Neuvième chapitre.
Des talapoïnes, ou religieuses siamoises.

Page de la relation de Nicolas Gervaise

Les dames siamoises aiment trop la liberté pour se confiner dans un cloître comme nos religieuses, et y passer toute leur vie ; elles ne donnent à la retraite que les années qui ne sont plus propres au monde, et il est rare qu'elles le quittent avant qu'il les ait quittées. D'ailleurs, comme elles ont un commerce fréquent avec les talapoins, on ne leur permettrait pas d'embrasser cette profession avant cinquante ans afin d'éviter toute occasion de scandale. Elles se rasent la tête et les sourcils comme les talapoins et s'habillent de blanc ; cette couleur est la plus modeste chez les Siamois, c'est celle du deuil et des grandes cérémonies. Elles ne vivent point en communauté dans des monastères, elles abandonnent seulement leurs familles et se logent trois ou quatre ensemble proche quelque pagode. Elles ne font point de vœux et toute leur règle consiste à se conformer entièrement à celles des talapoins ; elles observent tous les commandements et tous les conseils de la Loi, elles entendent tous les jours la prédication et demeurent longtemps en prière dans les temples. Leur principal exercice est de servir les talapoins, de leur apprêter à manger et de suppléer à leurs besoins par des aumônes continuelles. Elles visitent les pauvres et les malades et s'emploient avec assiduité à rendre au prochain tous les bons offices que la charité peut inspirer ; aussi jouissent-elles des mêmes privilèges que les talapoins et elles ne sont pas moins respectées ; tout le monde les salue, et elles ne saluent que les talapoins et les pagodes. On les appelle Nang chyนางชี, c'est-à-dire Dame dévote ; elles ont une place séparée dans les pagodes et dans les grandes cérémonies. On les prie aux funérailles des mandarins où elles vont par ordre et comme en procession, et leur assistance est toujours payée libéralement.

CHAPITRE X

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