Mercure Galant de janvier 1687.
2ème partie. Fin du voyage en Flandre. La Fère. Soissons. Villers-Cotterêt. Nanteuil. Dammartin. Retour à Paris. La Savonnerie. Le Jardin royal des plantes. Fête à Saint-Cloud. Représentation d'Armide de Lully.

Page du Mercure Galant

Ils allèrent le jour même coucher à La Fère, forte place en Picardie sur la rivière Oise. Elle est située dans un pays fort marécageux, et entourée de plusieurs bastions et de bons remparts. Ils sont revêtus de fortes murailles de brique, et la rivière en lave le pied. Elle s'y divise en diverses branches. Il y a un château, et la ville est entre deux grands faubourgs qu'on appelle de Saint-Firmin et de Notre-Dame. Elle tomba sous la domination des Espagnols sur la fin du dernier siècle, par la perfidie de Colas, vice-sénéchal de Montélimar. Le marquis de Meignelay, qui en était gouverneur pour la Ligue, avait promis au roi Henri IV de rentrer dans son devoir, et lorsqu'il était prêt de tenir parole, il fut assassiné au milieu de la ville, par ce vice-sénéchal à qui le duc de Mayenne en donna le gouvernement. Ce nouveau gouverneur s'étant mis ensuite du parti des Espagnols, leur livra La Fère, et ils lui en laissèrent le domaine sous le titre de comté. Elle fut bloquée sur la fin de 1596 par l'armée du roi. On en commença le siège au mois de mars de l'année suivante, et elle fut rendue aux Français dans le mois de mai. Colas, qui signa à la capitulation, y prit le titre de comte de La Fère.

Les ambassadeurs trouvèrent à une lieue de cette ville-là M. de la Fontaine, major de la place, que M. Marcognet qui y commande avait envoyé au-devant d'eux avec cent chevaux. La Compagnie de la Jeunesse les attendait sous les armes, hors des portes de la ville. M. Marcognet les complimenta à l'entrée du faubourg de Saint-Firmin, et leur dit qu'il venait assurer leurs excellences de la joie que lui donnait l'honneur qu'il avait de la recevoir et leur dire que les peuples de la Fère la partageaient avec lui. Il ajouta qu'il avait ordre du roi de faire voir la place, les fortifications, les magasins, l'arsenal, et tout ce qu'il y a de plus curieux, en sorte qu'ils y commanderaient, et qu'il ne ferait qu'obéir.

L'ambassadeur, après avoir répondu à son compliment en termes fort obligeants, le pria particulièrement de leur faire voir les fortifications et le plan de la place, et le remercia en baissant le corps et les bras hors de son carrosse. Ils trouvèrent dans le faubourg les troupes de la garnison et la milice de la ville, qui bordait les rues jusqu'au lieu préparé pour les loger, et furent reçus au bruit du canon. M. de Saint-Canal, l'un des capitaines de la garnison, avait monté la garde avec cinquante hommes devant le logis où ils allèrent descendre. Ils furent harangués à la porte de la ville par M. le procureur du roi, à la tête de la justice, et lorsqu'ils furent entrés dans la ville, MM. les Magistrats les complimentèrent. M. l'évêque de Laon, duc et pair de France, suivi de tout son chapitre, alla leur rendre visite chez eux, en habit de cérémonie. Les ambassadeurs le prièrent à souper, ainsi que M. Marcognet. Les dames seules les virent manger et en reçurent beaucoup de civilités, de fruits et de confitures. M. Marcognet ayant demandé l'ordre avant le souper, l'ambassadeur donna pour mot : Je suis aux Indes, disant qu'il avait observé qu'il était dans une ville tout environnée d'eau, et qui avait du rapport à celle de Siam.

Le plan de la place lui ayant paru fort beau, il le demanda avec des manières si obligeantes qu'il eût été difficile de refuser de le satisfaire. Le lendemain au matin, M. Marcognet étant allé à son lever, l'ambassadeur lui montra le plan qu'il avait fait mettre à la ruelle de son lit avec son sabre, et lui dit qu'il faisait tant de cas du présent qu'il avait bien voulu lui en faire, qu'il le mettait avec ce qu'il avait de plus précieux.

Ils partirent à huit heures du matin, au bruit du canon, ainsi qu'ils étaient entrés. La garnison et les bourgeois étaient encore sous les armes. Ils allèrent dîner à Coucy-le-Château, où M. de Launay, qui a été exempt des gardes du corps du roi, les salua. Comme ils avaient su que c'était un homme qui avait très bien servi, ils lui firent de grandes honnêtetés, et firent l'honneur à M. de Launay son fils, de le retenir à manger avec eux. Ils prirent ensuite le chemin de Soissons.

Cette ville est en Picardie, sur la rivière d'Aisne, qui la traverse d'un côté et qui la rend très marchande. Elle fut capitale d'un royaume sous la première race de nos rois, et depuis elle a toujours eu titre de comté. Il y a présidial et généralité. L'église des saint martyrs Gervais et Protais est la cathédrale, et a un chapitre très considérable. Il y a dans la ville diverses maisons ecclésiastiques et religieuse, outre les abbayes de Saint-Médard, de Saint-Crespin-le-Grand, de Notre-Dame, de Saint-Jean et de Saint-Léger-des-Vignes. L'évêque de Soissons a cet avantage qu'en l'absence de l'archevêque de Reims, dont il est premier suffragant, il a le droit de sacrer nos rois.

M. Bossuet (1), intendant de cette ville-là, ayant fait avertir MM. les maire, gouverneurs et échevins que les ambassadeurs devaient passer par Soissons, ils se préparaient aussitôt à donner des marques de leur zèle pour la gloire du roi, et à recevoir ces ambassadeurs d'une manière qui ne cédât en rien à toutes les villes qui avaient déjà eu cet avantage, et afin qu'ils pussent loger avec toute leur suite dans un même endroit, ils firent porter tous leurs plus beaux meubles au palais épiscopal, qui est vide présentement par la carence de l'évêché. Les appartements en sont très commodes, et c'est où loge le roi toutes les fois qu'il passe à Soissons. On y dressa plus de 24 lits tous fort propres. Surtout, l'appartement des ambassadeurs était d'une magnificence surprenante. On n'y avait pas oublié les armes du roi de Siam. Elles étaient entourées de festons, et placées dans la salle, dans les chambre et aux frontispices des portes de ce palais. Il fut résolu que toute la bourgeoisie de la ville, qui est divisée en 21 compagnies, se mettrait sous les armes, et afin que rien ne fût oublié dans une occasion si célèbre, on élut des officiers pour celles qui en manquaient. Il fut encore arrêté que, de ces 21 compagnies, 17 se rendraient à la porte de Coucy, par laquelle les ambassadeurs devaient entrer, qu'il y en aurait 13 qui s'avanceraient hors de la porte jusqu'à une portée de mousquet, et que les 4 autres garderaient la porte où MM. les maire, gouverneurs et échevins attendaient les ambassadeurs pour leur faire compliment et leur présenter les clés de la ville, tandis que les quatre compagnies restantes monteraient la garde au palais épiscopal. La Compagnie de l'Arquebuse, qui est composée de plus de 200 personnes de qualité, et des bourgeois les plus distingués, eut ordre de s'avancer jusqu'à une lieue hors de la ville, et les officiers d'artillerie firent transporter le canon sur les remparts de cette porte, afin que la première décharge en pût être faite sitôt qu'on découvrirait les carrosses des ambassadeurs. Comme on voulut ôter toute sorte d'embarras, et laisser aux compagnies l'entière liberté de se ranger, on fit publier que toutes les boutiques se fermeraient, et que les marchandises que l'on aurait exposées dans la grande place du marché seraient enlevées à onze heures, quoique ce jour-là fût celui de l'ouverture d'une foire.

Tous ce ordres étant donnés, les officiers qui les reçurent se mirent en état de les bien exécuter, de sorte que le lundi 18 novembre à deux heures après-midi, toute la bourgeoisie sous les armes se trouva dans la place qui est devant l'Hôtel de Ville, chaque compagnie ayant ses officiers à sa tête, tous très propres et très lestes. MM. les maire, gouverneurs et échevins en ayant fait la revue, leur donnèrent les derniers ordres. Les arquebusiers dont la compagnie ne le veut céder en magnificence à aucune de la province, se distinguèrent ce jour-là tant par leur habillement que par la beauté de leurs chevaux. Ils commencèrent la marche, et furent suivis de la bourgeoisie en fort bon ordre, au bruit des tambours et des hautbois. Sur les quatre heures, MM. de Ville se rendirent à la porte de la ville, accompagnés de plusieurs carrosses, et suivis de plus de trente personnes de livrées de la ville et de la foule du peuple. Les ambassadeurs n'arrivèrent que sur les six heures, et comme ce fut dans l'obscurité, cela ne fit qu'un effet fort agréable, puisque ceux qui étaient restés dans la ville se mirent aux portes et aux fenêtres de leurs maisons, avec des flambeaux et d'autres lumières, en sorte que ce n'était qu'une illumination continuée depuis cette porte jusqu'à l'évêché. On ne les eut pas plutôt aperçus qu'on fit une décharge de tout le canon, et lorsqu'ils furent auprès des compagnies avancées, elles leur firent une salve de leurs mousquets. La maréchaussée, qui s'était avancée plus de deux lieues avec plusieurs cavaliers, les escorta jusqu'à la porte de la ville, ainsi que la Compagnie des Arquebusiers, et un grand cortège de carrosses, parce que M. Bossuet, intendant de Soissons, avait été au-devant d'eux jusqu'au pied de la montagne, accompagné de la plus grand partie des personnes de qualité de la ville. Le compliment qu'il leur fit fut trouvé très beau.

L'ambassadeur, après lui avoir fait son remerciement, lui dit qu'ils étaient fort obligés à Messieurs les intendants, et qu'ils leurs avaient fait beaucoup d'honneur dans tous les lieux où ils avaient passé. Ils demandèrent plusieurs fois en voyant la Compagnie de l'Arquebuse, ce que c'était que cette compagnie, et prirent plaisir à écouter ce qu'on leur en dit. MM. de Ville les reçurent à la porte au bruit du canon, des mousquetades, des tambours et des hautbois, et leur présentèrent les clés de la ville. M. le maire les harangua, et l'ambassadeur mêla avec beaucoup d'esprit les louanges du roi dans sa réponse. Ensuite, ils entrèrent dans la ville, dont les rues étaient bordées de deux haies de bourgeois sous les armes, au-travers desquelles ils passèrent pour se rendre au palais épiscopal. MM. de Ville avaient fait tenir tout prêt un grand nombre de flambeaux, et tous les appartements étaient remplis de bougies. Ils y entrèrent sans nulle confusion, malgré l'affluence du peuple qui s'y rencontra. MM. du chapitre de l'église cathédrale, qui est un corps aussi ancien qu'illustre, les attendaient dans la salle, et ce furent les premiers qui leur firent compliment. MM. les maire, gouverneurs et échevins y arrivèrent ensuite, les complimentèrent de nouveau en leur présentant le vin de la ville. MM. les trésoriers de France, MM. du Baillage, et MM. de l'Élection, s'acquittèrent aussi de ce devoir avec beaucoup d'éloquence et de politesse. Il n'y a pas lieu de s'en étonner, puisqu'il y a dans Soissons une académie des plus célèbres, qui ne se remplit que de personnes savantes, et que c'est de là que sortent la plupart de ceux qui entrent dans les charges (2).

Les compliments durèrent longtemps, et il était près de neuf neufs quand les ambassadeurs se mirent à table. M. l'Intendant soupa avec eux, et beaucoup de personnes de qualité les virent manger. Il y eut ensuite un fort beau feu dans la cour de l'évêché, par les ordres de MM. de Ville, et l'on tira un grand nombre de fusées volantes qui leur parurent très belles. La mousqueterie fit aussi plusieurs décharges. Le lendemain, M. l'Intendant dîna encore avec eux, ainsi que M. son fils, et toutes les dames entrèrent dans la salle pour les voir manger. L'après-dîner, ils montèrent en carrosse avec M. l'Intendant et M. de Ville, et furent suivis de plusieurs carrosses et de quelques compagnies de la bourgeoisie sous les armes qui étaient ce jour-là de garde. Ils virent l'église de Saint-Gervais et de Saint-Protais qui est la cathédrale, et admirèrent celle de l'abbaye de Saint-Jean-Des-Vignes pour sa grandeur, sa blancheur, sa propreté, et surtout pour sa clarté. Aussi peut-on dire que c'est une des plus belles églises du royaume. Cette abbaye est de fondation royale, et ses religieux sont de vivantes images de piété et de véritables sujets d'édification. Ils montèrent aux orgues, qui sont neuves et très belles, et ils les touchèrent fort longtemps, après quoi, étant remontés en carrosse, on les conduisit au jardin de l'Arquebuse, dans lequel ils prirent plaisir à se promener. Ils le trouvèrent fort agréable, et allèrent de là au mail, qui n'est pas encore dans sa perfection, mais qui sera très beau lorsque les arbres seront devenus plus grands. Le soir, M. l'Intendant leur donna à souper dans son hôtel, où les personnes de qualité furent conviées. Ils admirèrent sa magnificence et sa bonne chère. Il y eut bal après leur souper. On leur donna aussi le divertissement d'une mascarade composée des plus belles et des plus considérables filles de la ville. Ils les trouvèrent toutes très belles, et firent connaître par leurs honnêtetés et par les choses obligeantes qu'ils leur dirent, que les manières galantes ne leur sont pas inconnues. Tous ces divertissements furent accompagnés de beaucoup de choses que M. Bossuet savait leur devoir être agréables. Cette fête finit fort tard. Comme ils devaient passer dans la grande place en s'en retournant, MM. de Ville firent encore tirer un grand nombre de fusées volantes, dont ils admirèrent l'effet, et qui ne cessèrent point qu'ils ne fussent arrivés dans l'évêché, où ils reçurent encore des compliments de M. l'Intendant. Ils ont été si charmés de sa galanterie, de ses honnêtetés, de sa bonne chère et de sa magnificence, qu'ils en ont souvent parlé depuis ce temps-là.

Le mercredi 20, jour de leur départ, quantité de personnes distinguées se rendirent au palais épiscopal. M. l'Intendant s'y rendit aussi. Ils montèrent en carrosse après avoir déjeuné, et sortirent de la ville en donnant mille marques de la satisfaction qu'ils avaient reçue. Ils furent conduits par toute la bourgeoisie sous les armes assez loin hors de la porte au bruit du canon et de la mousqueterie. Le prévôt des maréchaux, qui les escorta quelque temps avec sa compagnie, par l'ordre de M. l'Intendant, en reçut beaucoup de remerciements quand ils le congédièrent.

Ils allèrent ce jour-là coucher à Villers-Cotterêt. Ils arrivèrent fort tard, et pendant une grosse pluie, de grands vent et un temps fort sombre, de sorte qu'il leur fût impossible d'aller visiter la maison de Monsieur. Le concierge leur vint offrir le château pour y loger ; mais le respect les empêcha d'accepter cette offre. Ils marquèrent beaucoup de chagrin de ne le pouvoir voir et dire qu'ils étaient persuadés que les moindres choses qui appartenaient à Monsieur devaient être magnifiques.

Le lendemain 21, ils dînèrent à Nanteuil, où le peu de temps qu'ils avaient ne leur permit de voir que les dehors de la belle maison de M. le marquis de Cœuvres. Ils les virent avec beaucoup de plaisir et parlèrent même longtemps de ce qui regarde cette famille, le fils aîné de cette Maison ayant épousé la sœur de M. l'abbé de Lionne, dont la naissance et la piété sont connues à Siam, et qui par un pur zèle de la gloire de Dieu, a renoncé aux biens et aux honneurs dont le fils d'un grand ministre pouvait être en état de jouir dans le monde.

Ils allèrent le même soir coucher à Dammartin. C'est un bourg situé près de Paris, avec titre de comté. Il a une église collégiale. Le mérite des comtes qui en ont porté le nom, l'ont rendu célèbre. Manassès, comte de Dammartin, qui vivait en 1018, a eu une illustre postérité, qui a continué jusqu'à Renaud de Trie 1er du nom, comte de Dammartin, fils d'Alix de Dammartin et de Jean, sieur de Trie. Ce comté, ayant ensuite passé en différentes familles, vint en 1439 dans celle de Chabannes par le mariage de Marguerite de Nanteuil, fille unique et héritière de Renaud et de Marie Fayel, comtesse de Dammartin, avec Antoine de Chabannes, grand maître de France. Antoinette, leur petite-fille, comtesse de Dammartin, épousa René d'Anjou, sieur de Mézières. De ce mariage vint Françoise, comtesse de Dammartin, mariée en premières noces à Philippe de Boulainvilliers, et en secondes à Jean, sieur de Rambures. Les enfants du premier lit vendirent le comté de Dammartin à Anne de Montmorency, connétable de France, et ceux du second le remirent au duc de Guise. Après un long différend entre l'une et l'autre Maison, il fut adjugé au connétable, et confisqué au roi en 1632 par la mort du Maréchal de Montmorency. Les ambassadeurs furent complimentés à Dammartin et reçurent les présents qu'on fait ordinairement en ce lieu-là.

Sitôt qu'ils furent de retour à Paris, et qu'ils se virent dans l'appartement qu'ils ont toujours occupé à Hôtel des Ambassadeurs Extraordinaires, ils se tournèrent du côté de Versailles, et firent trois profondes inclinations pour remercier le roi, suivant l'usage de leur pays. On leur demanda s'ils n'avaient point été incommodés pendant leur voyage, et s'ils n'avaient point senti de froid, et ils répondirent qu'ils avaient toujours été à couvert des vertus du roi. Monsieur Storf partit dès le lendemain pour aller en cour rendre compte de ce voyage. Les ambassadeurs lui dirent que leur respect leur empêchait de le prier de remercier le roi de leur part, mais qu'il les obligerait s'il remerciait M. de Seignelay des ordres qu'il avait donnés pour leur réception dans toutes les villes de Flandre, jusqu'à ce qu'ils eussent l'avantage de l'en remercier eux-mêmes.

Je croyais ne devoir plus vous parler d'aucune des villes de Flandre où les ambassadeurs ont été, cependant je ne puis me dispenser de vous entretenir encore de Gravelines, de Dunkerque et de Lille, dont il me reste plusieurs choses à vous dire, et les harangues à vous envoyer, le désir que j'ai eu de satisfaire votre curiosité ayant été cause que je vous ai écrit avant que tous mes mémoires fussent arrivés. Ainsi, pour rendre justice à tous ceux qui le méritent, je vais encore vous apprendre quelques particularités de ce qui s'est fait dans ces trois villes, mais sans vous rien répéter de ce que je vous ai déjà dit. Quoique Gravelines ne fût point du nombre de celles que les ambassadeurs devaient voir, et qu'elle n'ai su qu'ils y devaient dîner que deux heures avant qu'ils y arrivassent, comme on n'est jamais surpris dans les places du roi, tout s'est passé dans cette ville-là de la même manière que dans les autres. M. Benoît, lieutenant du roi, reçut les ambassadeurs avec l'état-major. Les troupes qui étaient en haies étaient le régiment de Forest, commandé par M. de Cléran (3), et les compagnies de Meusnier et de Manuel, du régiment d'Erlach. M. de Puisade avec un lieutenant et cinquante hommes était de garde au logis qui leur avait été préparé. M. le prévôt bailli à la tête de MM. les mayeur et échevins, leur offrit les vins de ville, et leur dit le compliment que je vous envoie, auquel il avait été obligé de se préparer presque sur le champ.

Messeigneurs,

Les magistrats, aussi bien que tout le peuple de Gravelines, ressentant une joie extrême de ce qu'il a plu à Vos Excellences d'honorer cette ville de leurs illustres présences, vous viennent en donner des marques, en vous assurant qu'ils en auront une éternelle reconnaissance. Ils souhaiteraient avec passion pouvoir, par un discours accompli et par des présents magnifiques, témoigner les respects qu'ils ont pour Vos Excellences, qui comme ambassadeurs, représentent la majesté d'un grand roi, pour lequel ils auront toujours toute la vénération qui est due à un allié de notre auguste et invincible monarque ; mais n'ayant rien qui soit digne de Vos Excellences, ils leurs offrent leurs cœurs pour leur faire voir combien ils sont sensibles à la grâce qu'ils reçoivent, et ces vins de ville, pour un effet de leur zèle.

Messieurs du Clergé les haranguèrent ensuite. Tous ces compliments étant finis, les ambassadeurs dirent qu'ils avaient trouvé les troupes lestes et si belles qu'ils souhaitaient de les revoir. On ordonna à M. de Cléran, lieutenant-colonel de Forest, de les faire défiler. Tous les officiers français et suisses saluèrent de la pique avec beaucoup de grâce et d'un air qui surprit les ambassadeurs, quoiqu'ils fussent accoutumés à recevoir tous les jours de pareils saluts. Comme le temps était fort vilain, et que d'ailleurs ils étaient pressés de partir, ils ne purent visiter les fortifications de la place, mais ils en demandèrent le plan, qu'ils regardèrent avec beaucoup de plaisir et d'attention, jusqu'à ce ils se missent à table. Ils dirent en l'examinant que c'était avec justice que cette place avait une si grande réputation.

Parmi les dames de Bourbourg qui étaient venues pour les voir dîner, et celles de Gravelines qui eurent la même curiosité, ils en trouvèrent de très belles, du nombre desquelles furent Mlles Charpentier et de Seine, aussi reçurent-elles de grandes honnêtetés des ambassadeurs qui leur donnèrent des fruits.

J'ajouterai peu de choses à ce que je vous ai déjà dit de leur séjour à Dunkerque. Ils furent conduits dans la grande chambre de justice de l'Hôtel de Ville, où MM. du Magistrat les vinrent complimenter. À la tête marchaient les quatre sergents du Baillage, vêtus de leurs casaques de cérémonie, et ayant leurs hallebardes sur leurs épaules. Après eux, entrèrent le bailli, le bourgmestre, les échevins, les trois pensionnaires de la ville, le greffier, le trésorier et les conseillers. Ceux qui composent le corps du Magistrat les suivaient en robes, et avaient après eux les quatre huissiers de la chambre du Magistrat, revêtus aussi de leurs manteaux de cérémonie. Après que le Magistrat eût fait les révérences ordinaires, le sieur Alfonse Laurent de Brise, l'un des trois pensionnaires, prononça ce compliment par ordre de M. Coppens, bourgmestre, suivant l'ancien usage du pays.

Messeigneurs,

Les bailli, bourgmestre, échevins et conseillers de cette ville de Dunkerque, sachant aussi bien que tous les peuples de l'Europe avec combien de joie le roi Louis le Grand, notre très auguste et invincible monarque, vous a reçus en ses États, et l'estime très particulière qu'il fait de l'amitié du puissant roi de Siam, votre souverain, ont voulu s'acquitter de leur devoir, en présentant à Vos Excellences leurs très humbles respects et services, avec offre de vin de ville.

L'ambassadeur répondit qu'ils étaient fort obligés à Messieurs du Magistrat de leurs civilités, et que leur présent leur serait fort agréable. Ils soupèrent en public, et M. Coppens leur députa MM. Omair et Blomme, échevins, qui leur présentèrent de la part du Magistrat six douzaines de bouteilles du plus excellent vin de champagne qu'on eût pu trouver, pour présent du vin de ville.

Les ambassadeurs ayant vu les ouvrages de la marine qui sont à Dunkerque, le fort du Risban et les fortifications de la ville, comme je vous l'ai marqué dans la troisième partie de cette relation, partirent le 31 octobre au bruit du canon, et au son des cloches qui carillonnèrent tant qu'ils les purent entendre. Ils prirent leur route sur le canal de Bergues, pour aller à Ypres, et l'on fit marcher leurs carrosses vides par la digue le long du canal. Le Magistrat avait commandé la barque ou yack de la ville, pour les conduire par eau jusqu'à la ville de Bergues. Cette barque est fort propre et bâtie en forme de frégate. Je vous ai déjà parlé si amplement de la réception qui leur a été faite à Lille, que ne retouchant cet article que pour la harangue, tout ce que j'y puis ajouter, c'est que les principaux officiers de la garnison allèrent environ une lieue au-devant d'eux avec les gardes de M. le maréchal de Humières. Le reste se passa comme je vous l'ai déjà marqué à l'égard de la gendarmerie. Voici le compliment que leur fit au nom de la ville M. de Broide, seigneur de Gondecourt et premier conseiller pensionnaire :

Illustres seigneurs,

Les augustes qualités, et les triomphes de notre très haut, très magnanime et très invincible monarque, ne vous avaient paru que parce que l'univers vous en avait appris la renommée en publiant ses héroïques exploits, mais depuis que vous avez eu l'honneur de ses audiences, que vous avez vu la magnificence de sa cour, la grandeur de sa puissance et l'étendue de son empire et de ses glorieuses conquêtes, vous aurez revu au-dessus de cette réputation tout ce que vous aviez conçu de la personne de cet auguste conquérant : une grandeur d'âme incomparable, une sagesse surprenante en toutes choses, une prudence qui n'a point d'égale dans le gouvernement de ses États. Les pénibles fatigues et les travaux qui vous avez essuyés d'un si long trajet, l'inconstance des vues et le dangereux souci où vous êtes exposés pour lui rendre les honneurs qui lui sont dus et pour rechercher son amitié, nous font connaître l'adoration où vous êtes de le voir comblé de gloire. Le commandement que Sa Majesté nous a fait de vous recevoir avec tous les honneurs qu'on doit aux personnes de votre caractère, marque l'estime qu'elle fait de la personne et des mérites du très puissant et très excellent prince le roi de Siam. Nous ne doutons point, illustres seigneurs, que vous n'ayez reçu bien des témoignages du zèle de la France pour l'assurance de l'union que vous désirez. Ce zèle n'est point particulier, il est commun à tous les bons et fidèles sujets du roi, et principalement aux magistrats et au peuple de cette ville de Lille, qui ne peuvent assez exprimer la joie qu'ils reçoivent de l'honneur de votre présence. Ils admirent et estiment, Messeigneurs, votre générosité de passer des extrémités de l'Orient dans ces contrées au péril de votre vie, et ils tiennent cette ferveur pour une preuve assurée de la sincérité de vos affections. Cette inspiration de l'auguste roi de Siam à rechercher l'amitié de Sa Majesté préférablement à tous autres, leur paraît un effet de la divine providence qui leur présage que cette union persuadera plus fortement le roi votre maître d'embrasser la même créance, et de se faire instruire de la vérité de la religion chrétienne. Nous souhaitons, Messeigneurs, que cette pensée soit la fin heureuse et le fruit de votre voyage et de vos glorieux travaux, à l'exemple de ce roi très pieux et très chrétien, qui après avoir heureusement soutenu la guerre et donné glorieusement la paix à l'Europe, s'applique avec tous les soins imaginables à faire régner souverainement la loi du vrai dieu. Enfin, nous souhaitons au roi de Siam, sous les auspices de cette divinité infinie et éternelle, l'accroissement de sa grandeur et prospérité, et que vous soyez aussi heureux sous son règne que nous le sommes sous celui du plus sage, du plus juste et du plus parfait de tous les rois.

Agréez, illustres seigneurs, ces vœux de vos très humbles et très obéissants serviteurs.

Pendant le séjour que les ambassadeurs firent à Lille, ils eurent cent hommes de garde à leur logis, et les rues furent éclairées le soir et toute la nuit. Ils allèrent visiter l'église collégiale de Saint-Pierre et celle des Dominicains, qui est une des plus belles églises de la ville, et qu'ils examinèrent avec beaucoup de soin. Je vous ai déjà parlé de l'Hôpital Comtesse, où les ambassadeurs allèrent auss, mais je ne vous ai pas dit qu'il est ainsi nommé parce qu'il a été fondé par une comtesse de Flandres. Lorsque la prieure leur présenta des bouquets, des fleurs de soie, comme je vous l'ai marqué dans ma relation précédente, elle leur dit que la couleur n'en changerait jamais, et garderait toujours le même éclat, et les pria en même temps de se souvenir d'elle. À quoi l'ambassadeur répondit qu'il s'en souviendrait aussi longtemps que les fleurs qu'elle leur avait présentées garderaient leurs couleurs.

Après avoir fini la relation de leur voyage de Flandre, je crois ne devoir point entrer dans d'autres matières, avant que de vous avoir fait part d'une harangue dont je vous ai déjà parlé. C'est celle que M. de Brisacier, supérieur du séminaire des Missions Étrangères, leur fit à Fontainebleau, où il alla au-devant d'eux à cause de l'obligation que les missionnaires ont au roi de Siam. Voici les termes dont il se servit :

Messeigneurs,

Dans les honneurs extraordinaires que notre puissant monarque veut qu'on rende partout à Vos Excellences, ne dédaignez pas les faibles marques de respect que vous donne par mon ministère une Maison peu considérable par elle-même, mais remplie de vénération pour votre grand roi, et de considération pour vos illustres personnes. Les augustes qualités du souverain qui vous envoie, la haute idée qu'il a conçue des grandeurs et des vertus de Louis le Grand, le bon traitement qu'il a fait jusqu'à présent à tous les Français, la protection qu'il a toujours donnée à nos vicaires apostoliques et à leurs missionnaires, la distinction avec laquelle il a reçu l'ambassadeur de France, la liberté qu'il a fait publier à ses sujets d'embrasser le christianisme, les privilèges qu'il a accordés à ceux qui voudraient le professer, la disposition où il est lui-même de s'éclaircir de la profondeur de nos mystères et de la sainteté de notre morale, enfin la confiance singulière qu'il a bien voulu marquer aux directeurs de notre Maison, en les honorant de ses ordres pour prendre soin non seulement des ouvrages qu'il a fait faire dans ce royaume, mais aussi de ses premiers ambassadeurs, de ses envoyés, de vous-mêmes, tout cela, dis-je, qui vous est mieux connu qu'à personne du monde, nous met dans l'heureux engagement de prévenir par une députation particulière les acclamations publiques qui vous attendent à la Cour, et nous satisfaisons autant à notre inclination qu'à notre devoir, lorsque pour respecter votre caractère et votre mérite, nous venons quelques journées au-devant de vous.

On ne peut assez vous dire, Messeigneurs, combien vous vous êtes acquis de réputation auprès de tous ceux qui ont eu la joie de vous voir passer dans nos villes. Le bruit se répand de toutes parts qu'il serait difficile d'ajouter quelque chose à la politesse de votre esprit, à la sagesse de vos réponses et à l'agrément de vos manières, et nous avons impatience que notre monarque couronne par son approbation royale l'applaudissement universel de ses peuples. S'il est satisfait de vous, vous serez encore plus contents de lui, et vous avouerez avec plaisir, dès que vous l'aurez connu, qu'il est digne de l'estime d'un prince aussi éclairé qu'est le vôtre, et qu'il mérite bien qu'on vienne le voir et l'admirer des extrémités de la terre. Quelque grand qu'il soit par l'étendue de ses États, par la multitude de ses sujets, par la beauté de ses villes, par la fécondité de ses campagnes, par le nombre de ses maisons, par la magnificence de ses palais, par la pompe de sa cour, par la force de ses armées de terre et de mer, et par les richesses de ses pierreries, de ses meubles et de ses finances, il vous paraîtra encore plus élevé par sa piété et par sa grandeur d'âme que par sa couronne et par son trône ; et vous serez ravis de justifier par votre propre expérience le juste discernement de votre prince, qui a su distinguer de si loin le mérite incomparable du nôtre, et qui lui a donné dans son esprit la préférence au-dessus des autres potentats de l'univers. Ce discernement et cette préférence qui établissent également la gloire des deux rois, contribuent avec éclat à la vôtre, Messeigneurs. L'un vous a honoré par la sagesse de son choix, l'autre vous honorera bientôt par ses caresses et par son estime et le seul souhait qu'il me reste à former pour vous, c'est que jouissant d'une parfaite santé pendant tout le séjour que vous ferez en notre France, vous puissiez retourner heureusement dans votre patrie, comblés de grâces et d'honneurs, et remporter avec vous au fond de l'âme autant de respect et d'amour pour la religion chrétienne que doit en inspirer la piété jointe à la majesté, dans la personne sacrée de Louis le Grand, qui tout glorieux qu'il est dans la paix et dans la guerre, fait sa principale gloire de soutenir avec dignité l'auguste titre de roi très chrétien et de fils aîné de l'Eglise.

Les ambassadeurs n'avaient mené à leur voyage de Flandre que quatre des six mandarins qui sont venus de Siam avec eux, pour rendre leur ambassade plus célèbre, et ils en avaient laissé deux à Paris afin de faire avancer pendant ce voyage tous les ouvrages qu'ils faisaient faire pour le roi de Siam. M. de Veneroni (4), interprète du roi en langue italienne, eut soin de les accompagner chez tous les ouvriers, et de les mener en plusieurs endroits de Paris dignes de leur curiosité.

Ils allèrent dîner au séminaire des Missions Étrangères, où ils furent extrêmement édifiés de la modestie de tous ceux qui composèrent cette Maison. Ils mangèrent dans le réfectoire et pendant le dîner, qui fut fort beau, on lut les règles de cette Maison. Ils remercièrent M. de Brisacier, qui les avait invités à ce repas, ainsi que tous ceux qui forment ce lieu si saint et dont l'Église tire tant d'avantages. Ils allèrent le même jour à la Savonnerie (5) voir les tapis qu'on y fait pour le roi de Siam. On leur fit voir aussi le Jardin royal des Plantes (6), qui est dans le faubourg Saint-Victor, et on leur montra tout ce qu'il y a de plus curieux, et tout ce que ce lieu doit depuis quelques années à M. de Louvois. Ils reconnurent beaucoup de plantes de Siam, et examinèrent plusieurs squelettes, et entre autres celui de l'éléphant de Versailles (7). Ils allèrent aussi à Saint-Victor, dont ils virent la fameuse bibliothèque et les ornements de l'église. Ils saluèrent M. le président de Bailleul, qui leur fit tous les honneurs qu'il aurait rendu aux ambassadeurs mêmes. On les mena au Palais, et quoique ce fût pendant les vacations, ils ne laissèrent pas de voir des choses dignes de leur curiosité. M. le président de Mesmes, qui tenait la TournelleLa tournelle était une chambre de justice d'un parlement d'Ancien Régime, ainsi nommée parce qu'elle se composait de magistrats qui y venaient siéger à tour de rôle. Le parlement de Paris comportait deux Tournelles : la Tournelle criminelle ou simplement la Tournelle, et la Tournelle civile, érigée en 1667 pour les affaires civiles au-dessous de 3 000 livres. civile, envoya les huissiers pour leur faire faire place. Il les fit asseoir sur les bancs d'en haut, et M. de Veneroni leur expliqua la manière dont on plaide en France. Ils entendirent trois plaidoyers, et dirent que dans le royaume de Siam, chacun plaidait lui-même sa cause. Ils allèrent aussi au collège Louis-le-Grand, où ils furent extrêmement surpris de voir un si grand nombre d'écoliers, et particulièrement d'enfants de qualité qui les venaient saluer, et des princes mêmes.

Deux jours après que les ambassadeurs furent de retour de leur voyage de Flandre, ils furent invités à une fête que Monsieur donnait dans sa maison de Saint-Cloud (8). Comme cette fête se faisait au-dedans du château, le Premier gentilhomme de la Chambre y commandait, de même que le capitaine des gardes à tout ce qui se fait hors des appartements, et même aux comédies et aux ballets qui se font dans les salles destinées pour ces sortes de spectacles, car lorsqu'on en donne dans les appartements, c'est toujours du Premier gentilhomme de la Chambre qu'on reçoit les ordres. Ainsi, Monsieur le comte de Tonnerre, l'un des Premiers gentilshommes de la Chambre de Monsieur, et servant alors auprès de ce prince (9), les donnait dans cette fête, pour empêcher la confusion qui est inséparable des divertissements de cette nature. Ils commencèrent à trois heures après midi, et M. le Dauphin, Mme la Dauphine, Monsieur et Madame qui en faisaient les honneurs, et les personnes de la première qualité qui en avaient été conviées, ayant traversé toutes les salles des gardes, antichambres et cabinets qui étaient magnifiquement meublés de très belles tapisseries et autres meubles nouvellement arrivés d'Allemagne, et dont Madame a hérité de feue Madame l'Electrice Palatine sa mère (10), ils passèrent par le salon, et par la galerie, l'un et l'autre peints par M. Mignard, et allèrent dans le petit salon de Diane qui est à l'autre bout de la galerie, où il y avait un fort beau concert composé de clavecins, violons, théorbes et dessus de violon. On y demeura plus d'une heure, et pendant ce temps on servit une collation magnifique des plus beaux fruits de la saison, parmi lesquels il y en avait de fort rares, parce que leur saison était passée. Le jour commençant à finir, on éclaira les appartements par lesquels on venait de passer. Ils étaient tous garnis de lustres, girandoles, chandeliers, et flambeaux d'argent, dont le nombre était fort grand. Au sortir du concert, toute l'assemblée se rendit dans le salon où tout avait été disposé pour le bal. Mgr le Dauphin et Mme la Dauphine, Monsieur et Madame le commencèrent. Toutes les princesses et duchesses formaient un cercle, dans lequel on dansait. Il y avait aussi beaucoup de personnes de la première qualité. MM. les ambassadeurs de Siam étaient auprès des duchesses, à main droite de Mgr le Dauphin. Ce prince leur parla, et comme pour lui marquer une plus profonde vénération, ils avaient les mains jointes. Monseigneur eut la bonté de leur dire qu'ils pouvaient ne se point gêner en les tenant à cet état, et que dans un temps de divertissement, ils pouvaient prendre un air plus libre. Ils répondirent par de profondes inclinations, puis ils dirent que quoiqu'ils n'eussent pas apporté leurs bonnets de cérémonie, qu'ils n'ôtent jamais et qui sont même attachés, ceux qu'ils avaient apportés pouvaient leur en tenir lieu, et même qu'ils leur étaient tout à fait précieux, puisque c'était un présent du roi.

Il y eut beaucoup de personnes de distinction qui vinrent de Paris pour voir le divertissement. M. l'envoyé de Bavière, qui était venu en cette Cour pour faire les compliments sur l'heureux accouchement de Mme la Dauphine, était aussi placé derrière les duchesses. On dansa au son des violons et des hautbois. Il y avait environ deux heures que le bal était commencé lorsqu'on servit une collation sèche dans cinquante corbeilles remplies de toutes sortes de fruits, de limes douces, d'oranges de la Chine, de confitures sèches, de massepains et de toute sorte de petite pâtisserie. Quand toute cette collation eut passé devant Mgr le Dauphin et Mme la Dauphine, elle fut présentée aux duchesses, et fit le tour du cercle, après quoi chacun de ceux qui composaient l'assemblée eut liberté d'en prendre. On apporta ensuite plus de trente petites tables de la Chine, que l'on appelle cabarets, chargées de huit ou dix porcelaines chacune, les unes remplies de chocolat, et les autres de thé et de café dont chacun choisit selon son goût. Toute cette collation fut portée par les officiers de la Chambre, et par ceux de la Garde-robe de Monsieur. Après que chacun eut pris ce qu'il souhaitait, on recommença à danser. Tant que le bal dura, les officiers du GobeletChef de Gobelet chez le roi, c'est celui qui donne à boire au roi, et le gobelet est le lieu où l'on fournit le pain, le vin, le fruit pour le roi, ce qu'on nomme ailleurs la sommellerie. (Furetière). et d'Échançonnerie de Monsieur se tinrent dans un vestibule qui est proche du salon, et donnèrent à boire à tous ceux qui en voulurent. Dans la salle qui est au-dessus de ce vestibule, du côté de l'Orangerie, il y avait des tables pour toutes sortes de jeux, et des personnes de la première qualité, qui ne voulaient pas danser, s'y divertirent, ainsi que Monseigneur qui prit ce divertissement quelque temps avant la fin du bal et y joua au reversi (11). À côté du lieu où l'on jouait, était une chambre où l'on alla boire toutes sortes de liqueurs, ainsi que du chocolat, du thé et du café que l'on offrait même à tout le monde, de sorte que ceux qui n'étaient venus que pour voir la fête, aussi bien que ceux qui en étaient, purent autant qu'ils voulurent satisfaire leur soif et leur goût.

Le bal finit à sept heures et demie, et l'on passa du salon où l'on avait dansé et de la chambre où l'on avait joué dans l'Orangerie, qui était éclairée par une infinité de lustres et de girandoles garnies de bougies, et ces lustres et ces girandoles étant suspendus entre les orangers formaient une grande allée toute brillante de cristaux de lumières, qui donnant un vif éclat à la verdure, produisait un très agréable effet. Cependant, cela, quoique si bien orné et si magnifique, ne servait que de passage pour aller à la salle de la comédie, qui était encore toute éclairée de lumière. On y représenta Bajazet, de M. Racine, Trésorier de France. Les ambassadeurs eurent le même rang qu'ils avaient eu au bal, et toujours à la droite de Mgr le Dauphin. Ils comprirent si bien les mœurs de la pièce, par les choses qu'on leur expliqua, qu'ils entrèrent dans la beauté du sujet, dont ils parlèrent juste aussi bien que du jeu des acteurs, ce qui fut plusieurs fois rapporté à Mgr le Dauphin, et Mme la Dauphine, à Monsieur et Madame, pendant la comédie. Cela leur fit donner beaucoup de louanges et admirer la justesse de leur goût et la pénétration de leur esprit.

La comédie étant finie à dix heures et demie, on traversa l'Orangerie, le grand salon et les appartements par où l'on était venu, et ensuite l'on entra dans le petit appartement de Madame et dans l'ancien salon peint par feu M. Noiret (12). Le buffet qui était dressé en face frappa d'abord les yeux. Il avait 25 pieds de haut sur 30 de large, et était tout rempli de très beaux ouvrages d'argenterie et de vermeil doré, et il y en avait même quelques-uns d'or. Parmi cette argenterie, on remarquait beaucoup de grandes cuvettes, de vases, d'urnes, de girandoles et de flambeaux d'argent, le tout d'un très beau travail et très bien ciselé. Il y avait quatre tables de pareille grandeur dans les petits coins du salon. Elles étaient de 25 couverts chaque et furent toute quatre servies à quatre services également beaux, et en même temps. Mgr le Dauphin mangea à la première, Mme la Dauphine à la seconde, Monsieur à la troisième et Madame à la quatrième, de manière que tous ceux qui furent placés à ces quatre tables eurent l'honneur de manger avec l'un des princes ou l'une de ces princesses. Les dames étaient magnifiquement parées, et elles avaient toutes ensemble pour plusieurs millions de pierreries. Les violons jouèrent pendant le repas. Les ambassadeurs de Siam, après avoir vu la disposition du lieu et le souper, furent conduits par le Premier maître d'hôtel de Madame dans un lieu où ils trouvèrent une table servie aussi avec beaucoup de magnificence. On en servit en même temps dix ou douze autres, pour tous les seigneurs de la cour, pour les personnes les plus qualifiées et pour les officiers de la Maison royale. Ainsi, tous ceux qui étaient de la fête, et ceux qui n'en étaient que spectateurs, furent tous splendidement régalés, quoique l'assemblée fût très nombreuse. Mgr le Dauphin, Mme la Dauphine, Monsieur et Madame, avec toute la cour, retournèrent à Versailles un peu avant minuit, et trouvèrent en sortant tous les dehors du château éclairés par un nombre infini de lumières qui avaient été postées en divers endroits, et particulièrement sur les balustrades, sur les grilles et sur tous les lieux élevés. Les ambassadeurs, après avoir considéré cette illumination, prirent le chemin de Paris, pleins de la magnificence, des bontés et de la grandeur de Monsieur, qui soutient avec tout l'éclat possible, le rang glorieux où la naissance l'a mis.

Le lendemain de cette fête, M. le président de Fourcy (13), prévôt des marchands qui avait ouï dire que les ambassadeurs souhaitaient avoir un plan de Paris, leur envoya celui que feu M. Blondel a levé, qui est le plus beau, le plus correct et le plus nouveau que nous ayons (14). Il l'avait fait imprimer sur du satin blanc au lieu de papier. Ce plan était doublé d'un très riche brocart d'or, derrière lequel pendait un taffetas vert qui retournait par-dessus pour le cacher quand on voulait le couvrir. La gorge et le rouleau qui étaient en haut et en bas étaient de sculpture dorée et tout couverts de fleurs de lys. L'ambassadeur à qui ce présent fut très agréable, se fit aussitôt montrer plusieurs endroits de Paris. Il en reconnut beaucoup où il avait été, et s'étant fait expliquer en quoi consistaient ceux qu'il n'avait pas vus, on peut dire qu'en ce peu de temps, il connut mieux cette grande ville que beaucoup d'autres qui ont été plusieurs mois à étudier ce plan. Il fit de grands remerciements à ceux qui le lui avaient présenté, et les pria de dire à M. le prévôt des marchands que quand il lui aurait donné des trésors, il lui aurait beaucoup moins fait de plaisir qu'en lui faisant présent de ce plan, qu'il s'en souviendrait toute sa vie, qu'il le donnerait au roi son maître, et qu'il croyait que de tout ce qu'il lui portait, c'était une des choses qui lui plairait davantage. Il fit ensuite donner quelque argent, non pas à ceux qui lui avaient présenté ce plan, mais à ceux qui l'avaient apporté, et pendant son voyage de Flandre, il a souvent fait de pareilles libéralités. Tous ceux qui se trouvèrent auprès de lui lorsqu'on lui fit ce présent, ne purent s'empêcher de louer la galante magnificence de M. le président de Fourcy qui aurait pu envoyer ce plan imprimé sur du papier, et sans aucun ornement. Le même M. de Fourcy ayant appris que l'ambassadeur souhaitait avoir un abrégé de l'état de la ville de Paris lui en fit faire un qu'il lui envoya quelques jours après.

Comme chacun s'empressait à leur donner des divertissements après leur retour de Flandre, et qu'on leur offrait l'opéra et la comédie, ils allèrent à l'Avare, et ce qu'il y eut de surprenant, c'est que l'ambassadeur dit pendant la pièce qu'il gagerait que la cassette où était l'argent de l'avare serait prise et que l'avare serait trompé, ce qui étant arrivé selon sa pensée, dût lui faire beaucoup de plaisir, et fit connaître dans le même temps combien la pénétration de son esprit est grande pour des choses qui sont de son usage.

Il allèrent le lendemain voir l'opéra d'Armide (15), que M. de Veneroni lui expliqua ainsi qu'il avait fait pour la comédie le jour précédent. L'ambassadeur voulut être éclairci de tout le sujet, et sur les enchantements que faisait Armide pour engager Renaud à l'aimer, il demanda si Armide était française, et quand on lui eut répondu que non, et qu'elle était nièce d'Hidraot, roi de Damas, il répartit Si elle eût été française, elle n'aurait pas eu besoin de magie pour se faire aimer, car les Françaises charment par elles-mêmes. Cet opéra lui plut extraordinairement, et quand il vit le palais d'Armide ruiné et brûlé, il dit : Sortons, le palais est tombé, nous ne pouvons plus coucher ici.

Le voyage des ambassadeurs. Mercure Galant de janvier 1687. 3ème partie.

NOTES :

1 - Antoine Bossuet, chevalier, seigneur d'Azu-la-Cosne (1624-1699) fut intendant de Soissons entre 1685 et 1694. Il était le frère de Jacques-Bénigne Bossuet, l'Aigle de Meaux

2 - Dès l'année 1650, la célébrité toujours croissante de l'Académie française, avait donné l'idée à Julien d'Héricourt, Berthemet, Hébert, Jean-Baptiste Guérin, Étienne Morant et Charles Bertrand de former aussi, à Soissons, une association littéraire. Cette société se réunissait une fois par semaine. Le maréchal d'Estrées, gouverneur de la province, demanda au roi de la constituer en académie par des lettres patentes. Louis XIV parut agréer cette demande, mais le chancelier Séguier se prononça formellement contre l'établissement de ces sortes d'assemblées d'hommes de tous rangs, sans chef légal, parce qu'il les croyait nuisibles au bien de l'État, et les lettres patentes ne furent pas accordées. Malgré les instances du maréchal et les sollicitations de plusieurs membres de l'Académie française, le chancelier persista toujours dans son refus. Vingt ans après que le cardinal d'Estrées, fils du maréchal, put enfin obtenir du roi les lettres patentes qui furent expédiées, au mois de juin 1674, du camp devant Dole et enregistrées au parlement, le 27 juin 1675. Le ministre Colbert les transmit à Soissons de Versailles, le 18 juillet 1674. La séance d'installation de l'Académie de Soissons, eut lieu le 9 août suivant dans la grande salle du présidial. Berthemet, avocat, et l'un des membres, fit, dans un discours fort applaudi, l'histoire de cette société depuis son origine jusqu'à ce jour. (Wikipédia). Cette académie fut supprimée par la Convention en 1793. 

3 - De Clairan, ou De Cléran, lieutenant de roi de Besançon en 1683 et lieutenant du régiment de Forez-infanterie en 1684. 

4 - Né à Verdun, Jean Vigneron (1642-1708) italianisa son nom en Giovanni Veneroni. Il fut maître d'italien, secrétaire et interprète du roi. On lui doit notamment un Dictionnaire italien et françois et une Grammaire italienne

5 - La Savonnerie, ancienne fabrique de savon, était située sur la colline de Chaillot, à l'emplacement de l'actuel Musée d'art moderne. La manufacture est aujourd'hui rattachée aux Gobelins. Voici ce qu'en écrivait Piganiol de la Force en 1742 (Description de Paris, de Versailles, de Marly [...], II, pp. 300-301) : Depuis quelque temps, c'est une manufacture royale d'ouvrages à la turque, et façon de Perse. Elle fut établie en 1604 en faveur de Pierre du Pont, qui avait formé ce dessein, et qui en eut la direction. Simon Lourdet lui succéda en 1626 et l'un et l'autre réussirent si parfaitement dans les ouvrages qu'on y fit qu'ils obtinrent des lettres de noblesse. Cette fabrique, la seule qu'il y ait en Europe pour ces sortes d'ouvrages, est encore aujourd'hui sous la direction de Pierre du Pont, petit-fils de celui qui l'a établie. Le tapis de pied qui devait couvrir tout le parquet de la grande galerie du Louvre, et qui consiste en 92 pièces, est un des plus grands et un des premiers ouvrages de cette fabrique. Celui qui couvre la tribune du roi à Versailles, de même que ceux qu'on voit à Trianon, à Marly, et dans les autres maisons royales, ont été faits sous Pierre du Pont, petit-fils de celui à qui on doit cet établissement. La chaîne du canevas des ouvrages qu'on fait ici est posée perpendiculairement, comme aux ouvrages de haute-lisse, mais au lieu qu'à ces derniers, l'ouvrier travaille derrière le beau côté, à la Savonnerie, au contraire, le beau côté est en face de l'ouvrier, comme dans les ouvrages de basse-lisse.

ImageLouis XIV visitant les manufactures des Gobelins, d'après Charles Le Brun.

Le roi Louis XIV visitant les manufactures des Gobelins où le sieur Colbert, surintendant de ses bâtiments, le conduit dans tous les ateliers pour lui faire voir les divers ouvrages qui s'y font. Cette tapisserie fait partie d'un ensemble de 14 pièces réunies sous le titre L'Histoire du Roy

6 - Sous l'impulsion de nombreux médecins, dont Jean Robin et surtout Guy de la Brosse, et avec le soutien du cardinal de Richelieu et Jean Héroard, premier médecin du roi, le Jardin des plantes médicinale les plus excellents outils que la nature ait produits pour la guérison des malades fut créé par un décret de Louis XIII de janvier 1626. Il répondait à un double souci, sanitaire tout d'abord, mais aussi pédagogique : Voulons, statuons et ordonnons par ces présentes qu'il soit construit et établi un jardin royal en l'un des faubourgs de notre ville de Paris, ou autre tel lieu proche d'icelle, de telle grandeur qu'il sera avisé, propre, convenable, et nécessaire, par ledit sieur Hérouard, pour y planter toutes sortes d'herbes et plantes médicinales pour servir ceux qui en auront besoin, mêmes pour l'instruction des écoliers de ladite université de médecine. C'est aujourd'hui le Jardin des plantes dans le 5ème arrondissement de Paris, qui abrite le Museum national d'Histoire naturelle.

ImageLe Jardin royal des plantes médicinales en 1636. 

7 - Cet éléphant avait été offert à Louis XIV par le roi du Portugal en 1668 et vivait dans la ménagerie de Versailles. À sa mort, en 1681, il fut disséqué par le chirurgien et anatomiste Joseph-Guichard Du Verney (1648-1730). Voir à ce sujet la note 6 de la 2ème partie du livre 2. 

8 - Cette fête eut lieu le 26 novembre et Dangeau la mentionne dans son Journal (1854, I, p. 421) : Monseigneur et Madame la Dauphine partirent d'ici après-dîner et allèrent à Saint-Cloud. On y avait fait venir les ambassadeurs de Siam. Monsieur donna une très grande fête qui commença par un fort beau bal où les dames étaient extrêmement parées. Après le bal, on alla à la comédie. Monseigneur commença le bal ; il y avait longtemps qu'il n'avait dansé, et il dansa mieux qu'à son ordinaire. Madame la Dauphine et lui avaient les plus belles pierreries du roi. Monsieur et Madame étaient fort chargés de diamants. Après la comédie, on soupa dans l'ancien salon où il y avait quatre tables tenues par Monseigneur, par Madame la Dauphine, par Monsieur et par Madame ; ils étaient soixante et un à table. Toute la fête fut fort magnifique et fort agréable, tout le château de Saint-Cloud était illuminé. 

9 - Comme pour la Chambre du roi, il y avait quatre Premiers gentilshommes de la Chambre de Monsieur, qui servaient une année sur quatre. Donneau de Visée fait allusion à François-Joseph de Clermont-Tonnerre (1655-1705). Saint-Simon en dresse un portrait acide : Tonnerre avait beaucoup d'esprit, mais c'était tout ; il en partait souvent des traits extrêmement plaisants et salés, mais qui lui attiraient des aventures qu'il ne soutenait pas, et qui ne purent le corriger de ne se rien refuser. (Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, 1829, I, p. 242). 

10 - Charlotte de Hesse-Cassel, mère d'Élisabeth Charlotte de Bavière, duchesse d'Orléans, dite Madame, était décédée huit mois auparavant, le 26 mars 1686 à Heidelberg. 

11 - Jeux de cartes sans doute d'origine italienne, qui fut très à la mode en France jusqu'au XIXe siècle. On pourra prendre connaissance des règles sur le site passionnant de L'Académie des jeux oubliés 

12 - On trouve dans le Livret du musée historique de Versailles : description complète du palais et du musée par ordre chronologique de tous les tableaux, portraits, bas-reliefs, statues et bustes, suivi de l'historique. imprimé à Paris par Blondeau, sans date, p. 269, mention du peintre Jean Noiret, indiqué décédé en 1672. Nous n'avons nulle part ailleurs trouvé aucune trace de cet artiste. 

13 - Henri de Fourcy (1626-1708) fut prévôt des marchand entre 1684 et 1691. Une rue du 4ème arrondissement de Paris porte encore son nom. 

14 - De l'architecte Nicolas-François Blondel, plus couramment appelé François Blondel (1618-1686), il reste la Porte Saint-Denis, dans le 2ème arrondissement de Paris, ainsi que le nom d'une petite rue qui fut pendant longtemps un des hauts lieux de la prostitution dans la capitale. Avec son élève Pierre Bullet (1639-1716), François Blondel dressa une précieuse carte de Paris qui représente l'état de la ville en 1676.

ImageDétail du plan de Paris de Bullet et Blondel (1676).
ImageDétail du plan de Paris de Bullet et Blondel (1676). 

15 - Armide, composé sur un livret de Philippe Quinault, fut le dernier opéra achevé par Lully qui mourut l'année suivante avant d'avoir pu terminer Achille et Polyxène, qui fut complété par Pascal Collasse, son élève. La première eut lieu le 15 février 1686 à l'Académie royale de musique, au théâtre du Palais-Royal. 

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