Chapitre XI
De ce que les Siamois savent des mathématiques

Page de la Relation de La Loubère
I. Le grand chaud de Siam contraire à toute application d'esprit.

L'imagination vive et nette des Siamois semblerait plus propre aux mathématiques qu'aux autres études, si elle ne se lassait trop tôt, mais ils ne peuvent suivre un long tissu de raisonnements dont ils ne prévoient ni le bout, ni le profit, et il faut avouer pour leur excuse que toute application d'esprit est si pénible en un climat aussi chaud que le leur, que les Européens même n'y peuvent guère étudier, quelque envie qu'ils en aient.

II. Ignorance des Siamois touchant les principales parties des mathématiques.

Les Siamois ne savent donc rien en géométrie ni en mécanique parce qu'ils peuvent absolument s'en passer, et l'astronomie ne les touche qu'autant qu'ils croient qu'elle peut servir à la divination. Ils n'en savent que quelques pratiques dont ils dédaignent de pénétrer les raisons, mais dont ils se servent dans les horoscopes des particuliers et dans la construction de leur almanach, qui est une une horoscope générale.

III. Du calendrier des Siamois, et pourquoi les Siamois ont deux époques.

Ils paraît qu'ils ont fait réformer deux fois leur calendrier, et par d'habiles astronomes, lesquels pour suppléer aux tables astronomiques ont pris deux époques arbitraires, mais remarquables par quelque conjonction rare des planètes. Sur ces observations, ayant une fois établi de certains nombres, ils ont au moyen de plusieurs additions, soustractions, multiplications et division, donné pour les années suivantes le secret de trouver le lieu de planète à peu près comme nous trouvons l'épacte de chaque année en ajoutant onze à l'épacte de l'année d'auparavant (1).

IV. La plus récente est évidemment arbitraire.

La plus récente des deux époques siamoise se rapporte à l'an de grâce 638 (2). J'ai donné à M. Cassini, directeur de l'Observatoire de Paris, la manière siamoise de trouver le lieu du soleil et celui de la lune par un calcul dont le fondement est pris de cette époque. Et le mérite singulier qu'a eu M. Cassini à développer une chose si difficile et à en pénétrer les raisons sera sans doute admiré de tous les savants (3). Or comme cette époque n'est visiblement que le fondement d'un calcul astronomique et qu'elle a été choisie plutôt qu'une autre seulement parce qu'elle a paru plus commode qu'une autre au calcul, il est évident qu'on n'en doit rien conclure qui regarde l'histoire siamoise, ni s'imaginer que l'an 638 ait été chez eux plus illustre qu'un autre par aucun événement (4) duquel ils aient trouvé à propos de commencer à compter leurs années, comme nous comptons les nôtres depuis la naissance du Sauveur du monde.

V. La plus ancienne aussi paraît arbitraire.

Par la même raison, je sui persuadé que leur plus ancienne époque, depuis laquelle en cette année 1689 ils comptent 2233 ans, n'a été remarquable à Siam par aucune chose digne de mémoire et qu'elle ne prouve pas que le royaume de Siam soit de cette ancienneté. Elle est purement astronomique et sert de fondement à une autre manière de calculer les lieux des planètes qu'ils ont abandonnée pour cette nouvelle méthode que j'ai donnée à M. Cassini. Quelqu'un leur aura fait connaître les mécomptes où dans la suite des temps cette ancienne méthode doit être tombée, comme nous avons connu avec les temps les erreurs de la réformation du calendrier faite par l'ordre de Jules César.

VI. Et n'est point prise de la mort de Sommona-Codom.

Les Mémoires historiques des Siamois ne remontant, comme j'ai remarqué au commencement, qu'à neuf cents ans ou environ, il ne faut pas aller chercher la fondation de leur royaume à l'an 545 avant la naissance de Jésus-Christ, ni supposer que depuis ce temps-là ils aient eu une suite de rois qu'ils ignorent absolument eux-mêmes. Et quoique les Siamois disent vulgairement que cette première époque depuis laquelle ils comptent, comme j'ai dit, 2233 ans, est celle de la mort de leur Sommona-Codom, et quoiqu'elle se rapporte à peu près au temps auquel vivait Pythagore qui a semé en Occident la doctrine de la métempsychose qu'il avait apprise des Égyptiens, il est certain néanmoins que les Siamois n'ont aucun mémoire du temps auquel leur Sommona-Codom peut avoir vécu, et je ne puis me persuader que leur Sommona-Codom soit Pythagore, qui n'a point été en Orient, ni que leur ancienne époque soit autre qu'astronomique et arbitraire, non plus que leur époque récente.

VII. Variété de style dans les dates.

Que si les Siamois s'en servent encore dans leurs dates, après l'avoir abandonnée dans leurs calculs astronomiques, c'est parce que dans les choses de style on ne change pas aisément les usages auxquels l'on est accoutumé ; et pourtant ils ne laissent pas de dater quelquefois par rapport à cette époque récente qu'ils ont prise, comme j'ai dit, de l'an 638 de notre Seigneur. Mais leur premier mois est toujours la lune de novembre ou de décembre, en quoi ils ne se départent pas de l'ancien style, lors même qu'ils datent l'année selon leur style nouveau, quoique le premier mois de l'année soit, selon ce style nouveau, ou le cinquième, ou le sixième du vieux style.

VIII. Ce que les Siamois pensent du système du monde.

C'est là, en peu de mots, toute l'habileté des Siamois en astronomie. D'ailleurs, ils n'entendent rien du véritable système de monde, parce qu'ils ne savent rien par raison. Ils croient donc, comme tout le reste de l'Orient, que les éclipses se font par quelque dragon qui dévore le Soleil et la Lune (peut-être à cause de cette façon de parler métaphorique des astronomes, que les éclipses se font dans la tête et dans la queue du dragon), et ils font un grand bruit de poêles et de chaudrons pour effrayer et chasser ce pernicieux animal, et pour délivrer ces beaux astres (5). Ils croient la terre carrée et fort vaste, sur laquelle la voûte du ciel porte par ses extrémités, comme si c'était une de ces cloches de verre dont nous couvrons quelques-unes de nos plantes dans nos jardins. Ils assurent que la terre est divisée en quatre parties habitables, si séparées les unes des autres par des mers, qu'elles sont comme quatre mondes différents (6). Ils supposent au milieu de ces quatre mondes une très haute montagne pyramidale de quatre faces égales, appelée Cáou pra soumenekhao phra sumeru : เขาพระสุเมรุ (7) (Cáou veut dire montagne, et monter), et depuis la surface de la terre, ou de la mer, jusqu'au sommet de cette montagne qui touche, disent-ils, aux étoiles, ils comptent quatre-vingt quatre mille jodsyot : โยชน์ (8), et chaque jod vaut environ huit mille toises (9). Ils comptent autant de jods depuis la surface de la mer jusqu'aux fondements de la montagne, et ils comptent aussi quatre-vingt quatre mille jods d'étendue de mer depuis chacune des quatre faces de cette montagne jusqu'à chacun des quatre mondes que j'ai dits. Or notre monde, qu'ils appellent TchiampionChomphu : ชมพู (10) est, à ce qu'ils disent, au midi de cette montagne, et le Soleil, la Lune et les étoiles tournent sans cesse autour d'elle, et c'est ce qui fait, selon eux, le jour et la nuit. Au-dessus de cette montagne est un ciel qu'ils appellent Intratirachaอินทราธิราช, qui est surmonté par le ciel des anges. Cet échantillon, qui est tout ce que j'en sais, suffira pour faire voir leur grossièreté, et s'il ne se rapporte pas exactement à ce que d'autres ont écrit avant moi de cette matière, il ne faut pas plus admirer la variété des opinions siamoises en une chose qu'ils n'entendent pas que la contrariété de nos systèmes dans l'astronomie, que nous croyons entendre.

IX. Les Indiens sont superstitieux à proportion de leur extrême ignorance.

L'extrême superstition des Indiens est donc une suite très naturelle de leur profonde ignorance, mais pour leur excuse, des peuples plus éclairés qu'eux n'ont été guère moins superstitieux. Les Grecs, et après eux les Romains, n'ont-ils pas cru à l'astrologie judiciaire, aux augures, aux présages, et à toutes sortes d'arts inventés sous prétexte de deviner et de prédire ? Ils pensaient qu'il était de la bonté des dieux d'avoir donné aux hommes des secours pour pénétrer l'avenir, et les mots de devin et de divin sont un même mot dans leur origine, parce que selon les anciens païen, l'art de deviner n'était qu'un art de consulter les divinités. Les Siamois croient donc encore qu'il y a un art de prophétiser, comme il y en a un de rendre la santé aux malades, et quand les devins du roi de Siam se trompent, il leur fait donner des coups de bâton, non comme à des imposteurs, mais comme à des négligents, comme il fait bâtonner ses médecins quand les remèdes qu'ils lui donnent ne font pas l'effet qu'il s'en est promis.

X. Autorité des devins sur les Siamois.

Ce prince n'entreprend, non plus que ses sujets, ni affaire, ni voyage, que ses devins qui sont tous Brames ou Péguans ne lui aient marqué une heure pour l'entreprendre heureusement. Il ne sort pas de chez lui, ou s'il en est sorti, il n'y rentre pas, tant que ses devins le lui défendent. Le dimanche lui paraît plus heureux que les autres jours parce que dans sa langue, il a conservé le nom de jour du Soleil. Il croit le croissant de la Lune plus heureux que le déclin, et outre cela, l'almanach, qu'il fait faire tous les ans par un astrologue brame lui marque, et à ses sujets, les jours heureux ou malheureux pour la plupart des choses qu'ils ont coutume de faire : folie qui n'est peut-être que trop tolérée parmi les chrétiens, témoin l'Almanach de Milan (11) auquel tant de gens ont aujourd'hui une si aveugle créance.

XI. Et des présages.

Les Siamois prennent à mauvais augure les hurlements des animaux féroces et les cris des cerfs et des singes, comme plusieurs personnes parmi nous s'effraient des hurlements des chiens pendant la nuit. Un serpent qui coupe le chemin, la foudre qui tombe sur une maison, quelque chose qui tombe comme de soi-même et sans aucune cause apparente, sont des sujets de crainte pour les Siamois et des raisons d'abandonner ou de remettre une affaire, quelque importante et quelque pressée qu'elle soit d'ailleurs. Une des manières dont ils se servent pour deviner l'avenir, et qui est commune à tous les Orientaux, c'est de faire quelque cérémonie superstitieuse, puis d'aller en ville et de prendre pour un oracle sur ce qu'ils ont envie de savoir, les premières paroles qu'ils entendent dire au hasard dans les rues ou dans les maisons (12). Je n'en ai pu savoir davantage, parce que les interprètes chrétiens dont j'eusse pu me servir regardent ces choses avec horreur, comme des sortilèges et des pactes avec le démon, quoiqu'il soit bien possible que ce ne soient que des sottises pleines de crédulité et d'ignorance. Les anciens Français, par une pareille superstition, consultaient en leurs guerres les premières paroles qu'ils entendaient chanter dans l'église en y entrant. Encore aujourd'hui, plusieurs personnes ont une créance superstitieuse en de certaines herbes qu'ils cueillent la veille de la saint Jean, d'où est venue cette façon de parler proverbiale : employer toutes les herbes de la saint Jean en une affaire, et parmi les Italiens, il y en a qui, après s'être lavé les pieds dans du vin la veille de la saint Jean, jettent le vin par la fenêtre et s'y tiennent ensuite pour écouter ceux qui passent dans la rue, prenant pour un augure certain sur ce qu'ils ont envie de savoir la première parole qu'ils entendent dire.

XII. Les Indiens accusés de sorcellerie, et pourquoi.

Mais ce qui a donné aux Indiens la réputation de grands sorciers, c'est principalement les continuelles conjurations dont ils usent pour éloigner les mauvais esprits, et pour attirer les bons. Ils prétendent avoir des talismans, ou des caractères qu'ils appellent Catàkhatha : คาถา (13) pour venir à bout de tout ce qu'ils veulent, comme pour faire mourir, ou pour rendre invulnérable, et pour faire taire gens et chiens quand ils veulent faire une méchante action et n'être pas découverts. S'ils préparent une médecine, ils attacheront au bord du vase plusieurs papiers où ils auront écrit des paroles mystérieuses, pour empêcher que les petpayatonsPhetphayathon : เพชรพญาธร (14) n'emportent la vertu du remède avec la fumée. Ces petpayatons sont, à leur avis, des esprits répandus dans l'air, de qui ils croient entre autres choses qu'ils jouissent les premiers de toutes les filles et qu'ils leur font cette prétendue blessure qui se renouvelle tous les mois. Sur la mer, pendant l'orage, ils attacheront à tous les agrès de pareils papiers écrits qu'ils croient propres à calmer les vents.

XIII. Superstitions pour les femmes en couches.

Les superstitions dont ils usent envers les femmes accouchées ne paraissent pas moins ridicules, quoiqu'elles soient peut-être fondées sur quelque utilité pour la santé. Ils croient que les femmes accouchées ont besoin d'être purifiées, soit que les juifs répandus par toute la terre aient semé cette tradition parmi plusieurs nations, soit que les peuples des pays chauds soient plus aisément blessés que ceux des pays froids des impuretés naturelles des femmes. Les Siamois tiennent les femmes accouchées pendant un mois devant un feu continuel et assez grand où ils les tournent tantôt d'un côté, tantôt d'un autre (15). La fumée cependant les incommode beaucoup et ne s'échappe que lentement par une ouverture qu'ils font un toit de leurs maisons. Les Péguans mettent leurs femmes sur une espèce de grill de bambou assez élevé avec du feu dessous, mais ils ne les y tiennent que quatre ou cinq jours. Au relevé des couches, les uns et les autres remercient le feu d'avoir purifié leurs femmes, et dans le repas qu'ils donnent en cette occasion à leurs parents, ils ne mangent rien qu'ils n'aient auparavant offert au feu, en le laissant quelque temps auprès. Même pendant tout le temps des couches, les femmes ne mangent et ne boivent rien qui ne soit chaud, et j'apprends que nos sages-femmes défendent aussi aux accouchées de boire froid.

XIV. Philtres regardés comme des effets magiques.

Mais les effets les plus prompts et les plus sensibles des prétendus sortilèges des Indiens sont dans l'usage de certains philtres qui ne sont que des boissons naturelles. Les Indes portent des simples dont nous ne connaissons ni les espèce, ni la force, ni l'usage. Les philtres amoureux sont ceux qui affaiblissent l'imagination et font tomber un homme comme en enfance, de sorte qu'il est aisé après cela de le gouverner. Mes domestiques m'ont assuré qu'ils avaient vu à Batavia un homme de qui l'on disait publiquement que sa femme l'avait rendu hébété de cette manière. D'autres boissons font d'autres effets. Les relations sont pleines de celles que les femmes de Goa donnent souvent à leurs maris et qui les rendent si stupides pour 24 heures qu'elles peuvent alors leur être infidèles en leur présence. L'opium, ou essence de pavot, fait de si différents effets qu'il endort ou qu'il éveille selon qu'il est diversement préparé. Les Indiens, en allant au combat, en prennent pour se donner du courage. Ils vont alors tête baissée à l'ennemi, comme des sangliers ; il est périlleux de les attendre, mais on peut les éviter en se détournant de devant eux, car ils passent outre. De plus, l'effet de l'opium ne leur dure que quelques heures, après quoi ils retombent non seulement dans leur lâcheté naturelle, mais dans une lassitude qui ne leur laisse que peu d'action pour leur défense. Et tels étaient ces Macassars qui avaient conspiré contre le roi de Siam quelques mois avant que les envoyés du roi y arrivassent (16).

XV. Maladies regardées comme des effets magiques.

Les Siamois ont aussi des maladies dont les symptômes sont quelquefois si étranges qu'ils croient qu'on n'en peut attribuer la cause qu'à des sortilèges. Mais outre ces cas extraordinaires, leurs médecins accusent presque toujours la force majeure des esprits de l'inefficacité de leurs remèdes, et ils jouent en cela de si subtils tours de passe-passe, ou plutôt ils ont affaire à des gens si crédules, que pendant que nous étions à Siam, ils firent accroire à un malade qu'il venait de rendre une peau de cerf avec une médecine et qu'il devait avoir avalé cette peau de cerf par un effet de magie et sans s'en être aperçu. C'est ce que j'ai cru devoir dire des superstitions siamoises, desquelles chacun jugera comme il lui plaira, car si d'un part je n'ai rien vu qui m'oblige à les accuser de sorcellerie, d'autre part je n'ai nul intérêt à les en justifier entièrement.

XVI. Superstitions ou vanité touchant les murailles des villes.

Mais avant que de quitter cette matière, j'ajouterai ici une chose que l'on attribuera, comme l'on voudra, à superstition ou à vanité. Un jour que les envoyés du roi furent salués par des ambassadeurs vrais ou supposés de Patani, de Cambodge et de quelque autre cour du voisinage, des députés de quelques-unes des diverses nations qui sont à Siam furent aussi de cette visite, et entre autres il y en eut deux qui dirent que la ville de leur origine, dont j'ai oublié le nom, ne subsistait plus, mais qu'elle avait été si considérable qu'on n'en pouvait faire le tour qu'en trois mois. J'en ris en moi-même comme d'une folie sans fondement, et peu de jours après, le sieur de La Mare, ingénieur que M. de Chaumont avait laissé à Siam (17), me dit que quand il avait été à Ligor (18) par ordre du roi de Siam, pour en prendre le plan, le gouverneur ne voulut jamais lui permettre d'en faire le tour, sinon en deux jours, quoiqu'il ait pu le faire en moins d'une heure. Passons à l'étude de la dernière partie des mathématiques.

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XII. De la musique
et des exercices du corps.

NOTES

1 - L'épacte est le nombre de jours qu'il faut ajouter à l'année lunaire pour qu'elle égale l'année solaire. 

2 - Selon W.A.R. Wood, l'ère Chulasakarat (จุลศักราช), qui débute le 22 mars 638 fut adoptée au Siam sous le règne du roi Maha Thammaracha (มหาธรรมราชา) à la fin du XVIe siècle. (A History of Siam, 1926, p. 127). Elle remplaçait l'ère Mahasakarat (มหาศักราช) qui débutait le 17 mars 78, et elle fut en usage jusqu'en 1889, quand le roi Chulalongkorn institua l'ère Rattanakosin (รัตนโกสิน) qui débutait le 6 avril 1782. Ce n'est qu'en 1912 que le roi Vajiravudh (วชิราวุธ : Rama VI) officialisa l'ère bouddhiste qui prenait pour point de départ l'année suivant la mort de Siddhartha Gautama, le Bouddha, le 11 543 avant J.-C. À noter que le nouvel an était alors placé le 1er avril. Le dictateur Plaek Phibunsongkhram (แปลก พิบูลสงคราม) le déplaça au 1er janvier à partir de 1941. 

3 - On pourra lire sur ce site les Règles de l'astronomie siamoise pour calculer les mouvements du Soleil et de la Lune, traduites du siamois, et depuis examinées et expliquées par M. Cassini, de l'Académie royale des Sciences, extraites du tome 2 de la relation de La Loubère (1691, pp. 142-187). 

4 - D'autant que cette ère était d'origine birmane et aurait été introduite au VIIe siècle au royaume de Pégou par un monarque usurpateur nommé Thinga Raja. Comme le note pertinemment La Loubère, il est évident que ce calendrier résulte d'un calcul astronomique bien plus que d'un fait historique. 

5 - L'explication des éclipses tirée de la cosmologie bouddhiste est ainsi rapportée par Mgr Pallegoix : L'âge du soleil et de la lune atteint quatre-vingt dix millions d'années. Phra-athit (le Soleil) et Phra-chan (la Lune) sont deux frères qui ont un frère cadet appelé Rahu. Dans sa génération passée, Phra-athit donnait l'aumône aux talapoins dans un vase d'or, Phra-chan dans un vase d'argent, et Rahu dans un vase de bois noir ; c'est pourquoi Rahu prit naissance dans la région des géants au dessous du mont Meru ; il est d'une taille de quatre mille huit cents lieues ; sa bouche énorme a une profondeur de trois cents lieues. Ayant été un jour frappé par ses frères, il en conserve encore un esprit de vengeance et de temps en temps il sort de la région des géants et ouvre sa bouche énorme, attendant le Soleil ou la Lune pour dévorer leurs palais lorsqu'ils passeront ; mais lorsqu'il a saisi le Soleil ou la Lune, il ne peut pas les retenir longtemps à cause de la rapidité de leur course, et s'il ne les lâchait pas, les palais briseraient la tête du monstre. C'est ainsi qu'on explique les éclipses. (Description du royaume thaï ou Siam, 1854, I, p. 446).

Cette légende a de nombreuses déclinaisons. Dans l'Isan, en pays lao, on raconte l'histoire de deux sœurs qui, s'étant entretuées en se rejetant la responsabilité d'un repas raté, ont été transformées l'une en grenouille, l'autre en lune. Mais même après la mort, leurs rancœurs ne sont pas apaisées, et quand la grenouille voit passer la Lune à sa portée, elle ouvre grand la bouche pour essayer de l'avaler et la retient prisonnière entre ses mâchoires. C'est pourquoi, les nuits d'éclipses, les gens frappent sur tout ce qui leur tombe sous la main pour faire le plus de bruit possible afin d'effrayer la grenouille, de lui faire lâcher prise et de lui faire libérer la Lune. C'est encore une coutume pratiquée aujourd'hui qui amuse fort les enfants.

ImageLe géant Rahu (ราหู) dévorant la Lune. 

6 - Voir notamment sur ce site l'Analyse du système bouddhiste tiré des livres sacrés de Siam de Jean-Baptiste Pallegoix. 

7 - Le mont Meru, le centre de l'univers dans la cosmologie bouddhiste.

ImageReprésentation de l'univers dans la cosmographie bouddhiste. 

8 - Yojana, une unité de mesure de distance utilisée dans l'ancienne Inde pendant la période védique. Sa longueur n'est pas unanimement fixée. Selon les documents et les époques, elle varie de 6 à 16 kilomètres (source : Wikipédia). 

9 - La toise valait alors 1,949 m, le yot selon La Loubère mesurait donc 15,592 km. 

10 - Chomphu (ชมพู) signifie rose. Le Chomphu thawip (ชมพูทวีป : le Continent rose), nom de la Terre dans la cosmologie bouddhiste, désigne encore aujourd'hui le sous-continent indien. 

11 - Cet almanach, traduction française d'un almanach italien, fut créé en France en 1675. Il contenait des prédictions astrologiques et acquit rapidement une grande popularité. Le Mercure Galant de janvier 1678 (pp. 282-283) écrivait : J'en croirais plutôt cet anagramme, qui promet une couronne à une princesse qui est née pour la porter, que toutes les prédictions de l'almanach de Milan, quoiqu'il semble que tout ce qu'il a prédit depuis trois ans soit arrivé, et qu'il ait acquis tant de crédit qu'il est devenu à la mode pour les plus belles ruelles où tout le monde le lit comme un livre de galanterie. Son éditeur, Jean Ribou (qui publiait également les pièces de Molière) avait eu maille à partir avec la justice en 1669 et avait été arrêté pour commerce de livres dangereux. Condamné à être pendu, sa peine fut commuée en appel à une condamnation aux galères. Ribou, ayant trouvé des amis par le moyen de Molière, comédien pour lors en crédit, se tira d'affaires, ayant fait remontrer qu'il avait reçu un coup d'épée dans le filet des reins qui le rendrait incapable du travail des galères. (Ernest Thoinan, Les relieurs français (1500-1800) : biographie critique et anecdotique […], 1893, p. 330). Mais Jean Ribou n'en avait pas fini pour autant avec la justice. Auguste Jal retrouva une lettre du secrétaire d'État ayant le département du roi adressée en 1688 à M. de la Reynie, le lieutenant général de police de Paris : J'ai rendu compte au roi de ce que vous m'avez écrit au sujet d'un almanach qui se distribue à Paris, comme la traduction de l'Almanach de Milan. Sa Majesté veut que vous en fassiez saisir tous les exemplaires et que vous fassiez mettre en prison le nommé Riboust, et que vous l'avertissiez que si jamais il commet de pareilles choses, son invalidité n'empêchera pas qu'il ne soit envoyé aux galères pour y rester toute sa vie. (Auguste Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire[…], 1872, p. 29). On ignore quels propos valurent à Ribou de telles menaces, et quels furent leur suite. 

12 - Le père de Bèze rapporte également cette coutume : Le roi de Siam, qui avait la santé assez délicate, étant attaqué depuis quatre ou cinq ans d'une toux asthmatique, tomba plus malade qu'à l'ordinaire au mois de février. Comme il avait entendu parler de cette prophétie, il appréhenda qu'elle ne regardât sa vie et que sa mort ne fût le malheur que pronostiquait la révolution de Jupiter. Quoiqu'il ne fût pas fort crédule aux oracles des talapoins, il ne laissa pas d'envoyer consulter les pagodes à la sollicitation de la princesse, sa sœur, grande pagodiste, qui lui en faisait de perpétuelles instances – j'ai déjà raconté comme cela se fait. Le mandarin qui avait été chargé de cette commission, sortant du temple, entendit un homme qui s'arrachant les poils de la barbe avec des pincette, dit : En voilà un grand par terre. Cela fut interprété à mauvais augure pour la vie du roi. (Mémoire du père de Bèze sur la vie de Constance Phaulkon, Drans et Bernard, 1947, p. 94). 

13 - Une gāthā, mot dérivé du sanskrit, désigne dans le bouddhisme une poésie en vers, un hymne. En thaï, khatha peut se traduire par formule magique, incantation

14 - Divinités de l'amour et de l'adultère, réputées pour leur charme magique irrésistible. Aujourd'hui, en Thaïlande, sur le marché florissant des amulettes, nombre de fabricants proposent des phetphayathon réputés attirer infailliblement la gent féminine, mais aussi la chance et la bonne fortune.

ImageAmulette de phetphayathon. 

15 - Voir chapitre précédent, note 4 

16 - Sur la révolte des Macassars, voir les Mémoires du comte de Forbin ainsi que le Second voyage du père Tachard, qui reproduit une relation de l'ingénieur La Mare conservée à la Bibliothèque Nationale. 

17 - L'ingénieur La Mare (ou Lamare) était venu au Siam en 1685 avec l'ambassade du chevalier de Chaumont. Selon l'ambassadeur, il y serait resté à la demande du roi Naraï : … il me demanda le sieur de La Mare, ingénieur que j'avais à ma suite, pour faire fortifier ses places. Je lui dis que je ne doutais pas que le roi mon maître n'approuvât fort que je le lui laissasse, puisque les intérêts de Sa Majesté lui étaient très chers, et que c'était un habile homme dont Sa Majesté serait satisfaite. J'ordonnai au sieur de La Mare de rester pour rendre service au roi, qui lui parla et lui donna une veste d'une étoffe d'or. (Relation de l'ambassade de M. le chevalier de Chaumont à la cour du roi de Siam, 1686, pp. 95-96). Selon l'abbé de Choisy, l'initiative ne venait pas du roi Naraï, mais de Chaumont lui-même (Journal du 3 décembre 1685) : Tous nos Français ont envie de demeurer. M. l'ambassadeur doit faire une galanterie au roi et lui dire qu'ayant examiné l'état de ses places, il lui laisse un ingénieur pour les fortifier et qu'il est bien assuré qu'à son retour en France on approuvera sa conduite. 

18 - Aujourd'hui Nakhon Sri Thammarat (นครศรีธรรมราช), dans le sud de la Thaïlande. 

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18 mai 2020