PRÉSENTATION

Les 488 numéros du Mercure Galant (et du Nouveau Mercure Galant), publiés par l'infatigable Donneau de Visé entre 1672 et 1710, date de sa mort, constituent une formidable mine de renseignements sur la France à l'époque de Louis XIV. Du carnet mondain - naissances, décès, mariages, abjurations de l'hérésie de Calvin - aux dépêches d'actualité, aux articles scientifiques - par exemple un interminable Traité des lunettes -, aux faits divers, aux nouvelles, historiettes, bouts-rimés, poèmes et énigmes, le mensuel affichait un ton plaisant et familier - souvent sous forme de confidences épistolaires à une lectrice imaginaire - très éloigné de celui de la très sérieuse Gazette hebdomadaire de Théophraste Renaudot, qui se proposait de compiler en quelques lignes les grands évènements politiques internationaux de la semaine.

Ambassades envoyées des extrémités de la terre - Galerie des Glaces - Versailles

Le nombre de numéros, de pages et d'articles que Donneau de Visé consacra aux ambassades franco-siamoises témoigne de l'intérêt et de l’engouement du public pour cette aventure. Ce n'était pourtant pas la première fois que la France accueillait des personnages plus ou moins exotiques. Du fin fond de la Russie, à plusieurs reprises, des envoyés tartares étaient venus saluer et chercher l'appui de Louis XIV. Ceux-là avaient de quoi surprendre et intriguer : c'était, écrit Alfred Rambaud dans son introduction aux Instructions données aux ambassadeurs et ministres de France (1890, I, p. IX) des hommes barbus et chevelus, vêtus avec une magnificence barbare et sordide, portant des fourrures au cœur de l'été, traînant une horde de laquais qui ressemblaient à des janissaires, parlant une langue inouïe et qu'on ne finissait par comprendre qu'à l'aide d'une chaîne d'interprètes et d'une série de traductions. En 1669, Soliman Aga, représentant du sultan Mehmed IV, avait ébloui la France par sa magnificence, relancé la mode des turqueries et inspiré le grand Mamamouchi de Molière. Il était vêtu d'une veste de satin blanc, avec une grande robe de drap couleur de feu doublée de martre zibeline, un bonnet de velours rouge entouré d'un turban de mousseline blanche dont les extrémités avaient un tissu d'or. (Mémoires de chevalier d'Arvieux, 1735, IV, pp. 157-158). En 1681, Mohammad Temim, ambassadeur du sultan du Maroc Moulay Ismail, avait charmé par sa civilité et ses manières raffinées, qu'on n'attendait guère de la part d'un homme qui vient d'un pays sauvage où la guerre n'a pas cessé depuis quarante ans (Mercure Galant de janvier 1682, p. 305). Certes, ce n'était pas la première ambassade, mais aucune ne suscita davantage de curiosité, n'inspira davantage d'articles, d'estampes, d'almanachs, de médailles, de gravures, d'essais, de poèmes que celle des trois envoyés siamois, que tout le monde connut vite par leur titre, Ratchatut, Uppathut et Trithut. Mais le public est versatile. L'ambassade siamoise suivante arrivera en France en juillet 1688 dans une indifférence quasi générale.

Bien évidemment, la relation du voyage des ambassadeurs est aussi – et surtout – l'occasion pour Donneau de Visé de célébrer la grandeur du roi et les grandes réalisations du règne, qui sont légion : Versailles, bien sûr, toujours en développement, en agrandissement, en embellissement, la machine de Marly, le château de Clagny, l'Observatoire, les Invalides, les Gobelins, la Savonnerie, l'Académie royale de peinture et de sculpture, la Comédie Française, l'école de Saint-Cyr, etc. Le récit, parsemé des bons mots de l'ambassadeur siamois, tient autant de la chronique que du guide touristique. Chaque ville traversée donne l'occasion d'un petit exposé qui rappelle l'histoire du lieu, signale ses particularités et nomme les personnalités locales. Il ne manque que les bonnes adresses avec leurs étoiles, leurs fourchettes ou leurs toques.

Le Voyage des ambassadeurs fut publié en quatre parties dans quatre numéros suppléments du Mercure Galant, en septembre, novembre et décembre 1686 et janvier 1687. Donneau de Visé leur fit pendant longtemps une ample publicité, qu'on retrouve par exemple dans le premier numéro du Mercure de janvier 1687 :

Couverture du Mercure Galant de janvier 1687

L’ambassade de Siam en France étant finie, et les quatre volumes qui la composent remplissant quatre secondes parties de quatre Mercures, on a souhaité de voir ici en peu de paroles, et comme en un seul corps, tout ce que cette ambassade contient, parce qu’on les prend les uns pour les autres, quoique la différence en soit grande. Le premier volume a pour titre : Voyage des Ambassadeurs de Siam en France, contenant la réception qui leur a été faite dans les villes où ils ont passé, leur entrée à Paris, les cérémonies observées dans l’audience qu’ils ont eue du roi et de la Maison royale, les compliments qu’ils ont faits, la description des lieux où ils ont été, et ce qu’ils ont dit de remarquable sur tout ce qu’ils ont vu.

Le second volume a pour titre : Suite du voyage des ambassadeurs de Siam en France, contenant ce qui s’est passé à l’audience de Mme la Dauphine, des princesses du sang, et de MM. de Croissy et de Seignelay, avec une description exacte des châteaux, appartements, jardins et fontaines de Versailles, Saint-Germain, Marly et Clagny, de la machine de Marly, des Invalides, de l’Observatoire, de Saint-Cyr et de ce que ces ambassadeurs ont vu dans tous les autres lieux où ils ont été depuis la première relation, à quoi l’on a joint le discours qu’ils ont fait au roi.

Le troisième volume a pour titre : Troisième partie du voyage des ambassadeurs de Siam en France, contenant la suite de la description de Versailles, celle des chevaux qui sont dans les deux écuries du Roi, ce qui s’est passé dans les visites qui leur ont été rendues, les expériences de la pesanteur de l’air faites devant eux, la description de la galerie de Sceaux, et les réceptions avec toutes les harangues qu’on leur a faites dans toutes les villes de Flandres.

Le quatrième volume a pour titre : Quatrième et dernière partie du voyage des ambassadeurs de Siam en France, contenant la suite de leur voyage de Flandres depuis Valenciennes jusqu’à Paris, la description des villes où ils ont passé et les harangues de tous les corps, ce qu’ils ont vu à Paris depuis leur retour, avec une description de tous les lieux où ils ont été et de la fête donnée par Monsieur à Saint-Cloud, leurs voyages à Versailles, leur audience de congé, et les dix-sept audiences qu’ils eurent le même jour, avec tous les compliments qu’ils ont faits, la liste des présents qui leur ont été donnés, ce qui s’est passé à leur départ et les noms des personnes distinguées qui vont à Siam.

La moitié du Mercure de juillet de l’année dernière et la seconde partie du même Mercure contiennent une relation du voyage que M. le chevalier de Chaumont a fait à Siam en qualité d’ambassadeur de Sa Majesté. On y trouve beaucoup de choses dont il n’a point parlé dans celle qu’il a donnée au public, et elle ne doit pas être confondue avec les quatre volumes du voyage des ambassadeurs de Siam en France.

Nous avons retranscrit dans ces pages l'intégralité du texte des quatre numéros du Mercure Galant que nous avons divisés chacun en cinq parties, afin de faciliter le chargement des pages, nous en avons modernisé l'orthographe et la ponctuation et nous avons tâché de l'éclairer par quelques notes.

Le voyage des ambassadeurs. Mercure Galant de septembre 1686. Épître.

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