau, et s'attachèrent fort à considérer le roi, lorsqu'à l'ouverture de sa première campagne de Hollande, il donna ses ordres pour quatre sièges à la fois. Ils examinèrent les salons qui sont aux deux bouts, et qu'ils n'avaient pas encore vus, parce que la peinture n'en est achevée que depuis deux mois. L'un est appelé le Salon de la Guerre, et l'autre celui de la Paix, et l'on y voit tout ce que l'un et l'autre peut représenter ; ils sont de M. Le Brun, c'est assez en dire.

Ils allèrent le soir aux appartements, et quoiqu'ils les eussent déjà vus deux fois pendant le jour, les lumières les rendirent si brillants qu'ils leur parurent encore plus riches et plus beaux. Le roi y était avec tout ce que la Cour a de plus distingué. Ils virent jouer Sa Majesté, qui eut la bonté de leur parler plusieurs fois. Elle s'expliquait à M. le duc de Noailles, ce duc redisait à M. Storf tout ce que le roi lui avait dit, et M. Storf à l'interprète, et les réponses étaient faites de la même manière à Sa Majesté. Ils parlèrent encore au roi dans un autre endroit pendant la symphonie, et firent connaître que les effets qu'ils voyaient de la bonté du roi au milieu de sa Cour, méritaient d'être admirés aussi bien que tout ce qu'il a fait de grand. Quelqu'un ayant voulu engager l'ambassadeur à regarder les divers jeux, dont les appartement étaient remplis, il dit qu'il ne voulait rien voir, et qu'où le roi était, il n'avait point d'yeux pour le reste. On les mena dans la chambre où la collation est toujours préparée les jours d'appartements. Ils prirent beaucoup de plaisir à la voir, et en mangèrent. Ils reçurent de si grandes honnêtetés de M. le duc de Noailles qu'ils sortirent charmés de ses manières obligeantes, dont ils parlèrent longtemps en chemin, étant revenus la même nuit coucher à Paris.

Ils retournèrent à Versailles deux jours après, pour prendre leur audience de congé du roi. L'ambassadeur et M. le duc de la Feuillade eurent une conversation fort vive sur les figures de bronze qui sont en France, et sur celles de divers métaux qu'on dit qui sont à Siam, et ce duc fit connaître que personne ne lui peut rien apprendre sur ce qui regarde la fonte des métaux. La conversation ayant changé de sujet, l'ambassadeur dit que toutes le fois qu'il avait été à Versailles, il avait eu le cœur plein de joie en pensant qu'il allait voir le roi, qu'à son retour il était chagrin, et que sa tristesse se dissipait dans la pensée qu'il reverrait encore Sa Majesté, mais que lorsqu'il faisait réflexion que cet espoir ne lui serait plus permis, il était dans un abattement inconcevable, qu'il fallait qu'il mît toute sa consolation dans le plaisir qu'il aurait bientôt de raconter au roi de Siam les magnificences, les bontés et les vertus du roi, et que si après cela, on le renvoyait en France, il y viendrait volontiers lui et toute sa famille, pour y passer autant d'années qu'il plairait au roi son maître.

Je ne vous répète point les cérémonies qui ont été observées à cette audience de congé, puisqu'elles ont été les mêmes que celles de la première audience, et que le roi l'a donnée dans le même lieu, sur le même trône, et accompagné des mêmes personnes. Après que l'ambassadeur eut fait son compliment en siamois, M. l'abbé de Lionne l'expliqua ainsi en notre langue (4).

Cette harangue reçut de si grands applaudissements, que des personnes à qui l'on ne peut rien refuser, en ayant demandé des copies, il s'en fit un fort grand nombre, de sorte que la Cour en fut remplie dès ce même jour. En vous marquant que tout s'est passé dans cette audience de congé avec les mêmes cérémonies que dans la première, je dois vous dire que M. le marquis de la Salle, maître de la garde-robe, était sur le trône derrière le roi, avec M. le Grand maître de la Garde-robe et les personnes que je vous ai déjà nommées, à qui leurs charges donnent cet honneur. Les ambassadeurs eurent seize autre audiences le même jour, à commencer par celle de Monseigneur. Voici le compliment qu'ils lui firent :

Très grand prince,

Les ordres du roi notre maître, et le temps propre à la navigation, nous obligent enfin à venir prendre congé de vous. Nous compterons éternellement entre les avantages extraordinaires que nous avons trouvés en cette ambassade, l'honneur que nous avons eu de connaître par nous-mêmes, et de pouvoir faire connaître à tout l'Orient, un prince si accompli, si généreux, si bienfaisant, si propre à se gagner tous les cœurs, si digne enfin d'être le fils de Louis le Grand. Que de joie nous allons donner au roi notre maître, quand nous lui apprendrons plus à fond quelle est votre grandeur d'âme, quelle est l'étendue de votre génie, en un mot, tout ce que vous êtes, et quels sont les enfants que le dieu du ciel vous a donnés, qui sont autant de précieux gages que l'amitié que nous sommes venus contracter avec la France subsistera durant tous les siècles.

Ils parlèrent ainsi à Mme la Dauphine :

Très grande princesse,

Il est temps que nous portions à la princesse reine, qui nous avait fait l'honneur de nous charger de ses ordres auprès de vous, les nouvelles qu'elle désire sans doute avec ardeur. Celles que nous avons à lui apprendre lui seront si agréables que nous confessons qu'il nous serait difficile de ne pas ressentir quelque empressement de les lui porter. Nous n'oublierons pas de lui marquer les nouvelles faveurs que le ciel prend plaisir à répandre sur votre auguste alliance avec le fils unique de Louis le Grand. Nous en avons été témoins, et nous en avons ressenti les premiers une joie extrême. Mais nous remplirons son esprit et toute la Cour de Siam d'admiration quand nous raconterons les merveilleuses qualités que toute l'Europe admire en vous, et que vous soutenez par un air de majesté qui découvre d'abord à ceux-mêmes qui ne vous connaîtraient pas encore, tout ce que vous êtes. Ce sera pour la princesse reine une satisfactions que nous ne pouvons exprimer d'apprendre qu'elle est dans l'estime et dans l'amitié d'une princesse si élevée et si accomplie.

Je vous envoie les autres harangues dans l'ordre qu'elles furent faites.

À Monseigneur le duc de Bourgogne.

Grand prince, qui serez un jour la gloire et l'ornement de tout l'univers, nous allons préparer dans l'Orient les voies à la Renommée, qui y portera dans peu d'années le récit de vos victoires et de vos grandes actions. Si nous vivons encore alors, le témoignage que nous rendions de ce que nous avons découvert en vous, fera croire tout ce qui, dans vos exploits, pourra paraître incroyable. Nous l'avons vu, dirons-nous, ce prince encore enfant, et dès ce temps-là toute son âme paraissant sur son front et dans ses yeux, nous le jugions capable de faire un jour tout ce qu'il fait aujourd'hui. Ce qui comblera de joie le roi notre maître, sera l'assurance que nous lui donnerons que le royaume de Siam trouvera en vous un ferme appui de l'amitié que nous sommes venus contracter avec la France.

À Monseigneur le duc d'Anjou.

Grand prince, qui ferez un jour éprouver aux ennemis de la France, la force de votre bras et la grandeur de votre courage, ce que nous dirons au roi notre maître, des grandes espérances que vous donnez et des marques d'esprit, de générosité et de grandeur qui brillent en vous au travers des nuages de l'enfance, lui fera souhaiter d'entendre bientôt parler de vos glorieux exploits. Nous serons ravis plus que tout le reste de hommes de les apprendre, parce que nous nous souviendrons de l'honneur que nous avons eu de vous saluer de la part du roi notre maître et de vous présenter par nous mêmes nos profonds respects.

À Monseigneur le duc de Berry.

Grand prince à qui le ciel réserve des victoires et des conquêtes, nous aurons l'avantage de porter au roi notre maître la première nouvelle qu'il ait jamais reçue de vous, et nous le remplirons de joie en lui marquant le bonheur que nous avons eu de vous voir naître, et l'heureux présage que l'on a tiré de cette ambassade pour votre grandeur future. Nous souhaitons que votre réputation nous suive de près, et passe bientôt les mers après nous, pour répandre l'allégresse dans une Cour et dans un royaume où vous serez parfaitement honoré.

À Monsieur.

Très grand prince,

Nous disposant à retourner vers le roi notre maître, nous venons vous assurer que nous remportons avec nous une profonde reconnaissance pour les bontés que vous nous avez fait l'honneur de nous témoigner, et une idée la plus haute et la plus excellente qu'on puisse avoir de toutes les qualités héroïques qui brillent en votre personne, et qui vous font admirer dans l'univers. Nous nous estimons heureux de ce que nous allons contribuer à augmenter cette admiration, non seulement à la Cour et dans le royaume de Siam, mais encore dans toutes les Cours et dans tous les royaumes de l'Orient, où le bruit de cette ambassade s'est déjà sans doute répandu, et où le récit que nous ferons de tout ce qui s'y est passé, et de tout ce que nous avons vu, ne manquera pas aussi de se répandre. Votre illustre nom occupera dans nos relations la place qui lui est due, comme il l'occupe dès à présent dans nos esprits et dans nos cœurs par le respect et la vénération que nous conserverons éternellement pour votre auguste personne.

À Madame.

Grande princesse,

Le séjour que nous avons fait en France nous a donné lieu d'augmenter la haute estime dont nous étions déjà prévenus pour toutes les grandes qualités qu'on admire en vous. Ce n'est pas un petit sujet de consolation pour nous, que le long voyage que nous avons entrepris en Europe, et que notre retour dans l'Asie puissent être utiles à votre gloire, en nous fournissant l'occasion de répandre de plus en plus votre nom jusque dans les royaumes les plus éloignés. Nous publierons sur tout dans le nôtre ce que nous connaissons de vos grandeurs, et du mérite éclatant qui vous distingue, et bientôt vous tiendrez le même rang dans l'estime du roi notre maître et de la princesse reine que vous tenez ici dans l'esprit et dans le cœur de Louis le Grand.

À Monsieur le duc de Chartres.

Grand prince,

Rien ne pouvait être plus agréable pour nous dans notre retour auprès du roi notre maître, que d'avoir à lui dire, en lui rendant compte du florissant état où nous avons trouvé la Maison royale, que nous avons admiré en vous des qualités beaucoup au-dessus de votre âge, et beaucoup au-dessus des hommes, et qu'on ne peut voir sans étonnement la vivacité de votre esprit, la noblesse de vos sentiments, l'élévation de votre courage, et toutes les marques que vous donnez d'une grande âme. Nous lui ferons connaître que c'est avec justice que la France a déjà conçu de vous de très hautes espérances, et qu'il peut s'assurer de trouver un jour en votre personne, un ami aussi généreux que tout l'univers y trouvera un prince grand et magnanime.

À Mademoiselle.

Grande princesse,

Vos vertus et vos rares qualités qui croissent de jour en jour, ont aussi fait croître dans nos esprits le respect et l'admiration que nous avons conçue dès la première fois que nous avons eu l'honneur de vous rendre nos devoirs. C'est dans ces sentiments que nous partons et que nous allons vous faire connaître en tous lieux, et principalement à la cour de Siam, où vous serez regardée désormais comme l'exemple et le modèle de toutes les jeunes princesses.

Ils firent aussi compliment le même jour à Mlle d'Orléans, à Mme la Princesse, à M. le Duc, à Mme la princesse de Conti, et à M. le prince de Conti. Il vous est aisé de connaître par les compliments que vous venez de lire, ceux qui ont été faits aux princes et princesse que je viens de vous nommer. Toutes les réponses faites aux uns et aux autres ont été sur des marques d'affection pour le roi de Siam, et d'estime pour les ambassadeurs. Ils allèrent le même jour prendre congé de M. de Croissy, et ce ministre continua de leur parler en faveur de la religion chrétienne, comme il avait déjà fait dans plusieurs autres audiences, d'une manière si éloquente et si persuasive qu'il s'est toujours attiré l'admiration de tous ceux qui s'y sont trouvés présents. Ils allèrent aussi chez M. de Seignelay, et lorsqu'ils commençaient à lui faire compliment, il leur en fit un lui-même, sur la réputation qu'il remportaient de France, après quoi ils parlèrent d'affaires.

Ils demeurèrent encore trois jours à Paris, après avoir eu leur audience de congé. Le père de La Chaize leur vint dire adieu et dit à l'ambassadeur qu'après avoir connu son esprit, et s'être accoutumé à le voir, son départ faisait de la peine à ceux qui l'avaient entretenu. L'ambassadeur répartit avec beaucoup de modestie que tout cela venait des bontés qu'on avait pour lui. Ensuite, il parla des obligations qu'il avait à tout l'Ordre qui les avait si bien reçus pendant le voyage de Flandre, et remercia le père de La Chaize des présents qu'il lui avait faits. Ce père lui a donné une copie en miniature du portrait du roi à cheval, fait par M. Mignard, plusieurs tableaux travaillés avec de la soie, beaucoup de riches bourses et quantité d'autres ouvrages de cette nature. Lorsque le père de La Chaize sortit, les ambassadeurs voulurent le reconduire. Il s'y opposa si fortement qu'ils furent contraints de demeurer à la porte de leur chambre. L'ambassadeur le laissa avancer et alla ensuite jusqu'à la porte de la salle. Le père de La Chaize s'en étant aperçu, l'arrêta encore. L'ambassadeur feignit de s'en retourner, et poussant jusqu'au bout des ruses aussi galantes que civiles, il trouva moyen de reconduire ce père jusqu'au bas du degré. Cette spirituelle honnêteté lui attira l'applaudissement de tous ceux qui virent ces agréables manières d'agir. L'ambassadeur alla ensuite chez le père de La Chaize pour prendre congé de lui et ce qui s'y passa fut secret.

La dernière comédie qu'ils ont vue a été celle de l'Inconnu (5). Ils prirent beaucoup de plaisir aux ornements dont cette pièce est remplie, et surent en démêler le sujet. M. de la Grange (6) les remercia de ce que leur troupe avait été la première et la dernière honorée de leur présence, et marqua la joie qu'ils devaient avoir de remporter une réputation si universelle, et d'avoir plu dans une cour qui sert de modèle à toutes les autres, et où l'on a bientôt découvert le faux mérite. Il dit encore beaucoup d'autres choses qui seraient trop longues à rapporter.

J'ai oublié de vous dire qu'ils ont admiré au Cercle royal toutes les personnes illustres qu'ils avaient déjà vue à la Cour (7). En entrant dans la salle où les deux cercles sont disposés, savoir celui de France et celui de Constantinople, ils crurent d'abord qu'il y avait quelque sorte d'enchantement qui leur faisait trouver en un même lieu tant de différentes sortes de personnes habillées superbement, et dans des attitudes si naturelles. Le premier ambassadeur ne pouvant ajouter foi à ses yeux, porta plusieurs fois ses mains sur les habits, pour savoir ce que pouvait être. On lui fit ensuite remarquer dans le même lieu les portraits des ambassadeurs des nations éloignées, qui sont venus en France depuis dix ou douze ans, avec lesquels on a mis le doge de Gênes et les quatre sénateurs qui l'accompagnèrent. Ils examinèrent toutes les figures avec une très grande attention, et témoignèrent qu'ils seraient bien aises d'être dans ce nombre, ce qui a été cause que le sieur Benoît a représenté en cire et en peinture les trois ambassadeurs que l'on voit au Cercle, habillés comme ils étaient le jour de leur première audience.

M. le comte de la Feuillade les vint voir la veille de leur départ, et apporta de la part de M. le maréchal son père, une grande médaille d'or que ce duc a fait frapper. Le portrait du roi est d'un côté, et de l'autre la figure qu'il a fait élever à la gloire de Sa Majesté (8). Cette médaille était dans une boîte fort propre, et accompagnée d'un livre couvert de velours enrichi d'une très belle broderie. Ce livre contient l'explication de sa figure, et les inscriptions qui sont autour, tout cela était pour le roi de Siam. Il donna au premier ambassadeur la même médaille en argent, avec un semblable livre, dont la broderie n'était pas tout à fait si belle. Et le second, et le troisième eurent aussi chacun une médaille, de la même grandeur, et un livre couvert de velours, mais sans être brodé.

Ils allèrent ce jour même à l'Hôtel de la Feuillade. Ils ne trouvèrent point M. le maréchal, mais M. le comte de la Feuillade son fils les reçut et leur fit voir des meubles très riches auxquels M. de la Feuillade fait travailler depuis plusieurs années. Ils passèrent de là dans la place des Victoires, où ils virent des embellissements que M. de la Feuillade a fait faire à la figure du roi, en faisant dorer tous les ornements de ce magnifique ouvrage. L'ambassadeur dit que quand il ne serait pas à admirer par sa beauté, par son travail ou par sa richesse, il le serait à cause du grand roi qu'il représente, et qu'on devrait aussi le considérer beaucoup par le zèle de celui qui l'a fait élever. Le soir, M. de la Feuillade alla dire adieu aux ambassadeurs, et dans les compliments qu'ils se firent, il leur dit que qui n'était pas bon Siamois n'était pas bon Français.

M. de Bonneuil et M. Girault ayant été les voir sur le point de leur départ, l'ambassadeur leur dit : Je pars, et j'ai le cœur si troublé que je ne saurais parler. Avant que de partir, les trois ambassadeurs et les six mandarins se tournèrent du côté de Versailles, se mirent sur une même ligne, joignirent les mains, les élevèrent à leur front, et firent trois profondes inclinations pour remercier le roi, et ensuite il embrassèrent depuis leur chambre jusqu'à leur carrosse toutes les personnes un peu distinguées qui étaient venues pour leur dire adieu. M. le chevalier de Chaumont les accompagna jusqu'à leur carrosse et les vit partir. L'ambassadeur parut fort touché. Ils seront traités jusqu'à Brest par M. de Ville, qui est le maître d'hôtel que le roi leur a donné, de sorte qu'en quelque lieu que ce soit, ils seront servis de la même sorte qu'ils l'ont été à Paris, et dans le voyage qu'ils ont fait en France, où la magnificence a toujours été égale. Je finis cette relation à leur départ de Paris, parce qu'ils vont à Brest par le même chemin qu'ils en sont venus, et que dans ma première relation, je vous ai parlé de tout ce qui regarde cette route. On avait eu dessein de les faire passer en Normandie, afin de leur faire voir de nouvelles villes, mais les chemins n'étant pas si praticables, et le temps de l'embarquement pressant, on a craint quelque retardement qui les empêchât de faire voile au premier vent favorable. M. Storf, gentilhomme ordinaire de la Maison du roi, et dont je vous ai souvent parlé dans ces quatre relations, les doit conduire à Brest, où il a été les prendre. On ne peut mieux s'acquitter que lui de ces sortes de fonctions, et la manière dont il a rempli cette dernière, marque le bon choix du roi. Il a satisfait Sa Majesté, et les ambassadeurs, et l'on peut dire qu'en faisant son devoir, il a trouvé moyen d'obliger toute la France pendant neuf mois.

M. l'abbé de Lionne que le roi de Siam avait prié d'accompagner ses ambassadeurs, retourne avec eux dans les États de ce prince. Il a fait voir en cette occasion la constance de son zèle pour le salut des âmes, la tendresse de sa famille et les charmes de sa patrie, n'ayant eu aucuns attraits pour le retenir. Il mène avec lui quatre ecclésiastiques pour la mission de Siam. J'espère vous pouvoir apprendre souvent les fruits qu'elle continuera de faire, ce que M. Antoine, jeune siamois élevé dans la mission de Siam, nous a fait voir en Sorbonne marque assez de quelle utilité est cette mission.

Le roi de Siam ayant souhaité de voir des jésuites établis à Siam, ceux qui ont été choisis pour s'embarquer avec les ambassadeurs sont les pères Le Royer, Richaud, Rochette, Thionville, de Bèze, Corville, Colusson, Du Bouchet, Ducha, Dolu, Le Blanc, de Saint-Martin, Despagnac, et du Breuil (9). Le père Tachard doit être leur supérieur. Le roi ayant dit au père de La Chaize qu'il voulait les voir avant qu'ils partissent, ils ont été prendre congé de Sa Majesté, qui les a reçus avec toute la bonté et toute l'honnêteté possible. Il leur dit entre autres choses obligeantes qu'il avait une très grande opinion de leur mérite, puisqu'on les avait choisis parmi cent cinquante jésuites ses sujets, qui se présentaient pour ce voyage. Il les fit ensuite traiter avec beaucoup de magnificence dans l'appartement du père de La Chaize.

M. de La Loubère, envoyé extraordinaire du roi de Siam (10), partira en même temps. C'est un homme de qualité, et de mérite, et qui a déjà été employé dans des négociations importantes. M. Céberet est aussi envoyé, et sera directeur général de la Compagnie des Indes. Le choix qu'on a fait de lui marque assez qu'il en est capable. M. Desfarges, lieutenant de roi de Brisach, homme de tête et de cœur, fera aussi le même voyage. Il y aura cinq vaisseaux. Plusieurs personnes de toutes sortes de professions doivent s'embarquer dans ces vaisseaux. Si tous ceux qui feront le voyage de Siam trouvent dans les peuples de ce royaume-là beaucoup de personnes du caractère des ambassadeurs, ils auront lieu d'être satisfaits. Je ne dois rien à dire ici davantage de l'esprit du premier ambassadeur, puisqu'en recevant cette lettre, vous aurez la quatrième relation remplie de toutes les choses qui l'ont fait briller, et de tout ce qu'il a dit de spirituel, mais j'y dois encore ajouter que sans sortir de son caractère, il a fait voir des bontés et des honnêtetés si grandes pour tous ceux qui lui ont rendu quelque service, ou même qui ne lui ont fait que des civilités, qu'on n'a pu le voir deux fois sans être charmé de ses manières. Il a remporté un sensible déplaisir de n'avoir pu faire des présents à tous ceux à qui il a cru avoir obligation. Il a dit cent fois qu'il croyait qu'après le roi et les princes à qui il en a faits, il ne s'était pas imaginé qu'il dût être redevable à tant de personnes qui se sont portées d'elles-mêmes à lui rendre service, et même avec empressement, et à les divertir, et qui lui ont fait aussi quelques petits présents, mais que l'éloignement des lieux n'empêchait pas qu'il ne s'en souvînt, et qu'ils le connaîtraient par le retour des vaisseaux. Je dois pour beaucoup de raisons et pour rendre justice à la vérité, vous marquer ici que je n'ai rien fait dire par le premier ambassadeurs dans mes trois relations précédents, et dans celle que je vous envoie aujourd'hui, qu'il n'ait véritablement dit lui-même. J'ai tout su d'original, c'est-à-dire, ou par M. Storf, qui ne les a pas quittés d'un moment, ou par les personnes à qui cet ambassadeur a fait des réparties si spirituelles, ou par moi-même qui ai eu l'honneur d'aller en plusieurs endroits avec eux dans leur propre carrosse, et de manger à leur table. Ainsi je n'ai rien mis sur des ouï-dire, et j'ai plutôt oublié qu'ajouté. On ne doutera point que je n'aie dit la vérité lorsqu'on fera réflexion que ceux à qui je marque qu'on a fait des réponses si spirituelles, pourraient me démentir si on ne leur avait pas dit les choses que je rapporte. On ne peut rien ajouter à ce que cet ambassadeur a dit au roi, mais ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'il n'a loué Sa Majesté que sur des faits, mais aussi n'a-t-il point manqué de lui donner de justes louanges quand les occasions s'en sont présentées. Il a souvent dit que le récit qu'on lui avait fait de la grandeur et de la personne de ce grand monarque n'approchait pas de ce qu'il avait vu. Aussi doit-on avouer que l'air de bonté qui se trouve mêlé avec l'air majestueux de ce prince, est au-dessus de toutes sortes d'expressions.

Je ne puis finir sans vous dire aussi quelque chose des deux autres ambassadeurs. Le second, que je vous ai déjà dit avoir fait de grands voyages, est d'une sincérité qu'il serait difficile d'exprimer. Il est ennemi de la flatterie, et fait profession de dire toujours la vérité, enfin l'on peut dire que c'est un parfaitement honnête homme. Son esprit n'a pu briller, parce que n'étant pas premier ambassadeur, il n'a guère eu d'occasion de parler. Le troisième en a encore eu moins, parce qu'il n'est que le dernier, aussi est-il encore jeune, et n'a été envoyé qu'afin d'être honoré du titre d'ambassadeur, et parce que son père avait été nommé pour aller en Portugal dans la même qualité. Ce qu'il y a de plus remarquable dans cette ambassade, c'est que nous n'avions point encore vu en France d'ambassadeurs extraordinaires des Indes. Cependant on doit peu s'étonner qu'il en soit venu de si loin, puisque la grandeur du roi fait faire tous les jours des choses bien plus surprenantes, et dont il n'y avait point encore eu d'exemple.

Le départ des ambassadeurs. Mercure Galant de mars 1687.

NOTES :

1 - Anne d'Autriche (1601-1666), la mère de Louis XIV. 

2 - Plusieurs membre de la famille Gallot s'illustrèrent dans la pratique du luth et dans la composition. Il ne peut s'agir d'Alexandre Gallot (vers 1628-1684), dit le Vieux Gallot d'Angers qui était mort lors de la venue des ambassadeurs. Donneau de Visé nous laisse donc le choix entre son frère, Jacques Gallot († 1690), dit le Vieux Gallot de Paris et son fils, Pierre Gallot (1660-1716), dit Gallot le jeune. Compte-tenu de la notoriété du musicien, on penche plutôt pour Jacques Gallot, pour qui Robert de Visée composa un Tombeau. 

3 - Jean-Baptiste Aubry, sieur des Carrières, fils d'un maître paveur parisien, vivait depuis 1673 dans la maison du Roi du Danemark, rebaptisée Hôtel d'Arras. Il avait épousé en 1672 la comédienne Geneviève Béjart (1624-1675), sœur de Madeleine Béjart, compagne, puis belle-mère (ou belle-sœur) de Molière. 

4 - On pourra lire ce discours ici : La harangue de Kosapan

5 - L'Inconnu, de Thomas Corneille (1675), comédie mêlée d'ornements et de musique. 

6 - Charles Varlet, dit La Grange, (1635-1692), comédien français camarade de scène de Molière et son successeur à la tête de la Troupe du Roi, il créa certains des principaux rôles de ses pièces, en particulier celui de Dom Juan, et tint pendant plusieurs décennies un registre de ses comptes, qui constitue un document exceptionnel sur la vie théâtrale de la seconde moitié du XVIIe siècle. (Wikipédia). 

7 - Le Mercure de France de juillet 1729 rappelle ce qu'était ce musée de cire (p. 1680) : On voyait il y a environ 30 ans à Paris, dans une maison auprès de la rue Taranne, chez le sieur Benoît, peintre, le Cercle Royal, en figures grandes comme le naturel, modelées par lui en cire colorée, dont chaque portrait était si ressemblant qu'il n'était pas possible de n'y être pas trompé. Louis XIV, Mgr le Dauphin, M.grs les ducs de Bourgogne, d'Anjou et de Berry, tous les princes et princesses de la Maison royale, et quelques grands officiers de la Couronne, étaient représentés au naturel avec de riches habits.

Antoine Benoist, ou Benoît (1631-1717) était peintre de la Maison du roi et sculpteur. Habile en modelage, il vit sa carrière lancée lorsque Louis XIV accepta de lui servir de modèle pour un portrait en cire. Pour suivre l'exemple du roi, toute la cour défila alors dans son atelier pour se faire modeler le visage. Cette activité était manifestement très rentable, d'autant que Benoît ne dédaignait pas d'installer son petit musée sur des tréteaux en plein air les jours de foire, ce qui incita La Bruyère, un peu aigri et injuste, à le compter parmi les charlatans : Benoist s'enrichit à montrer dans un cercle des marionnettes. (Les Caractères, Des jugements).

ImageLouis XIV, roi de France, portrait de cire par Antoine Benoist. 

8 - François III d'Aubusson (1631-1691), duc de La Feuillade, maréchal de France, était un courtisan particulièrement zélé. C'est à ses frais qu'il avait fait édifier la statue équestre de Louis XIV au centre de la place des Victoire. 

9 - Ces jésuites venaient de toute la France. Le père Tachard donne leurs origines : on en choisit quatorze, dont la vertu et les talents parurent propres à cette entreprise. Il y en eut quatre de la province de France, qui furent les pères Le Royer, de Bèze, Thionville et Dolu ; quatre autres de la province de Guyenne, les pères Richaud, Colusson, Bouchet et Comilh, deux de Toulouse, qui furent les père d'Espagnac et de Saint-Martin, deux de Champagne, les père Le Blanc et Duchatz. Le père Rochette et le père de la Breuille furent pris de la province de Lyon. (Second voyage des pères jésuites [...], 1689, p 3). 

10 - Peut-être manque-t-il un mot ? Envoyé extraordinaire auprès du roi de Siam… serait plus explicite. 

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