Troisième chapitre.
Des ports.

Page de la relation de Nicolas Gervaise

Les ports les plus considérables qu'il y ait dans ce royaume sont ceux de MyrguimMergui (Myeik), aujourd'hui en Birmanie. ou Mygri, et de JonsalamPhuket (ภูเก็ต) dans le sud de la Thaïlande, sur la mer d'Andaman. ; le premier tire son nom d'une petite île voisine, que les Siamois appellent Mygri, et nous Myrguy, laquelle le met à couvert des vents. Quelques-uns lui ont donné le nom de Tenasserim, mais c'est sans aucun fondement, car Tenasserim Aujourd'hui Tanintharyi, au sud de la Birmanie, entre la mer d'Andaman à l'ouest et la Thaïlande à l'est. Longtemps siamoise, la province fut conquise par les birmans en 1759. en est éloigné de plus de trente lieues. Au reste, ce port est un des plus beaux et des plus sûrs de toute l'Inde. L'entrée en est libre tout temps et l'on y trouve partout bon mouillage, il est principalement fort commode pour y radouber les vaisseaux. Les mâts et tous les bois nécessaires pour la construction des plus grands bâtiments y sont à si bon marché qu'ils ne coûtent assez souvent que la peine de les aller couper. Il y a quelques années qu'un petit vaisseau de la Compagnie française, qui avait été battu de la tempête s'y retira après avoir perdu ses mâts, et il y trouva abondamment tout ce qui lui était nécessaire pour se mettre en état de continuer son voyage sans qu'il lui en coûtât rien.

Le port de Jonsalam est un des meilleurs parmi ceux qui ont besoin que l'art perfectionne la nature. Il est à l'occident de la péninsule de Malacca, environ au huitième degré entre la terre ferme et une île qui porte son nom et qui n'en est éloignée que de deux lieues. Le seul défaut de ce port, c'est qu'il n'a pas assez de profondeur pour porter de grands bâtiments, mais une fort belle rade qui en est proche y peut suppléer avantageusement. C'est un asile pour tous les vaisseaux qui vont à la côte de Coromandel quand par malheur ils s'y trouvent surpris de l'ouragan, lequel arrive ordinairement aux mois de juillet et d'août. Ces deux ports sont les seuls, non seulement dans toute cette côte de Coromandel, mais encore dans tout le royaume de Siam, où l'on puisse être en sûreté pendant ce fâcheux temps, car il n'y a partout ailleurs que des rades foraines et exposées à tous les vents. Le port de Jonsalam est d'une grande conséquence pour le commerce de Bengale, de Pegu et de plusieurs autres royaumes voisins.

Je ne dirai rien des ports de LigorNakhon Si Thammarat (นครศรีธรรมราช), au sud de l'isthme de Kra., de SingorSongkhla (สงขลา), à l'extrême sud de la Thaïlande. et de quelques autres, parce qu'ils ne sont pas considérables, il y en a pourtant quelques-uns qui pourraient le devenir avec le temps, si on voulait y faire de la dépense. Mais comme les Siamois sont fort ménagers, et naturellement peu laborieux, il est à croire qu'ils demeureront toujours inutiles comme ils l'ont été jusqu'à présent.

CHAPITRE IV

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